‹ Œuvres de Massillon, Évêque de ClermontChapitre 243 sur 348 · SUR LES CAUSES ORDINAIRES DE NOS RECHLTES · texte numérisé non relu

SUR LES CAUSES ORDINAIRES DE NOS RECHLTES

Chris tus resurgms ex mortulsjmnnon moritu r; mors iHi ultra non dotuinabilur,

Jéaus-Chrût étant résniKité d'entre les morts, nr meurt plus; ta mort n'aura plus d'empire sur lui. (HûM., vi . 9.)

La victoire que Jésus-Christ remporte aujourd'hui sur la mort et sur le péché, lui assure enfin pour toujours le prix de ses souffrances , le fruit de son minislère . la consommation de .son truvre , la durée de son Église , la fidélité de ses disciples , la vie immortelle de son corps glorieux , la conquête de l’univers, le triomphe de la croix , et le salut de toutes les nations de la terre.

Nous ne le verrons plus reprendre ces marques de mortalité , qu’il laisse dans le tombeau ; et dont il ne s’étoit chargé que pour en délivrer à jamais ce corps mystique , qui doit monter avec lui dans le ciel pour y glorifier éternellement la sainteté de son Père. Tout ce qu’il avoit encore de mortel et de terrestre, a été attaché i la croix; mort une fois, il ne mourra plus désormais : la puissance que le Père lui donne aujourd’hui , ne lui sera plus ôtée : son nouveau règne ne finira plus ; et sa vie glorieuse et ressuscitée , n’aura plus d’autres bornes que celles des siècles éternels, et de la gloire de Dieu même : Clirislus resurgens ex mortui.v,jain noti moritur.

■Voilà , mes Frères , le grand caractère de la résurrection de Jésus-Christ, le trait singulier qui le distingue de tous ceux qui n’avoient été ressuscités par son ministère , ou par celui des prophètes , que pour mourir encore ; et l’endroit principal par où saint Paul nous la propose pour modèle : Jésus-Chrisl ressuscité d'entre les morts, ne meurt plus. D'où vient donc que notre résurrection de la mort dii péché à la vie de la grâce, en ces jours saints , par la participation atix sacrés mystères, est si peu constante et si peu durable ? d’où vient que la grâce du temps pascal ne fait que des conversions passagères; que notre nouvelle vie n’est jamais que d’un instant ; et que nos anciennes passions attendent à peine la fin de la solennité, pour reprendre leur premier empire?

Clierclions, mes Frères, les raisons d’nn malheur si commun et si déplorable ; avoir connu les

.T>4 LE JOllK DE l’AOüES.

*onr(îCS da mal , c’esl en avoir lîpja tronvé le remède. Vou* ne persévérez pas dans la vienouvclle el ressuscité- , où la erace des sacrements vient de vous établir : premièrement, parce que vous n* évitez pas avec assez de soin tout ce qui peut ou Taffoiblir en vous, ou vous la faire perdre; secondement , parce que vous oubliez tout ce que vous aviez promis pour la conserver; troisiènieinenl enfin , parce que vous manquez de réparer tout ce qui devoit l'étre, et sans quoi votre nouvelle vie ne |iouvoil être durable.

El voili, mes Frères , les trois causes les plus ordinaires de nos rechutes après la solennité : les précautions négligées , première cause ; les résolutions violées, seconde caii«e; les réparations omises, dernière cause. Développoas ces trois vérités, après avoir imploré le secours de l'Esprit saint , \wr i'interce^sion de Marie , en clianlant avec l’Eglise : /tejina crrli.

PREMIÈRE RÉFLEXION

Je n'ignore pas , mes F rères , qu’une des causes les plus ordinaires des recliiites , après la solennité sainte, c'est que la pénitence n'avmt pas été sincère et véritable. On ne se corrige point, parce qu’on ne s’étoit pas converti : il n’y a aucun diangemenl dans les merurs, parce qu’Ü ii’y en avoit point eu dans la volonté ; et les sacremeiils nous laissent toutes nos passions , parce que nous les avions twjtes portées au pied du tribunal sacré , sans aucun propos réel de les finir. Nous ne parlerons pas aujouni’iiui de cette cause si commune , parce que nous en avons déjà parlé ailleurs, et que, de plus , elle ne regarde que les pécheurs que la grâce du temps pascal n’a pas ressuscités, qui ont trouvé une nouvelle mort dans les sacrements , loin iry trouver une vie nouvelle ; et que les crimes où ils toml>enl ensuite ne sont pas des réduites, mats la continuation des mêmes désordres.

Je suppose donc , nies Frères, que la plupart de ceux qui m'écoulent ont voulu de bonne foi retourner à Dien dans cette solennité sainte ; qu’un 0<pur brisé el humilié les a préparés à la grâce des sacrements; el qu’ils y ont trouvé celte vie nouvelle et ressuscitée , promi!»e à ceux qui étoient déjà morts avec Jéstn-Clirist par la douleur d’une sincère pésilence : je suppose (jue les véntés saintes entendues durant ces jours de salut; que les lumières nouvelles iiees dans vos cimrt ; que des senliments de grâce formés par l’Esprit saint; que la lassitude de<> passions, que les dégoûts du nwiKle, que le vide des plaisirs, que la chimère

des espérances, que la tristesse secrète du crime, que tout cela ensemble a formé aii-dedans de vous une résolution nouvelle de rompre enfin des clialne* trop lung-iemps poriées; el de chercher dans le service de Dieu , et dans des mreurs plus pures, une paix et des consolations que le monde n’a jamais pu vous donner.

Or je dis que la première cause de vos rechutes, après des démarches de pénitence qoi sembloient prumellre une vie toute nouvelle, est dans les précautions négligées; je dis, les précautions de nécessité et les précsiitions de pure sûreté.

J’appelle pn cautions de nécessité la fuite de certaines occasions d’elies-mémes toujours funestes à l'innocence, et où nous voyons une chute inévitable; la présence et rassiduité auprès des objets aux(|uels nous teoon'< par des passions injustes ; les (daistrs el les sociétés où l’on ne se propose que le crime, les familiariiés et les libertés où la perte de la grâce est sûre; en un mot, certaines situations incompatibles avec te salut.

Et voilà, mes Frères, où viennent d’ordinaire échouer tous vos projets d’amendement et de conversion. On se promet à soi même plus d'attention et plus de Gdélité dans ces occasions dont nous venons de parler t on se persuade qu’y portant des dispositions plus saintes , le danger sera moindre; ou se fait à soi même mille raiiM)us spi'cieuses pour ne pas s’en éloigner. Des raisons die bietiséaoce; ce seroieni des discours publics , si l’on venoit à rompre tout d’un coup, et on ne veut pas s’y exposer : des raisons de devoir; ce sont des liens et des eogagemenls indispensables, et on ne sanmit les rompre : des raisons de prudence ; ce seroit un éclat , et on veut l’éviter : des raisons de fortune; ce seroit ruiner sans ressource ses afbires , et on ne peut pas tout abandonner : des raisons d’imposeibilité prétendue; on n’en est pas le maître , el Dieu ne deosande que ce qui défiend de nous : enfin , des raisons môme de religion ; on ramènera peut-être à Dieu ceux qui nous en ont éloigné autrefois, et l’on lie voit pas de mal à l’essayer.

Or , mes Frères , le mystère de Jésus-Christ ressuscité va nous fournir, pour confondre ces vains prétextes , de grandes règles et des inslmctions importantes. En effet , n'ayant plus rien à craindre après sa résorrectioti et dans sa vie nouvelle, de la fureur de ses ennemis, il ne vient pas cependant encore s'exposer au milieu de Jérusalem; il n’apparolt qu’à ses disciples, il ne se montre que dans des lieux solitaires et écarts : et, comme si la nouvelle vie qu’il a reçue au sortir du tombeau , éioit encore sujette à la mort, il ne l’expose plus à la malice des J uifs ; pour nous apprendre qu’il ne fau t

Kl „ >g|

LE JOEK DE 1»AÜEES.

jama>!( tfnier Dieu , et qn*exposer la grâce à des périls certains c'est l’avoir déjà perdue.

Et certes » mes Frères, je ne vous dis pas premièi emeni qu'il est bien téméraire de compter que Dieu vous soutiendra dans des occasions (ju’il vous ordonne lui-iiiéme de fuir; <pie sa proteclion de* viendra le prix de votre témérité; et que ses grâces seront la récompense de la transgression de ses ordres.

Je ne vous dis pas, en second lieu , que c'est un crime de ne pas éviter tout ce qui l'a été jusiju'ici , et qui peut encore le devenir pour nous : un crime, parce que aimer le péril, c’est aimer tout ce qui conduit à la chute ; un crime , parce que ne pas craindre de retomber, c’est ne faire aucun cas de la grâce qui nous a relevés; un crime, parce que ne vouloir pas s’éloigner des occasions, c’est aimer encore tout ce qui les rend funestes à l'inno* cence; un crime, parce que revoir avec plaisir ce qui a fait tous nos malheurs, c’est n'ôlre pas fâché d’avoir été coupable; un crime, parce que ne pouvoir perdre de vue tout ce qui réveille les passions, c’est les porter encore toutes dans le ccpur; un crime eulin, parce que chercher soi-méme à combattre , c’est toujours cliercher à périr.

Je ne vous dis pas, en dernier lieu, que votre propre expérience vous devroit ici tenir lieu de preuve; que mille fois dégoûté de voire passion, et de l’objet infortuné qui l’avoii allumée dans votre cœur; rebuté de ses caprices eide ses inconstances , déchiré de remords , résolu enûii de rompre des liens injustes, sa seule présence vous a fait oublier vos dégoûts et vos projets : un bistanl de péril a renoué vos chaînes; loiiies vue résolutions ont éclumé contre cet écueil fatal; et que la même occasion vous a encore retrouvé le même.

Vous dites, qu’y portant maintenant des dispositions plus saintes, le danger deviendra mniii lre.

El je vous dis de la part de Dieu , que toute disposition qui nous conduit au péril est profane et criminelle; que plus la grâce a opéré dans notre coeur des désirs d’une vie nouvelle , plus nous devom> craindre d'exposer son opéraiiou , et les miséricordes du Seigneur sur notre ame; que la (wemière disposition que l’esprit de Dieu met en nous, c’est la débance de noire foiblesse ; et qu’ enfin, ce qui fait le crime dans les périls, n’est pas l’inteiUion d’y succomber, c'est l'imprudence cl la témérité qui les cberdie.

Vous dites, que rompre tout d’un coup, ce serolt un éclat qui réveilleroil l'aUentiondu public, et qui üonneroit lieu à des soupçons dont jusqu’ici TOUS avez su vous défendre.

Et je TOUS dis U part de Dieu , que vous seul

ignorez ce qne le public pense ; et que ces soupçons, que vous voulez éviter, naissent plus de vos assiduités , qu’ils ne naîtront de votre éloignement et de votre fuite ; que plus vous difTérez , plus vous accoutumez les yeux du public, et, par là, plus vous rendez la riipiiire difTii'ile et l'éclat inévitable; et qu'enOn un homme qui est au milieu des flammes , n’examine pas tant pour se sauver; que la promptitude de sa fuite prévient toutes ses réflexions; et qu’il suflit de sentir qu’on va périr, pour être en droit de tout entreprendre.

Vous dites , que ce sont des engagements indispensables de bienséance et de devoir , qu’on ne peut rompre.

Et je vous dis de la part de IMeu , que votre premier devoir est de lui obéir et de sauver votre ame ; que tout engagement inrompatibie avec le salut n’engage point; que nul n’est obligé malgré lui de périr; et qu'enfin on peut se faire une bienséance de la règle et de la vertu , mais qu'il est insensé de vouloir s’en faire une du désordre et du vice même.

Vous dites , que ce sermt ruiner sans ressource votre fortune et vos affaires , et que Dieu n’exige pas qu’on en vienne à cette extrémité.

Et je vous dis de la part de Dieu , qu’il veut qu'on penle tout pour sauver son ame; qire la plus grande fortune d’iin chrétien, est de faire son salut; qu'on a tout quand ou a la grâce; que c’est avoir perdu la foi, d’aimer mieux risquer son salut étej nel qu’une fortune de bfjue; et qu’enlîn , quand on a tiouvc Dieu, on ne saurait plus rien perdre, à moins qu’on ne le perde lui-même.

Vous dites, que Dieu ne demande que ce qui déiKind de nous.

Et je vous dis de sa part, qu’il dépend toujours de nous de. faire ce qu’il demande de nous; qu’il nous rend toujours possible tout ce qu’il nous rend nécessaire ; que l’impossibilité prétendue de nos devoirs est toujours dans les prétextes de nos passions , et jamais dans nos devoirs mômes ; et qu’enfin, les obstacles prouvent seulement (pi’il est difficile de se sauver^ mais non pas qu’il est permis de se perdre.

Vous dites enfin, que dans les nouveaux sentiments que Dieu vous donne , vous voudriez pouvoir les inspirer aux personnes qui vous oui st^duit ; et que la j«n qu’elles ont eue à dérèglements, les rendra plus sensibles à vos discours et à vos exemples.

Et je vous dis de la part de Dieu : Qui vous a établi guide et pasteur de votre frère? Vous nôles pas encore bien affermi, et vous pensez déjà à donner la main aux autres ? à peine êtes-vous néo-

:i5G Ll. JOÜil 1>L l’AOüLîS.

pliylc dans la foi, et vous voulez drja en devenir i’apùtre? Mais le Seigntur vmisa-t'il |>ermis d’exposer votre salut , mous prétexte d’ein(>éciier que votre frère ne périsse? Dieu demande-l-ll de voua que vous commenciez par corriger les passions d’autrui, ou par pleurer vos passions propres? Un lépreux qui veut remédier à la lèpre de sofi frère, ne le purifle pas, mais achève de se souiller luimème; un zèle qui cherche les périls, n’est pas un zèle du salut d’autrui, mais une iiidiiïérence criminelle pour son salut propre. Et qui êtes-vous, pour vouloir être déjà un insirument des miséricordes du Seigneur sur les âmes? les seules fonctions d’un pécheur sont les larmes, le silence, la retraite , et la prière. Attendez que Dieu vous envoie pour entreprendre son (riivre : préparez , par de longs exemples , l’eflieace à vos discours : éditiez iong-teni|M vus frères, avant que d’aser les exhorter : aclieiez , par une longue fuite , le droit de les voir sans danger; et souvenez-vous que les complices de nos passions, ne saiiroient être d’abord que les écueils de notre pénitence.

Mai.s peut-être vous rassurez-vous sur ce que vou.s avez relrancl)é tous les périls dont nous venons de parler, et toutes les occasions certaines de crime; que celles au milieu desquelles vous vivez maintenant , sont plutôt des dissipations inévitables dans le monde, que des périls; qu’elles font peu d’impression sur votre cœur; que le long usage leur a ôté par rapport à vous, tout ce <|u’ellcs pourroient avoir de venin pour les autres ; qu’au fond , à moins de se condamner à une retraite entière, on ne peut pas s’empêcher d’être dans le inonde d’une certaine façon, et d’entrer dans certains plaisirs; que vous en sortez toujours comme vous y êtes entré ; et <{ue si, quelquefois, vous vous laissez aller, c’est plutôt une foihlesse (iiii est en vous, qu’un venin qui sc trouve daii'^ la chose même; seconde illuMion qui devient un principe certain de rechute : et seconde sorte de précauüoas qu’on néglige après la penitence; les précautions de pure sûreté.

Or, mes Frères, une ame qui revient à Dieu, après les égarements du monde et des passions, doit se regarder comme un malade frappe dans toutes ses puissances. Le cœur corrornpu par des habitudes criminelles; l’esprit rempli de préjugés et de ténèbres; l’imaginai ion souillée de mille images impures; la volonté aiïoihlie par une longue servitude; les sens déréglés par un long usage de plaisirs; la chair rebelle et indocile par une vie de volupté, qui en a fortifie l’empire : tout est encore malade, foiltle, languissant, dans une ame depuis lung-lem{)s esclave du péché, et depuis peu arri-

vée à l’hourcuse liliertc de la justice; et U grâce qui a guéri ses plaies, lui en a encore laisse les impressions et les faiblesses, c’est-à-dire les cicatrices prêtes à se rouvrir à la première occasion.

Je dis donc que dans ce nouvel étal de justice, la grâce ne |>eut se conserver que par des précaolioiLs infinies ; que toutes vos passions n'étant encore qu’à demi éteintes, les objets les moins dangereux peuvent les rallumer ; que vos forces n’étant encore qu’à demi revenues, le moindre choc, un soufDe est capable de vous renverser et de vous abattre.

Cependant vous voulez vivre au sortir des sacrements, où la grâce vient de former en vous de nouvelles créatures , comme des Justes solidement établis, et qui n’auroient plus rien à craindre : vous fuyez peut-être les occasions qui vous ont séduit; vous ne craignez pas celles qui peuvent encore vous séduire : le crime vous alarme; le danger ne vous touche pas : vous vou.s faites à vous-même un plan de conduite, d’où vous ne bannissez que vos malheurs passés; vous retenez tout ce qui petit vous y conduire par d’autres routes : les jeux , les spectacles, la vie inutile, la familiarité des entretiens , la licence des discours , la sensualité des tables, les soins de l'ambition, l’amertume des jalousies et des concurrences : vous ne changez rien au fond de votre vie; vous n’en voulez retrancher que le désordre; les sources, les attraits, les routes qui y mènent, vous les laissez : vous ne poussez pas plus loin les projeUd’une vie nouvelle; vous comptez que sc convertir, c'est précisément ne plus iomlier; que vivre dans la grâce , c'est ne plus vivre dans le péché ; et que le changement do cirur n’est pas un renouvellement de l’homme tout entier, et un cliangement universel de conduite.

Or, Jésus-Christ après sa résurrection ne conserve plus rien de sa vie terrestre et mortelle : tout est nouveau et cliangé en lui : ses plaies mêmes sont devenues des rayons de gloire et des marques d’immortalité : ce n’est plus cet homme de dooietirs chargé de nos infirmités et de nos misères; c’est un Roi glorieux, qui mène en triomphe les principautés et les puissances : en un mot, sa résurrection est une vie toute nouvelle, un minUlère nouveau , une rédemption et une justification nouvelle : tel est le modèle d’une vie ressuscitée.

Kn effet , mes Frères, c’est une illusion de prétendre (ju’en ne changeant presqne rien à vos mœurs, vous puissiez conserver la grâce. Car premièrement , si nos plus saintes résolutions trouvent des écueils dans l’incotistance seule de notre cœur; si iKHis nous sommes à nous-mêmes one leiitaüoii

Lt JOUU 1)E PAQUES.

oontinaeUe ; si nous arons tant de peine ü nous défendre contre nos propres dégoAts y contre les répugnances qui nous abattent, les craintes qoi nous découragent , les homenrs qui nous possèdent , les inégalités qui nous entraînent ; en un mot , si tout ce qoi est en nous est péché , ou source de péché ; bêlas! pooTons-noos être en sûreté contre des périls que nous cbercbons , puisque noos ne le sommes pas contre nous-mêmes ? un malade qui porte déjà un poison lent dans le sein , n’a-t-il rien à craindre d’un air contagieux et ftmeste à la santé la mieux établie? et poovonsnous croire qn’il y ait des dangers innocents pour nous , puisque nous nous sommes sans cesse un danger à nous-mêmes ?

En second lieu , le passé démit ici vous tenir lieu de preuve pour l’avenir ; la résolution qoe vous venez de former d’une vie plus chrétienne , vous l’avez déjà formée plus d’une fois dans les mêmes circonstances : la révolution de chaque année, vous a presque toujours trouvé en ce saint temps, touché de vos crimes et résolu de vivre plus chrélienuement; d’oti vient cependant qn’après avoir commencé l’édifice , voua n’avez jamais pu Tachever ? d'où vient que vos essais n’ont jamais été heureux ; et qu’après vous être répondu tant de fois à vous-même de votre fidélité , le lendemain vous a toujours retrouvé infidèle ? \om évitiez cependant les grands écueils qui venoient de vous voir périr; vous vous interdisiez certain» occasions, où la chute n’auroit pas été douteuse pour vous ; d’où vient donc que malgré ces précautions que vous croyiez seules eaMntielles, vous êtes toujours retombé? Nest-ce pas que comptant d’éviter le crime , vous n’avez compté pour rien tout ce qui ponvoit y conduire , et que vous avez cm pouvoir aller à Dieu par la voie même qui vous avoit conduit è le perdre?

Je veux que vos résohuiooi soient aujourd’hui plus ferventes qn’antrefois , votre cœur plus touché ; et que celle démarche de changement semble promettre plus que toutes les antres : en vain les dispositions paroissent différentes ; les suites seront encore les mêmes. Ce qui fait persévérer dans la grâce , n’est pas la vivacité des sentiments qni nous y rappelle, c’est la fidélité des précautions qui nous y soutient : ce n’est pas une certaine ardeur qui commence , c'est la vigilance qoi poursuit Les premières impressions de la grâce , en certains cœurs surtout , sont toujours vives et ardentes : le premier goût de Dieu , nous trouvant lassés et dégoûtés du monde , nous saisit et nous transporte : plus même les passions avoient en d’empire sur nous , plus la grâce d’abord noos atteadrit et noos

touche : le cœur accoutumé aux sentiments les {dus vifs , lie sent plus rien que d’extrême ; et les premières larmes ^ns le pécheur qui va retomber, sont souvent {dus vives et plus abondantes , que ûtns le pécheur qui persévère.

Ceat-à-dire qu’il ne faut pas juger de soi par certaines ardeurs qu’on é{«'oaTe dans la résolution d*une vie nouvelle : la vie chrétienne n’&si pas dans des sentiments passagers, elle est dans une fidélité constante et durable : ce n’est pas une saillie d’on cœur fiidle à s’attendrir, c’est une disposition stable de foi et de componction : ce n’est pas une étincelle qui s’évanouit aussitôt ; c’est une Iam{>e ardente et luisante, que les vents des tentations éteignait difficilement, et qui nous montre longtemps la vérité , et les voies de la vie éternelle.

Vous nous ré{MMKlrez peut-être, que votre étal semble vous rendre ces occasions inévitables ; que destiné par votre naissance , ou |)ar votre rang , à vivre au milieu du monde et de la cour, vous ne {MMivez pas vous y faire des mœurs à part; qu’il fout suivre les usages établis , ne (>as reculer à certaines propositions , de peur de {croître extraordinaire; et qu’en an mot, si vous étiez à vous, U vous seroil aisé de vous faire un plan de vie, tel que nous pourrions le souhaiter : mais qu’étant redevable à tous ceux presque qui vous environnent, il faut vous prêter, et remplir les devoirs et les bienséances attachées à votre état.

A cela, je vous réponds moi-même , qn’U est vrai , que les périls ou l’ordre de Dieu et les devoirs de notre état nous engagent , cessent de l’être à notre ^ard; que Pierre sur les flots, où Jésus-Christ lui avoit ordonné de mardier, étoit plus en sûreté que Jonas dans le navire même où son infidélité Tavoit conduit; que Daniel au milieu des lions dévorants, avoit moins à craindre que ce pro|)hète infidèle sur le grand chemin de 6étbel , ou il fut dévoré par les ours ; que ce qui foit b sûreté, n’est (>as prédsément la situation où nous nous trouvons , mais la main de Dieu qoi nous y pbee ; qu’ainsi U fout bien distinguer les {lérils attachés par l’ordre de b Providence à notre état, de ceux que notre goût et nos penchants y diercbent ; et que si noos voulons être de bonne foi avec nous-mêmes, nous conviemlrons que ce ne sont {las les périls iaséfiarabl&s de nos devoirs, mais ceux de notre propre choix , qui d’ordinaire noos séduisent.

Je vous ré{>o«d8 encore , qu’il y a presque plus d’occasions de vertu , que de chute attachées à vos charges , à votre état, aux soins publics; et que si vous vouliez en remplir tontes les obligations , eosouflrir tous les assujétissements, en so|>-

.V>8 LE Juin 1>E PAüUtS.

porter les cnnire-lemps, en étuilier les révolutions et les virissitmles , en rsp|iurler à Dieu les peines, les dégnflls et les coiilrainles, vous trouveriez dans la vie du monde et de la cour plus de leçons et de moyens de salut , que dans celle des cloUres et des déserts. Mais vous ne comptez parmi vos devoirs que les périls que vous aimez et qui n'en sont |hs; et vos devoirs véritables, vous ne les regardez i|ue cnuiine des fouctious arbitraires, dont vous pouvez vous dispenser à votre gré.

A'ous vous ra.ssurez peut-être sur ce qtie ces périls , ces fanidiaritt's , ces plaisirs publics au milieu desipiels vous vivez , ne font aucune impression marquée sur votre emur ; et qu'ainsiil u'est point de loi ipii puis.se vous les interdire.

Mais je (lourrois vous répondre premièrement , que les impressions sont quelquefois d'autant plus dangereuses, qu'elles sont plus insensibles ; qu'on sedeOedes sentimenls marques et profouds, et qu'on ne peut plus se déguiser i soi-mêiite, mais qu'on s'endort sur ceux qui ne futit que nous affoiblir , qu'amollir le errur , que nous inspirer des senliuietils vagues de tendresse, qu’insinuer le venin , que nous préparer à toutes les passions , que nous remplir d'images vantes et frivoles, que nourrir notre esprit de maximes passionnées et lascives ; et que srmvcnt celte prétendue innocence, qui ne consiste qu'è se conserver libre de passion paniciiliêre, n'est qu’une corruption du CŒur plus dangereuse et plus universelle.

Je pourrois vous répondre encore , que souvent l'insensibilité qu'on se trouve dans les occasions les plus dangereuses , et qui nous persuaile que nous n’y courons point de risque, n’est pas une marque que nous en sortions innocents, mais que nous y .sommes entrés plus corrompus. Les dangers, pour avoir trop fait d’im|iression ^r nous, c’en font presque plus de sensible ; le long usage des plaisirs leur a àté, à notre égard , le privilège de nous toucher vivement , sans leur éler celui de nous corrompre : ils uous souillent et nous infectent sans nous piquer \ comme uu corps déjà engourdi par le veuin de la première piqûre que lui a faite le serpent, reçoit la seconde sans en sentir la douleur. Le mal ii'e.st pas si grand, quand on se trouve encore sensible ; c’est une marque qu’il reste encore quelque cliose de sain dans le ctrur : l’insensibilité qui nous rassure, est donc plutôt un engourdissenteni qui vient de corruption , qu’une larce qui naisse de la vertu : c’est la satiété des plaisirs qui fait toute notre innocence.

Enfin , je pourroLs vous répondre : Vous vous vantez que rien ne fait impression sur votre cœur; et que les périls contre lesquels nous déelamnn»

tant , vous trouvent toujonrt insensible : nuis d’où vient donc que lorsque vous venez enfin nous onvrir votre conscience au tribunal sacré , et avouer à nos pieds des chutes qui vous couvrent de confu.sion , vous noos alléguez si fort votre biblesse , pour excuser vos égarements ? d’où vient que vous vous en prenez tant alors au caractère de votre cœur, qui malgré vous s’emporte et vous échappe? d’où vient que vous nous faites tant valoir alors le malheur d’iio tempérament fragile , et dont vous ; n'êtes presque plus le maître ? d’où vient qu’alura vous nous avouez que tout est danger pour vous que ce qui seroit innocent pour les autres , devient par la corruption de votre coeur , criminel à votre égard ; que vous n’avez jamais su résister , que vous donnez i la complaisance ce que l’inclinalion refuse ; qu’il faudroit vous retirer dans un désert pour être en sûreté ; que toutes vos résolutions n’ont jamai.s été plus loin que jusqu’au premier péril qui les a atlai|uées ; et que vous pouvez bien répondre de la sincérité et de la bonne lui de vos promesses , mais que vous ne sauriez répondre de vous-même ? Ifous exagérez votre fuiblease, quand il s’agit d’excuser vos crimes passés; et vous voulez qu’on vous croie fort, dès qu’il ne s’agit plus que d’éviter les périls qui peuvent encore vous y conduire.

Grand Dieu I mes propres malheurs ne devroient- ils pas suffire ici pour m’instruire? en vain j'ai voulu mille fuis vous être plus fidèle; j'ai toujoius éprouvé qu’on lé vouloit en vain, tandis qu’on vouloit encore s’exposer an milieu des OoU et des écueils ; et tous mes projets de fidélilé n’ont Jamais aliouti qu’à de nouveaux naufrages ; ^eni in aftiludinem morts, et irmpeatos denursit me. (Ps. lxviii,3.) O mon Dieu! vous seul savez que , le plus foible des hommes , je me sois bit une gloine insensée de braver tont haut les périls , tandis qu’en secret je rougissois de ma oonlnsion et de ma foiblesse : Deus, tascis iatipUiUiam meam, et euafusioueai meata ( Ibid., 6 et 20 )■ Arracbez-moi vous même du milieu de ces olyets, où, à peine relevé de ma ohute , vous m’avez vu retomber à l'instant ; tirez -moi de cette boue où je ne saurois marclier, sans enfimeer tous les jours davantage : £ripe me de luto , vl non infigar! (Ibid.13.) ?ie laissez plus moneseur entre les mains de ma légèreté et de mon inconslanoe : je sens que malgré taules les promesses que je vous fais d’étre à vous , le premier péril va me retrouver encore mfidèle : fixez enfin les incertitndes de mon ame : délivrez-b de sa propre instabilité ; Jntende aiilnur mea, et libéra eam ! (Ibid. 1 9.) 11 est biétt plus ^Wfiférsnxtie pouvoir vous oublmr.

LE JOlU DE PAQUES. :m

un moment après qn'on von» a aimé , qtie de ne pas TOUS aimer encore : je crains en/in que tes variations étemelles de ma vie ne fixent votre colère sur ma tète ; que mes soupirs et mes promesses tant de fois violées, ne soient à vos yeux comme des dérisions et des outrages ; et que les flots qui m'a;;itenl depuis si long-temps , ne me creusent enfin eux-nièmes un étemel précipice: A’on me âfmergat iempesta* aquœ , neqve nfesorèeat me profuudum. ( Ps., Lxvm, td. ) El voiU la seconde excuse de nos rechutes , les résolutions violées.

DEUXIÈME UÉFLEXION.

Jésus-Christ , ressuscité d’entre les morts , ne meurt plus ; parce que sa résurrection est l’acconiplissenient de toutes ses promesses. Il avoit promis à son Père de le glorifier s'il le délivroil tie la mort ; de faire connokre son nom à toute la terre, et de lui former partout des adorateurs en esprit et en vérité : il avoit promis à ses disciples de les revêtir de la vertu du Très-Haut , de leur donner une force et ui»e sagesse à laquelle le monde entier ne pourroit résister ; de les étaliiir les maîtres de la mort et de la vie : Il leur avoit promis la conquête de runivers, les defe du ciel et de l’enfer , la conversion des peuples et des césars, le triomphe de la croix , le renversement des idoles , l’ciablissentent de la science du salut sur 1a terre. Ces promesses étaient magnifiques : mais à peine est-il ressuscité , qu’dles oomnienoent à i’acooinpUr;el6ile miracle dcM résurreoiioD justifie la vérité de ses promesses , on peut dire que l’aocomplissement de scs promesses est 1a preuve 1a plus décisive du mirade de sa résurrection.

Or voili , mes Frères , la seconde instroctiOD que nous fournit ce mystère. Nous avons fak à Dieu mille promesses en approchant du tribunal sacré où nous avons trouvé une nouvelle vie; tes aceampHssoos-nousaprès être ressuscités ? et peuton dire de noos comme de Jésus-Christ , que le miracle de notre résurrection et de notre nouvelle TÎe prouve la sincérité de nos promesses passées; et que l’accomplissement de nos promesses , est le témoignage le plus certain du miracle et de la vérité de notre vie nouvelle? Seconde cause de nos rechutes : les promesses et les résolutions violéea.

Oui , mes Frères , lorsque touchés du désir d*tme vie t>lus chrétienne , lassés du monde et de nos passions , noos sommes venus les détester en ces jours de salut aux pieds de Jésos-Clkrisl ; nous nous sommes prescrit à nous-mêmes mille moyens de conserver la grâce, sans lesquels il ne nous pa-

rnissoit pas possible de persévérer dans la voie de Dieu ; nous avons fait mille projets sur toute la conduite de notre vie; nous avons marqué en détail un remède à chacun de nos maux ; ta fuite , à certaiiut périls; la rennelé , à cerinines complaisances; la retraite, à certaines dissipations; la modestie, à certaines imiécences; le silence et la circonspection , à certains discours ; la charité , à certaines antipathies; le retranclienientcl la règle, à certaines siiperfluilés ; Tiisiige de la prière et les pratiques de la piété, à certaine inutilité de vie; la fréquentation pins exacte des sacrements , i notre paresse; enfin , éclairés alors sur tous nos besoins, sentant vivement toutes nos plaies qui saignoieiit encore , nous leur avons préftaré à clianine son remède ; et pcnétn^ des miséricordes de Dieu sur noos , qui vnuloit lûen nous tendre encore la main au fond de Tahlme nii nous étions tombés; de sa patience, que la durée de nos crimes n’avoil pu rebuter ; de sa sagesse , (|ui avoit fait servir à notre salut nos passions mêmes ; nous avons fait mille résolutions de fldéiiiéqne nous avons scellées de nos soiqûrs et de nos larmes.

Cependant ces résolutions si e-sentielles à notre salut , n’ont ;>resqtie eu de réalité que dans Timaginatioiiqiii les a formées : semidaldesà ces projets 8{iécietix qui amusent le loisir d’un esprit oiseux, et dont on n’aime jamais que l’idée , la nouveauté senle nousena plu : nous avons cm qu’il n’eneofileroit pltis tien de les accomplir, parce que nous avions trouvé une sorte de plaisir à les former; et que noua en ainiei ions la réalité , comme nous en arloits aimé le songe et la clumère ; peut-être même y avons-nous été fidèles un certain temps: un reste de honte de violer nos promesses , un moment après que nous venions de les jurer aux pieds des autels , nous a soutenus les premiers jours. Mais notre fidéitté n’a pas été loin : nous sommes, parvenus |ieu à peu à nous persuader <)ue nos résolutions étoieiit des scrupules; que c’étoil un joug inutile que nous nous étions imposé à nous-mêmes; qu’il y a de la foiblesse d’esprit à vouloir $c faire une obligation de ce qui n’en est pas une pour les autres ; qu’au fond on peut se sauver sans s’assiijé tir i ces sortes de pratiques; que le zèle qtn nous les ia«pira, éloit Iton; mais que nous ne noiisconnotssons pas nous-mêmes , en supposant qu’il dnreroit toujours ; qu’il ne faut ;tas chicaner avec Dieu ; que le saint ne gH point en des minuties ; et qu’il arrive toujours que pour vouloir trop bien faire , on ne fiiH rien du tout. Ainsi les résolulions s’oubliant; les promesses s’évanouissent ; le plan qu’on s’étoit formé d’une nouvelle vie ne subsiste plus même dans le souvenir ; et l'on regarde ce

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LE JOUU DE l'AUUES.

nouvel état d’infidélité aux promeasea comme l’aTfranchissement d’un joug c|ui cummençoit à peser, et le retour d'une liberté dont on a’étoit mal i propos privé soi-méme.

Or , voili la grande source des rechutes après la solennité sainte. Premièrement, parce que nos résolutions renremioient les moyens uniques de notre persévérance ; et que c’est une chimère de se flatter qu’on persévérera, tandis qu’on néglige tous les moyens auxquels notre persévérance est attachée. Vous vous étiez prescrit certains temps de prière ; parce que vous sentiez que votre ccrur, privé de ce secours , retomboit sur lui-méme , se ranimoit pour le monde , se refroidissoit pour la piété , et ne tronvoit plus ni loi dans les périls , que sa propre folhlesse : vous vous étiez imposé certaines niurtilical ions ; parce que votre propre expérience vous avoit appris qu’en ne refusant rien à vos sens, cette vie de paresse et de sensualité mettoit en vous des dispositions inévitables au crime ; vous vous étiez marqué à vons-mème certains sacrifices de l’honneur , de la fierté, de la vanité ; parce que vous aviez éprouvé , que pour peu que vous vous prêtassiez à ces penchants , vous n’étiez plus à temps d’y mettre des homes, etque vous alliez toujours plus loin que vous ne vous l’étiez promis. Or , vous négligez ces moyens ; ces temps de prière , si nécessaires à votre foiblesse , vous les abandonnez; ces sacrifices, si utiles à votre foi, vous vous en dispensez ; et comment voulez-vous que la vie de la grâce ne s’éteigne pas en vous, si tout raffuiblit, et si rien ne la nourrit et ne la préserve?

D’ailleurs, ce qui rend l’infidélité aux résolutions formées encore plus dangereuse , et toujours suivie d’un retour dans nos premiers désordres , c’est que non - seulement elles renferment les moyens généraux de la persévérance de tout fidèle; mais que Dieu, vous les ayant inspirées à vous dans les premiers moments de votre conversion , vous avoit fait connoltre que c’étaient li les seules voies par où vous , en particulier , pouviez conserver la grâce reçue , les seuls remèdes spécifiques de vos propres maux, et les moyens personnels par où il vouloit vous conduire dans votre nouvellevie. Vous sortez donc , en les violant , des routes par où la grâce vouloit vous mener : vous n’entrez plus dans les desseins de la mi.'iéricorde de Dieu sur votre salut : vous dérangez l’ouvTage de votre justification : vous vous formez à vous-méme un nouveau plan de conduite, qui n’étant pas celui que l’esprit de Dieu vous avoit d’abord proposé , ne peut être qu'un édifice de l'amour-propre fondé sur un sable mouvant , et qui ne vous prépare que de tristes ruines.

De plus , c’est qp’en vous accoutumant à violer vos résolutions , vous vous faites une coutume dangereuse d’agir contre vos propres lumières ; de résister A la voix de votre cœur ; de vous rassurer contre vous-même ; vous émoussez en vous cette délicatesse de conscience si nécessaire pour se soutenir dans la vertu ; vous perdez une certaine tendresse de piété qui nous reproche sans cesse les fautes les plus légères, et qui nous sert de frein contre le crime : vous vous accoutumez A vous soutenir contre les jugements de votre propre cœur ; et par là, nu votre conscience devient tranquille, ou malgré ses agitations , vous êtes tranquille , vousméme ; c’est-à-dire , ou vous parvenez à une fausse paix, ou vous souffrez paisiblement vos remords et vos troubles. Ainsi la couscience accoutumée à violer tranquillement ses résolutions s'accoutume peu à peu à renouveler sans remords ses crimes ; car nous ne sommes pas long-temps fidèles ù Dieu, dès que nous ne le sommes plus à nous-mêmes.

Je n’ajoute pas, enfin, que l’inUdélilé qui viole les résolutions prises dans on commencement de nouvelle vie est un mépris formel de la grande miséricorde de Dieu qui avoit opéré en vous ces mouvemeuts de salut. Vous êtes presque lAclié que sa bonté vous éclaire de si près sur vos devoirs ; vous enviez la destinée de ceux qui se font une conscience plus commode et plus tranquille : vous vous savez mauvais gré d’une certaine délicatesse de cœur , qui fait que vous ne vous pardonnez rien à vous-même, et que vous vous reprocliez les choses à votre avis les plus indifférentes ; vous voudriez pouvoir parvenir à vous persuader que mille omissions sur lesquelles vous sentez de vifs remords , sont de vains scrupules : vous regardez la lumière que la main miséricordieuse de Dieu met dans votre cœur , comme une lumière importune , ennemie du repos et du honlienr de votre vie : vous voudriez être fait comme tant d’autres à qui la vérité ne se montre presque point ; vous reprochez A Dieu ses propres bienfaits ; ses grâces sont des faveurs qui vous fiitiguent. Or, la grâce cherche les bons cœurs : une ame que les bienfaits de Dieu lassent, lasse bientôt ses miséricordes : il a horreur d’un cœur noir à qui ses bienfaits sont à cliarge ; d’un cœur ingrat , qui se reproche d’y avoir été trop sensible ; d’un cœur corrompu , qui voudroit pouvoir soutenir le crime saas remords. Voilà les cœurs que Dieu vomit et rejette, ces cœurs légers et infidèles , si vifs dans leurs promesses , si tranquilles un moment après dans leurs transgressions.

Cest à vous à nous dire si vous ne trouvez rien dans ce caractère qui vous ressemble. Car rappelez ici vos moments heureux, où, touché de la grâce.

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