‹ Œuvres de Massillon, Évêque de ClermontChapitre 26 sur 348 · DE LA SAINTE VIERGE · texte numérisé non relu

DE LA SAINTE VIERGE

orulonim weomm. (P«. xxxvii , il.) Oui, Seigneur, tous les plaisirs de la royauté ne sauroieiit plus égayer ce fonds de IrUlesse que la douleur de vous avoir offensé laisse dans mon ame : ^f]Heius rum. (/6id., 9.) Toute la gloire de iiK>n régne ne sauroit remplacer rhumiliation secrète que le souvenir de rues foiblesscs me fait sentir devant vous : //umtftafus suni.(/6id., 9.) Que vous reiidrai-je donc , ù Seigneur ! pour toutes les bc* nédictions dont vous m’avez toujours prévenu? Vous ne m'avez jamais abandonné dans mes rements; vous m’avez suscité des Prr^iètes qui m'ont annoncé vos volontés saintes; vous m'avez donné un cœur docile à la vérité; vous m’a\ez | toujours favorisé contre mes ennemis; vous avez inulliplié ma race , et affermi pour jamais le trône de Juda dans ma maison; vous m’avez rendu redoutable à mes voisins et cher à mes peuples : que vous rendrai-je , Seigneur , pour tant de bienfaits ? et mes larmes pourront-elles jamais suffire pour expier mes crimes on pour recoiinoltre vos grâces? Quid rffrtftvam, /7otni»o, pro omnUms qaœ retribuit mifii? (Ps. cxv, 12.) C’est ainsi que David persévéra jusqu'à la fin, et lit du souvenir continuel de son p^ié toute tasôreté de sa pénitence.

Enfin, la dernière raison pouniuoi nous laissons afToiblir notre recoiinoissance , aprCs les premières dêmarclies d’une conversion, c’est que ihhls ne faisons pas assez d’alteiillon que Dieu, en changeant notre cœur, nous a préférés à une infinité (l’arnes moins criminelles que nous sans doute, et qu'il laisse cependant encore dans les voies de la perdition. Or, cette préférence que Dieu fait de Marie, non en la retirant dn crime, mais en la préservant , devient le motif le plus puissant de sa reconnoissance. Elle se souvient que, tandis que le Seigneur néglige toutes les autres filles de Juda, il daigne jeter les yeux sur la bassesse de sa Servante, la choisir et la combler de dons et de grâces. ( Li;c, I, 48, 53. ) C’est ccUc préférence de miséricorde et de dilectioii de Dieu envers elle qui, faisant la plus douce occupation de ses pensées, nourrit sa foi, réveille son amour, afTermU sa fidélité.

Rien, en effet, ne fait mieux sentir le prix de ia grâce à une ame en qui Dieu a opéré un saint dégoût du monde et une horreur de ses égarements passés que de voir une iiifliHté de péclieiu^ de tout rang, de tout âge, de tout sexe, les complices mêmes de ses ancieas plaisirs , encore livrés à l’aveuglement et à toute la comiptlon de leur cœur, tandis qu’elle seule est choisie, discernée par une bienveillance singulière de Dieu, retirée de ses désordres , éclairée et appelée à la counoUsance de

la vérité. Ah! c’est alors que cette ame, touchée de la grandeur de ce bienfait ; Qu’avez-vous trouvé de iiH>i , ô mon Dieu, dil-elie, qui ait pu m’attirer une distinction si singulière de grâce et de miséricorde? Qu'avois-je, par-dessus tant d’ames que vous laissez périr à mes yeux dans le monde, que plus de misères à guérir, et plus d’opposition à votre grâce? Que vous ai-je lait pour être ainsi préférée ? J’ai gardé moins de ménagement dapf mes passions ; j’ai résisté plus long-temps à vos inspirations saintes; j’étois liée par des chaînes plus {lesanles et plus honteuses : voilà, ô mon Dieu , tout mon mérite. Une abondance d’iniquité a attiré sur moi une surabondance de grâce; vous avez ciioisi la plus foible et la plus criminelle de vos créatures pour faire éclater davantage en ntoi la puissance de votre bras et les merveilles de voire miséricorde. O Dieu , si propice au pécheur, donnez-moi donc un cœur capable de vous aimer autant que ma reco;.no!ssance le demande, et que l’excès de voire bonté le mérite ! Voilà, mes Frères, en quoi consiste cette fidélité de précaution , si nécessaire pour conserver la grâce reçue; mais à la fidélité de précaution, Marie ajouta une fidélité de correspondance.

SECONDE PARTIE

Ce n’est pas assez d’avoir évité, par des précautioas salutaires, les écueils à craindre dans un commencement de vie chrétienne , il faut encore suivre les voies où la grâce nous appelle, et avancer sans cesse dans le chemin du salut où nous sommes entrés.

Quelles sont , en effet , les sources les plus ordinaires de nos rechutes? C’est, premièrement, de ne pas suivre toute la force et toute l’étendue de la grâce, qui nous a rappelés de l’égarement; c’est, en second lien, de sortir de la voie par où elle vouloit iK)iis conduire; c’est enfin de se décourager en avançant , et s’affoiblir à cliaquc obstacle que ie démon ou notre propre foiblesse nous oppose. Or, Marie offre à la grâce une correspondance de perfection , une correspondance d’état et une corres(>ondance de persévérance, qui achèvent de nous instruire.

Je dis premièrement une correspondance de perfection ; et c'est ici où Marie apprend aux amef touchées de leur salut à ne pas mettre de bornes dangereuses à la grâce , qui les a retirées des égarements du monde et des passions. Jamais aucune créature ne mena sur la terre une vie plus détachée, plus pure, plus parfaite que celte sainte fille de Juda. Nul reste d’attachement étranger ne partagea ou n’alToiblit jamais dans son ctear l’t-

LA CONCEPTION

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moar qa’elle eat pourlésns-Clirbt; elle l’aima plus que sa propre r<!pu(ation , puisque les soupçons de Joseph ne purent tirer de sa bouche un areu dont son humilité edt été blessée; plus que sa patrie, puisque, sans balancer, elle le suit en Kgyple; plus qu’une gloire humaine, puisque, comme ses autres proches , elle ne le presse pas de se manifester au monde; pins que son repos, puisqu’elle ne l’abandonne jamais dans ses courses; enfin plus qu’elle-méme , puisqu’elle l'immole sur k Calvaire , et que la tendresse naturelle y cède i la grandeur de sa foi. La grâce l’appeloit aux séparations les plus rigoureuses , aux vertus les plus parfaites, aux démarehes les plus héroïques; elle ne la borne point à un genre de vertu plus adoucie et plus commune.

Or , rien de plus rare parmi les personnes revenues de leurs égarements que cette sorte de correspondance â la grâce. Je sais que cliacun a son propre don; que la mesure de la grâce n’est pas la même pour toutes les âmes , et qu’on exigera moins du serviteur à qui on aura moins donné ; mais je dis que vous en particulier , que Dieu a touché, vous êtes infidèle â la grâce, en TOUS abstenant de vos anciens crimes, il est vrai, mais en vous bornant d’ailleurs à des mcrurs tièdes, sensuelles et communes.

Et voici sur quoi je fonde cette vérité ; sur lès lumières dont Dieu vous favorise , et qui ont suivi votre pénitence. En ouvrant les yeux sur l’énormité de vos fautes passées, vous les avez ouverts en même temps sur l'étendue de vos devoirs; vous connoissez les règles de la foi, vous voyez jusqn’ou l'Evangile pousse le détacliement , ta haine du monde, le mépris de soi-même, l’amour de la croix, la violence des sens et de resprit; vous voyez, sur la plupart des usages les plus établis dans le monde , mille choses que les mondains ne voient pas; â chaque action vous discernez le meilleur, selon l’expression de l’Apdtre; c’est-à-dire ce qu’il faudrait faire pour entrer dans l’esprit de la foi. Or, je dis que vous serez jugé sur ce que vous aurez connu, et que, devant D'ieu , vos lumières seront la mesure de vos devoirs.

Je fonde encore cette vérité sur les sentiments que Dieu vous donne. Car , rappelez ici ces premiers moments de pénitence , où vous commençâtes à détester les égarements de votre vie passée : rtm sentîtes on nouveau goût pour la prière, pour la retraite , pour les saintes austérités. Vous gémissiez au fond du ccnir des engagements qui vous lioient encore au monde , des plaisirs qu’il falloil encore s’y permettre , des usages qu’une

certaine bienséance vousobligeoil de suivre ; voni vous disiez à vous-même qu’une ame chrétienne devait bannir ces restes de mondanité, mais qu'une ame ptélieresse, condanmée comme vous aux larmes de la pénitence , devoit regarder ces mnxirs adoucies comme des crimes. N'est-il pas vrai que , malgré la foiblesse qui vous a fait persévérer jusqu'ici dans cet état, ces sentiments de fui ne sont pas encore effacés de votre cœur; que vous vous reprochez encore fous les jouta votre lâcheté et votre infidélité aux grâces reçues; que vous sentez qu’il manque encore quelque chose â ce que Dieu demande de vous ; que , malgré l’erreur publique qui loue votre piété, vous sentez encore devant Dieu que vous êtes bien loin de l’état où la grâce vous appelle, et que les louanges des hommes, qui supposent en vous des vertus que vous n'avez pas, ne feront que rendre votre condamnation plus sévère? N’est-il pas vrai que toute votre vie , quoique innocente aux yeux des hommes , n'est qu’une suite de remords ; que vous ne goûtez pas cette paix de l’iimooence qui est le plus doux fruit de la grâce, et que, voua abstenant du crime , vous êtes cependant privé de toutes les consolations de la vertu ?

Or, la vocation du ciel est écrite, pour ainsi dire, dans les inquiétudes de votre ame. Si cette vie, tonte naturelle, encore à demi mondaine, que vous menez , étoit la situation où Dieu vous veut; si la grâce ne vous appeloit pas à une séparation du monde plus entière, à une vigilance plus sévère sur vos sens, vous seriez tranquille dans votre étal, vous n’y éprouveriez que ces désirs d'un état encore plus parfait , inséparable de la justice chrétienne; vous n’y sentiriez point ces efforts d’un coenr inquiet, agité, mécontent, découragé, qui sans cesse voudroit prendre son essor pour s’élever au-dessus de lui-même, et qui â l'instant est rentrainé par sa propre faiblesse; vous goûteriez combien il est doux d’être à Dieu et de le servir. Votre vertu n’est triste et inquiète que parce qu’elle est tiède et infidèle. Un autre , peut^tre appelé à un moindre degré de grâce et de justice , se préservera de tonte chute grossière dans cet état d'imperfection; ses penciunts moins vifs, son caractère moins extrême, son coeur moins aisé â émouvoir ne trouvera pas dans les mêmes périls, an milieu desquels vous vivez, les mêmes écueils. Mais pour vous, dont les inclinations plus fragiles, l'ame plus susceptible d’impressions , ne peut être en sûreté que loin des périls , et défendue par toutes les précautions de la foi , vous .sentirez insensiblement votre vertu s’affoiblir, votre horreur pour le vice diminuer ; cba-

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