‹ Œuvres de Massillon, Évêque de ClermontChapitre 245 sur 348 · PREMIÈRE PARTIE · texte numérisé non relu

PREMIÈRE PARTIE

Je ne crains point de convenir d’abord avec vous , pies Frères, que les miséricordes du Seigneur sont toujours ^us abondantes que nos malices , et que sa bonté peut fournir à tous les péclieurs de légitimes molib de confiance. La doctrine que je dois établir est assez terribb , sans y ajouter de nouvelles terreurs en ne montrant qu'à demi les vérités qui peuvent Tadoucir ; et si Ton a besoin d’user de ménagement en celte matière , c’est plutôt en n’exposant pas tout ce qui seroii capable d’abrmer les oonscieoces, qu’en taisant une partie de ce qui pourroit les ccmsoler.

11 est vrai, mes Frères, que les livres saints nous donnent partout de b bonté de Dieu des idées magnifiques et consolantes. Tantôt c’est on maître doux et patient qui attend le pécheur à pénitence; qui dissimule les péchés des hommes pour les porter à s’en repentir; qui se tait, qui se repose, qui ne se presse point de punir , qui diffère afin qu'on le prévienne, qui menace pour être désarmé: tantôt c’est un ami tendre qui ne se lasse point de heurter à U porte du cœur ; qui nous flatte , qui nous presse, qui nous sollicite, qui nous supplie ; et qui^iploie pour nous attirer à lui tout ce dont un amour ingénieux peut s’aviser pour ramener un cœur rebelle : tantôt enfin , car on n’auroit jamais tout dit , c’est un pa.steur inbligable qui cherclie à travers les montagnes mêmes ses brebis égarées; qui, les ayant trouvées, les met sur ses épaules, et en est si transporté de joie, qu’il veut même que Tliarmonie céleste célèbre leur heureux retour. Certes , mes Frères, U but

S-JC LE Lll?il)l DE PAQUES.

l'avouer, oo ne peut rien ajouter à la iloiiceiir et â la cuiuolation (le cea images ; et tout pvclieur qui déseapire iprèa (xla , ou même qui ae détourage, est le plus insensé de tous les tiomniea. Mais ne concluez pas de li que le péclieur qui présume soit moins iiiaensé, ^el que la miséricorde du Seigneur puisse être un légitime fondement de conliance i ceux qui désirent sans cesse leur conversion, et qui, sans travailler i ce grand ouvrage, se promettent tout d’une,booté que leur conliance toute seule outrage. Pour voua en convaincre, avant que d’entrer dans lé fond de mon sujet , remarquez, je vous prie, que parmi celte foule innombrable de pécbeurs de toutes les sortes dont le monde est plein, il n’en est aucun qui n’espère de se convertir ; aucun qui se regarde par avance comme un entant de colère destiné à périr ; aucun qui ne se llatte que le Seigneur jettera enfin sur lui des regards de miséricorde : l’impudique , l’ambitieux, le mondain, le vindicatif, l’injuste, tous espèrent, et cependant nul ne te repent. Or, je venx vous prouver aujourd’hui que celte disposition de fausse confiance est la plus insensée où puisse être la créature : suivez, je vous prie, mes raisons; elles paroisseni dignes de votre attention.

En effet , quand je n’aurois à foire sentir la folie de la fausse confiance, que par l’incertitude où est de son salut un pécheur qui a perdu la grâce .sanctifiante, il ne faudroil pas d’autre raison pour justifier nui première proposition. Et lorsque je parle de rincertitude de son saint, vous comprenez bien i|u’il ne s’agit pas ici de cette incertitude commune à tous les fidèles , qui fait que nul ne peut savoir s’il est digne d’amour ou de haine ; s’il persévérera jusqu’à la fin, no s’il tombera pour ne plus .se relever : terrible sujet de frayeur, même pour les plus justes ! Je parle d’nne incertitude plus affreuse, puisqu’elle ne suppose pas dans le pécheur dont il s’agit , un état douteux de justice, et des frayeurs chrétiennes sur des chutes à venir ; mais qu'elle est fondée sur no état certain de péché, et sur un repentir dont personne ne jieut lui répondre.

Or, je dis que présumer en cet étal est le comble de la folie. Car, convenez-en, mon cher Auditeur, pécheur invétéré comme vous ÿtes ; croupissant , comme vous faites, tranquillement dans des passions injustes , au milieu même des solennités de la religion et de toutes les terreurs de la parole sainte , sur cet espoir insensé qu’un jour enfin vous sortirez de cet état déplorable ; vous ne sauriez nier qn’il est douteux du moins si vous vous relèverez, ou si vous demeurerez jusqu’à la fin dans votre péché. Je venx que vous soyez plein de bons désirs; vous n’ignorez pasqne les désirs ne

convertissent personne, et que les plus grands pécbeurs sont quelquefois ceux qui désirent plus leur conversion. Or, quand le doute ne seroit ici qu’égal , seriez-vous raisonnable d’être tranquille? Quoi ! dans l’incertitude affreuse si vous mourrez (lans votre désordre , ou si Dieu vous en retirera ; flouant , pour ainsi dire , entre le ciel et l’enfer g balancé entre ces deux destinées, vous seriez tranquille sur la décision? L’espérance est le parti le plus doux et le plus flalleur ; et cela suffiroit pour vous faire pencher de son côté? Ah ! mon cher Auditeur, quand il n’y auroit pas plus de raison de craindre que d’espérer, vous ne seriez pas sage de vivre dans ce calme profond.

Mais vous n’en êtes pas là ; il s’en font bien que les choses ne soient égales : dans ce doute affreux ({ue peut se former à soi-même tout pécheur, mourrai-je dans mon péclié , dans le péché dans lequel je vis actuellement et depuis si long-temps? n’y mourrai-je point ? le premier parti est infiniment plus certain. Car, premièrement , vos propres forces ne suffisent pas pour recouvrer la sainteté que vous avez [lerdue : il vous but un secours étranger, surnaturel, céleste, dont personne ne peut vous répondre; au lien que vous n’avez besoin que de vous-même pour demeurer dans votre péché : vous n’avez rien dans le fond de votre nature qui puisse ressusciter la grâce perdue, nulle semence de salut, nul principe de vie spirituelle ; et vous portez au milieu de votre cceur une source funeste de corruption , qui tous les jours peut produite de nouveaux fruits de mort : il est donc ' plus certain que vous mourrez dans votre crime , qu’il ne l’est que vous vous convertirez. Secondement, non-seulement il faut un secours étranger et divin, mais encore il fout un secours singulier , rare , refusé presqu’à tous les pécbeurs , un miracle pour vous convertir; car la conversion da pécheur est on des plus grands prodiges de U grâce , et vous savez vous-même que les exemples en sont très-rares dans le monde. Quelque ame heureuse de temps en temps que Dieu retire du dérèglement; mais ce sont des coups qui se font remarquer, et qui sortent de l’ordre commun : au lieu qu’il n’y a qu’à laisser aller les choses leur cours naturel , et vous mourrez tel que vous êtes; Dieu n’a qu’à suivre ses lob ordinaires, et votre perte est certaine : la possibilité de votre salut n’est fondée que snr un coup singulier de sa puissance et de sa miséricorde; la certitude de votre damnation a pour fondement la plus commune de toutes les règles : en un mot , que vous périssiez , c’est le destin ordinaire des pécheurs qui vous ressemblent; que vous vous convertissiez , c’est une

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