LA RELIGION. *W
est-elle le titre qui vous donne droit à son indntgence ? vous êtes-vous moins livrés aux désirs de la chair , poor vous cnùrc plus dlcpciLsés des violences qui la mortifient et la punissent? Votre élévation a multiplié vos crimes ; et elle adonciroit votre pénitence ! vos excès vous distinguent encore plus do peuple (pie votre rang; cl voos prétendriez trouver là-dessus dam la religim des exceptions qui voiis fussent favorables!
Quelle idée de la Divinité avons-nom, mes Frères I quel Dieu de chair et de nng nous formonsnous ! Quoi ! dans ce jour terrible oîi Dieu seti I sera grand, oà le roi et l’esclave seront confcmdiis, on les cpQvres seules seront pesées. Dieu n’exerceroit que des jugonenU favorables envers ces hommes que nousappel<ms grands ; ces hommes qu’il avoit comlilés de biens, qui avoienl été les heureux de la terre, qui s’étoienl bit id-bas une injuste félicile, et qui, oubliant presque tous l’auteur de leur prospérité, n’avoieni vécu que pour eux-mêmes! et il s’armeroit alors de toute sa sévérité contre le pauvre qu'il avoit toujours afflige ; et il réserveroit toute la rigueur de ses jagemoits poor des infortunés qui n’a voient passé que des jours de deuil et des nuits Isborieuses sur la (erre, et qui souvent l’avoient béni dans leur affliction , et invoqué dans leur délaissement et leur amertume! Vous êtes juste, Seigneur, et vos jugements seront équitables.
Mais, Sire, quand ces motifs de justice et de reoonnois<ance n’engageraient pas les grands à la fidélité qu'ils doivent par tant de titres à Dieu , que de motifs n'en trouvent-ils pasencore en euxmêmes!
N'est-ee pas en effét la sagesse et la crahle de Dieu toute seule, qui peut rendre les princes et les grands plus aimables aux peuples ? C’est par elle , dlsoit autrefois un jeune roi , que je deviendrai illustre parmi les naüous; que les vieillards respecteront ma jeunesse ; que les princes qui sont autour de mon trône baisseront par respect les yeux devant moi ; que les rois voisins, quelque redoutables qu’ils soient, me craindrtmt; que je serai aimé dans la paix et redouté dans la guerre : Per hanc iimebuHt ma reges horreHdi : in ri-
dehor bonus et i» bello fortis. (Sap., viii, 13, ) C’est par elle que mon règne sera agréable à votre peuple, ô mou Dieu! que je le gouvernerai justement, et que je serai digue du (rône de mes pères : Ptr hanc àisponatn pt^lum Utum juste, et ero dignus sedium pairis met, ( Ibid., ix, i2. )
Nun.Sire, ce ne sera ni la force de vos armées, ni rélendue de votre empire, ni la roaguificence de votre cour, qui vous rendront cher à vos peu-
DEUXIEME DIMANCUE DE CAKEME.
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pics ; ce MTont Ici Tenus qui funt les bons rots, la joslice, lliumanité, la crainte de Dieu. Vous êtes un grand roi par votre naissance, mais vous ne poures être on roi citer à vos peuples que par vos vertus. Lespaaaions qui nous éloignent de Dieu nous rendent tonjoura injustes et odieux aux liummes : les peuples souffrent toujours des vices du souverain. Tout ce qui outre l’autorilé raiïoiblit et la dégrade ; les princesdominés par les passioiu, sont toujours des mailles incommodes et bizarres : le gouvernement n’a plus de régie , quand le maître Ini-méme n’en a point. Ce n’est plus la sagesse et l’inlérét public qui président aux conseils , c’est rintérétdes passions: le caprice et le gndt forment les décisions que devoit diéler l’amour de l’ordre ; et le plaisir devient le grand ressort de toute la prudence de l’empire. Oui, Sire, la sagesse et la piété do souverain toute aenle peut faire le bonheur des sujets; et le roi qui craint Dieu est toujours cher i son peuple.
Mais si la crainte de Dieu rend dans lesprinees et les grands raolorilé aimable , c’est elle encore , Sire, qui la rend glorieuse. Tous les biens et tous les succès , disoit encore un sage roi, me sont venus avec elle , et c’est par elle que l’honneur et la gloire m’ont toujours accompagné : Et innamerobUithmuMiasper manvat Ultw. (Sap. vu, 11.) Dieu ne prend pas sous sa protectioa ceux qui ne vivent pas sous ses ordres.
Je sais que l'impie prospère quelquefois, qu’il parolt âevé comme le cèdre du Liban , et qu’il semble insulter le ciel par ime gloire orgueilleuse qu’il ne croit tenir que de lui-même. Mais attendez , son élévation va lui creuser elle-même son précipice ; la main du Seigneur l’arrachera bientdt de dessus la terre. La fin de l’impie est presque toujours sans honneur; tèl ou tard il fout enfin que cet édifice d’orgueil et d’injustice s’écroule. La honte et les malheurs vont succéder ici-bas è la gloire de ses succès : on le verra peut-être traîner une vieillesse triste et déshonorée ; il finira par l’ignominie. Dieu aura son tour , et la gloire de riwmme injuste ne descendra pas avec lui dons le tombeau.
Repassez sur les siècles qui nous ont précédés , comme disoit autrefois un prinrejuiflsesenfsnta ; Cogftaleqriieroliauesstupiilas (i, MAcr..,ii, 61); et vous verrez que le Seigneur a toujours souffié sur les races orgueilleuses , et en a fait sécher la racine; que la prospérité des impies n’a jamais passé à leurs descendants ; que les trdnes eux-mfmes, et les snccessions royales, ont manqué sons des princes fainéants et efféminés; et que l’hisloire des crimes et des excès des grands, est en
même temps l’histoire de leurs malheurs et de leur décadence.
Mais enfin , Sire , en quoi les princes et les grands sont moins excusables lorsqu’ils abandonnent Dieu , c’est qne d’ordinaire ils luissent avec des inclinatioos plus nobles et plus heureuses pour la vertu que le peuple.
J’étois encore enfant , disoit le roi Salomon , mais je me trouvois déjà les lumières d’un âge avancé, et je sentois que je devois à ma naissance une ame bonne et des senliinents plus élevés que ceux des autres hommes : Putrauletn eran ingesiosns.rtsorlilussunt aniinum èosum. (Sap., VIII, 19. )
Le sang, l’éducation, l’hUtoire des ancêtres, jette dans le cœur des grands et des princes des semences et comme une tradition naturelle de vertu. Le peuple livré en naissant à un naturel brut et inculte, ne trouve en lui, ponr les devoirs sublimes de la foi, que la pesanteur et la bassesse d’une nature laissée à elle-même : les bienséaiœes inséparables do rang , et qui sont comme la première école de la venu, ne gênent pas ses passions : l’éducation fonifle le vice de la naissance ; les objets vils qui l’environnent lui abattent le cœur et les sentiments : il ne sent rien au dessus de ce qn’il est ; né dans les sens et dans la boue , il s’élève difficilement an-dessus de lui-même. Il y a dans les maximes de l’Evangile une noblesse et une élévation on les cœurs vils et rampants ne sanroient atteindre ; la religion , qui fait les grandes âmes, ne parolt faite que pour elles ; et U faut être grand ou le devenir pour être chrétien.
Je n’ignore pas que la grâce supplée à la nature; qne la chair et le sang ne donnent aucun droit au royaume de Dieu ; que les premiers béros de la foi sortirent d’entre le peuple ; que les vases de boue, entre les mains de l’Ouvrier souverain, deviennent bientôt des vases de gloire et de magnificence ; et que tout dirétien est né grand , parce qu’il est né pour le del.
Mais nne liante naissance nous prépare , pour ainsi dire, aux senlimeiiLs nobles et héroïques qu’exige la foi : un sang plus pur s’élève plus aisément ; il en doit moins coAler de vaincre les passions à ceux qui sont nés ponr remporter des victoires : le mensonge et la duplicité entrent plut dillicilement dans un cœur è qui la vérjté ne sanroit noire, et qui n’a rien â craindre ni i espérer des liommes. L’espérance d’une fortune éclatante ne pent corrompre U probité de ceux qui ne voient pins de fortune an-desMis de la leur, et qui tiennent en leurs mains la fortune et la destinée pnbliqtte. Le respect humain n’iotimide et n’arréte
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pas U vertu des grands, eux que (out le monde feit gloire d’imiter, et dont les mœurs deviennent toujours la loi de la mulUlude. La bassesse de la déltaiiclte et de la dissolution trotive moins d’accès dans line ame que la naissance destine à de grandes clioses: la r^e et les devoirs sont moins étrangers à ceux qui sont établis pour maintenir Tordre et la règle parmi les peuples. S’ils sont entourés de plus de pièges , ils trouvent en eux plus de freins et plus de ressources ; la nature toute >f ule a environné leur ame d’une garde d’boiineur et de gloire : enfin , les premiers pencliants dans les grands sont pour U vertu; et ils dégénèrent dès qu’ils les tournent au vice. Us doivent donc à la religion un respect de fidélité, qui leur en fasse observer les maximes; mais ils lui doivent encore un respect de zèle, qui les rende défenseurs de sa doctrine et de sa vérité.