‹ Œuvres de Massillon, Évêque de ClermontChapitre 258 sur 348 · PREMIÈRE PARTIE · texte numérisé non relu

PREMIÈRE PARTIE

Sire, être né grand, et vivre en chrétien, n’ont rien d'incompatible; ni dans les fonctions de l’autorité, ni dans les devoirs de la religion ; ce seroit «légrader l’Evangile et a<lopter les anciens blasphèmes de ses ennemis, de le rcganler comme la religion du peuple et une secte de gens obscurs.

Il est vrai que les Césars, et les puissants selon le siècle, ne crurent pas d’abord en Jésus-Christ : mais ce n’est pas que sa doctrine réprouvât leur état; elle ne réprrmvoit que leurs vices : il falloit même menlreraii inonde que la puissance de Dieu n’avoit pas besoin de celle des hommes; que le crédit et l’autorité du siècle étoit iniitiic à une doctrine descendue du ciel ; qu’elle se sufiisoil à elieméme pour s’établir dans l’univers; que toutes les puissances du siècle, eu se déclarant contre elle, et eu U persécutaul, dévoient rarferuiir ; et que

si die n’eiU pas eu d’abord les grands pour ennemis , elle eîU manqué du principal caractère qui les rendit ensuite ses disciples.

La lui de l’E^'aiigile est donc la loi de tons lec états; plus même la naissance nous élève au-dessus des autres hommes, plus la religion nous fournit des motifs de fidélité envers Dieu. Je dis des moti& de reconnoissance et de justice.

Oui, mes Frères, ce n’est pas le hasard qui vous a fait naître grands et puissants. Dieu , dès le commencement des siècles, vous avoit destinés à cette gloire temporelle, marqués du sceau de sa grandeur , et séparés de la foule par l'éclat des titres et des distinctions buroaines. Que lui aviezvous fait, pour être ainsi préférés au reste des Iiommes, et à tant d’infortunés surtout qui ne se nourrissent que d’un pain de larmes et d’amertume? ne sont-ils pas, comme vous, l’ou\Tage de ses mains et rachetés dn même prix? n’étes-vous pas sortis de la même boue ? n’ôtes-vous pas peutêtre chargés de plus de crimes ? le sang dont vous êtes issus, quoique plus illustre aux yeux des hommes , ne coole-t-il pas de ta même source empoisounée qui a infecté tout le genre humain? Vous avez reçu de la nature un nom plus glorieux^ mats en avez-vous reçu une ame d’ime autre espèce et destinée à un autre royaume éternel que celle des hommes ks plus vulgaires? Qu’avezvous an-dessus d’eux devant celui qui ne cooooit de litres et de distinctions dans ses créatures que les dons de sa grâce? Cependant Dieu, leur père comme le v6lre, les livre au travail, à la peine , è la misère et à l’affliction; et il ne réserve pour vous que la joie , le repos , l’éclat et l’opulence : ils naissent ponr souffrir, pour porter le poids du jour et de la chaleur, pour fournir de lenrs peines et de leurs sueurs à vos plaisirs etè vosprofusiems ; pour irahier, si j’ose parler ainsi , comme de vils animaux le char de votre grandeur et de voire indolence ! Cette dUtanoe énorme que Dieu laisn entre eux et vous , a-t-elle jamais clé seulement l’objet de vos réflexions, loin de l’être de votre reconnoissance? Vous vous êtes trouvés, en naissant, en possession de tous ces avantages; et, saoe remonter an souverain Dispensateur des choses humaines, vous avez cni qu'ils vous étoient dus, parce (|ue vous en aviez toujours joui. Hélas ! vous exigez de vos créatures une reconnoissance si vive, si iiiarquce, si soutenue, un assujéüssement si déclaré de ceux qui vous sont reilevalfies de quelques faveurs : ils ne sauroienl sans crime onblier un instant ce qu’ils vous doivent ; vos bienfaîU vous donnent sur eux un droit qui vous les assujélit pour toujours. Mesurez là-dessoi ce que vous

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devez «i Seigneur, le bienfiiiteor de voe pères et de toute votre race. Quoi! vos faveurs vous font des esclaves ; et les bienfaits de Dieu ne lui (eroient que des ingrats et des relielles ?

Ainsi, mes Frères, plus vous avez reçu de lui, plus il attend de vous. Mais, hélas! cette loi de re^ conuoissance que tout ce qui vous environne vous annonce , et qui devroit être , pour ainsi dire , écrite sur les portes et sur les mors de vos palais , snr vos terres et sur vos liires, sur l'éclat de vos dignités et de vos vêtements , n'est point même écrite dans votre coeur I Dieu reprendra ses pro> près dons , mes Frères , puisque, loin de lui en rendre la gloire qui lui est due, vous les tournez contre loi-mème : ils ne passeront point à votre postérité ; il transportera cette gloire à une race plus fidèle. Vos descendants expieront peut-être dans la peine et dans la calamitéle crime de voire ingratitude; et les débris de votre élévation seront comme un monument étemel, où le doigt de Dieu écrira jusqu’à la tin l’usage injuste que vous en avez fait.

Que dis-je ! il multipliera peut-être ses dons ; il vous accablera de nouveaux bienfaits; il vous élevera encore plus liaut que vos ancêtres : mais il TOUS favorisera dans sa colère ; ses bienfaits seront des cliétimenis ; votre prospérité consommera votre aveuglement et votre orgueil ; ce nouvel éclat ne sera qu’un nouvel attrait pour vos passions ; et l'accroissement de votre fortune verra croître dans le même degré vos dissolutions , votre irréligion et votre impéailence.

C’est donc une erreur , mes Frères, de regarder la naissance et le rang comme un privilège qui diminue et adoucit à votre égard vos devoirs envers Dieu et les règles sévères de rÉvaiigile. An contraire , il exigera plus de ceux à qui U aura plus donne ; ses bienfaits deviendront la mesure de vos devoirs; et comme ü vous a distingué des autres hommes par des largesses plus abtutdanies , il demande que vous vous en distinguiez aussi par uue plus grande fidélité. Mais, outre la recoDiH)is8ance qui vous y engage ; plus tout allume les passions dans votre état , plus vous avez l)esoin de vigilance pour vous défendre. Il faut aux grands de grandes vertus : la prospérité est cuimae uue persécution continuelle contre la foi ; et si vous n’avez pas toute la force et le courage des Saints, vous aurez bientôt plus de vices et de foiblesscs que le reste des liommes.

Mais, d’ailleurs, sur quoi prétendez- vous que Dieu doit se relâcher en Y(»lre faveur, et exiger iiiuiiis de vous que du commun des fidèles? avezvous moiiu de plaisirs à expier? votre iimoceucu

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