PREMIÈRE partie
Sire , le premier écueil de notre innocence c'est le plaisir. Les autres passions , plus tardives , ne se .
ülll. DE CARÊME, développent et ne mârisseni, ponr ainsi dire, qu'a- ’Vec la raison : celle-ci la prévient, et nous noua trouvons corrompus avant presque d’avoir pn connoltre ce que nous sommes : ce penchant infortuné, qui souille tout le cours de la vie des hommes , prend toujours sa source dans les premières iiMEurs; c’est le premier trait empoisonné qui blesse l'ame ; c’est lu i qui eflace sa première beauté, et c’est de lui que coulent ensuite tous ses autres vices.
Mais ce premier écueil de la vie humaine devient comme l’écueil privilégié delà vie desgrands. Dans les autres hommes, cette passion déplorable n’exerce jamais qu’à demi son empire ; les obstacles la traversent, la crainte des discours publics la relient, l’amour de la fortune la partage.
Dans les princes et dans les grands , ou elle ne trouve point d’obstacles ; on les obstacles enx-mèmes, facilement écartés, l’enfiamment et l’irritent. Hélas ! quels obstacles a jamais trouvés làdessus la volonté de ceux qui tiennent en leurs mains la fortune publique ? les occasions préviennent presque leurs désirs ; leurs regards , si j'ose parler ainsi , trouvent partout des crimes qui les attendent ; l’indécence du siècle et l’avilissement des cours honorent même d’éloges publics les attraits qui réussissent à les séduire : on rend des hommages indignesà l’effronterie la pins honteuse ; on bonheur si honteux est regardé avec envie , au lieu de l’être avec exécration ; et l’adulation publique couvrel’inCsmiedu crime public. Non, Sire, les princes, dès qu’ils se livrent au vice, ne ooanoissent plus d’autre frein que leur volonté, et leurs passions ne trouvent pas plus de résistance qne leurs ordres.
David vent jouir de son crime : l’élite de son armée est bientêt sacrifiée ; et par-là périt le seul témoin incommode à son incontinence. Rien ne coûte et rien ne s’oppose aux passions des grands : ainsi la beilité des passions en devient nn nouvel attrait ; devant eux toutes les voies du crime s’aplanissent, et tout ce qui plaît est bientêt possible.
La crainte dn public est un autre frein pour la licence du commun des hommes. Quelque corrompues que soient nos mours, le vice n’a pas encore perdu parmi nous txrate sa honte; il reste encore nne sorte de pudeur publique qui nous force à le cacher i et le monde lui-même, qui semble s’en faire honneur , lui attache pourtant encore une espèce de flétrissure et d’opprobre : il favorise les passions, et il impose pourtant des bienséances qui les gênent; il fait des leçons publiques du vice et de la volupté , et il exige pourtant le secret et une sorte de ménagement de ceux qui s’; livrent.
Digilized by Googli