‹ Œuvres de Massillon, Évêque de ClermontChapitre 299 sur 348 · I.VII · texte numérisé non relu

I.VII

Consacrons donc, sans scropnie, à l’honneur de la religion un éloge où la religion parottra lonjaurs honorée ; et qu’une voix dévouée i la Vérité ne se iTfose point i des louanges qui ne seront que le triompbe de la Vérité même.

Heureux, Alessienrs, non si cet éloge remplit votre attente et toute la dignité de mon sujet ; eh ! qu’importe 1 la gloire de ce prince, qn’im foiUe discours qui ne passera point à la postérité, sohandessous de ses grandes qualités!' qui de vous ne les porte gravés» dons son coenr? vous les ractmterez i ceux qui vous succéderont ; nos histoires et celles de nos voisins, mais plus encore l'amour des peuples en conservera le souvenir aux Ages les plus reculés; et sa mémoire toute seule toa toujours son éloge.

Mais benreux d’avoir à parler Id devant un prince auguste qnl foit revivre, avec le nom, l’esprit et la valeur do grand Condé ; que l’amitié , encore plus que le sang, lioit an prince que nous louons; et qui, par sa douleur tonte seule , va justifier nos louanges.

Heureux encore si ces pieux devoirs que nous lui rendons sont pour vous une instruction, et non pas un simple spectarie !

tiol

Vous l’avez admin'- comme un des premiers hommes de son siècle pour la guerre ; ffabebo rlaritutsm ad lurbos ; comme un des plus accomplis dans la vie civile, et hoiiorem apvd seniores, jiieenis ; comme un des plus éclairés par la singularité des connoissanres, la supériorité des lumières ! .Ieul«,s ineeniariiijudtrio : comme un héros, comme un sage, comme un esprit supérieur et universel. Rassemblons tous ces caractères, de valeur, de sagesse, de lumière; et clierdioos à la douleur de sa perle , nne consolation dans le récit des merveilles de sa vie , et dans le souvenir des miséricordes du Seigneur au lit de sa mort.

PREMIÈRE P.UITIE.

Qu’un prince du sang de nos rois ait eu de la valeur, c’est un privilège de la naissance, phiUU qu’un mérite dont on doive foire honneur i la vertu.

Le courage et l'intrépidité sont parmi eux des biens héréditaires , ainsi que les sceptres et les couronnes; et comme on ne les loue pas d’étre nés princes, on ne doit pas les louer d’ètre nés vaillants.

Oui , Messieurs , que le prince de Conti n’eut rien ici de plus personnel , que de n’avoir pas dégénéré du courage de ses augustes ancêtres, leur histoire toute seule auroit embelli son éloge; et il eût fallu chercher dans la gloire de son sang , le phu noble de l’univers, les distinctions qui auroient manqué à sa personne.

Mais plus grand encore par l’élévation de .son ame , que par celle de .sa naiss.mre ; quel puissant génie pour la guerre, sa première jeunesse même ne montra-t-elle pas en lui !

Quel goût pour tout ce que cet art a de plus pénible, dans un Age qui n’a de goAt que pour le plaisir! quelle intrépidité dans les périls! mais quelles vues , quelles ressources , quelle supériorité dans son intrépidité et dans son courage !

Né avec tontes les grâces que la nature^rtage aux autres hommes, la vivacité de Tesprit, la douceur des manières , les charmes de la conversation , les agréments de la personne , les prééminences dn rang; il entra dans le monde avec tout ce qu’il font pour y plaire et pour y périr.

Dieu , qui semMoit lui ouvrir tonies les voies des passions, lui fermoit en même temps celles des secours et des remèdes.

Le prince son père, dont la pénitence édilloit l’Église et honoroit la religion, une mort prématurée le lui ravit avant presque qu’il pAtle connol- Irc ; et s!ll ne perdit pas avec lui des instructions

OKAKSUiN KUALBllt

(ioi

qu’il a pu rdrouver dans ses ouvrages, les monunicnls élernels de ses lumières et de sa piété , il perdit du moins des exemples qui assurent le succès des instructions.

ü profondes dispositions de votre providence , ô mon Dieu! peu d’années s’écoulent, et meure encore la pieuse princesse qui l'enbntoit tous les joursà Jésus-Oirist. Dieu, qui couronne ses vertus, ne pareil pas exaucer .ses désirs. Mais laissons croître les deux princes ses enfants : les moments de la grâce viendront , le dessein de Dieu s’accomplira ; les larmes d’une mère sainte ne couleront plus en vain, et la race des Justes ne périra pas.

Les grands talents qui distinguent les hommes dans leur état, se manifestent d’abord par le godt qui les y porte. David encore enfant cherchoit parmi les lions et les ours une matière à sa valeur ; et se déroboit volontiers au repos de la vie champêtre , pour aller s’instruire auprès de ses frères au milieu des armées d’Israèl.

Le goiit du prince de Conli pour la guerre, fiit le premier pencliaiit que la nature montra en lui ; (t ce n’étoit pas ce goAt qui dans les antres est d’ordinaire une ardeur de l’Age , plus qu'une preuve du talent.

(’tuidé par la force de son génie, il se fitd’ahord de l’art militaire une étude , et non pas un amusement ; il comprit tout ce qu’il falloit d’étendue , d’élévation, de sang-froid, de vivacité, de profondeur, de res.sources , de connoissances pour y exceller; et crut qu’un prince ne devoit compter pour rien de combattre, s’il ne se rendait digne de eummauder.

A la lecture des anciens, et surtout des Commentaires de César, dont il traduisit les plus beaux endroits , il ajouta la reclterclie et la conversation des hommes les plus consommés dans la science de la guerre. Il les écoute , il les étudie; il en lait set amis, pour être plus è portée d’en bire ses maîtres : il se rend propres les talents différents qui les distinguent entre eux : persuadé que si la naissance peut donner les grandes dispositions, c’est l’application toute seule qui fait les grands hommes.

A la fleur de l’Age, né pour plaire, l’objet des regards et des souhaits de tonte la cour, au milieu de tout ce frivole, U a des vues vastes et sérieuses ; il pense déjà qu’un prince n’est aimable qu’autant qu’il est grand ; et que les traits qui le rendront immortel doivent être plus gravés dans la beauté de ses aclioiis , que dans les cliarmes de sa personne.

Vous commenciez dès-lors , A mon Dieu ! l’ouvrage de vos miséricordes ; et en lui formant ce

caractère sage et solide, vous le prépariez à se désabuser enfin de ce qui n’est que folie et vanité.

I-a France jonissoit alors d’une paix que nos victoires et la modération du roi venoient de donner presque A toute l’Europe. La seule Hongrie éloit encore le ihéAtre de la guerre. Les Turcs , tiers de leurs conquêtes passées , mena<;oient le nom chrétien. Le prince son frère y vole. Sur des pas si chers , marche celui que nous pleurons ; ses réOexions cèdent A sa tendresse ; la complaisance l’y mène , et la gloire l’y attend.

Dncliarme secretattaebé A sa personne Inigagne d’abord tous les emurs. Dans un pays si opposé A nos mœurs , si ennemi du nom françois ; au milieu de la rudesse germanique , il trouve les mêmes applandisaements qu’à Versailles : et ses charmes tout seuls vainquent déjà la fierté d’une nation , sur laquelle sa valeur doit remporter un jour bien d’autres victoires.

Oublions pour un moment tout ce qu’il tait de glorieux durant cette campagne : voyons-le attaché au prince Charles de Lorraine, général des troupes de l’Empire; ce grand Iwmme dont ht France , équitable même envers ses ennemis, respectera toujours la mémoire.

Quel godt dans ce célèbre général pour notre jeune héros ! quelle surprise de lui trouver A son Age ce que les années ne donnent pas aux hommes ordinaires! quelle joie même de voir couler si glorieusementen lui le sang de France ; ce sang qu’il aima toujours, quoique les malheurs et les enchaînements de sa vie lui eussent formé d’autres destinées!

A ses pas s’attache le prince de Conti. A l’action , dans les conseils, dans les entreprises, dans les sentiments du cœur, dans le cours ordinaire de la vie, il ne perd pas de vue ce grand modèle ; et l’usage qu’il fait de son séjour parmi nos ennemis, c’est de s’instruire dans l’art de les vaincre. Nouveau Moïse, il n’étudie en Egypte les secrets delà science des Egyptiens , que pour devenir bientAt après en les quittant , un des conducteurs du peuple qui doit briser leur orgueil , et humilier leur empire.

Mais il étoit réservé A une main encore plus habile , d’acliever ce grand ouvrage. De retour de Hongrie , le prince de Conli va essuyer A Chantilly les larmes qu’il venoil de répandre sur le tombeau du prince son frère.

LA , dans un glorieux loisir , le grand Condé jouissoit du fruit de sa réputation et de ses victoires; et ayant jusque-IA vécu pour la postérité, il vivoit enfin pour lui-même.

Le prince de Conti étoit lA A la source des bons

jy '''oogle

Page 1