‹ Œuvres de Massillon, Évêque de ClermontChapitre 242 sur 348 · TROISIÈME PARTIE · texte numérisé non relu

TROISIÈME PARTIE

Mais que ne puis-je ici achever le récit de ses souffrances ; et après voue l’avoir exposé livré à la justice de son Père, dans son agonie, à la malice des liommes dans le prétoire ; que ne puis-je vous le luunlrer sur le Calvaire entre les mains mêmes de son amour, et vous faire voir que sa mort eu est une consommation parfaite !

Oui, mes Frères , ne cherchons que dans son cœur les raisons et les motifs de son supplice. Ce n’est ni la perfidie d’un disciple , ni l’envie des prêtres, ni l’inconslance du peuple, ni la foiblesse de Pilate , ni la barbarie des luurreaux , qui l’a mis à mort, c’est son amour. Il s’est livre pour moi , dit l’Apôlre ; et s’il ne m’eôt point aimé , il u’eût point souffert : en vahi les peuples et les rois de la terre auroh nt conspiré contre le Christ , si sou amour n'eiU été d’intelligence avec eux ; leurs conseils auroient été cuafoudus , et tous leurs efforts inutiles.

Mais Jésus-Christ ayant aimé les siens, dit l’Évangelisle, il les aima jusqu’à la fin; comme un père tendre, dont la tendresse envers ses enfants redouble lursi|u’il est sur le point de quitter la vie : il consomme donc son amour en mourant ; et cet amour divin , qui brûle son coeur, est le seul feu qui allume le bûcher où il va s'immoler.

Amour si ingénieux , qu’il trouve le secret , même après sa mort, de s’immoler sans cesse; qu'il célèbre la préparation de sa mort , en la retraçant sous des signes mystiqnes ; qu’il se dispose à son sacrifice, en le devançant au milieu dessiens; qu’il applique le pi ix de son sang, en le leur faisant boire par avance; qu’il dédommage ses disciples de sa perte, en se perpétuant entre leurs mains sous le voile du sacrement adorable ; que ne pouvant mourir sans les abandonner, tu demeurer avec eux sans les priver des dons de son Esprit, il meurt pour leur envoyer le Paraclet, et demeure en même temps avec eux j usqu’à la consommalion des siècles, pour ne pas les laisser orphelins, et afin que leur cipur ne soit pas accablé de tristesse.

Amour si désintéressé, qu’il veut souffrir tout seul ; qu’il demande qu'on épargne ses disciples : Sinite hos abire (Joax., xviii,8); qu’il refuse même les larmes qu’on accorde à ses tourments; et qu’il est plus occupé et plus louché des maux qui menacent Jérusalem, que du supplice affreux que cette ville infidèle lui prépare. En effet, cljargé du bois honteux de sa croix, ce nouvel Isaac monte sur la montagne mystérieuse, où son amour et son

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obéissance vont Timmolcr; et commet touchées de l’excès de ses peines, tes filles de Jérusalem ne peuvent refuser des larmes à ce spectacle : Filles de Jérusalem f leur dit*il, nepleurespossur moi, pleurez plutôt sur vous-mêmes; des jours vont venir, où Von appellera heureuses celles qui n'ont point enfanté (Luc , wiii, 28 , 29) : son amour lui cache l’objet affreux de la croix sur laquelle on va l’attacher, et ne lui découvre que les calamités dont celle ville ingrate est menacée. Mais son amour vous tient ici le, même langage : ce ne sont pas ses souffrances qui font la plus vive de ses douleurs , ce sont vos infidélités et les malheurs qui vous menacent : Ne pleurez pas sur mot, vous dit-U aujourd’hui chargé de sa croix , et allant consommer sonsacrifice ; pleurez plutôt sur vous> mêmes. Ne vous attendrissez pas au spectacle de mes souffrances ; attendrissez-vous plutôt sur le triste état de votre ame et sur les malheurs éternels qui vous sont préparés : NoUte (lere super me, sed super vos ipsas flele. Je saurai bien triompher de la mort; mais vous, triompherez-vous jamais de ce péché invétéré qui a donné depuis si longtemps la mort à votre ame ; qui trouble votre repos; qui vous laisse souhaiter votre conversion, et qui y met toujours un obstacle invincible? Nolite pere super me, sed super ros ipsas fete. Je saurai bien sortir glorieux du tombeau, pour ne plus mourir; mais vous, sortirez-vous jamais de cet abîme profond où vous êtes enseveib depuis tant d’années? nevousen tiendrez- vous pas jusqu’à la fin à ces efforts inutiles , qui ne paroissent vous relever dans l’intervalle de la solennité, que pour vous voir retomber d’aliord après , avec plus de honte et de foiblesse? Nolite flere super me. sed super vos ipsas pete. Ab ! il ne me sera pas difficile de briser les chaînes dont vous me voyez lié, et d'encliainer avec elles tout l’univers au pied de ma croix : mais vous , romprez-vous jamais les liens criminels qui euclialnent votre cœur; ces liens , que l’àge et les pencliants ont fortifiés, que vous viendrez en ces jours saints porter aux pieds de mes autels, et dont la grâce de mes sacrements ne fera que resserrer les nœuds funestes , par le crime de la profanation , dont vous vous allez rendre coupable en y participant avec un cœur impénitent? Ne pleurez donc pas sur moi, pleurez plutôt sur vous-mêmes : Nolite pere super me , sed super vos ipsas pete.

Amour si généreux , qu’attaché sur la croix il prie pour ceux mêmes qui le crucifient : il recueille ce que la barbarie lui laisse encore de forces , pour excustrr leur attentai auprès de son Père; il lève sa voix mourante pardowuz-leur, dit-il.

parce qu’iis nesavenice qu’ils /but (Luc, xxiii, 34 ) ; il offre tout son sang pour laver leur crime , et la croix même oii ils l’ont attaclié est l’autel sacré où il veut les réconcilier avec son Père. O mon Sauveur ! vous mourez pour vos ennemis, et nous attendons la mort pour nous résoudre à pardonner à nos frères!

Amour si triomphant , que sur le point d’expirer il se forme encore un disciple. Sa parole n’est point liée avec lui; il jette sur un scélérat qui expire à ses côtés, un regard de miséricorde : ses yeux mourants et déjà éiemts, peuvent encore triompher des cœurs : ce roi honteusement dégradé , promet encore des royaumes. Heureux coupable, qui recueillez aujourd’huiles prémices de sonsang; et qui, sans avoir été témoin de ses œuvres, ne découvrez sa grandeur que dans sa patience ! Mais heureux aussi les pécheurs qui m’écoutent! attendez tout aujourd’hui de sa miséricorde : le moment où il expire est proprement pour les grands pécheurs comme vous : ses derniers soupirs et les prémices de son sang vous regardent.

Enfin, amour si attentif et si respectueux jusqu’au dernier soupir, qu’il confie sa mère désolée au disciple bien-aimé, et le disciple à sa mère : Afulier, eece : filius tuus deinde dieit discipulo : Ecee matertua. (Juan., xix, 26, 27.)ll se tourne pour la dernière fois vers celte fille de douleur ; U la voit au pied de sa croix , plongée dans une mer de tribulation et d’amertume : ses yeux déjà éteints vont mourir sur elle. Quels regards mutuels entre Marie et son Fils qui expire! quels témoignages douloureux et secrets d'un amour réciproque dans celle triste séparation ! quel glaive de douleur perce alors i’ame de cette mère affligée ! que de sacrifices invisibles! que de douleurs inexplicables dans ce moment ! et qu’il en devoit coûter à Marie pour être la mère de son Dieu ! Mais dans son accablement elle adore la main qui la frappe : elle offre celle hostie innocente , qui expire, à la justice de son Père : elle entre dans les intérêts de tous les hommes, qui avoient besoin de ce grand sacrifice; ei nous apprend que les grandes afflictions ont de grandes utilités, et que les vues de la foi sont une source inépuisable de consolation pour les âmes affligées.

Enfin , Jésus-Christ n’a}'ant plus rien à faire pour nous sur la terre : tout étant consommé , et du côté de la justice de son Père, et du côté de la malice des hommes, et du côté de son amour ; le grand sacrifice offert, et toutes les figures anciennes accomplies; Jérusalem ayant comblé la mesure de ses pères; tous les oracles des prophètes développés ; le vériuble culte établi ; la 0oire de son Père

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vengée ; le coars de son minislère fini ; ne pouvant plus laisser aux hommes de plus grandes marques de son amour, il déclare que tout est accompli : Consvmmalumest. Il baisse la tête; ilpousse vers le ciel une forte clameur; U expire, et rend à son Père l’a me et l’esprit qu’il avoil reçus de lui. Laissom le soleil s’éclipser, la terre se couvrir de ténèbres, les rochers se briser, les sépulcres s’ouvrir, toute la nature se confondre, les ennemis mêmes du Sauveur le confesser et le reconnollre : je ne veux point ici voua proposer ces grands spectacles : Jésus-Christ , que son amour vient d’inunoler pour nous, est le seul prodige qui doit ici nous occuper. Regardez-le donc expirant sur la croix , et ne se proposant que vous seul pour le prix de ses souffrances : il meurt votre libérateur ; il meurt i votre place ; il meurt dans le temps afin que vous ne mouriez pas pour l’éternité; il meurt, parce qu’il vous aime ; il meurt , parce que vous ne l’aimez pas. Votre tendresse , votre douleur , votre reconnoissance peuvent-elles ici se prescrire des bornes ? et n’êles-vous pas un anathème, si vous n’aimez pas Jésus-Christ crucifié?

Les spectateurs de sa mort sur le Calvaire lui disent aujourd’hui ; Descendez de la croix, et nous croironseiirous. (Mattii., xxvii,'l2.) Mais nous devons lui tenir ici un langage bien différent : C’est parce que vous êtes monté sur la croix, d mon Sauveur ! c’est parce que vous y expirez aujourd’hui pour moi ; et que vous préférez à la droite de votre Père ce tréne d’ignominie, pour y être notre hostie et notre pontife ; c'est pour cela même que toute notre consolation est de croire en vous , de vous adorer comme notre médiateur et de vous consacrer ce ^ui nous reste de vie. Ne descendez pas de ce bois sacré , où vous êtes la seule espérance de votre peuple ; attirez-nous y plutôt avec vous, comme vous nons l’avez promis ; plus vous nous paroissez rassasié d’opprobres , plus notre foi s’augmente, plus notre espérance est ferme , plus notre amour ifenBamme. Tant de peines et de souffrances offertes pour nous, pourroient-elles nons êtres inatUes? auriez-vous racheté nos âmes d’un si grand prix , si votis aviez voulu les laisser périr? et seriez-vons mort avec tant d’ignominie, si , en participant i votre croix , nous ne devions pas partager un jour avec vous la gloire de votre immortalité ?

Ainsi soil-il.

SERMON

rot n LK JOtIK DK rAQL-KS.

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