DE M. LE PRINCE DE COMI
quVIle TOosPa ravi, a-t-elie pu vous ravir son cœur? N’avez-vous pas élé les tléposilaîres de ses secrets, et de ses derniers soupirs? N’a-i-il pas versé dans votre sein les derniers re^ts de son ame? Sa confiance et son amitié n’ont-dles pas élé plus fortes que la mort? Et si votre douleur vous permetloit ici d’être seasibles à quelque autre chose qu’à sa perte, ne le seriez-vous pas à ce que la postérité dira toujours de lui , c mime de cet homme merveilleux dont parle rÉcriture : Heureux ceux qui vous ont vu, qui ont vécu avec vous, et que votre amitié a comblés d’iionneur et de gloire! Beati qui te videruut , et in omidfid tuddecorati suut. (Eccu.. XLvm, IL)
Mais H n’étuit pas de ceux qui , douv et faciles avec un petit nombre d’amis , ne montrent que l’orgueil du rang , ou les bizarreries de l’humeur, au reste des hommes; qui, renfermant tout ce qu’ils ont d'estimable dans un commerce privé, gardent leurs défauts pour le public.
L’affection des grands et du peuple en répond ici pour moi. Les larmes de ses amis sont confondues avec les larmes publiques : et si le deuil général n’a pas laissé à leur amitié le triste plaisir de se distinguer par la douleur de sa mort, elle leur a du moins laissé la consolation de n'étre pas les seuls à la pleurer.
En quel homme se sont jamais trouve^ rassemblées à un plus haut point , huttes les vertus qui nous lient aux autres hommes ?
Souverainement vrai, il n’aimoit que la vérité dans les autres : nul intérêt n’étoit jamais entré dans sa grande ame en concu rrence avec la vérité : elle lui paroîssoit le premier devoir de l'homme , et le titre le plus glorieux du prince. Il laU^oit aux âmes vulgaires, les déguisements et les finesses utiles, ou pour nous parer d’une gloire qui ne nous appartient pas , ou pour cacher nos défauts véritables : toutes ses paroles étoient dictées par la vérité même : il ne trmivoit de Itean dans les hommes que la vérité : il ne clierchoit point ses amis parmi ses flatteurs : son rang môme lui étoit souvent à cliarge parles ménagements qu’on s’imposoit devant lui; et on lui a souvent oiiî dire que dans ses voyages , lorsque la biea«éancc lui avoit pu permettre d’être inconnu , il n’avoit pas trouvé de {Saisir pins doux que d’eutetidre parler les liommes naturellement , et se montrer tels qu’ils sont : plaisir assez incomiu aux grands , qui ne voient jamais des hommes que la surface, et qui n’en aiment souvent que le faux.
El ne vous représentez pas ici , Messieurs , cet amour farouche et outré de la vérité , <pii dégénère en humeur n'uique., et qui est plutôt
une liaiiie bizarre des hommes, que de leurs défauts.
Aussi affable que vrai, la vérité ne inontroit pas en lui cet abord austère et censeur, qui rend souvent le sage odieux, sans rendre la sagesse aimable.
Vit-on jamais dans un rang si élevé, et avec tant de supérioHié de génie , tant de bonté et d’affabilité? Vous le savez, Messieurs; et vous voiLs le représentez encore ici , vivant parmi nous, montrant à tous cet air simple et noble de douceur , qui atliroit tous les cœurs après lui ; ne retenant de vson rang que ce qu’il en falloit pour rendre encore plus aimable rarTahilité qui l’ea faisoit descendre ; et rassurant si fort , ou le respect , ou la timidité , par un attrait inséparable de sa personne, qu’au sortir de son entretien, on goûtoit toujours à la fois, et le plaisir d’être cliarmé de lui , et le plaisir de n’êlre pas mécontent de soimême.
Par là, il laissoit à l’auguste éclat de sa naissance, la dignité qui la fait re.specter, et en ôioU l’humeur et la fierté, qui n’ajoutent rien à la grandeur, et qui ôtent beaucoup aux grands.
Et ce n’étoit pas même en lui une douceur empruntée , où la politesse et les manières ont plus de part, que le sentiment; un simple usage plutôt qu’une vertu ; c’étoit un fonds d’humanité.
I.a valeur , l’élévation forment presque toujours un caractère d’insensibilité : la gloire des armes est toujours teinte de sang; et lorsque le rang laisse le reste des hommes si loin de nous , il est rare que le cœur nous en rapproche.
Un héros et un prince humain ; voilà, Messieurs, ce que le prince de Conti allioit ensemble. Il disoit souvent que quand même la religion n’obligeroit pas de regarder les hommes comme nos fi-ères, il suftU d’êli'e né homme pour être touché du malheur de ses semblables.
Et de là, à la prise de Ncuhausel , où la place emportée d’assaut , seinbloit autoriser le carnage et la fureur du soldat; combien de victimes innocentes arrache-t'il d’entre les bras de la mon ? combien arrête-t-il de ces actions barbares, que ne demande plus la victoire, mai.s qu’inspire la seule cruauté? apprenant aux Allernauds à mêler la valeur, qui leur est commune avec nous, à l’hiinianité qui nous est propi-e.
De là , le lendemain du combat de Steinkerque , H vient sur le champ de bataille , encore tout couvert de morts et de mourants; fait transporter tous les blessés , sans distinction de François et d’ennemi; assure à une iniiiiité de inallieureux , la vie ou le salut ; et force les eimeinis mêmes d«
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W nir , htnos qui a *\\ le:« vaincre, le liltérn-
leur qui le.s sauve.
Et dès-lors, vous accordiez, Seigneur, aux larmes de tant d’infortunés qiOl sauvoil, les grâces et les miséricordes qui lui préparoienl le salut à lui même.
En cela, Messieurs, ne croyez pas qu’il cliercliàl desapplatidissemenLs et des éloges : il ne faisoit que sc prêter aux mouvements et à la bonté de son cœur.
Jamais prince ne fut plus éloigné de l'astenta' tion et de la fausse gloire. Simple, modeste, en* nemi des louanges , allenlif à les mériter ; radtniralion de tous, toujours le même à ses propres yeux; ignorant prewjue seul, comme Moïse, la gloire et la lumière qui brille autour de lui : nous Tavons vu donner à peine à souTang, Téclal extérieur que l’usage y attache; vivant parmi nous ( omme un citoyen ; accompagné de celle dignité toute seule ({ui suit partout les grands hommes ; n’empruntant rien de l’appareil et du deijors ; devant tout à lui-même; plus grand lorvqu'il |mroU tout seul, que tant d’antres ne le S4int, riillés de tout le faste cl de toute la |kimjtequileseiivironm*.
Sa modestie pienoil sa source dans la moiiéra* tion naturelle de son aine. On Ta vu en garde contre lui-nitine, se refuser aux goAls les plus innocents; à la curiosité même des peintures, où ses iaUrmilés auroienl pu trouver un délassement : et aux instances que lui fait là-dessus la princesse son épouse, toujouLsatlentive H soulager l’ennui de ses maux, que rcpond-il? se liveant à wii (joût ,
U» s*acrQMiume à se licrer à /ous outres; et (/u'il faut savoir , oh ne pas tout (fesirer , ou se passer souvent deee qu ou desire
Jicoiilez, vous à (pii rien ne sufiil, et dont les goûts bizarres et fastueux ne servent qu’à rappeler tous les jours la bassesse de votre naissance , l’injustice de vos trésors , et les nnsères publi- (pies qui en sont en même temps, et le fruit et la source !
El, caractère admirable, ftlessicurs, dans toutes ses vertus , quelle égaillé î Ses grandes (jualilés ne SP bornoienl jws, comme dans lieaucmip d’autres, à ipielques actions louables, mais rares, qui échappent du milieu d’une foule de vices, qui perdent tout leur inéiitc par le contraste, et qni sont plutôt des saillies que des vertus.
Toujours supérieur aux événements, s’iln’avoit pas toujours la gloire du suc(!ès, il avoil du moins lu gloire de paroUre toujours plus grand que sa fortune. Les couronnes manquées le laissant aussi tranquille que t’avoienl trouvé les couronnes offertes; content de n’avoir rien à se reprocher sur
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I les luesnrcs que la sagesse fournit, il ne rrnyolt jKis devoir se reprocher les succès dont la Providence toute seule décide. Sur le point décisif , même des plus grandes affaires ; au milieu des agi- ; tâtions que res;>rit douteux de révénemcnl , et les ! vues différentes qui s'offrent, font naître dans l’ame : on auroil cru à le voir que tout étolt décidé; et sa tranquillité ne perd rien par rincerü- I tude des évéïtemenU, toujours plus difficile A soutenir que l’événement même.
Oui, Me.v'iieurs, ce caractère de raison l’accompagnoil pirt oui. Quelle liabileté à ménager les esprits ! (juelie dextérité à se concilier les inléréis les plus contraires! (piHle connoissance profonde des hommes! quelle vue sur tout ce qni peut assurer le bimheur des fieuples et des étals! ijuel fonds de modération sur les puiuls mêmes oii la vivacité paroU le plus ù sa place! quelle sage.sse dam l’enjonement même de la conversation la plus libre !
Mais ne scmient-ce p*»int ici de ce.s images que , l’orateur ne {MÛiit (pie d’aprè» lui-même; qui expriment ce que ic bérns auroit dû être, mais qui , ne représ(uiteiit jHiiul ce cpi’il a été; et plus proj près à rappeler sCvS défauts, qu’à servir à son éloge?
I \ ous m'inlerromïM'z ici , Messieurs ; et je sens I que ma précaution vous uffeuse. Du milieu de celte esscmbléeauguste, une voix publique, formée par l'amour et i«r la douleur, s’élève contre moi , et me reproche des louanges trop au-dessous de mon sujet, tandis que je parois craindre d’en donner d’excessives.
Kl que manqueroit-il en effet à son éloge , s’il eût été alors aussi agréable aux yeux de Dieu , qu'il étoit grand (levant les hommes ?
Et quand je dis devant hommes, Me.ssieurs, ne pensez pas que se ménageant, comme tant d’autres, l’estime du public, par les dclmrs de la modération et de la sagesse , il vint se démentir dans renceinledcs devoirs domestiques; que lassé de soutenir en public le pei'sonnage de grand homme, il vint porter parmi I<^' siens le chagrin de la contrainte , et s’y délasser, par des vices, des apparences de la vertu !
S’il cul le premier caractère de ces hommes illustres, lom^ dans les livres saints, qui avoietU été cliacun dans leur siècle, l’ornement de la société ; l'ulchritudinis studium haientes : il ne leur ressembla pas moins par le second , qui les avoU rendus comme des génies pacifiques et tntélaires de leurs proi>T(;s maisons : Pmifuantes in domibus suis.
Kon mari, bon (lère, lion maître; mais que de plates vais-je rouvrir à la fuU ! El la princesse désolée, qu’un lien sacré lui avoil unie, que le cœur
DK M. U: rMU.NCK DK CUM I.
Ini unira toujours, ne j^ent-elle pas assez la violence du coup ? et faut-il rappeler toute sa douleur, en Ini rappelant tout ce (jirelle a fK*rdu? Ainsi nous (échappent , ô mon Pieu , les objets les plus chers : ainsi finissent les liaisons les phis tendres : ainsi tout ce qui tmus promrtloit le pins de bonheur, SC tourne en amerlume; et, hors resperance de la foi, ne nous laUse plus (pibm cher souvenir, qui en paroissant soulager notre douleur, en perpétue le deuil et la lris(es*^e.
Le prince de Confi, ^ïessieurs, pouvoii dire de lui, comme le roi David, qu'il àroit ru fn partage ui) hou rour, qu’il marrhoit au milieu de sa maison {fans la paix et dans rimioreore. (Ps.,c, 2, 3,4.)
Quels égards pour la princesse son épouse, dont la conduite et les Tenus ont loiijniirs hoiioré le ran^! plus petites alieuiions qui senildoient devoir échapper à la fiupt'riorité de son Kénie, n’édiappoienl pas à la Iwnle de son ecrur. Quelle tendresse pour les princes ses enfanta! Fonnani biiinéme dans leur cœur ces premiers sentiments d’Imnneur ci d'élévation si dignes de leur naissance; devenant, pourninsi dire, enfont avec eux, pour leur apprendre à devenir un jour sages, grands, équitables, humains, modérés; en im mot, tout ce qu’il étoil Uii-méme. Vivant comme un Immme privé au milieu de son auguste raniille ; respectant les liens de la religion et de la nature, les doux titres de père et de mari ; et ne connoissant pas cet usage insensé, qui fait que la plupart des grands semblent être nés seuls sur la terre, croient que tout ce qui renverse la première Institution de Ia nature, est un privilège de la grandeur, et regardent tout ce qui lie, comme un Joug qui les dt^bonore.
Qu’ii faut être né grand pour soutenir jiisqtie dans ces devoirs obsctirs et domestiques , où riiomme se reltlchc toujours , et où rhnmcur prend si aisément la place de la vertu, un caractère toujours égal de grandeur et de sagesse!
Vous me prévenez ici^ maison aflligée de ce prince, et je pourrois en attester votre, dorilenr : quel maître le fut jamais moins, ou plutôt mérita mieux que lui de l’être?
Les grands croient que tout est fait pour eux, et que les antres hommes ne sont nés que pour porter le ;>oids, oti de leur orgueil , ou de leurs caprices. Le prince de Cmiti n’exerçoil son autorité que sur lui-même. Quel fonds de Iwnté et de douceur envers les siens ! n’exigeant presque rien pour lui; ne comptant point letirs fautes dès qu'il en souffroit tout seul ; aimant mieux (pieliiuefois souffrir de leur peu d’habileté, que de contrister
leur tendri>sse ; jamais d'iiumeiir, jamais un de ces moments de vivacité qui ail pu marquer que sa grande ame étoit sortie de son assiette naturelle; ponssanl même si loin la bonté , que l’afrection tonte seule des siens préveuuit l’abus qu’ils en auroient pu faire : parois<ant leur ami plutôt que leur maître: les qutUanl de ces devoirs rigoureux qu’on donne à l’usage bien plus (|u'au l)esoin : les regardant comme les conqtagnoiis de sa fortune, et non pas comnte les jouets ou les ministres de ses humeurs ou de ses passions; et faisant voir (din.se rare) que les grands peuvent trouver des amis, même parmi ceux qui les .servent.
Voilà cet homme sage, raniour des peuples , le modèle des princes, la joie des siens, l’admiration de tous. Achevez. Seigneur, en lui votre ouvrage : couronnez vos dons: ranimrz ce^s vertus humaines, ces os arides, par un souffle de vie ; faites succéder à la l)eautê de ces feuilles stériles, des fruits d'immortalité ; conduisez ce jour üel'homme josques au jour parfait de la grâce : formez de tous cest ré«ors de l’ICgyple un talwmacle i voire gloire : ne perdez pas la sagesse du Sage; mais donnezlui la foi des humbles et des petits.
Il fut donc un des hommes les plu.s accomplis dans la vie civile : Et houorem apud setiiores,ju~ vents. Ajoutons le dernier trait. Il fut encore un des plus éclairés parla singularité des connoissances et la supériorité des lumières : .Irufur i«re- Jifar iirjorfirio; in ronsperlu poleufium admirahitis ero, et liaheho immoriaiitntem: non-seulement nn héros et un sage, mais encore un es prit supérieur et universel.
TUOISIÈ.MK PAIITIK.
La science et la lumière dans un prince , est prcs(|ue toujours l'écueil de sa gloire ou de sa religion.
Selon le monde, elle l’engage d’ordinaire en des reclierr.hes vaines et frivoles, étrangères aux devoirs et à relévatioii de son état, qui peuvent t-clairer l’Iiommc, mais qui n'instruisent pas le prince.
Devant Dieu, elle l’enfle, elle l’égare, et n’éclaire souvent sa raison qu’aux dépens de sa foi.
Or admirez, Jïessieurs, dans les connoissancea rares du prince de Conli , deux avantages, marqués d'abord dans mon texte, et fort opposés à ces de’jx éeueil.s.
Le bruit de sa science et de ses lumières, lui attire des extrémités de la terre, non pas une reine étrangère, mais les vœux d’un royaume entier. Les grands et les piiiasaats de Pologne, frappée
(JCO ORAISON FUNÈBRE
des memilles qne la renommée répand de lui en tous lieux , lui ufTreut à l’enri une coiirunne , qui a toujours été le prix de la valeur et du mérite : lu coniperlu poteiiliuin admirabiUs ero.
Et i ce premier fruit de ces lumières, ajnutezcii un autre : c'est le gage de la couronne d'immortalité par son retour k Dieu an lit de la mort : Ht habfbo immortttlilalem.
Oui, Messieurs, quelle étendue de connoissanccs dans le prince de Conti ! On eût dit qu'il eloit de toutes sortes de professions : guerre, belles-lettres, liisloire, politique, jurisprudence, physique, lliéulogie même ; il sembloit qu'il ne se fiit appliqué qu'à cliaciine de ces sciences , selon les différents hommes qu'il entretenoil ; et en l'entendant , on s'écrioit encore comme autrefois sur ce prince le plus sage cl le plus éclairé de l'Orient :
« Quelle abondance de lumière et d'érudition » dans votre jeunesse ! La science et la sagesse » coulent de votre bouche comme les eaux d'un U fleuve majestueux : les lumières de votre amc » ont sondé tous les secrets de la terre ; et dans » cette gloire pacifique , vous avez été les délices * des peuples , connue la gloire des armes vous » en avoit rendu l'admiration et le soutien»: Quetiiadmodütn eruditu.s es iii jueentule tudf et implelus es, quasi flumen , sapientid: et lenam re-
lexit oniniu tua et dilectus et iii pace tud.
(Eccli., xt.vii, 15, 16, 17.)
Et dans ces lectures immenses, remarquez deux abus évités. Point de gofll pour ces livres frivoles, qui ne sont que le déla.ssement de l'oisiveté, et qui corrompent le cceiir sans instruire la raison.
Un grand goflt pour les livres saints ; beaucoup de respect pour les vérités de la foi.
Dans le temps même , â mon Dieu ! qu'il ne goétoit pas encore combien vous êtes doux, il avouoit que vous êtes le .saint et le véritable : sa raison respecloit les bornes de la foi, tandis qu'il en oublioit les devoirs : .sa bouclie rendait hommage à la vérité de vos mystères , lors même que son cœur ctoit encore loin de vous : il ne trouvoit dans ses grandes lumières que les molifs de sa aoiimission : et .s'il n’aiinoil pas encore la vérité qui délivre, du moins il avoit toujours offert un respect religieux à la vérité qui soumet et qui s:aptive.
DoU-je le dire ici. Messieurs? dans un siècle où la religion est devenue le jouet , on de la débauche, ou d'une fausse science : dans un siècle, où l'impiété est comme la première preuve du l>el esprit : dans un siècle, où croire encore en Dieu, est presque la honte, on de la raison, on du courage r
dans un siècle, où pour n'ètre pas confondu avec le vulgaire, il faut se donner l’alfrease distinction de l'incrédulité : dans un siècle enfin, où tant d'hommes superficiels blasphèment ce qu’ils ignorent ; se croient plus habiles à mesure qu'ils sont plus téméraires; apprennent à douter de U religion avant de la oonnoltre; s’érigent en docteurs de l'impiété avant que d’avoir été les disciples de la foi ; et s’élèvent contre la science de Dieu, sans avoir même celle des hommes.
Au milieu de ces abus, la foi du prince de Conti, si supérieure en lumières et en connoissanoes, honore la vérité de la religion. Ce grand génie n’est plus qu’un humble fidèle devant la majesté de celui qui pèse les esprits, et gui regarde 1rs servtateurt de tes secrets comme s'ils n'éloimt pas. (Is., -XL, 23.) Sa curiosité ne va qu’à se convaincre, que la raison ne sauroit aller à tout; que l’homme ne connolt des voies de Dieu, que ce que Dieu en a voulu révéler à l’homme ; que le point fixe de nos lumières , c’est la foi ; qu’on retrouve en secouant le joug, les mêmes abîmes et les mêmes incertitudes que dans la soumission; que les dogmes de l'impiété n’oiit rien de plus clairet de plus intelligible , que les mystères de la religion; et qu'en refusant de croire , on perd la foi, sans que la raison y gagne et s’éclaircisse.
Sentiments dont ce grand prince ne s’est jamais départi.
Mais, à tant de valeur, tant de sagesse, tant de religion, tant de lumières, que manqnoit-il. Messieurs ? qu'une couronne. Content du rang qne lui donnoit sa naissance, le prince de Conti ne l’avoit jamais desirée. La gloire de tenir par le sang au premier trône du monde ; le zèle qui le lioil au roi encore plus que le sang ; le plaisir de vivre sous ses yeux, et d'obéir à ses ordres : c’est là qne, fixé par son cœur, il avoit toujours borné son ambition : et comme cette princesse dans l’Ecriture, qui préféreroil à la royauté la condition des serviteors de Salomon, il trouvait encore plus glorieux d’être des premiers sujets de Louis, qne roi d’une nation étrangère : Brait servi tui, qui stant corüm te temper! (3. Rkg., x, 8.)
Mais enfin, la Pologne l’envie à la France. Son trône, vacant par la mort d’un roi qui avoit été la terreur des infidèles, redemande un prince du sang de nos rois. La grande réputation du prince de Conti est la seule intrigue qui lui gagne d’abord tons les suffrages.
Il falloit à une nation guerrière, un prince belliqueux ; à une nation libre, un prince sage et modéré ; à une nation zélée pour la foi, un prince éclairé et religieux, qui sût en même temps res-