I.A PA.SSIO.N l)i; .M0TI!F, SF.IGKKFI
Quatriémemeiil, Jtius-Chiisl tsl iiilerrogc par ce magislrat inlidèle : Élr.v-voiis roi ? lui ilernaiulet-U ; Rtx es tu ? Et le Sauveur lui répoiHi que son royaume n'est pas de ce monde. (Joa.v. , xviii , 36. ) Il étoil^cependant descendu des ruis de J nda , et légitime héritier du trône de David : mais il vouloit instruire les rois et les grands de la terre , et leur apprendre que leur puissance et leur grandeur réelle et véritable n’est pas d’ici-bas ; ipie leur couronne est dans le ciel ; qu'ils n’auront été sur la terre que des rois de tliéâtre , pendant la scène courte et rapide de leur vie, s’ils ne portent devant son tribunal la justice et la piéU' , qui seules peuvent les faire régner éternellement ; que tous les titres pompeux qui les distinguent ici-bas des autres hommes, périront avec eux ; et qn’alors devant le juge redoutable , où ils paroUront comme des criminels , dépouillés de tout l’éclat passager qui les environne, on leur demandera , comme Pilate demande aujourd’hui i Jésus-Christ ; Hei es tu ? Êles-votis roi ? On ne vous demande |>as si TOUS êtes sorti d’un sang illustre; si vous avez rempli de grandes places sur la terre; si vous avez commandé des armées , ou régné sur des provinces et sur des empires : tout cela n’est plus ; ce n’étoit qu’une décoration vide et une scène passagère, et ne paroissoit grand et brillant qu’à ceux à qui leurs sens falsoient illusion , qui conronduient le temps avec l’éternité, et qui ne jugeoient que sur de vaines apparences. Mais éles vous grand à mes yeux et à ceux de mes élus ? Itex es tu? que portez-vous ici qui vous distingue des autres hommes? avez-vous régné sur vos passions injustes? TOUS êtes-vous vaincu vous-même ? avez-vous été élevé au-dessus des antres hommes par l’innocence de vos mœurs, et par la grandeur de votre fui, autant que par l’éminence de votre rang? vos passions toujours portées aux derniers excès, parce que dans votre élévation elles n’avoient jamais eu d’autre frein que vos désirs insensés , ne vous ontelles pas dégradé à mes yeux au-dessous de la plus vile populace? à quelles marques peut-on ici vous reconnaître, qu'à des distinctions de crime et d’ignominie ? Jitx es lu ? Ah ! c’est alors que la plupart des grands confondus, avoueront que leur grandeur et leur royaume n’étoit que de ce monde; qu’ils n’ont été grands dans le temps , que pour être plus humiliés et plus malheureux dans l’éternité; que tout a péri pour eux avec le monde; et que de tout ce qu’ils étoient, il ne leur reste que le désespoir étemel d’en avoir abusé.
Hais ces grandes instructions surprennent Pilate et ne le- changent pas. Le Sinveur venoit de lui déclarer qu'il u'y a que ceux qui appartieuneut t.
à la vciitc, qui eolcudenl sa voix; (|ue les amateurs delà vanité et du mensonge, ne comprennent rien à sa doctrine; que pour entendre la sainteté et la sublimité de ses maximes , il i'.mt les aimer ; et que l’amuiir seul de la vérité en donne l’inlelligencc. Qn’est-ce que b vérité? lui repart ce magistrat intidèle: Quid est reritas? ( Joa>., xviii, 36.) Et u’attendant pas même la réponse de Jésus- Christ, il nous fait comprendre que la connoissaiice de la vérité est rarement une affaire sérieuse pour la plupart des grands; que les discours qu’ils tiennent là-dessus, sont plutôt des discours oiseux, que des désirs de s’instruire; que s’ils consultent tpielqnefois , c’est moins pour connoitre leurs devoirs, que pour chercher des suffrages à leurs passions ; que les vérités désagréables ne viennent jamais jusi|u’à eux; |>arce (|ue personne ne les aimea.ssez, pour oser leur déplaire ; et que par les bienfaits dont ils récompensent ceux qui les trompent , ils niéritcnt d’être trompés.
Tatit de sainteté et de grandeur dans les réponses de Jésr.s-Christ, est pour Pilate un langage nouveau qui le touche et qui le frappe : il déclare au peuple que cet Homme n’est point criminel ; mais il ne délivre pas l’innocent : il se contente de demander qu’on le délivre , on qu’on le dispense de le condamner : toujours flottant entre le devoir et la fortune ; toujours voulant ménager et l’équité et la iiassion. Mais tous les tempéraments en matière de devoir sont à craindre : vouloir tout concilier, c’est tout perdre ; inventer des adoucissements, quand la loi est claire et précise; ce n’est pas sauver la règle, mais nos passions : tout accord entre le mensonge et la vérité, se fait toujours aux dépens de la vérité même ; et l’Evangile surtout est une doctrine qui propose des règles , et non pas des expédients.
Enfin, dernière démarche injuste de Pilate. Effrayé encore des songes de sa femme, il s’avise de renvoyer Jésus Christ à Hérode, .sous prétexte que le Sauveur étant Galiléen, c’étoit à ce prince à juger de sa cause. Mais s’il le juge innocent, poimpioi le renvoie-t-il à un autre, qui peut-être le condamnera, sans l’informer en même teiiqis de son innocence? Hérode le reçoit au milieu de sa cour ; mais ce n’étoit point là que Jésus-Christ devoit s’attendre à trouver des défenseurs et des partisans de sa doctrine. Jésus-Christ se tait ; il ne loue |ias Hérode; il ne vante pas la magnificence de sa cour, le nombre de ses victoires, la prospérité de son règne; et il est méprisé. Les grands veulent qu’on les loue ; ils regardent comme un mépris, la sincérité qui n’ose leur donner de fausses louanges; et s’ils paraissent
r.:iO VENDREDI SAINT.
queliiuefo'u aimer et protéger la piét^, ils n’aiinenl souvent dans les gens de bien, que les fuiblesses de leur vertu; c'esl à^tlire, leurs adulations et leur complaisance. Ilerode attend de Jésus-Cbrist des signes et des prodiges; et dans celle attente, il le voit arriver avec joie : ce n’est pas pour s’instruire de sa doctrine, c’est pour amuser son loisir par quel(|ue chose de nouveau : car les princes et les grands se font tout au plus de la religion un spectacle qui les amuse, et non pas une affaire sérieuse qui les occupe. Alais n’en pouvant même tirer une seule parole, il le revêt, comme un insensé , d’une robe blanche; et dans cette posture humiliante, au milieu des déi isioas et des insultes tic toute une année, Jésus-Christ est remené chez Pilate. Il sort de la cour d’Uérode sans y faire de prodige , sans y opérer de conversion , sans s’y faire connoilre. 1 J cour n’est pas d’onlinaiée le lieu des triomphes de Jésus-Christ : on y donne un air de dérision à ses maximes ; en vain un grand exemple les autorise; le vice y garde plus de mesures , mais la véritable vertu n’y trouve pas plus de sectateurs.
Mais retournons avec le Sauveur dans le prétoire; et voyons, en dernier lieu, la malice des hommes consommée dans la Irarbarie des soldats qui déchirent sa chair adorable. Pilate toujours plus convaincu de l’innocence du Sauveur, puisque Ilérode 'ui-même n’avoit trouvé en lui aucun sujet de mort; mais toujours plus lâche et plus timide, ordonne contre Jésus-Christ la [leine honteuse de la flagellation, destinée anx seuls esclaves: il espère par ce supplice satisfaire la liaine des Juifs, et conserver en même temps la vie à un innocent. Jésus est donc livré i la fureur des soldats; et c’est ici, mes Frères, où je veux que votre fui supplée à mon discours ; il serviruit de peu de vous attendrir sur les souffrances du Sauveur; il vaut bien mieux que voas fassiez de Jésus-Christ souffrant, le Bodèle de vos mœurs, et le motif de votre pénilence. Des bêtes féroces se jettent sur son corps sacré; on le dépouille : celui qui étoit revêtu de la lumière comme d’un vêtement , n’est plus ici cu:ivert que île sa confusion; et par la houle profonde de .sa nndilé , il répare vos scandales et vos iuilécences, femmes du monde. On décharge sur sa chair pudique une grêle de coups : ce n’est plus qu’une plaie hideuse qui le couvre ; la barbarie des bourreaux se lasse sur un corps formé par l’Esprit saint ; et la force manque plulùt ê ces sacrilèges, que la patience i cet Agneau divin. Quoiqu’il soutienne à peine encore les débris de sou corps déchiré, on le détache du poteau infâme; on le revêt d’une robe de pourpre; on met en ses
mains, accoutumées à lancer des foudres, un fragile roseau; on enfonce profoudément sur son clmf sacré une couronne d'épines; on jette sur son visage un voile ignominieux ; on se prosterne pour lui rendre des hommages de dérision et d’insulte. Ah! dérolwns à notre douleur les indignités que la sitite de son histoire offre i notre souvenir : détournons les yeux des snuflleLs sacrilèges dont on le charge ; des crachats infâmes dont on couvre ce visage glorieux que les anges ne regardent qn’en tremhlani , et que tant de rois et de prophètes avoient souliaité de voir. Père juste! c’est ici où il falloit glorifier votre Fils, comme sur le Thabor, et l’environner d’une nuée de gloire , pour le dérober à de si indignes outrages ; mais vous ne le connoissez plus; et sa confusion elle-même vous glorilie.
Cependant la marque effroyable de royauté , dont on l’a couronné , décliire son chef auguste : le sang de toutes parts ruisselle sur sa face céleste : ces traits divins, qui le rendoienl le plus beau des enfants des hommes , sont effacés : ces regards puissants et terribles , qui pouvoient convertir il n’y a qu’un moment des disciples inlidèles, ou renverser des sacrilèges au Jardin des Oliviers, sont éteints : cette face, qui fera dans le ciel la joie des bienheureux, n’est plus qu’une masse hideuse et sanglante, dont les bourreaux eux-mêmes détournent les yeux avec horreur : et voilà le spectacle qu’un juge barbare produit devant les prêtres et le peuple assemblés autour de son palais! Jcsus-ChrLst daiLsce déplorable élatparoit hors du prétoire: Voilà riiomme, leur dit-il, Ecce honiu. (JoAN., XIX, 5.) Saints rois sortis du sang de David ! prophètes inspirés , qui l’annonçâtes à la terre I est-ce donc là celui que vous souhaitiez si ardemment de voir? voilà donc l’homme? Ecce homo ; voilà donc enfin le l.ibcraieur promis à vus pères depuis tant de siècles ? voilà le grand Prophète que la Judée devoil donner à la terre? voilà le Désiré de toutes les nations, l’attente de tout l’utiivers, la vérité de vos figures , l’accomplissement de votre culte , l’espérance de tous vos Justes, la consolation de la Synagogue, la gloire d’Israël, la lumière et le salut de tous les peuples! Ecce homo, voilà l’homme! le reconnoissez-vous à ces marques honteuses ?
Mais laissons ces furieux demander encore comme une grâce, que son sang soit sur eux et sur leurs enfants : laissons-les accomplir , eu rejetant le Libérateur , tout ce qui avoit été prédit ; et justifier son ministère, en refusant de croire ta lui : souffrez que je fevpose ici à d’autres spectateurs; c’est à voos-mêmes , mes Frères ; Eece
LA PASSION DE NüTllE SEIGNEÜIÎ.
homo , Toilà riiomme ; voilà votre consolation , si voua êtes du nombre de ses disciples. Dans les afflictions dont Dieu vous frappe, oseriez -vous murmurer? Jetez les yeux sur Jésiia-Christ si honteusement frappd et meurtri pour vous : voilà l’homme, £rrc àonio. Si l'injustice vous a dépouillé de vos biens , et dégradé de vos hoiMieiirs et de vos titres ; voyez le suecesseur de tant de rois dépouillé de toutes les marques de sa grandeur , dégradé jusqu’au-dessous des plus vils esclaves; et ne conservant de tous ces titres glorieux et immortels , que celui d'Iioinnie qu’on lui donne encore , et dont les plaies et le sang qui le couvrent , lui ont fait presi|ue perdre la figure : qu’avez-vous à dire? voilà l'Iiomme, £rce homn. Si la calumnie vous noircit, écoutez les iin|iostures dont on le charge i oseriez-vous encore vous plaindre ? voilà rtiomme , Acre homo. Si les devoirs de la vie clirétienne lusent quelquefois votre foiblesse ; si vous vous dites en secretj|ue la vertu n'est pas si austère que nous le publions , voilà votre réponse : voyez si vous avez résisté jusqu’au sang ; étudiez dans cette image la mesure de vos devoirs : c’est un homme comme vous <|ii’on vous pnipose, et qui n’est homme que pour vous ; Erce hoino , voilà l’homme. Mais voilà votre ouvrage et la consommation de votre iniquité et de votre ingratitude, si vous êtes pécheur ; voilà l’acte barbare (|ue vous renouvelez tonies les fuis que vous consentez au crime ; voilà le corps que vous déshonorez, quand vous souillez le vôtre; voilà le chef auguste que vous couronnez d’épines , quand les images de la volupté, retracées avec complaisance, font sur votre esprit des impressions dangereuses; voilà les dérisions que vous réitérez , quand vous donnez du ridicule à la piété des Justes : voilà la cliair sacrée que vous percez, quand vousdéddrez la réputation de vos frères ; en un mot , voilà votre condamnation et votre ouvrage ; voilà l’homme. Fret homo. Ce spectacle |>eut il vous laisser insensible? faul-U qu’il monte encore sur le Calvaire? voulez-vous mêler vos voix à celles des pertides Juifs , et demander encore qu’on le crncille? Vous croyez , dit saint Augustin , que la malice de ceux qui vont l’attacher à la croix est aqjourd’liui consommée ? vous vous trompez , c?est la vôtre , si vous anéantissez le fruit de sa croix par vos inlîdelilés ; si vous méprisez dans sa glaire , celai que les Juifs n’ont méprisé que dans sa bassesse ; si vous cruciüezde nonveau, après sa résurrectioa, celui qui étoit ressuscité pour ne plus mourir ; yideiur eonsummata nequitiu hominum , qui cnrifixtruHl è'ifium Del ; ttd soruin major est, qui odenml praceptarerilutfa pro qufhus cruei-
fixus est Eiliui Dei. (S. Afo. enarr. in Psal. 7.)