‹ Œuvres de Massillon, Évêque de ClermontChapitre 290 sur 348 · PREMIÈRE PARTIE · texte numérisé non relu

PREMIÈRE PARTIE

L’innocence des mœurs, je le sais, n’est pas toujours le fruit de la piété des ancêtres , ni des secours de l’éducation. Il y a des enbnts de colère, des cœurs si profondément gâtés , qu’on les voit déjà méditer l’iniquité parmi les leçons de vertu qu’ils reçoivent de leurs pères, et qui ne trouvant autour d’eux que des objets saints, savent s'en tonner de criminels de leur propre fonds.

Je sais que la sagesse vient d’en-haut et descend du Père des lumières ; qu'elle ne se recueille pas sur la terre comme la succession d’un père foible et mortel ; et que la piété est le don d’un Esprit qui souffle où il veut , et non pas le fruit d’une <^ir qui ne sert de rien. (Ssp., ix, 10. ]

Cependant il faut avouer que l’ordre de notre naissance donne presque le premier branle i celui de nos destinées ; qu’avec le sang qui nous fait ce que nous sommes, nos pères font d’ordinaire passer jusqu’à nous les impressions de ce qu’ils ont été ; et que dans les semences de vie qde nous tenons d’eux , noos trouvons des ascendants secrets qui nous font vivre comme eux. Lorsque la racine est sainte, dit l’Apâtre, les branches le sont aussi ; et il est malaisé que d’une masse pore et brillante, on ne tire que des portions viles et flétries.

( Roh. , XI , 16. ) N’en cherchons pas d’exemple hors de l’histoire de l’homme juste que nous louons. Sorti d’une famille on la probité, rhonneur,el je ne sais quelle élévation d’ame coulent avec le sang , où la sagese semble avoir hiit une étemelle alliance avec le nom, où l’éclat et la vertu paroissent presque de la même date , où les exemples qui ht règlent sont aussi anciens que les litres qui l’embellissent; sorti , dis-je , d’une famille où le Dieu d’Israèl avoit depuis long-temps établi sa demeure, il en recueillit tontes les bénédictions.

Un père, dont la mémoire ne mourra jamais, lui 6t priser les voies du Seigneur par ses inslractions, et les lui montra par ses exemples. Effrayé de la déplorable vanité des personnes de son rang, qui croiroieni dégrader leurs ancêtres , s’ils s’ap- ^iquoient enx-mèmes à leur former une postérité digne d’eux ; qui regardent comme des soins roturiers le soin de l’éducation , sans quoi se souille et s’épaissit la noblesse du sang; confient à des

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mains étrangères le soin de cultiver des vertus domestiques ; mettent à prix la destinée de leurs enfant', ; et pour se trop souvenir de leurs grandeurs, laissent après eux des successeurs qui ne s’en souviennent pas assez : effrayé , dis-je , de ce désordre, il l'évita ; et le Seigneur bénissant ses soins , il ébaucha, sans le savoir, à la Etance , uu ministre sage et illustre dans les cours étrangères , distingué dans la ndtre , né pour ménager l'esprit des rois et la fortune des royaumes, habile à ramener à l’ulilité de la patrie et à la gloire de son prince, les humeurs et les intérêts divers des peuples voisins; et le pieux prélat qui fait le triste sujet de cette cérémonie , dont la vie brille d’autant plus aux yeux de la fui , qu’elle est tout ensevelie dans l’obscurité des fonctiuus du sacerdoce.

Aussi les amusements de son enfance ne furent que des essais de vertus. Incapable encore de conuoilre la créature , il levuit déjà ses mains pures vers le Créateur. Il apprit à consacrer sou cœur au Seigneur dates un âge où à peine a-t-on un cœur pour soi-inéine; et la piété, qui toujours est le fruit tardif de la grâce, n’attendit pas jutHpies ici la raison.

Qu’attendez-vous , Messieurs , de ces heureuses prémices? Le ciel qui brille le malin , n'aiinouceroit-il , selon la parole évangélique, que des brouillards et des tenipètcs? Le temple (|u’une main liabilc a élevé avec tant de lenteur et de (irécaution, ne faudra-t-il que trois jours (stur le détruite ? et à peine sorti des mains île Samuel, suffira-t-il à cet autre oint du Seigneur , comme à Saül , de s’étre trouvé une fois parmi les fureurs et les vains transports des pro;ilièles du siècle , (lour devenir furieux et prophétiser avec eux ? De si belles espérances ne donneroicnt-elles qu’un .sort comiiiuu, qu’une jeunesse emportée qui coinpte les crimes paniii les bienséances de l'âge , et i|ui ne laisse guère qu’aux passions le .soin de régler ses plaisirs; qu’une maturité ambitieuse i|ui ne cunnoit (Hiint d’autre honneur que le secret île s’en atther; qu’une vieillesse endurcie , qui dans le débris d’un corps use et i demi mort , nourrit des passions encore tontes vivantes; qui au lieu de soupirer sur les inù|uités qu'elle s’est permises , ne soupire qu’après le souvenir des plaisirs qu’elle ne peut plus se [«rmetlre ; et qui de sa vie pa,ssée , ne regrette rien , sinon qu’elle .soit passée ?

I Ah! si je ii’avois que ces mystères iriiiiquilé à ' vans annoncer au milieu des mystères saillis; si, j comme autrefois Samuel envers Saill (1, Rnt;., xv, i 30), il falloit honorer l’obit du Seigneur dev.uit le peuple , pluldt pour épargner à son rang la boute I de ses faiblesses, que pour édifier notre piété par le souvenir de scs vertus , je nie scruis cuiitcnlé

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d'accorder en secret des larmes t une mort qui me fut sensible, sans donner id à sa mémoire des éloires qui ne lui seraient pas glorieux. Loin de Tenir interrompre le sacrillcc terrible, pour faire rerirre le sourenir de ses actions, moi-iuéme je l’aurois offert au Trfs-Ilaul, pour obtenir que le sourenir en fut effacé du line étemel : et, toute clière que me sera toujours sa mémoire , j’auruis satisfait à ma reconnaissance, sans manquer à mon ministère.

Mais la religion défend-elle de sonder un cœur qu’elle occupa tout entier? Grâces au Seigneur, je ne craindrai point de l’exposer i vos yeux; et je n'aurai pas besoin, pour vous le faire estimer, de vous le faite roéconnoltre; et pour sauver la gloire de cet autre David de la honte d'une obscure mort, il ne faudra pas comme Micbol le dérober aux yenx, et ne substituer que son fanténie i sa place, (i, tlEG., xi.x, t3.)

' Quelle fut ta retenue en un âge , où pour être vertueux et réguUer, il suffit presque d’empécber que le vice ne nuise, et savoir bien clioisir ses débauches!

Quel fonds de candeur, d’affabinic , de modération , dans un rang où mille intérêts secrets enveloppent le OFiir; où le poids des affaires et les bienséances de la dignité , allèrent riiumeur, ou la déconcertent ; et où l’on est d’autant plus vif sur les injures, qu'on se voit toujours investi d’bommages !

QiMlle noble simplicité dans un siècle où l’art des raffinements a passé jusqu’au peuple; où tout est confondu, et par sa misère et par sa vanité ; et mi à peine tranquilles possesseurs d’une portion de Iliériuge de nos pères, frappés de calamités inouïes dans leur temps, nous inventons des plaisirs qui leur furent encore plus inouis !

Voua qui vîtes couler ses premiers jours, sages vieillards d’Israèl, qui témoins de la première gloire de ce temple , venez honorer ici ses ruines de vos lamies, sam pouvoir être consolés par l'es- IH’tance d’un nouveau, rien de profane en souillat-ll jamais la sainteté P Fallut-il excuser les égarements de son cœur sur la fatalité de Tige? envelopper des désordres présents dans l’espoir d’une régularité à venir? cherclirr ’dam quelque trait de bon naturel des présages douteux de vertus? attendre du dégoût seul de riuiquilé le goiit du don céleste; et de la violence du mal, en faire presque le seul présage de guérison?

Sun auié fut un lieu de )>aix dans un temps où toutes les passions frémissent è l’cntour ; et comme ces trois jctuic» princes juifs, il vécut parmi les délices des Ilabyloniens sans touclier aux viandes, et sanss’eiilvrer du via de fiabylone. ( Da.v.,1 ,8. }

L’usage et les réflexioos qui envelo|ipent l’ame.

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et font qu’elle ue se montre plus que par régler et cliangent en art le commerce de ht société, aidèrent la droiture et ta candeur de la sierme.

Il n’étoit pas de ces hommes enfoncés et impénétrables, sur le cour de qui un voile btal est toujours tiré; qui s’attirent, en se cachant, le respect des peuples; que l’on ne révère tant que parce qu’on ne les a jamais vus ; et qui , comme ces antres qu’une vaine religion consacra jadis, n’ont rien de vénérable que leur obaenrité. Déguisements artificieux de U prudence du siècle! vaiiM sdence des enfints d’Adam ! coupable trafic de mensonge et de vérité! je n’aurai pas besoin aajqard’bai, pour m’accommoder à mon sujet, de vous donner ici des litres spécieux, et qui ne sont dut qu’è la sagesse de la croix , et à la simpUdté chrétieniM.

Je loae un homme juste et droit, simple dans le mal, et prudent pour le bien; un bonune dont ce siècle malin n’étoil pat digne ; uim de ces âmes laites pour le siècle de nos ^res, où 1a bonne M était encore une vertu, où une noble ingénuité louait lieu d'art et de finesse , où dans les plaisirs iqoocentt d’une douce sociélé, le plut h>^ étoit toujours le plut habile ; où l’art des précautioas éloit iuotUe, parce que l’art de se contrefaire n’étoil pas encore inventé ; et où Ionie la science du monde se téduiaoit è ignorer les lois et les usages du nétre.

Ici, je sens que mon discours t’anime : je me représente notre prélat avec cet air toujours affable et serein, toujours accessible, toujours aceneiilanl, mettant , pour ainsi dire , sa peiaoune et sa dignité i unîtes les heures, ne retenant de ton rang que le privilège de pouvoir être iinportooé : je me le représente, et pourrois-je le dire sans réveiller votre douleur ? je me le représente au milieu de vos familles, enveloppé dans une aimable obscurité, goûtant avec vous les douceurs d’une vje privée , familiarisant l’épiscopat avec les fidèles, et ue se faisant pas une vaine bienséance de se rendre invisible, et de jouir tout seul d’une dignité qui n’a été établie que pour les autres,

Falloil-il pour pénétrer jusqués à lui , acheter par des lenteurs étemelles une audience d’un moment , et par mille pénibles formalités des refus encore plus pénibles ? Quelle barrière y eut-il jamais entre lui et nous , que celle du respect et de la discrétion ? Le vîmes-nous jamais affecter ces moments sacrés de solitude inventés pour ménager le rang , ou pour honorer la paresse? Sa maison ressembloit-elle è ces maisons d'orgueil et de faste, où ceux que les affaires y attirent, pensent presque plus aux moyens d’aborder leur juge, qu’à lui exposer leur droit et leur justice; où dans un silence profond et avec un respect qui approche

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da coite, oa attend que la divinité ae montre; où mille malheoreox acülùent moina de leur mûère que de leur ennui ; et où comme autrefois dans la piscine de Jérusalem , après avoir attendu longtemps, cet antre ange du Seigneur parolt enfin, et guérit à peine un malade? (JoAS., v, 4.)

la contagUm des dignités et de la grandeur, oa lin forma pas cet œil snpetlie, et ce cœur insatiable d’honneurs dont parle le Prophète. (Ps.,c,5.) Content de mériter nos hommages, U ne sut pas les exiger : disons plus, il ne sot pas les aoulTrir : on anroit dit que ces reqiectoeuses déférences qui délassent si a^éaUement des soins de rauloHié, faisoient la plus pénible fiitigue de ta sienne. Bien éloigné de ces petites délicatesses qu'ou remarque en la phqnrt des grands, auprès de qui un simple oubli est un crime qu'è peine mUle soins et de longues aasidnités peuvent expier; vaines idoles, qu’on ne peut aborda' qu’en rampant, qu’on i>e peut servir qu’avec aolesinité, qu’on ne peut toucher qu’avec religion, et qui, comme l’arche d’Islaél, vous frapperaient de mort, si pour trop penser même è les secourir, voua n’ariez pas asseï pensé à les respecter.

Mais quelque chose de plus grand et de plus digne de la religioa , s’oibe ici à moi. On peut , il est vrai, te refuser aux bommages par osteotatiao, et pour en paraître plus digne > la modéralioo, je le tais assex, souvent n’cH que le sceau de l'orgueil : la vanité qui te montre n’est ni la plus habile, m la plus à craindre; et eelui qui s’onprcan pour te foire honorer, ne sait pas encore Fart d’être vain. •' ■

Ha» n’èlre touché ni des honneurs , ni des oùtrage»; /être rendu (Imiller ce point difficile de la loi, le pardon des ofieiltes ; ne distingoer même ses ennemis que par lesgraces qu’on leur accorde; être armé de la vcige pour pdair les murmurée, et ne sTeo servir, eamme HOIsd, que pour tirer l’ein même des pioret en foveur des murmntatenrs , c’est es que la vanité hertaUroM biencontrefoire, ni la reHgion asSbr lodèr. Oni, Uessiema, nul de noos ne Figliorer on anroit dit qne leseol ieerel,poor ae le rendre hvorab>e,'étoit de l’avolT offensé. Lea traite les plus piquants u'alloienl, ee semble, jusque <Mm ton cœur, que ponr y ménager une plaoe à ceux qni la avoient foncés ; et oomme oe Non hiyetMeut, dont U est parié dans rkisloitè deSanison, il solKsoh presque de l’aeofo déchiré, pour trnèver dms sa- bouche le miel de ta donoew et ta tétée des grae«r. PaMtc-* von en ce jour de donfonr être du miéM wwhéi de eet exemple , veùs qui etoftt que nè pii perdre vos ennemis , c’est lenr pardonner ; et qui

borner ta loi qni vous ordonne d’aimer, è ne bair qu’avec mesure! Passons à l'osage qu’il a fait de aon autorité, et représeuloos-le comme un poulife fidèle.

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