DE LA SAINTE VIERGE
monde que ?oqi i^aimez pitts , que prétendez- TOUS, en relâchant ainsi en faveur de ses (H'éjugës mille chwes de la fidélité que vous devez à Dieu ? Si vous prétendez par U éviter ses censures, et le rendre plus favorable à votre nouvelle vertu, vous vous trompez. Plus le monde vous trouvera observateur de ses maximes, plus il deviendra censeur de votre piété ; plus vous conserverez de conformité avec lui, pins vous fournirez de traits à la malignité de ses censures ; les mêmes complaisances que voos obtiendrez avec peine de votre cœur pour lui plaire feront le sujet de ses dérifk>os : il ne blâme dans ceux qui se déclarent pour la piété que ce qn*il f trouve encore du sien ; il se moqoe de ces âmes flouantes qui sont de tout , du monde et de la vertu , et qu’on ne sauroit définir ; il rit de ceux qui , après l’avoir abandonné , veulent encore lui plaire ; et , tout ennemi qu’il est de la vertu , ses censures tombent d’ordinaire plutôt sur les défoula' de la vertu , que sur la vertu même.
Voidez-voos donc que le monde lui-méroe approuve voire cliangement ? qu’il soit sincère et universel. Youlez-vons qu’il applaudisse â votre nouvelle pénitence ? qu’elle soit proportionnée à vos anciens égarements; qu'il ne vous trouve pas on pénitent sensuel , indolent , tiède , encore à demi mondain, après vous avoir connu un péctieur vif, ardent, et déclaré sans ménagement pour le vice; qu’il ne puisse pas dire de vous qu’une vertu commode a succédé à des passions extrêmes ; que vous avez mis la paresse â la place des plaisirs violents; et qu’il n’y a de merveilletix dans votre nouvelle vie qu’un éloignement plus marqué de tout ce qui vous gène. Ne craignez le monde qu’autant que voos le ménagerez. Tandis que Samson vécut ennemi déclaré des Philistins , et loin de leurs villes , il passa parmi eux pour un homme su-scilé de Dieu , et destiné à relever la gloire d’israél ; mais à peine se rapproche -t-il de ce peuple inf^èle , à peine fait-il alliance avec lui, et imite-t-il ses rocenrs, qu’il devient la folde de Gaza , et sert de jouet public i leurs assemblées.
Le monde ne pardonne rien à la vertu. Non-seulement il ne foit pas no mérite aux gens de bien de s’accommoder à ses usages , mais U exige d’eux plus de modestie , plus de retenue , plus de charité , plus de désintéressement , plus d’oubli d’euxmémes , plus de privations, s’il est possible, que l’EvangiJe même. Il est sévère jusqu'à Texcès dans les régies qu’il impose aux Justes ; il leur dispute les plus petits ndoucissements ; il leur fait un crime des foutes les plus légères ; il se scandalise de lean libertés les plus innocentes ; il voiidroit
les condamner à une relraite étemelle, à une tristesse sans délassement , à une insensibilité entière sur leurs propres intérêts; il voudroit, ce semble, qu’ils ne fussent plus des hommes, pour les mettre an nombre des Justes ; et son injustice va plutôt à outrer leurs obligations qu’à justifier leurs foiblesses. C’est ici que le monde est un docteur austère : les Pliarisieas taxent d’inlenipéranoe les repas innocents de Jésus-Christ; Micbnl regarde avec des yeux censeurs les saintes saillies de la joie de David ; les grands de Jérusalem trouvent de l'ambition dans les larmes et les prédictions de Jérémie. Le monde grossit tout , envenime tout dans les actions des gens de bien ; toujours indulgent pour lui-même, il conserve toute sa sévérité pour eux ; comme si , en poussant trop loin les devoirs de la piété, il ne cliercboit qu’à se persuader à lui-même qu’ils sont impraticables, et à se justifier les transgressions qui l’en éloignent.
Enfin la dernière précaution dont .Marie se sert pour conserver la grâce reçue est une précaution de reconnoissance continuelle ; et c’est ici le troisièine écueil à craindre dans une vie nouvelle. On ne sent pas assez la grandeur du bienfait qui nous a retirés du désordre; or, ce defaut de reconnoissance prend sa source, premièrement d’un orgueil secret, qui fait qu’on attribue en partie son cliangemeot à un naturel heureux , à un fond de droiture et de probité, qui, même au milieu de nos désordres , nous faisoit rougir du vice, meltoil à DOS passions certaines bornes que la plupart des autres pécheurs franchissent , et nous rendoit le devoir respectable dans le temps même que nous le faisions céder au {âaisir. Or, Marie, née avec tant d’avantages , et formée , ce semble , pour la vertu , ne cherche point en elle-même les raisons des bienfaits de Dieu : // a opéré en moi de yrandes choses , dit-elle , parce qu'il s'est souvenu de sa miséricorde, ( Lire, i, 49, 5L) Tout retour sur elle-même lui paroUroit une noire ingratitude ; et, ne trouvant que sa bassesse qui ait pu attirer sur elle les regards de .son Dieu ; plus elle s’envisage , plus elle décou>Te la grandeur du bienfait , et ne trouve en elle-même que de nouvelles raisons de reconnoissance.
Dieu aime qu’on sente tout le prix des grâces qu’il nous fait. Il est jaJuiix de ses dons comme de sa gloire ; et rien ne suspend ses miséricordes comme de vouloir chercher en nous-mêmes les raisons qui nous les ont attirées. En effet, outre qu’un naturel heureux et sensible au bien est un don lui-même de la grâce, quelle injustice de diminuer par là la grandeur du bienfait qui a changé notre cœur, et la reconnoissance que nous en de-
LA CONCEPTION
Tons à noire bienfaiteur! D*oîi vient que tant d'autres p<h:hcurs , ués encore plus heureusement que nous ^ plus portés que nous , par le caraclèi'e de leur cœur, à la pudeur et à l'innocence ; plus touchés de la vertu et des vérités saintes qui Tin* spirenl; d'où vient cependant qu’ils n'ont pas le courage de ronq>re leurs clialues; qu’ils foulent encore aux pieds la vérilé qu’ils respectent ; qu’ils se prêtent encore , comme malgré eux , à la desU* née de leurs penchanU ; et que , malgré même la j voix de la nature, qui semble les rappeler au devoir, ils se laissent encore entraîner au monde et i au cliarme de ses plaLsirs criminels? Que dis- je 7 | d'où vient <|ue ces inclinations heureuses qu’ils i ont apportées en naissant deviennent elles-mêmes , le prétexte de leur impéniience ; que c’est là-dessus qu'ils se promettent toujours une conversion à venir ; que , se trouvant plus de sensibilité pour le bien que les autres pécliviirs, ils meurent impénitents, parce qu’ils n’avoicnl pas vécu endurcis? Je n’en dis pas assez, mes Frères : examinez ce qui se i^sse dans le monde, et vous verrez que ce | sont d’oivUnaire les caractères les plus doux , les plus sensibles, les plus capables de vertu; les cœurs les plus tendres, les plus sincères, les plus généreux, qui se laissent corrompre par les plaisirs. Qu’avez-vous donc offert, en offrant à la grâce une ame bonne et facile , que plas de dispo* sitions aux plaisirs, plus d’obstacles à la vertu? Plus la nature senibloil vous avoir favorisés, plus vous étiez loin du royaume de Dieu ; plus vous devez bénir la main miséricordieuse qui a cliangé pour vous en moyens de sanclincalioii les mêmes pencliants qui, dans les autres, sont le piège de leur innocence ; qui a tourné votre vivacité pour le plaisir en une sainte ardeur |iour la justice; votre temlresse pour les créatures en une amoureuse componction pour lui; vos sensibilités profanes en de saintes larmes : et s’il vous est permis de jeter quelques regards sur ce naturel heureux que vous avez reçu en naissant , c’est pour vous confondre devant Dieu de l’avoir fait servir si long-temps à rinjuslice, et de n’avoir fait d’autre usage des talents naturels qui vonsdUlinguenl des autres Itommes, que d'y avoir trouvé une (Uslinciion malheureuse dans la science du crime et dans le succès des passions. Qui suis-je donc , ô mon Dieu î pour vouloir clierchcr dans mon cœur les raisons de vos miséricordes ? t>'n infortuné que vos dons ont rendu plus coupable; un péclieur, qui ai trouvé dans vos bienfaits mêmes la source de mes misères ; un monstre d’ingraliliidc, qui ai pris plaisir d’allier tout ce qu’un naturel heureux peut donner de favorable pour la vertu avec tout ce qu’une volonté
corrompue peut inspirer de plus extrême pour le vice.
La seconde raison pourquoi ce sentiment de rcconnoissancf , qui doit être continnel dans les âmes que Dieu i touchées , se ralentit en nous, c’est que le souvenir de nos misères passées s’affoiblit et s’efface. Dans les premiers jours de notre pénitence, nous ii'osioiis presque nous regarder nousmêmes : les horreurs de notre ame, encore toutes vives , pour ainsi dire , faisoieiil frémir notre foi ; nos désordres s’oiïroienl encore à nous avec toute leur nuirceur; il falluit même qu’un confesseur prudent et cliaritable la déguisât presque â oosyetuc pour rassurer nos frayeurs et ménager notre faiblesse ; et notre seule tentation alors étoit de tnq> sentir notre misère. Mais iasensiblement nous nous sommes familiarisés avec no<is-mén)cs ; nos vertus prétendues nuus ont caclié nos crimes [lassés ; et quelques jours consacrés à des œuvres de pénitence et des larmes d'un moment ont effacé de notre souvenir les liorreurs d’une vie entière d’iniquité. C’est ainsi que la reconnoissance du bienfait qui nous purifia s’est affoiblie avec le souvenir des souillures dont nous étions alors couverts.
Telle est la destinée de la plupart des conversions , et de là vient qu’il en est si peu de durables. Dieu veut qu’oo sente, tous les mometits de la vie, le prix inestimable de la grâce qui changea notre cœur; et il cesse d'étre miséricordieux dès que vous cessez d’être senrible à ses miséricordes. David , après les rigueurs de sa pénitence et les larmes de ses cantiques, ne voyoii encore en lui que le meurtrier d’Urie et le violateur de la sainteté du lit nuptial : son péché , depuis long-temps expié , comme une ombre importune, reparoissoit sans cesse à ses yeux ; et ni l’cdal du trdne , ni la prospérité de son règne , ni le nombre de ses victoires , ni sa fidélité depuis constante dans la loi de Dieu, ni son zèle pour la majesté du culte , ni les louanges mêmes des Proplièies, qui sembloient avoir oublié sa faute, pour ne se souvenir que de sa piété et de tant de saintes actions qui l’avoicnt depuis réparée , n’en avoieni pu effacer le souvenir de son esprit et de son cœur : £t peccatum meurn eoutra me est semper, (Ps. l. 5.)
O Dieu ! disoit sans cesse oe.roi pénitent, quand je rappelle en votre présence la multitude de nies iniquités , les grâces dont vous m'avez toujours favorisé , lors même que je viulois votre loi sainte avec plus d'ingratitude et de scandale, mon cœur se trouUe , ma conflanoe m’abandonne , mes yeux ne voient plus avec plaisir tout cet édat et toute celle grandeur qui m'environnent : Cor mmm coNfurf/alwn rsf, drrWiqitif iiieririvs wra, et fu-