‹ Œuvres de Massillon, Évêque de ClermontChapitre 244 sur 348 · I.K JOUR DK PAOl KS. .W · texte numérisé non relu

I.K JOUR DK PAOl KS. .W

vous êtes venu vous lioniilier au pied du (ribunal sacré , et fumier le dessein d’une vie nouvelle : que de regrets sincères sur le passé ! que de proteslations tendres d’une éternelle fidélité pour l’avenir! De ipiel air tuucliant vous plaigniez-vous à Dieu de l’avoir connu si lard ! combien de fols lui avezvous redit que ce moment de pénitence étoit le plus heureux de votre vie ; et qu’au fond vous n’aviez jamais été tranquille dans le crime! Infidèle! et après tout cet appareil de réconciliation , vous oubliez vos promesses que vos larmes tontes seules et vos soiipiw auroient dû rendre sacrées , quand le respect dû au Seigneur à qui vous les faisiez n’auroit pas suffi pour vous empêcher de les violer ? Ail ! vous vous piquez de fidélité envers de vaines créatures , mon cher Auditeur ; la foi donnée dans un engagement profane et criminel , est souvent l’unique raison , qui , malgré vos remords et vos dégoûts , vous défend de le rompre : la gloire chimérique de passer pour constant et fidèle, dansdes passionsoù la fidélité n’est qu’une foiblesse honteuse , vous retient et vous touche ; vous vous faites un honneur insensé d’uneconslance et d’une bonté de coeur , qui n’en est qu’une corruption plus profonde et plus désespérée ; et envers votre Dieu, vous ne rougissez pas d’étre perfide? et la bonne fui , en traitant avec votre Seigneur et votre Père, ne vous parolt pas une vertu si estimable? et le bon errur pour lui n’est plus une gloire qui vous intéresse et qui vous pique ? Ah ! il se plaignoit autrefois dans son Prophète, que le pécheur ne le distinguoit lias de l’homme : mais c’est tout ce que je vous demanderois aujourd'hui. Traitez du moins avec votre Dieu, comme vous traitez avec les créatures : faites- vous (lu moins une gloire d’être dans la religion, ce que vousavez peut-être été dans des passions profanes et insensées, sincère, solide, généreux, fidèle, incapable de trahir votre foi et la religion de vos promesses. N’est-il pas beau de servir constamment un si grand Maitre ? n’y a-t-il point de noblesse, de force, d’élévation à lui conserver la fidélité qu’on lui a jurée? et ne seroit-ce point um^ gloire et une vertu, de se piquer de constance et de grandeur envers celui envers i|ui seul il est grand d’avoir su être fidèle?

Hélas mes Frères, nous regardons comme des fautes tégères de violer les résolutions .saintes que la grâce nous a inspirées ; les personnes mêmes qui sont depuis long-temps dans la pratii|ue de la piété, tombent tons les jours dans ces infidélités sans scrupule : c’est là cependant la source de tous nos malheurs ; c’est par là que la fui s’éteint , que la grâce se retire; que Dieu se dégoûte, et que sa justice nous abandonne: c’est par là que nous con-

tristons l’Esprit saint , i|ue nous rejetons sa vérité et sa lumière, que nous résistons à notre propre conscience , que nous nous jouons de Dieu, et que nous nous creusons un précipice à nous-mêmes : c’est par là que nous devenons de bibles roseaux qui se laissent aller à tout vent , et des nuées légères et sans eau qui sans cesse changent de route : c’est par là que nous nous faisons une liahitude de notre propre inconstance; de sentir mille bons désirs, et de les étouffer; de commencer mille entreprises, et de les abandonner ; d’avoir milleenvies de mieux faire, et d’être toujours les mêmes; de nous imposer mille préiaulions, et de nous en lasser : c’est par là que toute notre vie n’est plus qu’une vicissitude de crime et de repentir; de relâchement et de zèle; de dissipation et de retraite : c’est par là que nous vivons toujours incertains de nous-mêmes ; ne pouvant nous faire un état fi.xe, ni dans le crime, ni dans la vertu; incapahles de soutenir, ni la licence du désordre, ni les contraintes de la piété ; flottant toujours au gré de notre légèreté; nous lassant bientôt de la même situation ; et nous promettant toujours de trouver dans celle où nous ne sommes pas, le repos et la tranquillité qui nous manquent. Ainsi la vie se passe, la conscience s’use, la sensibilité au bien s’éteint. Dieu se lasse, l’éternité approche, le moment décisif arrive et nous surprend encore dans ces tristes alternatives ; nous nous trouvonsau terme avant que d’avoir pris parti : notre course est finie avant que nous noos soj oiis déclarés : nous sortons de la vie avant i|ue d’avoir déclaré pour qui nous devons vivre : nous cessons d’être avant d’avoir décidé à qui nous .sommes ; et tous ces sentiments de regret et de repentir, i|ui accompagnent notre mort, ne sont proprement que la dernière inconstance de notre vie.

Grand Dieu! notre propre foiblesse doit vous parler ici pour nous : ce fonds d’inconstance, dont nous sommes pétris, et qui est la source de tous nos malheurs , doit devenir le grand motif de vos miséricordes : vous connoissez, ô mon Dieu! la fragilité de notre bouc, puisque c’est vous qui nous avez formés; et vous n’avez pas oublié que nous ne sommes qu’une poussière frivole, qu’un .souffle agité et qui ne saurait presque trouver ici-bas de consistance ; Quontam ipse cognovit figmentum Nosirtini , recordatus est quonùini pulris sumus (Ps., cii, 14). Vous savez. Seigneur, que votre esprit, qui forme en nous lessaintes pensées et les mouvements du salut, ne saurait presque se fixer dans la mutabilité de notre ctrur; qu’il n’est pour nous qu’un esprit rapide et passager; et qu’à peine a-t-il opéré en nous de bons désirs , que de non-

üi-i l.K JÜUU DE PAOIIES.

veniix crfucciil à rinslaiit ces impressions saillies , tle sorte qu'il iren reste pas mOme de foibles (races: Quoiiiam spiriiusperlransihii in illo, el lion subsislet ; et non rogiioscri amplius loeum suum. ( Ibid, 16. ) Mais que votre miséricorde, {trand Dieu ! soit plus aliondaiite que notre foiblpsse ; un |ière est louclie de la lejtêreté de ses enfauls , mais sa tendresse croit avec les dangers où les eX|H>se l’instabililc de leur âge : (liioniodo niisei rtur pater filial uni , miserlusest Doininiu (iineidÜMis SC. {Ibid., 13.) Ne rejetez pas des cœurs plus fuibles que coupables, plus légers que corrompus; plus incapables de solidité et de vertu, que de noirceur et de crime; et qui ne se laissent jamais entrainer aux objets des sens et des passions sans un désir secret de revenir encore à vous, et de ré|)arer par une nouvelle rnlélité ces moments de foible.s.st: et de complaisance. Dernière source de nos recliules, les réparations omises; mais je n'en dis qu'un mot.

ThOISIÉME RÉFLEXION.

Oui , mes Frères, on ne persévère pas dans le service de Dieu après la sainte solennité , parce que notre nouvelle vertu n’est jamais une réparation iiaiTaile de nus anciens crimes. Or, la résurrection de Jésus-Cbrist repare tout : la gloire de son Père , par la desti nctiun des idoles ; le scandale de sa mort , ;>ar rimmortalilé qu'il se donne à lui-mème; la bas.sesse de son ministère, par l'éclat de sa nouvelle vie ; les doutes et la timidité de ses disciples, par relTusion de l'Esprit saint qui les change en de nouveaux bomines; la réprobation des J uifs, par la vocation de tous les peuples; eulin l'obscurité des écritures , par l’accomplissement des prophéties. Tout est répare , dit l'Apotre , |iar la résurrection de Jésus-Cbrist; tout est rétabli 1 sa place; tout rentre dans l'ordre : l’er ipsum inslaurare niiinia. (Ephes., i, 10.) Aussi , mort une fois, il ne meurt plus: pour nous, notre nouvelle vie ne ré(>are jamais qu’à demi les désordres de l’aneieune; et voilà la dernière source de nos reclmtes ; les ré;iarations omises.

Jedisles réparations, premièremenldepénilcnce. Après une vie toute dans les sens, dans la volupté , dans l'ivresse des plaisirs, on ne se punit point ; on ne voit ni retrancliement, ni austérité, ni souffrance : on veut bien .sortir du crime, parce qu'on en est fatigué, parce que c’est un joug qu’on ne peut plus porter, parce que c’est un ver dévorant dont on est rongé : on veut bien sortir du crime , parce que c'est une vie d’agitation et de tumulte qui ne convient plus, parce qu’on se trouve dans

certaines situations où le monde ne plaît plus , parce que le frivole des passions ne nous sied plus : on veut biensortirdu crime, parce que laconscience crie, la vérité presse, rélernitééionne, la mort parolt à la porte, Dieu se fait entendre : on veut , dis-je, sortir du crime, mais on ne se propose dans la vertu que le plaisir de l’exemption du crime même ; que le bonheur d'étre quitte, enrm.de ses remordset de Ses inquiétudes; que la douceur de vivre en paix avec soi-nième : on ne regarde la verluquecumme la Un de tout ce qu’il y avait de Irislei t de pénjble dans le crime, comme une vie douce ettranqui le que les fiassions n’agitent plus , que les remords ne troublent plus, que les excès n’affoiblissenl plus , que les plaisirs ne dérangent plus : on se cberclie soi-méme en revenant à Dieu ; on secoue le joug du péché; mais on ne s’iinfiose ptLs le joug de Jésas-Cbrist : on bannit les amertumes des fiassioiis; mais on ne veut pas goûter celles de la pénitence : on se dépouille de l'ignominie du vieil homme ; mais on ne se revêt pas de la mortificationdu nooveau : on sort de l'oppression de l'Égypte ; mais on n’entre pas dans les voies laborieuses du désert : en un mol , on veut qu’il n’en coûte rien pouf avoir été pécheur, que le botüieur et le plaisir de ne plus l’élre.

I.es réparations, secondement de jnslice. Oo n’approfondit point ce qu'on doit au firocliain; on se contente de renoncer à certains vices criants qui étoieut à charge ; mais d’en venir 1 certaines discussions qui auroient des suites, et qui nous engageraient en des démarches désagréables , on n’jr pense pas. Ainsi, vous ètesdans une place oit votre nom sert de firétexte à mille aluis; où des su ballernes corrompus s’enrichissent sous votre protection, aux dépens de l'équité; où ils vendent Ica grâces , où ils font même acheter la justice , où ils exigent ce qui n'est pas dû, où ils mettent à prix le droit de vous approcher : vous entrevoyez ces mystères d'iniquité, mais vous tournez la tête de peur de les voir de trop près ; vous craignez rembarras d’une discussion , et d’en venir à éloigner des personnes nécessaires : peut-être même le fruit de leurs injusticescoule-t-il jusque dans vos mains : or , une nouvelle vie ne touche point à ce train établi depuis long-temps : le changement de vos mœurs ne cliange rien à tout ce qui vous environne : le public ne se ressent point de votre prétendue vertu : vous devenez meilleur pour vous, vous demeurez toujours le même pour les autres. Ains i v vous avez passé par des cliarges miliuires où des vexations et des pillages sont arrivés, que vous auriez dû empêcher ; où la licence du soldat a été une suite de votre iualtaotioa, ou de votre indul>

Digilized b ylt

LE JOlU DE l»AOl ES.

gcnce ! T0Q9 revenn i Dieu; mais uni de peuples qui onl soufTert à Toire occasion , les soulagezvous? mais lanl de dommages dont vous avez élé le prolecteur ou la cause, les r^rez-vous? mais Uni de malbeuretix que vous avez faits , leur ren* dez TOttS la coiuolaiion ei la paix ? mais Uni de larmes r^peiidues, les essuyez-vous? vous ne portez \m si loin les vues de la vertu : vous tes iKiruet toutes à vous-méme. Ainsi vous vous étesservide votre crédit auprès de ceux qui sont en place, pour faire passer des affaires onéreuses au peuple • vous avez bit un Iraflc honleux de votre nom et de votre faveur : vous avez vendu Iftcliemeni les larmes de vos frères ; vos mains uni loucbé le prix du sang et de rinlbrtune de mille maltieiireux t vous |vez fourni à vos Jeux , i voire luxe , à vos plaisirs, de cet argent d'iniquité ; tout ranalhètne des malheurs publics tombe sur vous seul : cependant, en participant aux saerenienis, vous croyez avoir effacé d'un seul coup louiesces horreurs de votre vie : des maux que vos larmes et vos biens ponrroient à peine réjMrer , vous les rangez Imit au plus parmi vos scrupules et vos doutes; et loin de trembler sur les suites d'un crime pres<pie irréparable, vous croyez être allé fort au-delà de ce que vous devez, en vous en faisant seulement une l>eine légère. Ainsi enfin, vos dépenses et vos prohibions ne connoissent point de bornes: vous vivez au milieu de votre ationdance conune si bi source de vos revenus étoit intarissable, ou que le monde entier vous appartint : cependant, mille créanciers malheureux souffmt de vos profusions et de vos inagniiicences : l'ouvrier et le marchand portent tout seuls le poids et l'incommodité de votre faste: eux seuls se reasement du mauvais étal aecret de vos affaires : vous leur refusez leur bien, tandis que vous vous accordez à vous-ménie fort au-dilà du vétre : vous leur retranchez leur pain et leur nécessité, tandis que vous ne voulez |«s vous retranclier à vous-ménie les bizarreries des siiper- Auités et de l'abondance. Or, voilà des abus à quoi la vertu ne louche point : une nouvelle vie ne retranche point de dépense : la dévotion n'incommode persoime : on prie Dieu avec tranquillité , tandis que l'ouvrier et le mardiand murmurent : on jouit avec com|dalsanoe de bi réputaiiuii de la vertu, tandis qu'on ne tnériie |ias même celle de rimroantié et de U Justice : on vient avec cunllance manger le pain du ciel à la table sainte , tandis que nos profusions outrées élenl la nour riturc à nos frères : on s'applaudit soi-mème , tandis que mille malheureux nous maudissent; et Tunique fruit qui revient à la vertu de notre ohaugemenl, c’est qu’elle est chargée delà haine et des impré*

caiiuas qui n’étoient dues qu'à notu-tnémes. Oui, mes Frères : de là, tant de marmtires contre la pète; de là ces discours publics que le monde fait tant valoir, qu'il débile avec tant d'enipliase , et peut-être avec lanl d*t^ullé, contre ceux qui se disent Justes : que la vérilatile dévotion e4 de ne faire tort à personne , est de rendre à chacun ce qui lui appartient , et de payer ses dettes , et de ne vouloir avoir que ce qui est à soi; qiTon se fait des Mrupiiles sur des riens , et qu'oo ne s'en fait point de retenir le bien d'autrui ; qu'on ne voudruil pas man(|uer à un salut, et qu'on ne compte p(Mir rien de manquer aux choses les plus essentielles; en un mot, qiToii donne à la dévotion les minuties, mais qu'on ne loncbc jamais aux principaux articles. Voilà, je l'avoue . un langage bien peu sérieux |K>ur la cliaire cliretienne : mais ce qui me touche, mes Frères, c'est que nous accoutumions les péclieurs i le tenir; et que nous fournlssioas au mtuidedes dérisions contre la vertu, qui paroissenl avoir la justice et la vérité pour elles.

Enfin, les réparations de scandale : je dis de scandale donné par la malignité de loi discours, et par un usage si otilré et si continuel de médisance qne le monde lui-même, si indnlgrnt pour ce vice, nous avoii fait de l’excès nà nous Tavions pou»é une espèce de flétrisnire publique , et une réputation odieuse même dans la soci<^té. Tant de dê>ordres secrets rendus publics, tant de conjectures malignes données pour des faits certains , lanl de soupçons conliés : et tout cela , que les larmes , qu'un silence éternel pcH.rrolt à fieine réparer, on ne le répare , il est vrai , epTen ne faisant plus le {Hiblic conflilent de ces discours empoisonnés ; ma» en Ie< cotiflant à un petit nombre de personnes, en clKiixissant ses auditeurs, en ne se contraignant devant le monde que p( ur se donner plus de licence en secret ; enlln, en ooiilirmani ce préjugé si répandu dans le monde et si njurieux à la vertu : qu'en se retrancl.aut sur tout le reste , les gens de bien se réservent le droit de médire; et qu’ils se dédommagent de la gène de leur vertu , par le plaisir de censurer les vices des autres.

Voilà, mes Frères, d'où vient qu'on ne se soutient pas dat» la voie de Dieu, c'est que mdre pénitence n'est jamais une réparation de nos crimes. Car vous n'acquittez pas vos dettes envers Dieu , et Dieu ne vous les remet pas : vous ne devez point attendre de grâce de lui, tandis que vous ne vouiez pas satLfaire à sa justice; la pénitence n'est sincère, qu'au tant que Irarcpiarations M)titrôellea en on molf uue coaversiou qui n'est pas entière,

i.K Joru DK paui:ks.

n’est [s'iiit (lu tout ; et vous ne devez pas itre surpris , si vous redevenez bientôt pécheur, puisque vous n’aviez jamais été qu'un faux Juste.

Ainsi, voulez- vous ne pins retomber, et persévérer dans le service de Dieu , évitez les écueils marqués dans ce discours. Ne négligez plus des précautions qui font toute la sûreté de votre pénitence; ne violez plus des résolutions qui sont le seul appui de votre foiblesse : n'omettez plus des réparations, qui renferment le seul remède de vos crimes. Hélas! mes Frères, c’est un si grand bonheur d'ètre à Dieu ; d’avoir enfin détruit ce mur de séparalioti , qui depuis tant d’années nous éloignuil de lui ; d’ètre enrin rentrés dans le sein paternel de sa miséricorde, après avoir erré si longtemps loin de lui , dans les voies tristes du monde et les égarements des passions ; d’avoir enfin rétabli la paix et la douceur dans sa conscience, après avoir porté toute la vie le poids , le trouble , et ht tristesse du crime.

C’est un si grand bonheur de vivre enfin pour celui qui nous a faits; de servir enfin un maître fidèle et bieuûiisant, après avoir porté si long-temps le joug d’uii monde ingrat et injuste; d’aimer enfin le seul objet qui peut rendre heureux ceux qui l’aiment, après avoir livré notre coeur tour à tour t mille créatures qui n’en ont jamais pu ni guérir l’inquiétude ni fixer l’inconstance; de travailler enfin pour quelque chose de réel et de solide , après avoir pcnio tant de soins et de peines à poursuivre des songes et des chimères.

C’est un si grand bonheur d’avoir enfin trouvé Dieu ; de vivre enfin pour l’éternité , après avoir vécu si long-temps pour la vanité: de nous assurer enfin une meilleure condition dans une autre vie, après nous être couvaincus en essayant de tout, qu’on ne pouvuit être heureux en celle-ci ; et de sauver enfin notre ame, après avoir vécu jusqu’ici comme si nous n’en avions po'mt : c’est un si grand bonheur, que quand vous auriez tous les sceptres, toutes les couronnes , l’empire de l’univers ; si vous n’avez pas Dieu , vous n’avez rien : et quand vous seriez sur le fumier comme Job, si vous avez Dieu, vous avez tout ; puisque vous avez la paix de la vie présente , et l’espérance de la future.

Grand Dieu ! c’est aujourd’hui le jour de votre gloire et de vos triomphes : etez sur ce royaume, où la foi est montée sur le trône en même temps que nos rois , des regards de miséricorde , en sanctifiant les grands et les puissants, qni doivent être eux-mêmes les protecteurs de la vertu et les exemples des peuples ! Que votre parole , ô mon Dieu! ne retourne pas ô vous vide! que l’indignité du ministre dont vous vous étesservipourrannoaegr

n’ôte rien de sa vertu , n’aRoiblisse pas son onction et sa force ! qu’elle ne sorte pas aujourd’hui de ce lieu auguste , sans emmener avec elle en triomphe, comme vous, les principautés et les puissances ! Grand Dieu ! consolez mon ministère, récompensez mes peines : je ne vous demande , Seigneur, que ce que vous demandiez vous-même à votre Père. J’ai aniKmcé votre nom et vos vérités à ceux vers qui vous m’aviez vous-même envoyé; je ne leur ai donné que les paroles que vous m’aviez vous-même données : sanctifiez- les maintenant dans la vérité ; consotumez en eux votre ouvrage , et faites qu’aucun d’eux ne périsse.

Grand Dieu , sauvez le roi ' : laites régner daixs le ciel, un prince qui vous fait régner sur la terre ; un si bon maître , un cœur si religieux; une ame si grande devant les hommes, si humble et ai simple devant vous ; un si grand spectacle sur le Üiédtre de Funivers, et i vos pieds un adorateur si anéanti et si sincère : le monde ne parle que de sa gloire , mais je ne vous parle ici que pour son salut; et vous savez, ô mon Dieu! que toute sa gloire l’occupe et le touche moins que vos miséricordes étemelles.

Grand Dieu , sauvez Monseignenr ’ ; formez de ce prince selon le cœur des liommes , un prince selon votre cœur : sanctifiez ses augustes enfants’; que votre crainte passe en eux avec la gloire de leurs ancêtres ; que le sang de saint Louis soit toujours fécond en saints , comme il l’est en héros ; que leurs noms soient écrits dans le livre de vie , eu caractères encore plus éclatants et plus immorlels que dans nos histoires.

Sanctifiez cette iliustrc princesse * , qui porte dans son sein l’espérance de l’État , et qui en fait elle-même l’amour et les plus chères délices : répandez l’abondance de vos bénédictions sur toute la race royale ; faites la croître et multiplier de génération en génération ; donnez aux peuples des maîtres d’un sang si généreux et si chrétien : étendez les bornes de la foi, en étendant celles de leur domination et de leur empire; et si les vœux d’un pécheur et d’un ministre indigne pouvaient être écoutés, recevez, grand Dieu! ces dernières elTusious de mon cœur , et que les souillures secrètes que vous y découvrez , n’ôtent rien devant vous i la vertu et au mérite de ma prière.

' Ainsi soif-il.

■ hoaia xjv.

■ Louts (tanphiu , 6fi unique de Louis xiv.'

( Les duc* de Bourgoenc, (d'Aiqoa), depuis roi d'Espague et de Brrrv.

« AdéUlde de Savoie, dncbew de Botugogoc, alors cncetntc de aon ptcaiier cnfaiiL

r.UlSSK OONFIAN'CK. .Ut

SERMON '

POl’R LE LVNM DE DAOCE». *

SUR LA FAUSSE CONFIANCE. i

A*o« auUm ffterobamut quia ip$t tuti redemfturus Jsratl- I

Nooi etp^rkuu que ce irroit loi qoi racbèteroit Itrafl.

vLCC, IXIT.34.) I

En Tûn JésaS'ChrUt pendant sa vie morille avoit mille fois averti ses disciples , que c’étoit se | flatter que de compter sur une récompense qne les croix et les travaux n’avoient pas méritée : cette vérité si peu fovurable à la nature, n'avoit pu trouver leurs espriu dociles ; et toutes les fois que le Sauveur avoit entrepris de les détourner sur 1 Terreur opposée , ils n’eutendoient pas cette parole, dit TÉvangtIe, etelleétoiicachéeàleurs yeux. Telle est encore aujourd’hui la disposition des deux disciples auxquels Jésus-Christ daigne apparollre sur leclterain d'Emmaûs : ils attendoient que leur maître délivreroit Israël du joug des nations , et qu’il les feroii asseoir eux-mêmes sur | douze trônes terrestres , sans qu’il leur en coôtdt | ni soins ni peines pour y monter ; sans que le Sau- | veur lui-méme eût besoin de souffrir pour iriom- [ pher de ses ennemis. :

Outre Terreur qui leur faisoit regarder Jésus- Christ comme un libérateur temporel , j’en re- | marque encore une autre qui ne me paroll pas | moins dangereuse en eux , mais qui est aujour- i (f hui plus commune parmi nous : c’est cette fausse | conllance qui leur persuade que sans qu’ils y I coopèrent eux-mèmes, et en laissant conduire i ! Jésus-Christ tout seul l’ouvrage de leur délivrance, . ils recevront Tefîet des magniflques promesses i qu’il leur avoit tant de fois réitérées, en conver- | tant avec eux sur 1a terre : Sperabamus. Or, mes | Frères, cette laosse confiance qui fait tout attendre aux pécheurs de la grâce seule, sans aucune coopération de leur pari, et espérer la récompense des Saints, quoiqu'ils ne travaillent pas à la mériter ; cette busse confiance, qui compte toujours sur la bonté de Dieu qu’elle offense ; qui sans I combattre se promet d’être couronnée , et qui es- { père toujours contre l’espérance ; cette fausse confiance qui ne veut pas acheter le ciel , et qui l’attend; c’est Terreur la plus universelle et la plus établie parmi les chrétiens; et lorsque Jésus-Christ parollra une seconde fms sur la terre, il se trouvera bien des disciples infidèles qui auront sujet de lui dire ; ^pern^amus, Noos espérions.

C’c«:t re qui m'oblige , mes Frères , i vot» entretenir aujourd’hui sur mie matière siimportante, persuadé que la busse sécurité damne presque tons les pécheurs ; que ceux qui craignent de périr, ne périssent jamais; et que je ue pouvois mieux finir mon ministère , qu'en étahfiwint dans vos cipurs les sentiments salutaires de défiance qui mènent aux précautions et aux remèdes , et qui en troublant la paix du péché laissent è b place b paix de Jésos^brist qui surpasse tout sentiment. Ainsi pour traiter un sujet si utile avec quelque étendue, je le réduis i deux proporitions ; il n’est point de disposition plus insensée que celle du pécheur qui présume, sans travailler à se corriger; c’est la première : il n’en est point de plus injurieuse è Dieu, c’est la seconde. La folie de b bus<e confiance, Tattentat de la busse confiance : développons ces deux vérilés après avoir imploré , etc. jévty Maria.

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