‹ Œuvres de Massillon, Évêque de ClermontChapitre 247 sur 348 · DEUXIEME PARTIE · texte numérisé non relu

DEUXIEME PARTIE

Il est assez surprenant, mes Frères, que la fansse confiance prétende uouver dans la religion même, des motifs qui l’autorisem, et qu’elle {uerme la plus criminelle de toutes les dbpositiona pour un sentiment de salut, et un fruit de la foi et de la grâce. En effet , le pécheur, qui, sans vouloir sortir de ses désordres, se promet un changement, allègue pour justifier sa présomption : premièrement, la puissance de Dieu, qui lient entre ses mains lés coeurs des hommes, qni dans on instant peut changer la volonté, et à qui il n’est pas plus difficile de Ikire naître renbnt de la promesse d'une vieillesse stérile que d’un âge pins fécond : secondement , sa justice qui, ayant pétri l’hoiinne de boue, c’est-à-dire, fbible ; et avec des penchants l^esque invincibles pour le plaisir, doit avoir qnelqnes égards à sa foiUcsse, et lui pardonner plus facilement des fautes qui lui sont comme inévitables ; enfin, sa miséricorde toujours prête à recevoir le pécheur qui revient à elle. Or, mes Frères, il est aM d’èler à la fausse confiance des prétextes si indignes de la piété , et de montrer que la disposition du pécheur qui présume, outrage Dieu dans tontes les perfections dont noos venons de parler. Souffrez que je vous en expose les ranons , et continuez à m'honorer de votre attention.

Eu premier lien, lorsque vous concevez un Dieu

puissant , maître des cœurs, et diangeant comme il lui plaît les volontés rebelles des hommes, n’estil pas vrai qne vous concevez en même temps une puissance réglée par ht sagesse ; c’est-à-dire, qui ne bit rien qne de conforme à l’ordre qu’elle a établi? Or, le pécheur présomptueux attribue à Dieu une puissance aveugle, qui agit sans discernement . Car , quoiqu’il puisse tout ce qu’il veut ; néanmoins, comme il est infiniment sage, il y a nn ordre dans ses volontés; il ne voit pas au ha.sard , et tout ce qu’il fait a ses raisons éternelles dans les secrets de sa divine sagesse. Or, il est clair qne cet te divine sagesse ne seroit pas assez justifiée devant les hommes, si la grâce de la conversion étoit enfin accordée à la busse confiance. Car, dites-moi, pour mériter la plus grande de toutes les grâces , il snffiroit donc de l’avoir mille fois rejetée ? le Juste qui crocifie tous les jours sa chair, qui gémit sans cesse pour obtenir le don précieux de la penévérance, n’aoroit donc rien au-dessus du pécheur qui se l'est toujours promis, sans s’être jamais mis en état de le mériter ? il seroit donc ^1 de servir le Seigneur, et de marcher devant lui dans b droiture, on de suivre les voies égarées des passions, puisqn’à la fin le sort des nns et des autres seroit le même? bien plus, ce seroit donc un mallienr, une folie, nne peine perdue de porter le joug dès sa jeunesse, puisque l’on ne risquerait rien en différant? les maximes du libertinage sur Famonr des pbisirs dans la première saison de la rie, et sur le repentir renvoyé aux années de eadneild et de débiibnee, seroient donc des règles de prudence et de religion? les prodiges de ta grâce ne serviraient donc plus qu’à tenter ta fidélité des Justes, qu'à aotoriser l’impénitencedes pécheurs, qu'à anéantir le fruit des sacrements, et augmenter les maux de l’Église? Est-ce là le Dieu qne nous adorons ! et leroit-il si admirable dans ses dons, selon Texpreasian do Prophète, s?il les dispensoit avec si peu d'ordre et de sagesse ?

En effet , mes chers Auditeurs, si l’empire qne Dieu a sur les cœurs ponvoit servir de ressource à un pécheur présomptueux; sur ce fondement, il budroit se promettre ta conversion de tous les hommes : de ces infidèles qui ne connoissenl point le Seigneur , de ces peuples barbares qui n'ont jamais entendu parler de lui. Dieu ne tient-il pas les cœurs de tous les hommes entre ses mains ? qui a jamais résisté à ta volonlc ? ne peut-il pas faire luire sa lumière dans les ténèbres les plus profondes , changer en agneaox les lions les plus furieux , et faire de ses ennemis les confesseurs les plus intrépides de son nom ? le aenr d’un Indien et d’un sauvage est-il pour lui nne conquête plus difficile

FAUSSE Cü«KIANCE.

que le opiir d’un pdcheor prémoiplueux? lout oe lui est-H pai également aisé? il n'a qn'à dire, et tout est lait. Et cependant , Tondriez-Tous U^dessus que votre destinée étemelle courût les mêmes risques que celle d'un sauvage, qui, an fond de ces forêts inaccessibles presque 1 la prédicalkm de l'Évangile, adore des divinités monstmeuses ? Dieu peut susciter en sa bveur des ministres évangéliques qui lui porteront, avec les lumières de la fbi , la grâce et le salut. Voua dites qu’il but un de ces coups miraculeux de b toute-puissance pour vaincre tontes les difficultés qni semblent rendre b conversion de cet infortuné impossible ; an lieu que vous, environné du secours des sacrements, des lumières de b doctrine et de l'instruction, vous vous trouve! dans des circonstances plus bvorables au salut , et qn’ainsi vous avez infiniment plus de lieu de vous le promettre. Ah! vous vous trompez , mon citer Auditeur, et je vous réponds que le salut de cet Infidèle me parolt moins déses- ^ré que b vûtre. Il n’a jamais abusé des grâces qu'il n’a pas reçues; et jusqu'ici vous avez indignement rejeté tontes celles qu'on vous a offertes : il n’a jamais résisté à b vérité qu’il n’a pas connue; et vous b retenez dans l’injustiee : un premier mouvement de salut triomphera deson cteur ; et les plus fortes irapressiotis de la gnoe vietmenl échouer contre b dureté du vûtre ; on seul rayon de lumière lui montrera des errenrs et des vérüés jnsqne-là inconnues; et loiitês les lumières de b foi ne sanroient tronbler b tranquillité dê vos passions : il n'offre à b miséricorde de Dieu qne le malheur de Sa naissance, que des péchés presque involontaires , qne des infortunés plntûl qne dès crimes. Iota motifs propres i ta tonclieê; H tons ne lui offrez que des ingrathudes affèctéeS, et des obstinations odieuses, tous sujets capabMS de Tékigner à jamais de vous. Ah f il (l'est (*t difficile au Seigneur de porter sur ses ailes à Iravers les mers , des hommes apostoliques ; Ses anges, quand il lui plaît, savent transporter ses prophètes, de la terre ou on l'adore, jusque dans Ibbylone, pour visiter un Juste exposé à b foreur des lionsi mais si quelque chose lui étoit difficile, ce seroit de vaincre on ctenr rebelle , de ramener nne ame née dans un royaume de lumière, environnée de tous les secours de b toi, pénétrée de tous les sentiments de b grâce, aidée de Ions les exemples de la piété, et toujours constante dam ses égaremenb. Cest donc une iiinsion de chercher dans sa pnissance de vains motita de sécurité : bien pourrait opérer tant d’antres prodiges en faveur de mille pécheurs qu'il abandonne, quoûpi'ila ne soient pas si indignes que vous de sa grâce : c’est une mizi-

Sol

me dangereuse de régler sa volonté sur sa puissance.

La seconde erreur qui autorise la fausse confiance, a son fondement dans l’idée injuste qu’au se torme de b justice divine. On se persuade qne l’homme étant né avec des pendiants violents ponr le pbisir, nos égaremenb sont plus dignes de la pitié du Seigneur , que de sa colère ; et que notre toiblesse toute seule sollicite ses grâces, au lieu d’armer son indignation contre nous.

étais en premier lien , on pourrait vom dire qne la corruption de votre nature ne vient point du Créateur; qu’elle est Touvrage de l'homme et la peine de son pédié; que le Seigneur avoit crée l’homme droit, et qu’ainsi cette pente malheureuse dont vous vous plaignez est un dérèglement qne Dieu doit punir lorsque vous y succombez : comment vonlez-vons donc qu’il vous serve d’excuse? c’est par-U que vous êtes un entant de colère et un vase de rebut : comment prétendezvous y trouver des raisons pour entrer en contestation avec Dien même , et défier sa justice? c’est par-U enfin qne vous êtes indigne de toutes les grâces : comment oseriez-vous en prendre occasion de les exiger?

On pourrait vous répondre en second lien , que quelle qne soit la toiblesse de notre volonté, rbonmie est toujours maître de SeS désirs; qu’il a été btasé entre les rhains de son conseil ; que ses passions t/oot d’empire sur hii, qu’alitant qu’il Veut leur en donner lui-même; et rpfon a mis devant nous Peau et lè feu, pour en laisser le choix libre à notre volonté. Ah ! je poorroh même IIdesans attester vdlfeeorwdenee; et vous demander ÉVons surtout; nion cher Auditeur, si, malgré totre toiblesse , torites les fols que èoUs avez abandonné b loi de Dieu , vous n’avez pas senti qu’il ne tenoif qièà vous d’être fidèle ; si de vives lumières ne vous ont poliit dêoouêert rhorrenr de votre transgression ; si de sccreb retnords ne vans en ont point détourné; si vous rfaveé pas Inlaneé alors entre le plaisir êt le devoir ; si, après mille délibérations intérieures et ces vicissitudes secrètes on tantôt b grâce, tantût la cupidité Pemporlolf, vous ne vous êtes point déclaré enfin pour b crime, comme en Irembisnl encore, et ne ponvant presque vous rassurer contre vous-même ? Je pourrois mêmé aller plus loin, et vous demander si, eu égard aux inclinations heureuses de pudeur et de retenue , aux diSpôsîtIoas dont Dieu vous avdil fcvorisé en naissant , l’irmocènce de ta vertu ne vous eût pas été comme plus natnrèlie, pins douce, pins aisée qne le dérèglement do vice; vous demander s’il ne vous en a pas plus coûté pour être inddêlc

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