‹ Œuvres de Massillon, Évêque de ClermontChapitre 29 sur 348 · SUR LE DÉLAI DE LA CONVERSION · texte numérisé non relu

SUR LE DÉLAI DE LA CONVERSION

Kifovox elamantU in dftêt io : DhH^ite riant Domini. Je luij la Toix de celai qui crie dans le désert : Rendex Aaite U voix do SeigDeur. (Joan., i , 2S.)

Sue,

Cest aRo de pouvoir entrer dans nos cœurs que Jésus-Christ nous fait annoncer par Jean- Baptiste (]ue nous ayons à lui préparer les voies, en écartant tous les obstacles qui élèvent comme on tnnr de séparaiton entre sa miséricorde et notre misère. Or, ces obsiaclcs, ce sont les crimes dont nous nous souillons si souvent, qui snhiistent tonjours, parce qu*il faudroit les expier par b pénitence, et nous ne les expions pas; ces obstacles , ce sont les passions auxquelles notre cieur insensé se laisse emporter, qui sont toujours vi- Tantes, parce que pour les détruire il faudroit les comlKitlre, et nous ne les combattons pas; ces obstacles, ce sont ces occasions contre lesquelles notre innocence a échoué tant de fois, et qui sont encore chaqne jour récucll fatal de toutes nos résolutions, parce qu'au lieu de céder au penchant secret qui nous entraîne vers elles , il faudroit les Ibir, et nons ne les fuyons pas: en un mot, la Traie et Tunique manière de préparer à Jésus- Christ la voie de nos cœurs, c'est de ciianger de rie, et de nous convertir sincèrement.

Mais, quoique l'affaire de notre conversion •oit la pins importante dont notts poissions être chargés ici-bas, puisque ce n'est que par là que noos pouvons attirer Jésus-Christ dans nos cœurs, quoique ce soit Ttiniqne qui nous intéresse véritablement , puisque notre bonheur étemel en dépend : cependant, ô aveuglement déplorable! ce n'est jamais une affaire pressée pour nous; elle est toujours renvoyée à un autre temps , comme si le temps et les moments étoient à notre di5po.siüon. Qu'attendez-vous , Chrétiens mes Frères ? Jésus- Oirist ne cesse de vous faire prédire par ses Ministres les malheurs qui menacent votre impénitence et le délai de votre conversion : depuis long-temps il vous annonce par notre boudie que, ri vous ne faites pénitence, vous périrez tous.

Il ne se contente pas même de vous avertir en public par la voix de ses Ministres ; il vous parle au fond de vos cœurs, et vous dit sans cesse en •ecret : N’est-il pas temps enfin de sortir du

crime où ^‘ous êtes abîmé depuis tant d'années , et d’oii il n'est pres(iue plus qu’un miracle qui puisse vous retirer ? N'est-il pas temps de rendre la paix à votre cœur; d'en bannir le chaos de pAissiofU) ijui ont fait tous les malheurs de voire vie; de vous préparer du moins quelques jours heureux et tranquilles, et, après avoir tant vécu pour un monde qui vous a toujours laissé vide et intpiiet, de vivre enfin pour un Dieu, qui seul peut mettre la joie et la tranquillité dans votre ame ? Ne voulez-vous pas enfîn penser à vos intérêts étemels, et, après une vie toute frivole , revenir au vrai, et prendre, en servant Dieu, le seul parti sensé que Tliomme puisse prendre sur la terre ? N’êles-vous pas lasse de vous soutenir voiis-iuénie contre les remords qui vous déclnrent, contre la tristesse du crime qui vous accable, conli e le vide du momie qui vous poursuit partout ? et ne voiilez-vous pas enfîn finir vos malheurs et vos inquiétudes avec vos crimes ?

A cette voix secrète qui s’élève depuis longtemps au fond de nos cœurs, que répondonsnmis? quels prétextes opposons-nous? Premièrement, que Dieu ne nous donne pas encore les secours nécessaires pour sortir de l’état malheureux où nous vivons; secondement, que nous sommes actuellement trop engagés dans les passions pour penser à une nouvelle vie; c'est-à-dire que nous nous formons deux prétextes pour différer notre conversion : le premier, tiré du côté de Dieu; le second, pris dans nous-mêmes : le premier, qui nous justifie en accusant Dieu de nous manquer; le second, qui nous rassure en nous accusant nous-mêmes de ne pouvoirencore retourner à lui. Ainsi nous différons notre conversion, parce que nous croyons que les grâces nous manquent , et que Dieu ne veut pas encore de nous; nous différons notre conversion , parce que nous nous flattons que nous serons un jour un peu plus revenus du monde et des passions, et plus en état de commencer une vie plus régulière et plus diré- Uenue : deux prétextes qui sont tous les jours dans la lx>uche des pécheurs, et que je me propose de coniballre après avoir implore , etc. Avfj 3/aria.

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