‹ Œuvres de Massillon, Évêque de ClermontChapitre 256 sur 348 · DES GRANDS. SM · texte numérisé non relu

DES GRANDS. SM

tent la fruits d’une gloire dont ils n’ont pas goûté l’amertume ; le sang et les travanx de leurs ancétra deviennent le titre de leur mollesse et de leur oisiveté : la nature a tout fait pour eux, elle iw laisse plus rien à faire au mérite ; et souvent Fépoque glorieuse de l’élévation d'une race devient on moment après elle-même , sous un indigne héritier, le signal de sa décadence et de son opprobre : la exempta là-dessus sont de touta la nations et de tons la siêda.

Salomon avoit porté la gloire de son nom jusqu’aux extrémités de la terre ; Fécial et la magniflcencedeson règiK avait surpassé celle de tous la rois d’orient : un fils insensé devient le jouet de sa propres sujets , et voit dix tribus se choisir un nonvaii maître. La enfants de la gloire et de la magniFioencc sont rarement la enfants de la sagesse et de U vertu ; et il est presque plus rare de soutenir la gloire et la honneurs auxquels on succède , que de la acquérir soi-même.

DEDXIÈME PARTIE.

Le plaisir atdonc le premier écueil da grands, et c’at par-là que le lentaleur commence à la séduire ; il continue par l’adulation. Le plaisir coi^ rompi le cœur par le vice ; l’adulation achève de le fermer à la vertu. La attraits qui environnent le trône, soufflent de touta parts la volupté; l’adulation la justifie. Le désordre laisse toujours an fond de Famé le ver dévorant ; mais le flatteur traite le remords de faiblesse, enhardit la timidité du crime, et Ini ôte la seule tosonree qoi ponvoit le ramener à la pudenr de l’ordre et de la raison.

Sire , quel fléau pour la grands, que ces bomma nés pour applaudir à leurs passions, on pour dressa da piéga à leur innocence! quel malheur pour la peupla, quand la princa et la puissants se livrent à ca ennemis de leur gloire, parce qu’ils le sont de la sagesse et de la vérité ! La Béanx da guerra et da stérilita sont da fléaux passagers; et da temps plus heureux ramènent bientôt la paix et l’abondance : la peupla en sont affligés, mais la sagesse du gouvernement leur laisse espérer da ressourça. Le fléau de l’adnlalion ne permet pins d’en attendre ; c’est une calamité pour l’état, qui en promet toujours de nonvdla : Foppression da peupla déguisée au souverain ne leur annonce que da cliarga plus onérensa ; la gémissements la plus lonchanis qite forme la misère publique, passent bienlôt pour da murmura; la remoolranca la plus jnsta et la pins respectnetisa , l’adulation la travestit en

pREMiKii niMANr.iir; dk car^^.mk.

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une icméril^ piliilsmlilc; el l’impoMibililc d’obéir n'a plus d’aulre nom ipie la rébrllion pt la mauvaise voionlé quirefuK. Que le Seigneur [Ps., xi, 4), disoit autrefois un saint roi , confonde ces langues trompeuses, et ces lèvres fausses qui cberclient à nous perdre , parce qu'elles ne s’étudient qu'i nous plaire !

Sire, defiez-voos de ceux qui, pour autoriser les profusions iiumeoses des rois, leur grossissent sans cesse l’opulence de leurs peuples. Vous succédez à une munardiie florissante , il est vrai , mais que les pertes passées ont accablée : le zèle de vos sujets est inépuisable, mais ne mesurez pas Uhdessus les droits que vous avez sur eux ; leurs farces ne répondront de long-temps i leur zèle; les nécessités de l’état les ont épuisées ; laissez-les respirer de leur accablement : vous augmenterez vos ressources en augmentant leur tendresse. Ecoutez les conseils des sages et des vieillards auxquels votre entimce est confiée, et qui présidèrent aux conseils de votre auguste bisaïeul ; et souvenez-vous de ce jeune roi de Juda dont je vous ai déjà cité l’exemple , qui , pour avoir préféré les avis d’une jeunesse inconsidérée à la sagesse et à la maturité de ceux aux conseils desquels Salomon son père éloil redevable de la gloire et de la prospérité de son règne, et qui lui conseilloient d’affermir les cummeocemeutsdu sien par le soulagement de ses peu()les , vit un nouveau royaume se former des dcbrû de celui de Juda : el pour avoir voulu exiger de ses sujets au-deli de ce i|u’ils lui devaient , il perdit leur amour et leur fidélité qui lui éloit due. Les conseils agréables sont rarement des conseils utiles; et ce qui flatte les souverains fait d’ordinaire le malheur des sujets.

Oui , Sire, par l’adulation les vices des grands se fortifient ; leurs vertus mêmes .se corrompent. Leurs vices se fortifient ; et quelle res.source peutil rester à des passions qui ne trouvent autour d’elles que des éloges ? Hélas ! comment pourrionsnous haïr et corriger ceux de nos défauts que l’on luue, puisque ceux mêmes qu’on censure trouvent encore au-dedans de nous, non-seulement des peiiclianis, mais des raisons même qui les défendent ? nous nous bisous à nous-mêmes l’apologie de nos vices ; l’illasion peut-elle se dissiper, lorsque tout ce qui nous environne nous les donne pour des vertus ?

Leurs vertus mêmes se corrompent; c’est l’expérience de tous les siècles , disoit As.soérus : les sugitestious flatteuses des méchants ont toujours | perverti les inclinations louables des meilleurs | princes , et les plus anciennes histoires nous en fournissent des exemples : £t ix vtterlbus pro- j

butur hisiorns...iptomodù matisqunriinKfRni Siiqgrstionibtts reijuin sludia) deprarentur. (Esth,, XVI, 7. ) C’étoit un roi infidèle qui faisait cet aveu public i ses sujets ; les conseils spécieux et iniques d’un flatteur alloient souiller toute la glaire de son empire ; la fidélité du seul Mardochée arrêta le bras prêt â tomber sur les innocents. Un seul sujet fidèle décide sauvent de la félicité d’un règne et de la gloire du souverain ; il ne faut aussi qu’un seul adulateur pour flétrir toute la gloire du prince, et faire tout le malheur d'un empire.

En effet , l’adulation enbnte l’orgueil ; et l’orgueil est toujours l’écueil fatal de toutes les vertus. L’adulateur, en prêtant aux grands les qualités louables qui leur numquent, leur bit perdre celles mêmes que la nature leur avoit données; il ciiange en sources de vice des penchants qui étoient en eux des espérances de vertu ; le courage dégénère en présomption; la majesté qu’inspire la naissance, qui sied si bien an souverain , n’est plus qu’une vaine fierté qui l’avilit et le dégrade; l’amaur de b gloire , qui coule en eux avec le sang des rois leurs ancêtres, devient une vanité insensée, qui voudrait voir l’univers entier à leurs pieds , qui cherche è combattre seulement pour avoir l'hunneur frivole de vaincre , et qui , loin de dompter leurs ennemis, leur eu fait de nouveaux, et arme contre eux leurs voisitu et leurs alliés : l’humanité si aimable dans l’élévation, et qui est comme le premier sentiment qu’on verse dès l’enbnce dans l’ame des rois ; se bornant à des largesses outrées et A une familiarité sans réserve pour un petit nombre de bvoris , ne leur laisse plus qu’une dure insensibilité pour les misères publiques ; lesdevoirs mêmes de la religion , dont ils sont les premiers protecteurs, et qui avoienl fait la plus sérieuse occupation de leur premier âge , ne leur paraissent plus bientôt que les amusements puérils de l’enfance. Non , Sire , les princes naissent d’ordinaire vertueux , et avec des inclinations dignes de leur sang ; la naissance nous les donne tels qu’ils devraient être; l’adulation toute seule les fait tels qu’ils sont.

Gâtés par Ica louanges, on n’oseroit plus leur parler le biigage de la vérité : eux seuls ignorent dans leur état ce tpi’ eux seuls devraient coonoltre ; ils envoient des ministres pour être informés de ce qui se passe de plus secret dans les cours et dans les royaumes les plus éloignés , et personne n’oseroit leur apprendre ce qui se passe dans leur royaume propre ; les discours flatteurs assiègent leur trône , s’empirent de toutes les avenues , et ne bissent plus d’accès à b vérité. Ainsi le souverain est seul étranger au milieu de ses peuples ; il

TENTATIONS DES GRANDS. îiüT»

croit manier les ressorts les plus secrets de l’em- ; pire , et il en ignore les cvéïicmenls les plus publics ; on lui cache ses pertes, on lui grossit ses | avantages, on lui diminue les misères publiques ; on le joue à force de le resjKicier : U ne voit plus rien tel qu'il est ; tout lui paroU tel qu’il le souhaite. |

Telles sont les tristes suites de l’adulation. Ce- | pendant. Sire, c’est là le vice le plus commun des , cours, et recueil des meilleurs princes. A peine le • jeune roi Joas eut-il perdu le fidèle pontife Joîada, | ce sage tuteur de son enfance , et le seul liomme , par qui la vérité alloil encore jusqu’au pietl de son , Irène; que, séduit par les flatteries des cotirtisans, | dit rÉcriture, il se livra à leurs mauvais conseils et i ses propres foiblesses : Dritirifus obsequits j eorum, ac^iiierif eis. (2, P.UUL, xxiv, 17.)

C'est l’adulation qui fait d’un l)on prince un prince ne'^ pour le malheur de son peuple; c'est elle qui fait du sceptre un joug accablant, et qui, à force de louer les foiblesses des rois , rend leurs vertus mêmes méprisables.

Oui , Sire , quiconque flatte ses maîtres, les trahit; la perfidie qui les trompe est aussi criminelle que celle qui les détrône : la vérité est le premier )K)minage ipi'on leur doit : ii n'y a pas loin de la mauvaise foi du flatteur à celle du rebelle ; on ne tient plus à l’honneur et au devoir dès qu'on ne tient plus à la vérité qui seule honore fiuMnme, et qui est la base de tous les devoirs. La même infamie qui punit la |>erlklje et la révolte devroil être destinée à radulalimi : la sôreté puhli({uc doit suppléer aux lois, qui ont omis de la compter parmi les grands crimes auxquels elles décernent de.s supplices; car il est aussi criminel d'attenter à la bonne foi des princes qu’à leur personne sacrée ; de manquer à leur égani de vérité, que de manquer de fidélité; puisipie l’ennemi qui veut nous penlre est encore moins à craindre que fadulaleur qui ne cherche qu’à nous plaire.

Mais l'adulation la plus dangen nse est dans la bouche de ceux qui, par la sainteté de leur caractère, sont établis les ministres de la vérité. Allez, dit leSeignenrà l’esprit de mensonge ; entrez dans la bouche des prophètes du roi Acliab; vous réussirez, vous le tromperez, et sa séduction est inévitable : Decipies et prævalebis. (3, 1\eg., x\n, 22.) Hélas ! si radulalion a tant de ciiarmes lors même que les vices et les dissolutions du flatteur en affoiMissent l’autorité et la rendent suspecte, quelle séduction ne forme-t-elle point lorsqu’elle est consacrée par les apparences mêmes de la vertu ! Quel avilissement pour nous, si nous faisons du ministère même de la vérité un ministère d’adulation et de mensonge ; si , dans ces chaires mêmes des-

iim*es à înslniire et à corriger les grands, noos leur domums de fausses louanges qui aciièvent de les séduire; si le seid canal par où la vérité peut encore aller jus(|u’à eux, n*y porte qu’une lueur trompeuse qui leur aide à se mécunnoltre; si nous empruntons le langage flatteur et rampant des cours, en venniit leur annoncer la parole généreuse et sublime du Seigneur; et si , loin d’être ici les mailles et les docteurs des rois , nous ne sommes que les vils esclaves de la vanité et de la fortune ! Slais quel malheur pour les grands de trouver d’indignes apologistes de leurs vices parmi ceux <{ui en auroienl dô être les censeurs, d’entendre autour de leur trôue les ministres et les interprètes de la religion parler comme le courtisan , et trouver des adulateurs on iis auroienl dû trouver des Ambroise 1

O vous , Sire , que Dieu a établi pour commander anx hommes! n’aimez dans les hommes <|ue la vérité ; elle seule les rend aimables : fermez l’oreille aux discours qui vous llatlent; le flatteur hait votre personne, il ii'aime que vos faveurs : écoutez les louanges qui nous prêtent de fausses vertus, comme des reprociies publics de nos vices véritables; souvenez-vousque l'amour des |>euplcs est l'éloge le moins suspect du .souverain : les bons et les mauvais princes oui été également loués pendant leur vie; U semble même que les liasses flallcries ont été encore plus prodiguées à ce.s derniers : la haine pahliipie se cache d’ordinaire sous l’adulation. Sire, rendez-vous digne d’être loué , et vous mépri>erez les louanges.

TKOISrÈME PARTIE.

L'adulation ferme donc le cœur à la vérité: niais l'ambition est bientôt le triste fruit de l’aveuglement où jette l'adulation, et achève de creuser le précipice; c’est le dernier piège que Je démon tend aujourd’hui à Jésus-Christ : « Je vons » donné^ai les royaumes du monde et toute leur » gloire. »

Oui , Sire, c'est l’adulation qui mè ne toujonrs les grands à la gloire insensée et malentenduc de l’ambition; et ce désir insensé de gloire, où ne mène-t-il point un cœur qui s’y livre !

Cette passion infortunée rend d’abord malhen* reux l’ambitieux qu’elle possède; elle l'avilit ensuite,et le dégrade; enfin, elle le conduit à une fau.sse gloire par des moyens injustes qui lui font perdre la gloire vérilalde: tels sont les caractères honteux de l'amhilion; de ce vice dont le monde lioiHire ses héros, et dont Us s'honorent si fort eux-mêmes,

3fi.

PRE5IIER DIMANCHE DE OAREME.

Ce n'est pu qne je prétende aotoriser dans les grands, non plus que dans le resie des hommes , une vie molle et obscure, des seniimentsbaset ti> mides, et, sous prétexte de blâmer l'ambition, consacrer luisiveié et rindulence.

Je sais qu'il y a une noble émulation qui mène â la gloire par le devoir ; la naissance nous l'inspire, et la religion Taulorise ; c’est elle qui donne aux empires des citoyens illustres, des ministres sages et lal>orieiix, de vaillants généraux, des auteurs célèbres, des princes dignes des louanges de la postérité. La piété véritable n’est pas une profession de pusillanimité et de paresse : la religi< n n’abat et n’amollil point le cœur , elle l'ennoblit et l’élève: elle seule sait former de grands hommes; on est toujours petit quand on n’est grand que par la vanité: ainsi la mollesse et l’oisiveté blessent egalement les règles de la piété et les devoirs de la vie civile, et le citoyen inutile n'est pas moins proscrit par l’Evangile que par la société.

Mais rambilion, ce désir insatiable de s'élever an-dessus et sur les ruines mêmes des autres, ce ver qui piipie le cœur et ne le laisse jamais lianqiiille, Celte ftassion qui est le grand ressort des intrigues et de toutes les agitations des cours, qui forme les révolutions des états, et qui donne tous les jours à runivers de nouveaux spectacles; cette passion, qui ose tout , et à laqndle rien ne codie, est un vice encore plus pernicieux aux empires que la paresae mèine.

Déjà U rend malhenretrx celui qui en est possédé : l'ambitieux ne jouit de rien ; ni de sa gloire, il la trouve obscure ; ni de .ses places , il veut monter plus luiul ; ni de sa prospérité , il sèche et dépérit au milieu de son abondance ; ni des hommages qu'on iui rend , ils sont empoisonnés par ceux qu'il est obligé de rendre lui-même; ni de sa faveur, elle devient amère dès qu’il faut la partager avec ses concurrents ; ni de son repos, il est mallieureux à mesure qu'il est obligé d’être plus tranquille : c'c:>t un Aman, l'objet souvent des désirs et de l’envie publique, et qu'un seul honneur refusé à son excessive autorité rend insupportable à lui-même.

L'ambitfon le rend donc malheureux ; mais de plus, elle l’avilit et le dégrade. Que de bassesses pour parvenir ! Il faut parolire , non pas tel qu’on est, mais tel qu’on nous souhaite. Bassesse d’adulation, on encense et on adore l’idole qu’on méprUe; bassesse de lâcheté, il faut savoir essuyer des dégoûts , devorer des rebuts, et les recevoir presque comme des grâces; ba'sesse de dissimulation , point de sentinieiiU à soi , et ne penser qne d’aprè^ 1rs autres; de dérèglement, deve-

nir les complices et peut-être les ministres des passions de ceux de qui nous dépendons, et entrer en part de leurs désordres pour participer plus sûrement à leurs grâces; enfin, bassesse mèmed'hypocri>ie , emprunter quelquefois les apparences de la piété, jouer l’homme de bien pour pan'enir, et faire servir à rambilion la religion même qni ta condamne. Ce n’est point là une peinture imaginée ; ce sont les mœurs des cmirs, et l’histoire de la plupart de ceux qui y vivent.

Qu'on nous dise après cela que c'est le vice des grandes âmes : c’est le caractère d’un cœur làclie et rampant; c’est le trait le plus marqué d’une ame vile. Le devoir tout seul peut nous mener à la gloire : celle qu’on doit aux bassesses et aux intrigues de l'amlMiion porte toujours avec elle un caractère de honte qui nous déshonore ; elle ne promet les royaumes du monde et toute leur gloire qu’à ceux qui se prosternent devant l’iniqiiiié , et qui se dégradent honteusement eux-mèn>es : Si radens adoraveriê me. (Matth., iv, 9. ) On reprociie toujours vos ha.ssesses à votre élévation ; vos places rappellent sans cesse les avilissenieuts qui les ont méritées , et les litres de vos honneurs et de vos dignités deviennent eux-mêmes les traits publics de votre ignominie. Mais, dans re»>prilde l’ambitieux, le succèsoouvre la iKMiie des moyens : il veut parvenir, et tout ce qui le mène là est la seule gloire qu’il cherche; il regarde ces vertus romaines , qui ne veulent rien devoir qu'à la probité, à Tbonneur et aux services, comme des vertus de roman eide Uiéâlre; et croit que rélévalion des sentiments pouvoil faire autrefois les héros de la gloire, mais que c’est la bassesse et l’avilissemenl qui fait aujourd'hui ceux de la fortune.

Aussi rinjnsiice de celle passion en est un dernier trait encore plus odieux que ses inquiétudes et sa honte. Oui, mes Frères, un ambitieux neconnoil de loi que celle qui le favorise ; le crime qui l’élève est pour lui comme une vertu qui t’ennoblit. Ami inlidèle, l'amitié D'est plus rien pour lui dès qu'elle intéresse sa fortune : mauvai^ citoyeo, la vérité ne lui paroU estimable qu’aulant qu’elle lui est utile : le mérite (}ui entre en coiicnrrence avec luiesl un ennemi auquel il ne pardonne poiut; l’iDlérêt public cède toujours à son intérêt propre ; il éloigne des sujets cajiabies, et se substitue à leur place ; il sacrilie à ses jalousies le salut de l’état : et il verrait avec moins de regret les affaires publiques périr entre ses mains, que sauvées par les soins et par les lumières d’un autre.

'l’elle est l'ambition dans la plupart des hommes; inquiète, Imnieuse, injuste. Mais, Sire, si ce (loisoa gagne et infecte le cœur du prince; ai le souverain.

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. iEi\ TATIUJSS

oubliant qo*il ett le i^’otectear de la iraiKjiiilliié publi<(ue, préfère sa propre (doire k ratnour el au Mlut de ses peuples; s'il aime mieux conquérir des provinces que re^ner sur lescfpurs ; s'il lui paroit plus glorieux d’élre le destructeur de ses voisns que le père de son peuple; si le deuil et la désolation de ses sujets est le seul chant de joie qui accompagne ses victoires; s'il fait servir i lui seul une puissance qui ne lui est donnée que pour rendre heureux ceux qu'il (gouverne ; eu un mol, s'il n'est roi qtie pour le malheur des hommes, et que, comme ce roi de Babylone, il ne veuille élever la statue impie, ndoie de sa grandeur, que sur les larmes et les débris des peuples et des nations : grand Dieu ! quel Üéau pour la terre ! quel présent faitesvous aux hommes dans votre colère, en leur donnant un tel liiailre !

Sa gloire, Sire, sera toujours souillée de sang : quelque insensé clianlera peut-être ses victoires; mais les provinces, les villes, les campagnes en pleureront : on lui dressera des rooniimenis superbes pour immortaliser ses conquêtes; niais les cendres encore fumantes de tant de villes autrefois florissantes, mais la désolation de tant de campagnes dépouillées de leur ancienne beauté ; mais les ruines de tant de murs sous lesquelles des citoyens paisibles ont été ensevelis, mais tant de calamités qui subsisteront après lui, seront des monuments lugubres qui immortaliseront sa vanité et sa folie.

Il aura paissé comme un torrent pour ravager la terre, et non comme un fleuve majestueux pour y porter la joie el l’abondance : son nom sera écrit dans les annales de la postérité parmi les conquérants, nuis il ne le sera pas parmi les bons rois; et l’on ne rappellera Thistoire de son règne que pour rappeler le souvenir des maux qu'il a faits aux liommes. Ainsi son orgueil dit l’Esprit de Dieu, sera monté jusqu’au ciel; sa tète aura touché dans les nuées; ses succès auront égalé sa dairs; et tout cct amas de gloire ne sera plus à la fin qu’un monceau de boue qui ne laissera après elle que l’infection et l'opprobre.

(»rand Dieu . vous qui êta le protecteur de l'enfance da rois , et surtout da rois pupillra , éloignez tous ces piéga de l'enfant précieux que vous nous avez laissé dans voire misérironle. Il peut vous dire, comme autrofoU un roi selon votre copur : « Mon père et ma mère m’ont abandonné. (Ps., XXVII, 40.) » A peine avois-je la yeux ouverts à la lumière , qu'une mort prématurée ta

* si SMenJiTit uxqiiè a<} c<rliim «upprbui fjiis. et caput ejui onbes icUscrit , strrqnilinhun in 6nc pmietur.

(Joi.sa.6,7)

DES GKANDS. 56S

ferma en même temps à Adélaïde, qni m'avoit porté dans son sein, el dont les traits aimabla et majestueux sont encore peints sur mon visage; et au prince pieux de qui je liens la vie , et dont la senümenis religieux seront toojoura gravés dans mon cœur : Pater meus el mater mea derelique^ nuit me. Mais vous, Seigneur, qui êta le père da rob et le Dieu de mes pèra, vous m’avez pris sous votre protection et mis k couvert sous l'omlire de vos aila et de votre bonté paternelle : Domtnus autem asxvmptit me. (Ps.. xxw, 40.)

Grand Dieu ! gardez donc son iiinorence comme un trésor encore plus alimable que sa couronne; faiia-là croître avec son âge; prenez son ciriir entre vos mains, et que le feu impur de la volupté ne profane jauiai.s un sanctuaire que vous vous é>a réservé depuis tant de siècia : Custodi timorenliam. (Ps. , xxxvi, 57.)

Voyez ca semences de droiture et de vérité que vous ava jeléa dans son ame; cet aprit de justice et d'équité qui se développe de jour en Jonr, et qui paroii être né avec lui ; cette aversion naissante pour la ariifica el la fausses louanges du flatteur ; el ne permettez pas que l'adulaiion corrompe jamais ca présaga heiu'eux de notre félicité future : £t ride (equiiatem. (Ibid.)

Qu’il règne pour notre bonheur, et il régnera pour sa gloire. Que son unique ambition soit de rendre sa sujets heureux ; que son titre le plus cliéri soit celui de roi bienfaisant et paciflque : il ne sera grand qu'auiant qu’il sera ciier à son penple. Qu’Il soit le modèle de tous les lions rois , et que ce prince pacifique puisse laisser eucore après lui da princa qui lui rasemblent : Quoniam sunt reliquiœ homini pacifico. (Ibid.) Recevez ca vœux, é mon Dieu ! el qu’ils soient pour nous la gaga de la tranquillité de la vie présente, et l’a* pérance de la future.

Ainsi soit' U.

SERMON

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