L.M-BRK
Je dis dans son histoire, Messieurs ; car n’atlendez pas que j’en aorte pour remonter jusqu’l celle de ses ancêtres. A quoi bon entasser ici des noms antiques; réunir des titres pompeux; rassembler des alliances augustes; rapprodier une longne suite de siècles passés ; et dans une cérémonie destinée à nous faire ouvrir les yeux snr le néant des grandeurs présentes , donna- une manière de réalité è celles qui ne sont plus ? Je le pounuis ; et la gloire de l’illustre maison de Vilieroy embelliroit, sans doute, cct endroit de mon discours : mais je parle d’un pontife établi selon l’ordre de Melchisedech ; et vous savez que les livres saints , où nous lisons l’éloge de ce roi de Salem, affectent de ne pas faire entrer dans les louanges d’un prêtre du Très- Haut , la gloire des ancêtres , ni la vanité des généalogies.
La capitale de l’univers , Rome fut le lien que la Providence choisit , pour donner à son peupla measire CamiUe de Neuville, n .-.emble que cette grande ame , qui devoit on jour réunir dans sa personne la scieBce de régir les peuples, et celle de les sanctifia, soutenir le tréne d’une main et l’autel de l’autre, dispenser les mystères de l'état et ceux de l’Égiise , ne ponvdt devoir sa naissance qu’è cette ville si célèbre, où l’autorité de l’empire et |do sacerdoce se tronre réunie dans la même personne.
Aussi réducation , qui d’ordniaire dans les antres hommes , embellit ou cultive on fonds encore brut ou ingrat, ne fit que développa les richesses du sien. On loi trouva de la maturité dans un êge où à peine est-il permis d’avoir de la raison ; et dans les amusements mêmes de ton enfance, on découvroit presque les ébauches de scs grandes qualités : semblable A ce grain évangélique (Matth., xitl , 31 , 32) , qui dans ta myatérieoae petitesse , laissoit entrevoir ces espérances d’accroissement qui dévoient l’éleva sur les plus liantes plantes, et dont les branches sacrées dévoient même un jour savir d’asile aux oiseaux du ciel.
Au lieu que les méchants, dit le Prophète , se détournent de la droite voie dès le sein de leur mère ( Ps., lvii, 4 ), il rendit ses passions dociles A la raison , en un temps où les égarements du cœur entrent , pour ainsi dire , dans les bienséances de l’Age; et comme ce pieux roi d’Isiaêl (Eccu., xLvii, 3). il se joua dans sa jeunesse avec les lions, ainsi qu’on se joue avec les agneaux les plus doux et les plus traitaUea.
Dans lea éloges qu’on entreprend de la plupart des hommes extraordinaires, on est obligé de tirer le rideau snr les premières années de leur vie : on laisse dans un sage oubli un temps où ils se sont
DE M. DR VIELFDOY. 6il
oubliés enx-mcme) ; on ne leur donne ni enfance ni jeunesse ; on ne commence leur histoire que par où l'on peut commencer leur élo^e : et l’on voit l’orateur liabile produire tout à coup son Itéras sur le Ihéiltre du monde , i peu prés comme Dieu y produisit Adam ; je veux dire dans la perlection de l'iige et de la raison.
En elTet , qu’est-ce que lajenncs.se des personnes d’un certain rang t Cest une .saLson périlleuse où les passions ne sont pas encore génées par les bienséances de la grandeur , et où elles sont facilitées par son autorité : c’est une conjoncture fatale, où le vice n'a rien de difficile ni . de hnnteu.\ ; où le plaisir est autorisé par l’usage ; l’usage soutenu par des exemples qui tiennent lieu de loi ; les exemples facilités par la puissance , et la puissance mise en U'iivre par les emportements de l'dge , par tonte la vivacité du emur. Seigneur , ù qid seul appartient la force et la sagesse , votre grâce a-t-elle des attraits assez puissants , votre cotiseil étemel des res.sources assez heureuses, pour préserver une aine an milieu de tant de périls ? \ ous le pouvez , Seigneur ; mais qu’il est rare que vous usiez de cette puissance !
Tel fut le privilège de notre archevêque. Mais .sur quoi arrété-je votre attention ? Il semble que j’ai à louer des talents ordinaires ; et je ne m’aperçois pas que ce qui ailleurs seroit un sujet important d’éioge, n’est ici qu’un amusement.
Exposons tout i coup ce grand homme ù la tète de la province, veillant aux intérêts et ù la gloire do prince ; présidant à la fortune et an repos des peuples ; toujours occupé , et toujours au-dessus de ses occupations ; se faisant un vvai soulagement de son devoir, et faisant un devoir du soulagement de son peuple; si pénétrant , qu’il ne lui fallait pour décider , que le temps qu’il faut pour entendre; si éclairé, que ses décisions paroissoient toujours dictées par la sagesse même ; siîr de l’avenir , attentif au présent , habile ù prendre des mesures sur le passé; d’un esprit vif, facile, insinuant ; d’un jugement vaste , élevé , fécond ; d’un cœur droit , noble , bienfaisant ; toujours au-dessus de ses dignités et de sa grandeur, toujours à portée de la misère et de l’infortime ; ami sincère , maître généreux , père commun.
Ici , qu’une piété craintive et peu instruite ne désavoue pas en secret les louanges que je loi donne. Je respecte votre pieuse délicatesse , âmes zélées qui m’entendez. Je sais avec l’Apétre , que tout pontife n’est clioisi d’entre les hommes , que pour s’appliquer i cc qui regarde le culte de Dieu (IlEBR., V, i); qu'il ne faut pas introduire dans le repos sacré du sancinaire , le tumulte des ocen-
pations séculières ; que cenx qui , comme dit le Prophète, vont placer leur bouche jusque dans le ciel , ne doivent plus laisser ramper leur langue sur la terre; et qn’enlln le monde entier n’est pat digne d'occnpcr des mains deslinns i offrir des dons et des .sacrifices. (Ps. i.vxrt, !).) Vérités saintes ! vous ne m’êtes pas étrangères ; et je ne vient ! pas ici détruire ce qu’un emploi sacré m’oblige d’édifier tous les jours ailleurs.
Mais l’Église est-elle donc si pen intéressée à la prospérité des princes, i la sûreté des Etats, à la tranquillité des peuples, à l’observance des lois ,
I qu’elle en regarde le soin comme un soin profane?
I La royauté ii’est-telie pas le ronliendu sacerdoce?
et travailler à ragrandis.sementd’un roi Irès-chré- I tien , n’est-ce pas préparer des triomphes à Jésus- Christ ? Le pontife de la loi , souvent au sortir dn tribunal , d’où il venoit de prononcer sur la fortune et sur les biens des enfants d’Israèl , ne montoit-ü I pas à l’autel , pour leur attirer des biens invisibles I et une fortune plus durable ? Samuel n’étoit-il pas I paiement l'interprèle des droits du roi et des volontés du Seigneur envers le peuple ? Saints évêques des premiers temps, ne jouissiez-vous pas de cette doulde autorité ? et l’application i terminer les différends des fidèles , ne faisoit-elle pas une portion considérable de votre charge pastorale ?
Pourquoi donc , lorsque sous un prince qui fait entrer l’Eglise en commerce de ses victoires, et en partage avec elle le fruit , il se trouve certaines âmes en qui la Providence a versé ces dora rares et excellents , nécessaires pour ménager les intérêts des rois et la conduite des royaumes : pourquoi , dis-je , ne pourroient-elles pas se partager entre les soins du sacerdoce et ceux de la royauté? Or, Messieurs, ces dons rares et excellents , où parurent-ils jamais avec plus d’éclat , que dans le prélat dont nous pleurons la perte ?
Je ne vous dirai pas ici qu’il avoit reçu du ciel un de ces génies heureux qui trouvent dans leur propre fonds , ce que l’étude et l’expérienoe ne saoroient guère remplacer quand on ne l’a pas ; qu’il étoit né instruit sur l’art périlleux de gouverner les penpiea ; que de tous les mystères de la sagesse des hommes , il n’ignota que ceux qu’il n’eût pas voulu suivre ; et que comme cet habile conducteur do peuple juif, il sut dès sa jeunesse tous les secrets de la science des Egyptiens. (Aot., vu, 22.) Je n’ajouterai pas que les allaires n’eurent jamais rien d’obscur qu’il n’éclairdt , rien de douteux qu’il ne décidût, rien de difficile qu’il n’aplanit, rien de délicat qu’il ne ménageât , rien de périlleux qu’II I ne franchit, rien de pénible qu’il ne dévorilt ; que I les plus vastes l’étoieut moins que son esprit; et
Mi OKAISO.N
que pai-U^é eiilre nulle «uins, il fui loujouni tout entier i cliacun. Ce n'est pas là une imagiiulion qui le joue , el qui substitue il lu véritable idée des cluses un fantôme de sa façon ; il n’est personne ici qui d’abord n’ait reconnu que le portrait que je viens de faire , c’est lui : cependant ee n’est pas à quoi je m’arrête.
Persuadé que les talents les plus distingués sont inutiles ou dangereux lorsque le devoir n’en règle pus l'usage , quel fiit sou attacliement pour la personne du monarque ! Que ne puis-je rappeler ici ces temps Hclieux où la minorité du prince, i’ambilion des grands , les intérêts des ministres , et je ne sais quelle fureur de révolte et de cbangement qui saisit en certains siècles l’esprit des peuples , lirait éprouver tour i tour à bi France toutes les caUmités des dissensioos domestiques ! Que ne puis-je rapprocher surtout ce moment fatal où la capitale du royaume i la tète de U révolte, la Bourgogne et la Guienne déjà séduites , le Danphiné prêt à les suivre , et n’alleodant plus que l’exemple de celle province ; notre illustre défunt , sollicité de toutes parts, décida presque, par sa fermeté, de la fortune du monarque et de celle de la monarchie!
Hais faut-il , pour vous représenter le calme et la tranquillité dont la province fut redevable i ses soins , mêler dans une cérémonie instituée pour honorer le paisible sommeil des Justes , les images affreuses de la guerre et de la rébellion répandues partout ? faut-il, pour vous exposer tout le mérite de sa fidélité , faire revivre le souvenir de tant de chutes déplorais, qui pensèrent traîner après soi celle de tout l’Élal ? hut-il, pour le louer sur des espérances méprisées, sur des offres rejetées , insulter aux cendres de ceux qui le sollicitèrent de se déclarer contre sou devoir , et faire d’un éloge particulier une invective publique ? Ah ! que plutôt cette gloire descende avec lui dans le tombeau !
( Ps, xLriii , 18.) Je trouve bien dans les livres saints tpi’on doit proposer les vertus du Juste mort, pour condamner les vices des pécheurs qui vivent, mais non pas pour flétrir la mémoire de ceux qui ne sont plus. (Sap. , iv , 16.)
Dans CCS fatales révolutions , c’est une conjonoture bien délicate de se trouver pourvu de toutes les qualités qui rendent habile au gouvernement. On est tenté d’entrer , sans aveu , ^ns les affaires publiques ; on aime encore mieux se rendre nécessaire à rassemblée des méchants , que d’être inutile au parti des gens de bien. Sous prétexte de cberclier à son mérite des moyens de paroltre, on procure i son ambition des occasions de crime et de déshonneur; et souvent on abandonne son devoir sans autre intérêt , que celai de n’avoir pn le
I l N ^ilIRi:
remplir avec asses d’éclat et de dignité. Des talents atissi vastes que ceux de notre prélat, ne devaient guère se borner aux soins d’une province; mais voyant d’un mil tranquille l’abondance et la gloire des bqustes sortir de leur iniquité même, il fut toujours content de sa fortune, parce que la cour le fut toujours de ses services.
l)e tes services. Messieurs? ne donnons point ici dans les excès d’une mauvaise éloquence ; parlons sans art; nous ne rtaquons rien. Quelle suite glorieuse et constante de soins et de fatigues soutenues pendant plus de cinquante ans pour les intérêts de son prince ! Vigilant, rien n’échappait i la force de son esprit ; intrépide , rien n’ébranloit la fermeté de son ctem- : infatigable , rien ne pouvoit abattre la foiMetse de son corps. Combien de fois, par des avis donnés è propos , a-t-il ou corrigé des abus désespérés, ou prévenu des malheurs inévitables, ou procuré des biens qu’on n’osoit se promettre I Tandis que dans les autres provinces l’hérésie attend des coups pour expirer , et qu’il faut tailler ces pierres spirituelles pour les faire entrer dans l’édilica sacré de FÉglise ; notre sage prélat emploie-t-il pour les ramenerd’autreforeeque celle de ses raisons ? et , comme Salomon, ne le voiton pas bltir un temple à la Vérité sam employer le fer , ni sans donner un coup de marteau ? Combien de fois l’a-t-on vu pendant les désordres de l’état , respecté même des rebelles aller à travers lents armées , porter au pied du tiéne le tribnt de ta constance et de sa fidélité !
Vous le savex , Messieurs ; injures de l’air, incommodités des saisons, infirmités de l’âge, rivacité des douleurs, danger des maux présent, crainte des maux i venir , ce n’étoieni plus pour lid des obstacles. Feoutex , âmes toutes livrées à vos sent , et pour qui la seule absence du plaisir est un vrai supplice ; du lit même de sa donlear il en fit un nouveau tribunal , d’où on le rit avec un esprit tranquille et serein régler les besoint de la province et les intérêls de la cour. Et , bien ififférent de ces dieux dont parle le Prophète qui avoient des yeux et ne voyoient pas , des pieds et ne mat^ choient pas, des mains et ne s’en servoient pas; ah! il avait perdu par ses longues et continuelles fatigues, l’usage des yeux, et il vnyoit encore tout; des pieds , et il volait partout où l’a|q>eioit le se rvice du prince ; des mains , et il donntdt le branle el le mouvement i tant. Quelles étoient U-dessos vos justes frayeurs et vos respectueuses rtmon- Irances, vous que d'heureux engagements altaeboient depuis long-temps i sa personne et i son service ! redites tout oe que votre amour pour lui et pour la province vous faisait alors dire de piM -
by Guuglv
DK M. lïK VIU.KROV. (US
tendre et de plnü tonclmnl, tout ce que son rèlc on jamais quNi ei*it de Tautorité, que lorsqn*il ac>
pour le prince lui faisoit répondre de plus ferme corda des ^acos.
et de plus Onéreux ! Quelle leçoq pour vous , liomme vain ! qui ^ à
Mais ne le vîmes-nous pas ces jours passés au peine échappé de parmi le peuple où vous avoienl bruit d'une émeute populaire , recueillir les restes laissé vos ancêtres y et devenu par une digmiié le précieux de son ame défaillante ; ramasser, si je défenseur de ses droits , affectez de ne jamais dépose dire, les débris d’un corps tout usé^ trouver tourner sur lui vos regards , comme si vous cral-
dans la vivacité de son zèle de quoi ranimer scs gniez de n’y retrouver le souvenir de votre pre-
forces mourantes; s’arracher comme Moïse à la mlèrebassesselAh! ietombeanconfondravoscen-
tranquillité de sàmonlagne, et venirrétablir la paix dres avec celles de ces âmes viles; cl le Seigneur
parmilepcuple,eny rétablissaiilcommeluirabon- fera sécher la racine de votre orgueilleuse poslé-
danoe ? Oui , Messieurs , aux premières nouvelles rité , et entera dessus une race qui connoitra ta
du tumulte , les soinsde la santé si chers à la vieil- justice et fera la miséricorde, lesse, ne l'arrêtent plus; il part, il vole, il paroit, ComUen de fois avions-nous admiré en lut ces tout se calme : quel est cet lK>mine à qui les vents lumières vastes et sûres , qui trouvent toujours le
et la mer font gloire d’obéir ! Mais où m’emporte point fatal des grands événéments; et celte facilité
tout à coup l’ordre de ma matière ? Ah ! je touche populaire qui se délasse sur le détail des familles,
presque au moment fotal qui nous l’enleva ; et en rallie des intérêts domestiques, et ne sait se refu-
vous rappelant une action glorieuse, je ne m’a- ser à des besoins obscurs , ni s’y prêter avec ces
perçois pas que c’est la dernière de sa vie et peut- airs d’inquiétude et de fierté, plus accablants que le
être la cause funeste de sa mort. Ne bâtons pas refus même! Ses mains comme celles de la femme un si triste spectacle. forte, après s’élre occupées à des fonctions écla-
La France a vu snr la scène presque dans tous tantes, ne savoient-elles pas se détourner sur les
les siècles, de ces hommes capables, nés pour mé- plus obscures? et si j’osoisle dire dans un discours
nager les iniérêis princes, et faire mouvoir les chrétien , ne nous rappeloil-il pas le souvenir de ressorts infinisd’un Etat : mais, hclas! souvent ciiar- ces Romains tant vantés, qui, après avoir été à la
gés de la luiine comme des affaires publiques , on tête des affaires publiques , et ménagé le destin de
les a regardés pendant leur vie plutôt comme des Rome, de retour chez eux , enveloppés de toute
instruments de la colère du Seigneur, que comme leur gloire, savoient auprès d'on foyer simple des ministres de la puissance du prince, et Us sont et champêtre, prononcer sur les démêlés de morts avec la triste consolation d'avoir eu assez de leurs clients, et se renfermer dans les bornes de mérite pour déplaire â tout un royaume. C’est que cette magistrature domestique comme s'ils ensle môme zèle qui nous attache au prince, nous en- sent toujours ignoré les fonctions éclatantes de durcit souvent envers le public : c’est que le même l’autre ?
crédit qui nous rend nécessaires au reste des hom- Le détail infini du commerce de cette grande mes , nous rtmtl quelquefois le reste des hommes ville, eut-il jamais rien de si has , où on ne le vit
méprisable. Mais j'en atteste ici la foi publique : descendre avec plaisir, y maintenant par son au-
reconnoissez-voos là-dedans le père commun (|ue torité, la paix et la bonne foi qui en sont comme nous pleurons? Nécessaire à tous, ne fut-il pas tou- les nerfs? N’en régloil-il pas souvent les vastes resjours à la police de tous ? cette muraille funeste de sorts par la prudence de ses coaseiis , et par l’étenséparation , qu’un usage peu clirélien met entre les duc de ses lumières ? Ce nouveau tribunal qui rend grands et le peuple, ne l’avoit-il pas détruite? fai- cette ville comme l’arbitre du commerce de tout loit-il, pour pénétrer jasqu’à lui, adieler la faveur le royaume, qui dans son établissement fut si fort d’un domestique, ou mériter par de longueset en- traversé, etoù, des provinces les plus éloignées, on
nuyenscsBssiduité^ le moment favorabledumallre? vient attendre la décision de toutes les affaires où lenomdespauvresn’éloil-ilpaslionorableàsesyeux nos citoyens sont intéressés; n’esl-ilpas uii momi- ( Ps. i.xxi, i i)? et en étoit-ii de son cabinet comme ment bien tendre etde son crédit auprès du prince,
du sanctuaire du temple de Jérusalem , où l’on ne et de son amour pour le peuple ? Nous avions, à la
pouvoit entrer qu’avec des ornements pompeux et vérité, ses premiers soins; mais (es avions -nous
une parure magnifique ? portoit-il sur son front ces tout entiers ? et par l’application qu’il eut toujours
marques odieuses de puissance , qui semblent re- à connollre et à régler les plus petits intérêts de la
procher au reste des liommcs leur misère ou leur province , n’auroit-on pas dit qu’il éloit le msgis-
dépendance? n'avoil-il pas réconcilié la grandeur irat particulier de eliaque ville de son gouverne*
areeranabilité ? et enfin, en l’abonlant, s'aperçut- ment ?
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Ici , Messieurs, vous ajoutez à ce que je ne dis pas ; vous suppléezà ce que je ne disque foiblenient; vous rappelez mille circonstances, ou que je passe ou que j’ignore. Chacun de vous* se retraçant le souvenir de quelque hienrait particulier , m'offre en secret de quoi grossir cet endroit de son éloge. Ah ! que n’est-il permis à votre douleur et à votre reconnoi&sance de s’expliquer ici elles<mémes ! Vous diriez, mais en termes mille fuis plus touchants et plus énergiques que moi , qu'il avoit délivré le pauvre de la tyrannie du puissant ( Ps. , j.xxi, 12); que les magistrats subalternes ne lui étoient chers qu'autanl qu’ils l'étoient eux-ménies au public; que sa plus délicieuse félicité, étoitde contribuer de ses soins h la félicité publique; qu’il éloit plus jaloux du rang qu’il avoit dans nos cœurs, que de celui qu’il avoit dans le royaume; qu’il ne connoiss^)ii vos noms , vos familles , votre i fortune , que par les services qu’il vous avoit ren- i dus ; que plus d’une fois dépositaire des vœux et des intérêts publics , il les avoit portés au pied du trône avec une respectueuse fermeté , et sans ces timides ménagements injurieux au prince dont ils exposent la gloire, injustes envers le public dont ils sacrifient les droits ; exemple rare et digne lui seul d’un éloge cniierl en un mot, qu'U étuit le père, le soutien et le protecteur de la province; l’espérance , la joie et les délices de votre ville.
Mais ptiis-je vous confondre ici, vous qu’il distingua toujours avec tant de bonté, noblesse illustre, et qu’il honora de sa plus étroite familiarité ? Avec quelle confiance l’établissiez-vous arbitre de vos différends ! Que d’animosités étouffées dans leur naissance par sa sagesse l que de querelles invétérées et si souvent immortelles parmi les gentilshommes, n’a-t-ii pas éteintes par son autorité! que de prétentions injustes, que dedroiUs douteux n’a-t-il pas éclaircis par sa pénétration ! .Mais quel ami plus sincère et plus généreux? vous le savez, chapitre illustre de la plus noble église de France. La grandeur, je le sais, ne roanr|ue guère d’adulateurs : mais les grands manquent souvent d’amis; comme ils n'niment qnc leur fortune, ce n’est aussi que leur fortune que l’on aime en eux; l’amitié , celle tendre ressource de tous les cliagrins de la vie, dit le Sage (Lcclî., vi, ce doux lien de la société, cet unûpie plaisir du cceur, est un lien gênant ; un plaisir sans cliarme pour eux : aussi , comme ils ne vivent que pour eux-mêmes, on nelesaimequepoursoi. Ici, étoitee la personne ou la dignité, i|ui lui atliroit vos hommages? vous lit-il attendre un service, quand vous l’cdtes demandé ? vous le fit-il demander ,
FONÈRtlK
quand il l’eut préru? eouffrit-il vos justes retnerciemenls , quand il l’eut rendu ? plaisir délicat cependant , et qui semble être la plus innocente récompense du bienfait.
Mais peut-être n’étoit-ce U qu’une vertu de parade : peut-être qu’officieux aux yeux du public, il se dédommagea de celte contrainte dans le secret de son domestique. Répondez pour moi, maison désolée de ce grand homme ; je réveille ici votre douleur, je m’en aperçois, l'ul-il jamais de nisltre plus tendre et plus généreux ? Ne suffisoitil pas d'sToir eu l'Iionueur d’être à lui , pour n’avoir plus besoin d’étre à personne? Sûr de votre allaciiement ne veilloil il pas avec plus de soin, sur votre fortune, que sur votre fidélité? £toil-il de ces hommes vains et bizarres qui croient faire grâce de permettre qu’on soit au nombre de leurs esclaves, et qui veulent que les services mêoia qu’on leur rend tiennent lien de récompense? Enfin, cxigea-t-il vos Inmniages comme un tyran, ou s’il mérita votre tendresse comme un vrai père ?
Que ne puis-je ici de ses actions passer à ses principes ! Jamais anie ne fil de plus grandes clioses par de plus grands motifs : on aiiroil dit que tout ce qu’il faisoit de louable , perdoit son prix du moment qu’il étoil loué : c'cloit dégrader le mérite de ses actions, que de I en faire apercevoir; 'et en l’abordant pour le rendre attentif à nos bonnes qualités , il lalloit presque oublier les siennes.
Sacrés dispensateurs de la parole évangélique , combien de fois en vous ouvrant la bouche pouraniioncer toute vérité , vous la ferma-t-il sur celles qui le regardoient !
Et nous-mêmes aujourd’hui , ne sommes-nous pas obligés de trahir par cet éloge public, nonseulement ses plus chers sentiments; mais encore ces dernières intentions des mourants, qui sont comme d’autres restes précieux auxquels il n’est pas permis de touclier, et qu’une espèce de religion civile a rendues presque aussi sacrées pour les hommes, que les cendres mêmes et les dépouilles de leurs tombeaux ? Mais il falloit, anie généreuse et modeste , que vous eussiez la gloire de refuser les louanges , et qu'une juste recannai»sauce eOt la liberté de vous les donner.
Ab ! si après la dissolution de ce corps terrestre, vous pouvez encore être sensible à la gloire de la terre , ame bienfaisante et généreu-se ! jetez sur CCS citoyens aflligés quelques-uns de ces reganls que vous fixiez autrefois si utilement «nr eus; et venez recueillir sur les larmesqu’ils mêlent i vos cendres, sur les tristes regrets dont ils honorent vos obsèques, la plus douce récompense de
Dt: M. dl;
vos fatigues , et le plus sincère tribut de leur rccoiuioissance. Venez voir le plus grand roi do monde , non plus vous donnant des marques honorables d’estime et de conliance , et vous reeevant arec tant de distinction au milieu des grands de sa cour, mais ne pouvant vous refuser des marques de douleur au milieu des joies et des acclamations de ses victoires , et paroissant tout occupé de votre perte, tandis que l’Europe ne l’est que de ses conquêtes.
Il faudroit ici finir son éloge : les regrets de Lonis le- Grand laissent-ils quelque cliose k dire ? Il faudrait même ne pas vous bire souvenir de cette glorieuse lettre que toute la France a vue , si digne de passer dans nos annales , et d'être conservée k la postérité , ou l’on voit cette main royale occupée à laisser à nos neveux un éloge digne du grand Camille et de toute son illustre maison. Je ne puis qu’afToiblir une drconstance si honorable k sa mémoire : ce que J’en pourrois dire , ne diroil pas oe qne j’en pense ; les paroles des rois ont je ne sais quoi d'énergique qu’un discours entier ne peut remplacer. Louis-le-Grand y fait des vœux pour la durée des jours de notre prélat. Il semble qne comme autrefois le vieillard Jacob , aux approches de la mort , sentit revenir ses forces en voyant le bâton de commandement entre les mains de Joseph (IIiinR.. xt, 21 ), de même notre glorieux vieillard devoit rappeler les siennes en voyant son illustre neveu honoré du bâton de maréchal de France. Ce grand prince l’y exhorte de venir se montrer encore une fois â sa cour , et l’assure que personne sans ercepfioii , ne f’if verra avec plus déplaisir que lui. Ilégnez , prince , seul digne d’être servi , puisque seul vous savez si bim lionorer ceux qui vous servent. C’est tout ce que je puis dire.
Mais pois-je ne pas ajouter que ce grand prince s’y félicite lui-même d’avoir rendu justice au mérité de notre illustre gouverneur ? Ce seul mot ne vons rappelle-t-il pas sa grandeur d’ame, celle élévation d’esprit, ces manières dignes encore d’une plus hante fortune, et mille actions glorieuses que nul de vous n’ignore ; et qne la parole de paix, dont je sois le ministre, me défend de redire ici ? Puis-je ne pas ajouter qu’il y honore d'im glorieux souvenir, et d’une éternelle reconnoissance , la mémoire de ce sage et vaillant marëclial , qni jeta dans son ame royale les premières semences de valeur et de sagesse , et qui le premier sut ébaucher Louis-le-Grand ? Quelle gloire pour celte célèbre maison !
L’approche de Jésns-Christ a eu cependant pins de charmes pour votre cœur, que toute celte
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pom|ic de l’Egypte ' , illustre lille qui m’ccotilez. Aussi, en vous entretenant de la gloire de votre famille , je n’ai pas voulu affaiblir votre foi , mais aider votre reconnaissance ; et vons exposer plulAt les périls dont la grâce vous a délivrée , que vous faire estimer de faux biens et de vains honneurs , que vous avez si généreusement méprisés.
Passons à notre dernière partie. Je vous ai montré comment ses talents le rendirent nécessaire au prince et utile au peuple ; montrons qu’il fut fidèle â Jésus-Christ et utile à l’Eglise, par ses vertus chrétiennes et épiscopales.