‹ Œuvres de Massillon, Évêque de ClermontChapitre 296 sur 348 · DEUXIÈME PARTIE · texte numérisé non relu

DEUXIÈME PARTIE

Il est glorieux , je l'avoue, â un pontife sacré , d’avoir été , ce semble , formé des mains du Trèo* Haut , pour ménager les intérêts des rois et la fortune des royaumes : c’est sans doute un endroit éclatant , et l’on peut en bire honneur â sa mémoire. Mais si, honorant le prince, il n’a pas craint le Seigneur (1,Petb., ii, 17);si, enveilbntsur les membres de l’Etat , il a en les yeux ferméssur les membres de Jésus-Christ ; en vain aura-t-il amassé â grands frais une fragile glaire devant les hommes , il n’en a point de solide devant Dieu ; llabel gloriam , ted non apud Deum. (Ru.u., iv,2.} Qne l’homme nous considère , disait autrefois saint Paul, comme les ministres de Jésus -Christ et comme les dispensateurs des mystères de Dieu, (1 , CuR., tv, 1 ,}Or, Messieurs, commentdispenser fidèlement des mystères terribles, si l’on ne connolt toute leur grandeur et toute sa misère ? et quelle foi vive et pleine ne but-il pas pour cela ! Comment les dispenser saintement, si ces lumières divines ne sont pas la règle constante de nos mœurs? quelle pureté! De plus, pour être associé an ministère de Jésus-Christ , il faut être ingénieux à découvrir les besoins des fidèles ; quelle vigibnee ! Toujours il faut être prêt à les soubger ; quelle cliarité !

En effet , qu’est-ce qne l’honneur de l’épiscopat, si l’on s’en lient â ce que la chair et le sang nous révèlent là-dessus , et si l'on en juge |>ar U corruption et le relâchement de ces derniers temps? C’est un poste éminent qu’il est permis de sotihai • ter, au<|uel il est glorieux d’atteindre , et dont il est doux de jouir : c’est un titre giompeux mais vide , qui relient tous les lionnciirs du sacerdoce, et qni en distribue aux autres les fatigues comme des bvsurs ; c’est une autorité trampiille , qui, â

■ Hadamc de villeror, carmélite.

e4(> OUAISUN 1

l’ombre (In bste qui l'enTironiie , décide du travail de ceux qui portent le poids du jour et de la chaleur. Mais si l’on consulte le Père des lumières, et si nous remuutons 1 ces siècles de ferveur et de pureté, c'étoit un poids redoutable et saint, qu’au ue desireroit jamais sans témérité , dont on ne pouroit se charger soi-mème sans profanation , anus lequel on devoit gémir avec crainte et tremblement : c’étoit une servitude pénible, qui , nous établissant sur tous , nous rendait redevables à tous; un ministère d’amour et d'humilité , qui élablissoit le pasteur dépositaire et des miséricordes du Seigneur , et des misères du peuple. Siècles si honorables i la foi , sainte antiquité si connue en nos jours et si peu imitée, temps heureux , où êtes- vous?

Je ne vous dirai pas , .Messienrs, qne notre grand archevêque, à l’exemplede Jésus-Christ , ne s’étoit pas lui- même établi pontife (IIkbb., v, 5.), que les désirs du prince prévinrent ses désirs , et que l'honneur du sacerdoce lui fut offert avant qu'il s’y fût offert lui-même. Mais, oserai-je le dire, et croirat-on que la foi sur son déclin soit encore capable de ces efforts du premier Ige ? il endura plus de aollicilatioos pour se résoudre ê subir ce Girdeau sacré, que les autres n’en emploient pour l'obtenir : il mit û s’en défendre preatjue tout le temps qu'on met û le demander; en un mot, il sut être évêque après l’avoir refusé.

Persuadé que vous réprouvez souvent, û mon Dieu (Ps,,xxxii, 10); les conseils des princes I combien de fois répandant son coeur aux pieds de vos autels , vons conjura-t-il , comme autrefois Moire, d’envoyer ponr conduire ce peuple nombreux, celui que vous aviez marqué dans vos conseil étemels ( Exon., ir, f 3 ) , combien de fois! mettant Qitre vos mains le sort de son ame et celui de sa dignité , vous pria-t-il de le délivrer , ou des faiblesses de l’une on du fardeau terrible de l'autre !(Ps., ,\xx, 16.) Ab I c'est qu’éclairé de vos lumières, il aperçut peut-être dans son cœur quelques restes de ces désirs du siècle, qu’une sainte discipline a bannis du sanctuaire , et qui blessent, sans doute, l’excellence' et la gravité du sacerdoce ebrélim. Vons ne voulûtes pas cependant qu’un autre reçût son épiscopat ; vous l’oignites de l’onction sainte, etvousreUcliûtes, ce semble, un peu de la sévérité de vos lois en laveur de celui qui devait un jour les faire observer avec tant de soin et de bénédiction.

Et ce n’est pas ici , Messieurs , un éloge de bienséance. A Dieu ne plaise que je dégrade ainsi mon ministère, et que je vienne insulter la Vérité jnsi|ne sur les autels où on l’adore I Vous le savez.

KUiMimiE

vons qui eûtes la triste consolation de recueillir ses derniers soupirs : hélas! suis-je destiné à vous rappeler sans cesse un souvenir si amer ? vous vîtes son ame mourante chercher à se rassurer sur les devoirs immenses du ministère dont elle étoit sur le point d’aller rendre compte , par le souvenir des frayeurs qu’elle avoit éprouvées en l’acceptant ; et n'espérer une place dans le sein d’Abraliam , qne parce qu’elle l'avoit toujours refusée dans le sanctuaire.

.Mais qu’aurez-vous alors û répondre au tribunal de Jésus-Qirist , vous dont la démarclie la plus Uuiocente , en enU-ant dans l’héritage du Seigneur , a été de le desirer ; qui ne devez qu’à des bassesses profanes une élévation toute sainte; qui n’êtes monté qu’en rampant sur le trûne sacerdotal;vous qu’on ne voit assis dans le sanctuaire du Dieu vivant , (pie pour avoir été long-temps debout dans les antichambres des grands ; et qui n’auriez jamais été placé sur la tête des hommes (Ps., Lxv, \ 'l ), pour parler avec David , si vons n’aviez été mille fois lâchement à leurs pieds?

Les mêmes lumières qui lui firent entrevoir l’éminence du mmistère , lui découvrirent amsi jusqu’où devoit aller la pureté du ministre. Il comprit que c’est un spectacle monstrueux de voir les mains souillées du pontife , Untût levées au ciel pour en attirer ces précieuses rosées qui purifient les consciences , tantût étendues sur des têtes sacrées , verser jusque dans les âmes des caractères augustes et ineffaçables de puissance , et les marquer du sceau du Seigneur ; tantôt trempées dans le sang de l’Agneau , parmi le bruit sacré des cantiques, et la fumée des encensements , présenter,' avec solennité, au Dieu samt, le sacrifice redoutable ; tantôt lancer sur des pécheurs rebelles des foudres dont lui-même devrait être firappé; tantôt offrir à des pé(ûieurs humiliés , des trésors dont il est lui même indigne : de voir une bouche impure , tantôt offrir pendant les myétères terribles , le baiser saint à des ministres purs et irrépréhensibles ; tantôt prononcer les paroles mystiques , et créer sur les autels le pain sacré qui nourrit les anges, le vin délicieux qui produit les vierges; tantôt sanctifier les temples de Sion, et y faire descendre la gloire du Seigneur par d’augustes dédicaces; tantôt y comacrer à Jésus-Christ des vierges innocentes tantôt y raconter ses justices et les merveilles de son alliance.

Aussi avec quel Iionneiir et avec quelle sainteté posséda-t-il toujours le vase de son corps , pour parler avecl’Apôtre? (1,Tiikss.,iv,+.) N’avoit-il pas, ce semble, atteint à ce point de pudicité sacerdotale, comme l’appelle un Père ( s. Ivox,

Page 1