TROISIÈME PARTIE
Les succès éclatants et les grands événements qui les suivent , ne méritent pas plus de louanges dans les ennemis de Dieu , et ne leur donnent pas plus de droit à 1a gloire que leurs talents.
Je sais que le monde y attache de la gloire, et que d’ordinaire diez lui ce ne sont pas les vertus, mais les succès , qui font les grands hommes. Les provinces conquises , les batailles gagnées, les négociations difQciles terminées, le trône dtanceianl affermi; voilà ce que publient tes titres et les inscriptions , et à quoi le monde consacre des éloges et des monuments publics pour en immortaliser U mémoire.
Je ne veux pa.s qu'on abatte ces iiian{ues de la reconnoissance publi(|ue : tout œ qm est utile aux hommes est digne en un .sens de la reconnois^Anœ des iKMDines. Gomme rémulalion donne les sujets illustres aux empires , il faut que les récompenses excitent l’émulation, et que les succès voient toujours marcher a;irès eux les récompenses.
Le gonveniement politique ne sonde pas les CÆurs ; il ne pèse que les actions : il est même en ce genre des erreurs nécessaires à l’ordre public, l'out ce qui l’embellit doit être glorieux , et les niceurs ou les rnotib qui ne déslionorent que la personne, ne doivent pas ternir des succès qui ont honoré la patrie.
Mais, s’il est permis au monde d'exaller la gloire |
de ses héros , il n’est pas défendu à la vérité de ne pas parler comme le mofide : bêlas! il en est si peu qu’il ne dégrade lui-même ! Ceux que la distance des temps et des lieux éloignede ses regards , sont les seuls à couvert de ses traits; ceux qui vivent sous ses yeux n'é('happeni guère à sa censure, et U cesse de les admirer dès qu'il a le loisir de les connoUre : et en cela ne l’accusons point de malignité et d’injustice; U faut l’en croire, puisqu’il parle contre lui-métne.
Et, en effet, percez jusque dans les motifs des actions les plus éclatantes et des plus grands événements. Tout en est brillant au dehors , vous voyez le héros : entrez plus avant, cherchez l’homme lui-même ; c'est là que vous ne trouverez plus, dit le Sage , que de la cendre et de la boue : C'inis tsteiiin rorejus, et terra sufcrvacuaspes iUiut, (Sap., XV, lu. )
L’ambition, la jalousie, la témérité, le hasard, la crainte souvent et le désespoir, ont donné les plus grands s|iectacles et les événements les plus brillants à la terre. David ne devoit peut-être les victoires et la fidélilé de Joab qu’à sa jalousie contre Abner. Ce sont souvent les plus vils ressorts qui nous font mardier vers la gloire ; et presque toujours les vtnes qui nous y ont conduits nous en dégradent elles-mêmes.
Aussi, écoutez ceux qui ont approché autrefois de ces hommes (pie la gloire des succès avoit rendn< célèbi-es ; souvent ils ne leur tconvoient de grand que le nom ; l’homme désavouoit le héros ; leur réputation rougis'-oit de la iKi'-sesse de leurs mœurs et de leurs penchants ; la familiarité irahUsoit la gloire de leurs succès ; il falloil rappeler l'époque de leurs grandes actions, pour se (lersuader que e’étoil eux qui les avoieni faites. Ainsi ces décorations si magnin<|ues qui nous éblouissent et qui embellissent nos histoires, cachent souvent les personnages les {dus vils et les plus vulgaires.
Non , Sire, il n'y a de grand dans les hommes que ce qui vient de Dieu. La droiture du cœur , la vérité , l'innocence et la règle des mœurs , l’empire sur les passions, voilà la véritable gnindeur, et la seule gloire réelle que {lersonne ne peut nous disputer ; tout ce (pie les hommes ne trouvent que dans eux- mêmes, est sali, pour ainsi dire, par la même bone dont ils sont fonn(^. sage tout seul, dit un grand roi , est en possession de la véritalde gloire ; celle du pécheur n’est qu’un opprobre et une ignominie : Gforiam snpieuies possidebitnl , sikltonim exaltaUoignomiuia. (PROV., in, 35. )
La religion , la piété envers Dieu, la fidélilé à tous les devoirs qu’il nous i(n|H>se à i'egarü desautres et de nous-mêmes ; une conscience pure et I
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IVpreuvc tout ; un CŒur qui marche droit dans la justice et dans la vérité, supérieur à tous les obstacles qui pouiToient Tarrëter, insensible à lotis les attraits rassemblés autour de lui pour le corrompre , élevé auKlessus de tout ce qui se passe, et soumis à Dieu seul ; voilà la véritable gloire , et la base de tout ce qui fait les grands hommes. Si vous frappez ce fondement, tout l'édifice s’écroule, toutes les vertus tombent; et il ne reste plus rien, parce qu'il ne reste que nous-mêmes.
Sire , votre règne seroit plein de men’eUIes, vous porteriez la gloire de votre nom jusqu'aux extrémités de la terre , vos jours ne seroient marqués que par vos Iriomplies , vous ajouteriez de nouvelles couronnes à celles des rois vos ancêtres, l’univers entier relenliroit de vos louanges; si Dieu n’étoit point avec vous , si l’orgacil , plutôt que la justice et la piété, étoit l'ame de vos entreprises, vous ne seriez point un grand roi , vos prospérités seroient des crimes; vos triomphes , des malheurs publics: vous seriez l’effroi et la terreur de vos voisins , mais vous ne seriez pas le père de votre peuple : vos passions seroient vos seules vertus ; et, malgré les éloges que l'adulation , la compagne immortelle des rois , vous auroit donnés ; aux yeux de Dieu , et peut-être même de la postérité, elles ne paroliroient plus que de véritables vices.
Ce n'est donc pas cette ^oire humaine, grand Dieu , que nous vous demandons pour cet enfant auguste; elle paroU déjà peinte sur la majesté de son front, ellecoule même dans ses veines avec le sang des rois ses ancêtres; et vous l’avez fait naître grand aux yeux des hommes , dès que vous l'avez fait naître du sang des liéros : c’est la gloire qui vient de vous. Rehaussez les dons de la nature , dont vous l'avez ennobli , par l’éclat immortel de la piété : ajoutez à toutes les qualités aimables qui le rendent déjà les délices de son peuple, toutes celles qui peuvent le rendre agréable à vos yeux: laissez à sa naissance et à la valeur de la nation le soin de cette gloire qui rient du monde; nous ne vous demandons, grand Dieu, que de veiller au soin de sa conservation et de son salut. L’hLsloire de ses ancêtres est un litre qui nous répond de l’éclat et des prospérités de son règne ; mais vous seul pouvez répondre de l’innocence et de la sainteté de sa vie. La gloire du monde est comme l’héritage qu’il a reçu de ses pères selon la chair; mais vous, grand Dieu , qui êtes son père selon la fui , donnezlui la sagesse , qui est la gloire et l’héritage de vos enfants.
Que son cfciir soit tonjonrs entre vos mains, et son cœur sera encore plus grand que ses succès ci ses triomphes : qu’il vous craigne, grand
RS IIAMKAI X.
Dieu ; ses ennemis le craindront , ses peuples Paimeront : il deviendra à l’univers un spectacle digne de l’admiration de tous les siècles ; et comme nous n'aurons plus rien à craindre pour sa gloire, nous n'aorons plus rien aussi à souliaiier pour notre bonbeur.
ilinsi soit-il, SERMON
POUR LE DUfANCHE DES RAMEAUX.