‹ Œuvres de Massillon, Évêque de ClermontChapitre 294 sur 348 · DE M. DE VIU.EROY · texte numérisé non relu

DE M. DE VIU.EROY

da prince , et tant d’attention i l’utiUté des particnliers; tant d’application aux besoins de l’état , et tant de TigUance sur le détail des familles ; tant d’égard peur la noblesse, et tant de bonté pour le peuple ; tant de respect pour ladroitsde la royauté, et tant de lèle pour ceux dn sacerdoce; tant de part aux soltteitndes dn siéde, et tant de godt ponr tes ebosea dn ciel; tant de grandeur, avec tant de modération ; tant de p^ , avec tant d’mnoeence?

Vous lesavex , Hlnalrei citoyens de cette ville affiigée ; et le nugnitiqne appareil de eette triste cérémonie , où il semble que l’exeès de votre douleur ne trouve pins d’adoodsscment que dans nn excès de reconaoissance, fah assex connoltre qne vous croyex devoir t la conduite et I la piété de ce grand homme, les richesses de la terre et celles du dd , puisque vous les jetex avec tant de profusion sur le pompemc tombeau que' vous lui avez élevé dans ee tample.

AhI que ne ponvex-enus donc parler id i ma place , vous qui , chargés des affaires publiques , trouviez dans une seule de ses réponses ces expédients heureux, qui ne sont d’ordinaire le fruit que des longues réflexions et des crueOes perplexités I vous, qui rélablisnnt artdue de voedifférends panienUert, reotendiex avec conflenee dédder sor les intérêts de votre botmeur ou de votre fortune ; toujours contents de ses arrêts, ton même que vous étiez mécontents de votre sort! vous, qui malheureux sans avoir la triate consolation d’oser vous plaindre , alliez verser dans son Win votre honte et votre misère ; et le trouvant toqjours également diicret et charitable, en sortiez rassnrés sur votre hoimenr, et soulagés de votre indigence ! vous enlin , nrimstres du Seigneur, zélés confidents de son amour pour FÉglise , qui aswmliiés autour de hi, comme les esprits célestes autour du tréne de l’Andai des |oura (Hebr., i, 14), CB étiez ai souvent envoyés pour aller exercer votre miniatète en faveur de ceux qui doivent être les hériüen dn salut ; que ne pouvez-vous parler ici 1 ma placel Hais ce ingtrirre sUeoce, cette profonde eonstemation, cet air de trislewe et d’étonnement répandus sur vos visages, n’en disent-ils pas assez f fantdl donc que J’en sois en ce jour le tiisle interprète, M que je vienne justifier par nn éloge public, une douleur et des larmes publiques ?

Souffrez plutét que je prenne dans une cérémonie de mort de quoi confondre tontes les Ulnrions de la vie , et qne je vous redise , avec cette noble simplicité qui sied ai bien aux vMtés dn la- >«t : An resta, mes fttre», et qa<« rfrommsaurs

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armé il le recueillera ; (Gai.., vi , 8. ) «Sf s île et monde comme ii'en usant pas; c'est une figure qui passe ; ( 1 . Cor. , vu , 31 . ) eVsf «ne maison Mlle SUT le sable mouvant, qui sera demain fe jotief des «enfs et de Forage. ( Matth., vu , 26,27.)

Je sais quelle est toujours dans ces touchantes cérémonies la prescription de la vanité contre la piété chrétienne : je sais qne loin de laisser périr la mémoire de l’impie, comme un son qui se dissipe dans les airs, on lui rend les mêmes honneurs qu’è celle du Juste ; je sais qu’une bouche sacrée, qui ne doit plus s’ouvrir qne pour annoncer avec le Prophète les merveilles du Seigneur, y vient souvent raconter les ouvrages de l’homme : je sais qne du plushumiliant objet que nous propose la foi, ou en fait un spectacle de faste et de vaine gloire ; qU’on vient recueiiiir même sur de viles cendrés, des esprits de grandeur et d’élévation; qu’on mêle à la pensée du tombeau , à qui la grâce doit tant de conquêtes , le souvenir de mille événements profanes, qni peut-être ont valu à l’enfer an riche butin ; et que le démon semble enfin avoir trouvé le secret de triompher, comme Jésus-Christ, de la mort même : je le sais. Mais je sais aussi. Seigneur, que vous perdrez les lèvres trompeuses , et la langue qni parle avec orgueil (Ps., XI, 4); je sais ce que je dois à la parole évangélique que j’annonce, è la majesté dn temple où réside la gloire du Dieu très-haut; à la sainte horreur du sanctuaire , où le pontife étemel est tonjonrs vivant , afin d’intercéder pour nous ; à l'appareil du sacrifice terrible que je suspens; à la présence dn pontife sacré qni va vons Toffrir , et dont je dois respecter le recueillement; à la piété des fidèles qni m’écoutent ; et surtout à la mémoire du grand prélat à qni je viens rendre ce devoir de religion. Je le sais; et vons ne permettrez pas, Seignenr, qne je trahisse lâchement là-dessns les plus vives Inmières de votre grâce.

Dooiioas donc â une cérémonie si chrétieime , nn air et un tour de chrétien ; ne louons ni des vices glorienx, ni des vertns que la foi met au nombre des vices ; laissons lâ cef art profane , qui selon les besoins , éloigne, approche , saisit avec aifectation, on laisse échapper avec adresae des faits douteux et délicats ; en on mot, sanctifions dans cet éloge fnnèbre les qualités qne le siècle admire , par celles qne la religion doit luner. Mêlons saintement le monde avec Jésna-Christ, et découvrons dans notre ilinstre archevêque de grands talents et de grandes vertus ; ctmsidéronshs comme un grand homme né pmir le bien de rétat , et comme un grand évêqne établi pour Pu-

«iO OP. .VISON 1-

lililé d(! l’Égliw. Il sut ménager les intérêts du prince et les intérêts du peuple ; c'est l’usage qu’il fit de ses talents : il sut veiller sur lui-méme en se rendant utile i l’Église : c’est i quoi se réduisirent ses vertus. C’est-l-dire, il fut un pontife illustre qui a su augmenter le bonbeur et la puissance de la ville, qui s’est acquis de la gloire an milieu de sa nation , et qui a été lionoré par les fonctions de sou ministère , dans la maison du Seigneur et dans l’enceinte du temple. C’est tout ce que je me propose dans cet éloge.

PllEMIÈRE PARTIE.

A quoi se réduisent ces vastes talents qui nous élèvent si flatteusement sur le reste des hommes , et qui sont comme un caractère de souveraineté naturelle , imprimé des mains de Dieu sur certaines âmes, si la grâce de Jéstis-Cbrist, toujours attentive i reniener an Père des lumières tous les dons qui sont sortis de son sein , n’en fait ellemême la destination , et n’en règle Tusage , n’en redresse les vues, n’en corrige les dissipations, n’en marque les routes , n’en sanctifie les écueils ? Car, Messieurs, je le répète, n’attendez pas ici on éloge païen , mais une instruction chrétienne. Je me souviens que je loue un oint du Seigneur , et non pas un héros du siècle. Eh ! le monde est assez ingénieux à se séduire , sans que nous loi aidions encore nous-mêmes, ministres du Seigneur, dans on lieu destiné è le détromper.

Quel rang occupent-elles donc dans la morale des chrétiens , ces qualités éclatantes , lorsque la foi n'en règle pas l’usage? Ce sont des dons de Dieu qui nous éloignent de lui ; des ressources de salut qui facilitent notre perte ; des lumières étendues qui nous avengleot sur les objets que la foi nous met comme sous l’œil ; des distinctions de la nature qui nous confondent dans la multitude des méchants ; des penchants d’immortalité que nous usons après des ombres qui périssent ; des semences de vérité que nous étouffons par les sollicitudes du siècle ; des attentes de grâce que la cupidité remplit ; des amusements brillants qui nous font perdre de vue notre unique affaire ; un art de se damner avec un peu plus de contrainte et de soiennité; des Heurs enfin, qui le malin brillent , et sèchent le soir sur le tombeau : terme final , où tout aboutit ; abîme étemel , où tout va se perdre; écueil inévitable, où après plus ou moins d’agitations , vient enfin se briser le Csntâme qui noua joue, et que nous croyons si solide. Mais éloignons pour un moment ces tristes idées; et dierdioot dans l'histoire de notre prâat , des molib solides d’une consolaUon ebrélieiuie.

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