‹ Œuvres de Massillon, Évêque de ClermontChapitre 273 sur 348 · DEUXIÈME PARTIE · texte numérisé non relu

DEUXIÈME PARTIE

Mais peut-être que les vertus civiles toutes sen* les sont trop obscures , et que 1a dûtinctioa et la siipériuriié des gi amls talents nous donnera plus de droit à la gloire.

Helas ! Sire , que sont les grands talents , que de grands vices, si, les ayant reçus de Dieu, nous ne les employons que pour nous-iuênses ? Que deviennent-ils entre nos mains? souvent rinsirainettt des inallieiirs publics ; toujours la source de noire condamriatiou et de nuire perte.

Qn’esi-ce (|n’un souverain né avec une valeur bouillante , et dont les éclairs brillent déjà de toutes parts dès ses plus jeunes ans, si la craiule de Dieu ne le conduit et ue le modère? un astre ihniveau et nialfaisaul (jui n’annonce que des calamités à la terre. Plus il croîtra dans celle science funeste, plus les misères publiques crdllronl avec lui : ses entreprises les plus téméraires n’offrirout qu’une fuible digue à l'impétuosité de sa course; il croira effacer par l’éclat de ses victoires leur téniériic ou leur injustice ; l’espérance du succès sera le seul titre qui justifiera l’équité de ses armes; tout ce qui lui parolira glorieux deviendra IcgUime; U regardera les momeiiLs d’mi repos sage et »aje>lueu\ comme une oisiveté honteuse et des tBOmeiils qu’oii dérobe à sa gloire; ses voisins devien iront ses ennemis dès qu'ils pourront devenir .sa con<{uéie; ses peuples eux-mèmes foumiront de leurs larmes et de leur sang la triste lualièfe de ses iriomplies; il épuisera et renversera ses propres éuu, pour en coaquénr de nouveaux^ il ar*

A PASSION

mera contre lui les peuples et les nations; il troublera la paix de l’univers ; il se rendra célèbre en faisant des millions de malheureux. Quel fléau pour le genre liumain ! Et s’il y a un peuple sur la tene capable de lui donner des éloges, il o’y a qu’à lui souhaiter un tel maître.

Repassez sur tous les grands talents qui rendent les hommes illustres; s’ils sont donnés aux impies, c'est toujours pour le malheur de leur na- UoB et de leur siècle. Les vastes connoissances empoisonnées par l’orgueil ont enfanté ces cliefs et oes docteurs célèbres de mensonge qui, dans tous les âges, ont levé l’étendard du schisme et de l’erreur, et formé, dans le sein même du clui&üanisine, les sectes qui le dédiîrent.

Ces beaux esprits si vantés, et qui par des talents heureux ont rapproché leur siMe du goiU et de la politense des anciens ; dès que leur cœur s'est corrompu , ils n’ont laissé au monde que des ouvrages lasdii et peniicieux , où le poison , préparé par des mains habiles, infecte tous les jours lea raeeurs publiques, et où les siècles qui nous suivront viendront encore puiser la licence et la corruption du nôtre.

Tournez-vous d’un autre côté. Comment ont paru sur la terre ces génies supérieurs , mais ambktieux et inquiets, nés pour faire mouvoir les ressorts des états et des empires, et ebranler l’univers entier ? Les peoples et les rois sont devenus le jouet de leur ambition et de leurs intrigues : les dissensions civiles et les malheurs domestiques ont été les théâtres lugubres où ont brillé leurs grands talents.

Un seul irnmme obscur, avec cesavantages éminents de la nature, mais sans conscience et sans probité, a pu s’élever les siècles passés sur les débris de sa patrie; diaiiger la face entière d'une natîoa voisine et belliqueuse, si jalouse de ses lois et de sa liberté; se faire rendre des hommages que ses citoyens disputent même à leurs rois; renverser le trône, et donner à l'univers le spectacle d’un souverain doul la couronne ne |>eut mettre la tète sacrée à couvert de l’arrêt Inouï qui le condamna à la perdre.

Esprits vastes, mais inquiets et turlmlenls, capables de tout soutenir, hors le repos; qui tournent sans cesse autour du pivot même qui les fixe et qui les attache ; et q ui , semblables à Samson , sans être animés de son esprit, aiment encore mieux ébranler rédilkeet être écrasés sous ses ruînea que de ne pas s'agiter, et faire usage de leurs talents et de leur force. Malheur au siècle qui produit de ces hommes rares et merveilleux ! Et cliaque nation a eu U-dessus ses leçons et ses exemples domestiques.

FAÜSSETK DE LA (iLUIKK HUMAINE.

Mau enfin, si ce n*est pas un malheur pour leur siède, c'est du moius nn malheur pour euxmêmes. Semblables à un navire sans ^^oiivemail que des vents tivorables pousseta à pleines voiles; plus notre course est rapide , plus le natifra^te est inévitable. Rien n’est si dangereux pour soi que les grands talents dout la foi ne règle pas l'usage ; les vaines louanges qu'attirent ces qualités Im-Ulantes corrompent le cœur; et plus on éloit né avec de grandes qualités , plus la corruption est profonde et désespérée. Dieu abandonne l'orgueil à lui-même : ces hommes si vantés expient souvent , dans la honte d’une cliute éclatante , l'injustice des applaudl*«eiueni8 publics; leurs vices déshonorent leurs talents. Ces vastes génies, nés pour soutenir l’état, ne sont plus, dit Job , que de foibles roseaux qui ne peuvent se soutenir eux-mémes. Ou a vu plus d'une fois les pierres même les plus brillantes du sanctuaire s’avilir et se traîner indignement dans la boue; et les plus grands talents soiU souvent üvrés aux plus grandes foi * Uesses : Q«i ductl soeerdoles îM^Joriof , ei opNntetef svpplanfof. ( Joa , xii , 19. )

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