DE M. LE PRINCE DE CONTI. OSS
riHiüPils et (les ftnnuls exemples. Il ne lui blloit que riiistoire du lu*ros qu’il a devant tes yeux. Que d’instances tendres et respectueuses, que d’aimables artilices pour la tirer de sa propre bouelie ! Mais la véritable gloire est toujours simple et mod(»te ; et Coudé ne peut se résoudre i raconter ses actions, parce qu’il sent bien que c’est raconter ses louanges.
Quel nouveau genre de combat, Messieurs : la vieillesse toujours prête 1 conter ses exploits passés, se reFiise ici 1 des instructions domestiques et nécessaires; et le premier êge, qui ne se prêle jamais qu’à regret au sérienx des leyons et des préceptes , y court ici comme aux plaisirs , et les sollicile comme des grâces! C’est que les grands hommes le sont dans tous les âges.
Enfin sa tendresse pour ce cher neveu, adoucit la sévérité de sa modestie. Condé manifeste son ame tout entière ; il ouvre à ce jeune prince les trésors de sagesse, de prccantion , de prévoyance , d’activité , de liardiesse, de retenue, qui l’avoient rendu le premier de tous les lioaunesdans l'art de combattre et de vaincre. Vrai et simple , il mêle au récit de ces glorieuses actions l’aven de ses fautes; et montre dans le cours de ta vie, de grandes règles à suivre , et de grands écueils à éviter.
Quels jours heureux pour le prince de Conti! tes yeux , ses oreilles , son ame tout entière peut à peine suffire à toot ce qn’il voit et à tout ce qu’il entend. A peine sorti de ces doux entretiens, il court rédiger par écrit les merveilles qu’il a ouïes; et se remplir, en les écrivant, do génie qui les a produites.
Quel historien digne du grand Condé, si ces mémoires que nous avons encore écrits de sa propre main avec tant de noblesse et de précision , étoient enfin mis au jour ! rien ne manqueroit plot à la gloire de ce grand homme.
Un si beau naturel et de si grandes espérances dans ce neveu si chéri , tiroient des yeux du prince de Condé, des larmes de joie , d’admiration et de tendresse : il se voyoit revivre en lui ; il y relrouvoit toutes ses rares qualités (osons le dire après lui) sans y retrouver ses défauts. La natina même avoil tracé jusque dans la ressemblanee de leur visage , celle de leur ame. Il achève, il embellit en le formant, sa propre image ; et comme ce premier chef du peuple de Dieu , il meurt content en se voyant remplacé par cet antre Josné , à qui U laisse son esprit , ses maximes , ses préceptes , et une partie de .sa gloire ; Et dabis et prteeepla euneils eidenlibas, et parlent giorhr Ivte (Nox., xxvit, 20.)
Mais que les conseils dn Seigneot sont éloignés
de nos pensées ! Il prépaioit nne gloire plus durable an prince de Conti ; il vouloit le sanclifler par de longues infirmités, et nous montrer seulement ses Ulents éclatants et sa valeur héroïque.
Oui , Messieurs, les Icfons du prince de Condé, aidées d’un naturel si rare, que ponvoient-elles former que la valeur même?
Cest-à-dire une valeur noble dans les sentiments , tranquille dans les périls , sdre dans les conseils , supérieure dans les vues et dans les ressources. Remarquez tous ces caractères.
Avec quelle dignité avoit-il déjà soutenu en Allemagne le rang dâ à sa naissance ! et parmi celle foule de souverains si jaloux de leurs droits , quel respect n’avoit-il pas bit rendre aux princes dn sang de France , qui ne souffrent au-dessns d’eux que les couronnes !
Ailleurs la circonstance n’auroit peut-être rien de remarquable. Mais à peine sorti de l’enfance , loin de sa patrie, accompagne de sa seule dignité, an milieu d’une nation fière et jalouse , entre les mains de ceux sur qui il prétend des préséances , ne pas souffrir même que l’on conteste ion droit ! L’expression du Prophète parolt préparée pour mon sujet. C’est penser en prince , en un âge où les autres hommes ne pensent pas; et mériter par la grandeur des sentiments, les prééminences déjà dues à la naissance ; Princept en quœ digiia suiit principe, cogilabil , et ipse tuper duces elabil, (Is., XXXII, B. )
La même grandeur d’ame l’accompagnoit dans les périls. Et ici , Messieurs , que pourrois-je dire qui ne soit au-dessous de ce que vous avez vu la plupart ? S'est-il trouvé dans une seule action où il ne se soit attiré les yeux de toute l’armée; et où, sans avoir eu l’honneur du commandement , il n’ait eu presque lui seul l’honneur de la victoire ?
Rappelez ses premières campagnes : on croyoit revoir le grand Condé dans sa vive et vaillante jeunesse.
A Courtray, où pour la première fois il montra on nouveau héros aux ennemis et à nos troupes.
A Luxembourg, où à la tète des grenadiers il monte à l’assaut d’un bastion l'épée à la main; et où blessé d’un éclat de grenade , et écliappé à mille autres coups , il bit craindre que la victoire ne iMHis coûte une vie si chère.
A Novigrade , où nne escarmonclie engagée trop témérairement avec les Turcs change de face à l’arrivée du prince qui y vole ; et plusieurs officiera d’un grand nom , doivent à sa valeur et aux périb qn’il court en celle occasion , b vie et la liberté , qu'une audace indiscrète leur avoit bit mériter de perdre.
r.a ohakson
A Xeuiiausol , im a|àii-i avüir rcpoutsé les iilB- «lélesjiis(|ueaui le IwrJdu fossé; revenu tout couvert de poussière et de glaire , il court encore avec l’électeur de Uavière rétablir un ouvrage où les assiégés avoient mis le feu ; et par l’amitié que l’ége et les grandes qualités forment entre eux, il fait naître dès-lors dans le cœur de ce prince ces premières dispositions d’attacliement pour la France, qui ont depuis paru ; et oii , si ce tallié généreux et lidèlc n’a |ias eu pour lui les succès, il a eu du moins l’Iioniieur de la constance , de la bonne foi , l’estime de la nation , l’amour des troupes, et l’affection du roi , qui toute seule vaut des succès , ou qui rassure du moins contre les pertes.
lànlin à Gran, où, à la tète du premier réÿment de l'Finpire, il arrête la première fureur du Turc, le pousse, le renverse , lui arraclie la victoire qn’il croyoit déjà tenir, affronte mille fois la mort qui paroit le respecter plus qu’il ne paroltla cramdre; porte partout la terreur du sang de France toujours fatal aux inlidèles ; fait déjà redouter aux Allemands, dans le bras qui les défend, celui qui va bientôt les vaincre , et montre de loin aux vœux des Poloiiois , témoins et admirateurs de ses actions, le héros digue d’èire un jour placé sur lenr trône.
A ces traits , le reconnoissez-vous , Messieurs ? ce ne sont pourtant encore que les premiers essais de son courage. Ce nouveau David croissant va paroltre de jour en jour au-dessns de sa valeur même : David pro/ïcisrriis , et lemperseipso robusiior. (2. Reg., ni , 1 .)
Vous ne l’avez pas oublié, Messieurs, et le souvenir de ces deux mémorables journées où le prince de Couli parut si grand, est encore trop récent ; et trop glorieux à la France, à la mémoire du inaréclial de Luxembourg , à l’bistoire de ce règne; trop honorable surtout au vaillant prince qui nous honore ici de sa présence , et qui en a partagé avec tant de distinction In gloire et les dangers ; trop rapproché même tous les jours, par la différence des événements , pour être effacé de votre esprit , puisqu’il ne le sera jamais de nos annales.
Que n’ai-je plus d’usage dans l’art de décrire des victoires et des batailles ! ou plutôt , pourquoi ce temple et ces autels m’avcrtissent-ils que mon ministère ne doit mettre ici dans ma igmclic que ‘ des paroles de paix et de réconciliation !
Vous l’auriez vu à Steinquerque, rappelant la victoire qui d’abord nous échappe; rétablissant partout ce que la première surprise nous a déjà fait perdre d’avantages; prenant lui-mème des mains d’on de nos ofliciers blessé le drapeau qu’il est
hors d’état de porter, rassemblant aiilonr de lui ceux que sa présence rassure, ou que le danger de sa personne attire; les exhortant, comme un autre Machabée, de ne pas flétrir par une fuite honteuse la gloire du nom frangois jusque-là accoutumé à vaincre, et de mourir plutôt que de devoir la vie à une làclie retraite; courant porter au milieu des ennemis avec l’étendard de la France, le signal de la victoire ; au centre, à la droite, à la gauche , il est partout où la victoire est encore douteuse, et la victoire se déclare dès qu’il parait ; éclairant le maréclial de Luxembourg même, par la justesse de ses conseils et par la pénétration de ses vues ; enfin l’ame de ce grand général dans cette fameuse journée, comme ce général le fut loi-même de toute l’armée.
Tel et encore plus grand parolt-il peu de temps après à Neru iiide. L’ennemi retranché dans son camp , comme dans un fort , mille foudres qui portent la mort partout, en défendent l’approclie : nos troupes déjà plusieurs fois repoussées , le soldat découragé; le général accoutumé à une victoire prompte, étonné de la voir balancer si long-temps aujourd’hui , court au prince de Conti : Grand prince, lui dit-il, (oui va manquer, et il n'ij a que votre prisenee qui puisse faire tomber les difficultés. Conti parait , avec lui la confiance revient aux troupes; la valeur de la nation reprend le dessus ; on le suit , rien ne résiste; les retranchements sont forcés en plusieurs endroits ; ils ouvrent à Conti autant de voies à la victoire ; il cliarge jusqu’à six fois à la tête de six corps différents. L’ennemi , qui n’a plus de rempart que sa piopre valeur, s’ébranle. Tout couvert de sang et de feu, Conti perce dans leurs rangs. La victoire qn’il tient déjà, un coup de sabre qu’il reçoit sur la tête est sur le point de la loi ravir; et le téméraire qui porte le conp est puni à l’instant de son amiace, et percé de la main du prince il expire à ses pieds. Enfin, soldat, général , à mesure que le besoin du service le demande , ses conseils commencent la victoire, et sa valeur l’acliève.
Je dis ses conseils. Messieurs ; et le maréchal de Luxembourg n’en trouvait pas de plus justes et de plus solides ; le prince de Conti étoit son oracle.
Ce grand général en qui la nature avoit formé un si beau génie pour la guerre, si pénétrant dai» ses vues, si prompt à prendre son parti, si fécond en ressources , si heureux dons ses entreprises , et qui avoit ajouté à la gloire des Montmorency, ses ancêtres, le bonheur qui sembloit avoir manqué à la plupart d'entre eux ; ce grand homme disoit tous les jours que le prince de Conti lui apprenoit son métier, S’offroit-U des difiicullés; c’étoil avec le
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liK M. I.K PRiNCi; DF, CuM I.
priiiCe qa’il chstdioit dea expëdienta. Fnrmoit-il des projeu ; c’était le prince , on qui le rassuroit dans ses vues, ou qoi lui bcUitoit l'exécution. Eu- Ueprenoit-il ; c’étoit sur le prince qu’il se reposoit du succès. Enfin le génie du prince de Conü étoit comme le guide du génie de ce fameux général; et rayant sous ses ordres, il se soumettoit, pour ainsi dire , lui-mème i ses conseils.
Et , de là, combien de ibis lui aToit^>a oui dire qu’il devoit au prince de Cbnti le principal honneur de tes victoires? Par cet areu il honoroit le priace,etilnet’âtoilpasàlai-mèmenn honneur que ses grandes actknia loi arolent acquis , et que sa modestie loi asauroit.
En dis-je trop. Messieurs, on platdt dis-je tout ? Et qœ de traits chacun de tous n’ajoute-t-il pas à son éloge !
Quel homme jusqu’à lui , n’ayant pu montrer, pour ainsi dire, que des espérances , a jamais eu à la guerre ce haut degré de réputation, qu’une longue suite de commandements et de rictoires aroient enfin acquis aux Confié et aux Turenne ; s’est jamais assuré à ce point la confiance des troupes , le dévouement des officiers , l’affectioa des peuples, les tairrages de la cour, le respect des princes, qui sembloient oublier leur rang pour déférer à sou mérite ; l’admiration des plus grands capitaines de son siède, l’estime de nos ennemis, les applaudissements de toute l’Europe , où son nom étoit aussi célèbre que parmi nous ? Quelle supériorité de mérite, pour forcer l'approbation publique de donner à des espérances seules ces louanges unanimes qu’dle ne donne pas toujours au succès!
Aussi, Messieurs, ces espérances étoient fondées sur la supériorité de ses talents : la sagesse, la grandeur des vues , l’éminence des lumières. Ce fameux Romain lui-même, dont les commentaires ont immortalisé les exploits et la capacité, n’écrivoit pas mieux sur U guerre. Quelle élévation ! quelle netteté ! quelle intelligence dans ces mémoires qu’on a trouvés après sa mort , les fruits de son loisir et d’une santé infirme , et où ce grand prince se délassoit souvent à mdtre par écrit set vues sur les événements qni se passoient tons les jours en Europe !
Et dans ces révolutions , où le bonheu r a pam se déclarer qoelqnefoit contre la justice de nos armes; et où par les conseils impénétrables de vos jugements , 6 mon Dieu ! la victoire jusque-là attachée à la sagesse et aux grandes destinées du roi, a semblé te refuser ménM à sa piété: dans ces révolutions, où l’amour du prince de Conti, pour le roi et pow l’État, roontreit en lui une douleor si
iiobleetsisincére, vous lui faisirzcnlrevoir de loin, é mon Dieu ! la fragilité des choses humaines ; vous ménagiez à sa raison des réflexions qui devaient être un jour mûries par la grace : vous lui rapprochiez ce moment qui finira toutes les vicissitudes; qui égalera tons les hommes; où nos œuvres seront plus comptées que nos succès ; où les événements les plus glorieux, rappelés à leurs motifs , ne seront plus que de fausses vertus , ou de grands crimes ; et où l’on ne mettra au nombre de nos victoires , que celles que nous aurons remportées sur nous-mêmes.
Tel étoit le prince de Conti : nn des premiers hommes de son siècle pour la guerre : Ilahebo elariiatem ad turbas ; vous l’allez voir comme un des plus accomplis dans la vie civile, et honorrm apud teniores . juven l.t. Vous avez admiré en lui le héros , admirez encore le sage.
DEUXIÈME P,\RTIE.
Les' grands hommes qui ne doivent ce litre qu’à certaines aolions d’éclat, n’ont quelquefois de grand , que le spect.'icle.
Dans ces occasions rares , les yeux du public et la gloire du succès, prêtent à l'ame une force cl une grandeur étrangère : l’orgueil emprniile les sentiments de la vertu : l’Iiomme se surmonte, et ne se montre pas tel qu’il est.
Combien de conquérants, fameux dans l’histoire, à la tête des armées, ou dans un jour d'action , paroissent au-dessus des héros ; et dans le détail des mœurs et de la société, à peine étoientils des hommes !
C’est que dans les occasions d’éclat, l’homme est comme sur le théâtre ; il représente : mais dans le cours ordinaire des actions de la vie , il est , pour ainsi dire, rendu à lui. même ; c’est lui qu’on voit : il quitte le personnage , et ne montre plus que sa personne.
Aussi lorsque l’auteur sacré loue ces hommes illustres qui ont été riches en vertu, et qui se .sont acquis parmi le peuple une gloire qni passera d’tlge en âge , il comprend tout leur éloge dans ces deux traits : Ils ont maintenu et embelli au-dehors l’ordre et la beauté de la société, par la douceur de toutes les vertus civiles ; Pulrhriludinis siurliun habenies (Eccli., .m.iv, (>}; et ils ont été au-dedans comme les génies pacifiques et tutélaires de leurs propres maisons, pacificantes in domibus suis. (Ibid.)
Oui , Messieurs , que le prince de Conti ait été un grand homme de guerre , c’est une glaire qu’il a partagée avec tant d’hommes fameux que la France a eus dans tooi les siècles.
onAisoN
Mais une lnuan!*e qm lui esl propre , c*est que b vie |«isilt!e el privée , Técueil des répulalions les plus brillantes, a laissé voir en lui encore plus de vertus estimables : c’est qu’en le voyant tous les jburs , nous l’avons toujours vu plus grand.
Bon sujet, bonarai, vrai , affable , humain, modeste, sa?e ; et dans toutes les situations, tou< jours égal à lui-tnéme.
Quel étoit son respect el son attachement pour le roi ! combien de fois lavons-nous entendu déplorer le malheur de tant de princes qui avoient fait servir leur naksance à leur ambition; qui, loin de porter aux pieds du souverain, les vœux et le respect des ]teup)es, porloient au milieu des peuples le mépris du respect dil au souverain ; loin d’ètre les liens du prince el des sujets , en étoient le mur fie séparation: arroolent contre leur patrie le nom qui depuis tant de siècles la protège , el n’éloient les premiers sujets que pour être les premiers rebelles!
prince de Conii disoit souveut, que la naissance n’approche les princes de plus pr^ du trône, que pour les lier plus inséparablement au souverain; qu’il leur est plus glorieux d’obéir à leur propre sang, que de commander à des étrangers ; que la désobéissance dans le commun des sujets est un crime contre l’Etat, mais qu’elle est dans les princes un outrage qu'ils se font à eux-mémes ; que les princes ne sont nés que pour le boolieur de leur patrie ; que l’Etal ayant toujours été l’héritage de leurs ancêtres , ils doivent en maintenir la tranquillité comme celle de leur propre famille ; et que les premiers regards du trône tombant sur eux , ils doivent les premiers baisser les yeux devant son éclat , et donner les premiers exerof^es de soumission au reste du peuple.
Tels étoient les sentiments du prince de Conti; telle sa conduite toujours égale, jamais démentie. Toutes ses voies ont été l>elles , et tous ses sentiers pacifiques : yi(r ejus vite pulchrœ, et omnes se~ mitft il/itts pacificfe. (Pnov. iil, O.) El nous n’avons pas besoin ici de recourir aux ménagements de l'art ; et en louant une partie de sa vie , de tirer le rideau sur Taulre.
En cela , son inclination secondoit son devoir. Les vertus du roi l’altachoient â sa personne , antant qnc la royauté le soumettoit à ses ordres. Il ubéissoit', mais en aimant, en admirant, en étadiant nn modèle , plutôt qu’en se soumettant à un maître. Et arrivé à la rade de Dantzick , déjà près dn trône, et sur le point d’y monter, sa qualité de sujet lui est encore plus chère que le titre de roi qu’on doit lui donner. H met encore, avec son C(£ur, la couronne qu’il croit tenir, aux pieds de
FUNÈBRE
Louis : Bien maihenrmT ^ lui ëcril-il , que féfof. puainettf m^empéche (t'étre guidé par vos on/res, et éclairé par vos lumières. Son état de sujet peoc cluioger , ses sentiments de respect et de sonmission seront toujours les mêmes.
Et de là son attachement tendre et respectueux pour Monseigneur : attachement que l’enfance avoit vu naître, et qui avoit toujours cril avec lui. Malgré l’amitié el la confiance dont ce grand prince rhonoroil ; malgré la familiarité formée depuis le premier âge; malgré celle liberté facile et aimable , qui fait les délices de sa cour, quelles manières toujours pleines de respect et d’une noble attention dans le prince de Conti ! On apprenoit en le voyant à respecter ses maîtres; et son rang ne paroissoit lui donner plus d’accès el de lilierté, que pour montrer pins d’égards et plus de retenue aux autres.
Autant qu’il respectoit ses maîtres, autant exigeoit-il peu de contrainte et de respect de ses amis. Vous ne l'oublierez jamais, voos qu’il honora autrefois de sa confiance : eh ! que ne ponvez-vous le dire ici à ma place ! Mais tout ce que ce cher souvenir vous rappelle dans ce moment ; mais les tristes r^rets que je vous vois mêler ici à son éloge, et que le respect dn lieu avoit insqn’ici suspendus , ne le disem-tls pas assez ? et pourront- Us, sans m’interrompre, me permettre à moimême de le faire entendre ?
N’étoit-il pas cet ftomme aimable pour ta société , dont parie rÉcritore , e< cet omf plus cher mille fois qu’un frère. (Pnov. , xviii , 2L)
Les Princes coonoissent peu d’ordinaire le plaisir de l’amitié : leur élévation , ou les rend tro|> inaccessibles aux antres hommes, ou leur rend les autres hommes trop méprisables. Ils confondent le respect qn’oo doit au rang, avec l’amilie qni n’est due qu’à la personne : ils sont plus jaloux de s’attirer des hommages, que de gagner des cœurs ; ou s’ils savent se faire aimer, ils n’aiment jamais beaucoup eux-roémes.
Dans celte image, Messieurs, que trouverezvous qui ressemble au prince de Conti ? Quel ami fut jamais plus tendre , plus facile , plus fidèle , plus digne d'être aimé ? l’amitié ne P^aloit - elle pas à vous ? et la supériorité que lui donnoient le rang et le mérite , l'aperceviez-voiis que dans le soin aimable qu’il avoit de l’oublier ?
Quelle douceur dans les mœurs ! quelle sftrelé dans b tendresse! quelle vérité dans les sentiments ! quelle fidélité dans le secret ! quels charmes dans le commerce ! quel goût dans le choix de ses amis ! quelle aUeatkm à les conserver jusqu’à la fin ! Et la mort même, la mort dans l’instaot