DF LA SAINTE VIERGE
de la nouveauté , cl qui a toujours bien plus d'empire sur les ames légib'es et inconstantes : ce n’est pas une conviction réelle et iM-ofonde des vérités saintes, une terreur véritable des ju^ments de Dieu, une sainte liorreiird’elles-mémes, un mépris héi-oiquc du inonde et de ses plaisirs, un changement universel du esur; et de là, ces tristes scènes qui affligent l’Eglise, qui déshonorent la vertu, et qui se passent tous les jours à nos yeux; de là ce ridicule que le monde liii-mèmc donne à tant d’ames,qui, après l’avoir abandonne avec éclat , reviennent encore à ses plaisirs.
Or, quand on se donne à Dieu, mes Frères, il faut s’attendre à des dégotKs et à des amertumes, les regarder comme cette partie de notre pénitence que le Seigneur lui-mème nous impose; fonder sa fidélité, non sur le goût qui passe, mais sur les règles saintes, sur les maximes de la foi, sur la vérité qui ne passe point; se convaincre, dans la lumière de Dieu, que le monde est un songe; que le péché est le seul malheur de l’homme; que l’innocence est le vrai bonheur même de la terre ; <]ue les biens et les maux présents ne sont pas des biens et des maux vcrilables; que nos litres, nus dignités, en un mot, que tout ce que nous sommes aux yeux des hommes {lérira avec les hommes, mais que nous ne serons étemelieroent que ce que nous sommes aux yeux de Dieu. Le goût passe, mais la vérité demeure toujours. Et au fond, le monde, auquel vous avez renoncé , n’avoit-il pas scs dégoûts et scsamertumes?ses plaisirs n’avoienl-ils pas leurs moments d’ennui et de tristesse? les vmes des passions, dont vous êtes sorti, éloienl-clles toujours semées de fleurs? Vous avez pu aimer si longtemps le monde iterlidc, injuste, pénible, ennuyeux, rebutant; et, au premier mon>ent de dégoût, vous vous lasseriez de la vertu et de l’iniM)cence? O ame fidèle! est-ce que les dégoûts de la vertu sont plus insup;K>rtables que ceuxdu crime? mais ceux-ci laissent au fond du cœur je ne sais quoi de sombre et de funeste, qui fait qu’on ne peut se supporter soi-inéme; ils se répandent un torrent d’amertume sur tout rinlérieur de la consdenoe; ils ne laissent au pédieur aucune ressource au dedans de lui , et en le rendant à luimême Us hii rendent tous ses malheurs.
An contraire, les dégoûts de la vertu ne sont que des agitaituns superficielles qui laissent tou> jours an fond de la conscience une paix et une tranquillité secrètes ; ce sont des nuages passagers, qui dérobent pour un moment à une ame son Seigneur et son Dku, mais qui n’éteignent pas ai elle les lumières de la foi qui luit encore dans ce lieu obscur, et <{ui la console en secret de ses peines.
Yoyez-en la différence dans les Livres saints. .Saiil , lassé de lui-même et de ses crimes , est un infortuné qui ne peut plus porter le poids de sa conscience : il se tourne de tons les côtés, et rien ne peut calmer les furetirs de son ame; la liarpe d’un lierger amuse sa tristesse , mais ne la guérit point; les encliantements d’une pythouisse fosdneiit ses yeux, mais ne peuvent tromper son cœur; les spectacles de la royauté diversifient son ennui, mais n’endonnent pas ses noirs cliagrins ; il citerche à se séduire, et il ne le peut pas; il se fuit, et partout il se retrouve : partout il porte avec lui ses imiuiéiudcs et ses dégoûts; et loin d'adoucir, dans les plaisirs <{ui renvironoenl, ramerlume de son ame, il répand celte atuertume sur tous les plaisirs c|ui poorroient l’adoucir. Telles sont les inquiétudes du crime.
David, au contraire, éprouvant ces dégoûts auxquels Dieu livre quelquefois les aines justes : « Quand est ce, ô mon Dieu, dit-il, que vous verserez dans mon ame ces consolaüons indicibles, qui font sentir à un coeur qui vous aime combien vous êtes doux, et combien il est lieurcux d’être à vous : Quaudà consolaheris me ? (Ps. cwin, 82.) Ah ! si votre loi sainte ne me soulenoit dans cet état d’obscurcissement et de peine , je ne pourrois me défendre contre moi-même, et ma foiblesse l’eniporteroit bientôt sur la grandeur de vos bienfiiils, sur la vérité de vos promesses, et sur la lidéliléqueje voas ai mille fois jurée : iVisi quàd lex tua iiiedifafio mea esf, fuuc foriè periissem in humUitatê meà. (Ps. cxviii, 92.) L’un abandonné de Dieu, et lassé de lui-même, ne trouve plus de ressource que dans les horreurs de sa propre conscience ; Taulre , éprouvé de Dieu, tnab le portant caclié au fond de son cœur , porte avec lui une coiisolBijon à toutes ses peines: en un mol, le pédieur (lerd tout en perdant le goût des plaisirs; le Juste ne perd rien en oc perdant que les consolations sensibles de la vertu, parce qu’il ne perd pas la vertu même. Grand Dieu! qu’il est aisé en effet de se consoler quand on vous possède encore ! Que les amertumes même de la vertu sont bien préférables à toutes les fausses joies du crime ! et que les rigueurs dont vous éprouvez les ames fidèles sont bientôt compensées par des consolations que le monde ne connoll pas, et qu’il ne saurolt donner ! Telles sont les iuslructious que nous donne aujmird’hui Marie : heureux ! si^ offianl comme elle une correspondance fidèle à U grâce, noos en raériloiis la consommation dans le ciel.
jdinsi soif-iL