Ü£ M. LE PRINCE DE CONTI
pecter la foi et la défendre; à une nalion qui se donne elle-même ses rois , un prince , que l’estime générale eût appelé à la royauté , que l'amour eût 6it régner , et qui eût regardé ses sujets comme ses bienfiiiteurs ; enfln , à une nation presque toujours divisée par des factions domestiques, un prince d’nn génie supérieur , habile dans l'art de coorwltre les hommes et de les gonvemer; qui sût ménager les esprits , concilier les intérêts, et réunir à la défense de la patrie, les passions ellesmêmes qui la déchirent.
Peuple heureux ! si Dieu, qui dispose des rois et des royaumes, ne l’eût refusé dans sa colère à tes premiers vœux : ou plutôt , si toi-même , tu n’eusses conjuré contre ton propre bonheur ! tes jours conleroient dans la paix , dans l’abondance et dans la gloire : tes lois seraient encore ta force et ton soutien ; sur tes antels ne s’offriraient que des sacrifices de joie et d’actions de grâces ; les malheurs des règnes précédents seraient oubliés ; tes nouvelles conquêtes iraient encore plus loin que tes pertes pass^, et la valeur ne seroit redoutable qu’à tes voisins.
Mais une foction ennemie des lois, de la religion et de la liberté , s’élève : des suffrages séditieux traversent une élection légitime; les droits les plus sacrés sont violés; les lois cèdent à la force ; un vil intérêt prévaut sur la gloire de la nation, sur le bonheur de la patrie, et sur les intérêts mêmes de la foi. Un nouveau Jéroboam divise les tribus , s’assied sur on trûne usurpé ; et sous les apparences du culte saint, il porte au milieu de rbéritage du Seigneur un culte profane. Le roi que Dieu avoit choisi , est rejeté ; il ne fait que le montrer dans son indignation à la Pologne ; il en relire avec lui sa protection et ses miséricordes; et le même malheur qui l’éloigne de cette terre ingrate , est ponr elle le signal et la source de tous ses malheurs.
Quel spectacle de désolation et d’horreur offret-elle û toute l’Europe I L’esprit de discorde et de fureur soulfie la guerre et la dissension parmi les citoyens : la valeur de sa nation se tourne contre elle-même : l’idole qu’elle avoit élevée sur te trûne en est renversée ; sa couronne devient le jouet des peuples et des rois ; ses villes, la proie de ses alliés et de ses ennemis, file donne la main aux yéssyriens, ( Jebeu. Oral., v, 6,) le Moscovite appelé court venger, snr ceux mêmes qui l’appellent, ses anciennes pertes : nn peuple qu’elle avoit toujours regardé comme son esclave, devient son tyran. (Ibid., v, 8.) Ses autels sont renversés; ses prêtres arradiés du sanctuaire, et menés en servitude; ses vierges déshonorées; ses princes, comme
des brebis timides, marcbent sans force et sans rnifur, deraiit celui qui les poursuit; ( Thhe.n., 1,6.] tes campagnes inondées de sang, refusent la nourriture à son peuple; ou dehors le glaive , la mort au dedans. (Id., v, 20.) Le Seigneur qui les frappe ne se lasse point ; il répand d’une main une coupe de venin et de mortalité, et tient élevé de l’antre le glaive de la guerre et de la vengeance : tous les Oéaux de sa colère tombent à 1a fois sur cette terre infortunée : toutes ses voies pleurent, et ne sont plus qu’une triste solitude; et au milieu de tant de calamités, la fureur de scs citoyens n’est pas encore assouvie. l.a main qui les frappe et qui les terrasse, ne les désarme point : ils achèvent de venger sur eux-mêmes la justice de Dieu : la ruine de la patrie ne peut être la fin de leurs dissensions et de leurs querelles ; et accablés de tant de pertes , ils veulent encore périr de leurs propres mains.
Grand Dieu ! frappez-vous donc ponr perdre, et non pas pour corriger ? ne vous souviendrez-vous pas d’ Abraham et de Jacob? n'oublierez -vous pas enfin les péchés des enfants en faveur de la piété de leurs pères ? les licdvvige et les Casimir, tant de saints rais qui ont porté cette couronne, et qui ont vengé la gloire de votre nom, ne feront-ils pas tomber de vos mains le glaive de la vengeance ? Area -tous mis devant tous jusquesà la fin un nuage d'indignation, o/in gue les priires et les gémissements de cette Kglise désolée, ne montent pas jusqu’à votre trône? (Tiirem., ui, 44. ) et ses malheurs ne vous toucheront-ils pas encore plus que ses crimes ?
Voyez , peuple , et considérez les maux que le Seigneurs faits parmi vous. P'ous avez rejeté son roietson Christ, (Ps., LX.\.xviii, 39. ) vonsavez éloigné celui que vous aviez appelé; et le Seigneur vous a rejeté ; et vos rois sont devenus en même temps et votre punition et votre crime.
Mais quoi. Messieurs! les jugements de Dieu se déclarent. II ne vouloit donner au prince de Conti que la gloire de la royauté et d’une couronne terrestre, et le préparer à une couronne immortelle.
Car enfin, gue le héros, dit le Prophète , ne .se glorifie pas de sa valeur; que le Sage ne mette pas une raine confiance dans sa sagesse; que celui qui est riche en esprit et en comioissoiices , ne .s’élève pas des richesses de sa science et de sa lumière. (Jebem.,i.\, 23.) Talents éclatants que Dieu donne , et qui presque toujours éloignent de Dieu; sources de perdition , si Dieu qui en est l’auteur , n’en est la lin , et n’en règle l’usage; si vous connoitre et vous aimer , ô mon Dieu, ne donne le prix à tout le reste.
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Noos toudionseiilin an moment ou le prince de ConU goôla ces grandes vériu^s Moment iieiireuv pour lui , terrible pour la l'rance, c|ui le pleure ; pour les siens, qui semblent le rappeler ]>ar leurs cris du fond de ce tombeau ; pour une princesse désolée, qui le redemande; pour ses amis, qui le perdent ( si on doit compter pour perdu celui que Pieu a sauvé). Et que me reste-t-il ici, après que ses talents glorieux Tonl coikIuiI pres<]ue sur le trône, que de vous montrer l'usage qu’il en a fait pour le ciel ?
î)e longues infirmités lui montrnient de loin le jour du Seigneur, et nous pré|>ai oient à sa perle. Mais les ressources de ràge, le succès des remèdes, ou plutôt nos désirs, lassuroient nos frayetirs. Vaines esp<’ranccs des hommes ! Les moments de Dieu ne sont jamais les nôtres : le coup est frappe; la mort que nous croyions encore loin, paroU à la porte, et la lumière d'isracl est sur le {ioiiu de s’éteindre.
Quelle consternation ré|>imdue dans le public avec celte triste nouvelle ! Personne ne s’en fie au bruit commun : on veut voir de scs yeux et entendre de ses oreilles : tout vient eu foule s'eu instruire, et tout le publie par sa douleur; le |>eiiple lui-même, qui d’ordinaire ne sent que ses propres perles, est sensible à celle qui nous menace. Qued'ofTrandes porléesaiix pieds des autels, pour demander le retour d’une sauté .si précieuse! Cbacim croit aller donner eu secret celle pieuse consolation à .sa douleur; et il trouve dans le temple scs larmes et se.s oblations, mêlées avec les larmes et les oblations publiques.
Vous parûtes, grand Dieu! vous laisser fléchir à nos VIEUX. La mort s'eloigim ; nos craintes se cliangèrenl en es;)érances. .Mais vasordi es ne cliaiigent point: cette lueur passagère qui nous inoulroil la vie, tourne tout d’un coup vers le tombeau : vos desseins éternels s’accomplissent, et le coup suspendu ne trompe notre espoir , que pour noùs faire encore mieux sentir la doulcnr de sa perte.
Qu’allendez-voiis ici. Messieurs , de ce héros, de ce sage , de ce grand esprit ? Une fKÛûicnce où se trouvent lou-s ces caractères; constante, .**age, éclairée : les mêims voies qui l’avoienl conduit à la gloire, le conduisent au salut.
il est vrai , ce héros ne regarde pas la mort d'un (ril fier cl tranquille. Car,ô mon Dieu, le vase de ten-e peut-il encore s’enorgueillir sons la main toute puissante qui va tomber sur lui et le iM iser? El qu’est-ce que riuliépidité de l’homme à la mort? qu’une Udielé de dése.spoir, qui n’ayant pas la force de porter la crainte de vos jugements, ru tive plus aisé de les mépriser, et n’osant espé-
rer le salut, se fait uu honneur affreux de se perdre ?
Le prince de Conii laisse paroUre comme le roi £?échia.s, quand on vient lui annoncer de la part de Dieu , mourre:., ces sentiments de trouble et de crainte, que tout lioumie doit a la nature et à la vérité; et tout cliréüen,à la foi des jugements à venir. Il ne veut ni imposer aux autres, ni s’en imposera soi-même, ni se prêter une fausse vertu, ni se déguiser ses propres misères.
Mais attendez. La foi opère la crainte, et la crainte opère l’amour, la résignation et le salut. Dieu prend la place de l’iiomme dans son cœur; et qu'on est grand quand on l’est avec Dieu !
Dès ce moment, sou œil fixé<daiis rétemilé ne la perd plus de vue. Le monde s’évanouit. Ce momie, qtii aux yeux des passions est tout, n'est plus rien aux yeux de la foi. Nul regi-el à la vie , hors l’usage peu chrétien qu’il en a pu faire : nui retour vers l’Egypte, hors le souvenir des miséricoitles du Seigneur qui Tonl délivré de son joug. Environne de mini.Hlres saints, il luarclie comme le tabernacle d’israèl , d’un pas majestueux vers la terre de promesse ; et la manne sacrce cl le pain des anges qu’il a re^Hi (mais avec quelle élévation de foi ! quelle lendrosc de piété! ) , il le porte au dedans de lui , et y trouve toute sa consolation et toute sa force.
Au milieu des douleurs les plus aiguës , le corps exlémié , et qui dépérit à chaque instant par la violence des maux et des remèdes , il refuse même à .ses soulTrances ces plaintes innooentes qui semblent les soidager. El ce n’est pas ici une constance de pliilosophe, une ostentation, plutôt qu’une vertu; il ne donne rien aux sfiectateois, vous l’avez vu; tout est pour Dieu ; toujours dans le vrai, effidyc quand il faut; conslaat quand Dieu le demande : c’est la force de la foi; c'est la )>a- ; tieiice des saints; c’est rhumiliatioii de la pénU j lence. Et c’est ainsi, ô mon Dieu ! que ceux qui 1 es;k’renl en vous , changent de valeur et de force : Qui speratil i» Domino^ mutabunt (urtHudinem, (Is., XL, 31.)
I Voilà le héros que forme la grâce : voici le sage, j lla])pellcau secours de sa foihiesse, la dernière force du chrétien, la grâce de l'onction sainte. On I n’a pas besoin de ces timides ménagements , qui I semblent ne pro{K)$er au mourant les remèdes de I la foi, que comme le désespoir de scs maux ; et de peur de lui rapprocher les horreurs de la mort, ; n’osent lui montrer les secours de rimmortalilé, I et les sources d'une vie meilleure. I^e sang de l’A- I gueaa, qui coule par ces canaux sacrés, loin de > l’effrayer, fait sa plus ferme espérance : il plonge
DI-: M. UC PlUiNCh DE CONTI. Wm
avec une foi vive, les plaies de son cœur dans ce bain vivifiant. Vous le lacerez, Seigneur ; rf vous renourtUfiez sa jevuesse comme celle de l'aujle. (1*8., en, 5.)
Les devoirs de la piété remplis, il n’uublie pas ceux de !*amitié, de la reconnoissance et de la nature. Il donne à ses amis les demiéres marques de sa confiance et de sa tendresse : il parle en |>ère à des domestiques qu'il a toujours aimes comme ses enfants : il charge un prince pieux et illustre, de porter aux pieds du roi les sentiments de respect, d’attachement, de fidélilé dans lesquels il a toujours vécu ; enfin le prince son Üls est îq»j)elé.
a Mon fils, lui dit-il, je voiidruis vous avoir » donné de meilleurs exemples; et j’espère que » si Dieu m’avoit conservé la vie, je vous en au- » rois donné. Souvenez-vous toujours qu'il faut 9 servir Dieu, lui être fidèle, et au roi; et vivre 9 en honnête homme et en l)on cliréiien, pour al* 9 tirer les bénéiliclions du ciel. »
Puissent ces dernières instructions ne s'effacer jamais de votre cœur, prince , la seule espérance de votre auguste nom ! et former en vous avec les qualités héroïques d’un père, dont la vie a illustré notre siècle, les sentiments et les vertus ({ut ont sanctifié sa mort f
Enfin tons les soins , toutes les créatures s'éloigneut : il demeure setd avec Dieu. Et c’est ici où toutes ses lumières se réunissent ; oii sa grande aœe se dégage de plus en plus des sens; ou la majesté du Dieu , qui est proclie et qui jiarült , l’eclaire, la remplit, l’élève au-dessus d’ellemême.
La voie des Jusle$ est comme une lumière yui ta toujours croissant jusqu'au jour parfait de Vélerniié. (Prov,, iv, 18.) Ce n’est plus la foi qui souffre avec résignation ; c’est l’amour qui aime à sotiiïrir. a Seigneur, dit-il sans cesse au inilieu 9 de ses douleurs, appesantissez votre main, re- » doublez vos coups, brisez-moi, bi liiez, cuu{»ez, 9 détruisez ce corps de pécbé ; je le livre à votre 9 justice; réservez vos misei icordesjM)urnionauie: 9 perdez-moi dans le temps , et me sauvez dans » l’éternité. »
Ce n’est plus la terreur des jugements de Dieu qui le saisit et qui Je trouble ; c’est l’excès de sa eharilé pour les hommes qui le calme et qui le console. El lorsque le mhitslre sage et éclairé, qui étudie les opérations de la grâce dans son aine, lui renouvelle ce sentiment par les paroles del'.Vp<>lre : Dieu qui est riche en miséricurdet poussé par l'amour extrême dont U nous a aimé lorsque iioiM éfioBS moifî par nos péchés ^ nous a rendu la rie en Jésus-C/ii istf ressuscités avec lui , el
fait asseoir dans le ciel: (Ephes.. ii, t, 5, 6.) sa Iwuche nioui*anle peut ù peine suffire au transport de sa foi et de sa religion : P oifà, s’écrie-l-U, le fondement de toutes nos espérances.
Un moment après, profondément touché de l’oubli de Dieu, dans le<|uel vivent pres<]ue tous les hommes, et se lournaiil vers le ministre sacré : B Si l’ou pouvoit comprendre, ajoute-t-il, l’état 9 où l’on se trouve dans ces derniers moments , ou » verroil hienqu'il n’y a de ressource pour i’hom- 9 me que dan' la religion. 9
A ces mois, In langue se refuse à 1a foi qoi l’unime : les forces manqiienl ; la parole cesse; tuais son c<mir ;>arie toujours ù Dieu : mais son amc plus purcel plus libre, ù mesure que le corps terrestre qui l’apiiesanlit se dissout, l’invoque, rapfielle. le supplie, l’adore, le loue , le possède déjà, et ne meurt que i>our aller vivre éternellement avec lui. Grand Dieu ! sera-t-elle frustrée de son désir ? Vmis refuserez-vous à la brebis qui revient, vous (}ui courez après celle qui s’égare? Tant de dons el de lumières, dont vous aviez orné celle gronde anie , n’inml-elles pas se réunir à leur source ? tant de larmes versées sur ces chères cendres, n’aclièveroul-clles posde les purifiei ? Les gémissements de sa fui et de sa pénitence , seront-ils montés en vain devant votre trône? Le sang de l’Agneau qui crie vers vous, et qui coule sur l’aute! par les mains d'un pontife fidèle', ne se fera-t-il pas entendre ? ne vou« soUicilercz-vous pas vous-ménie en sa faveur? Vous le sauverez , grand Dieu ! vos promesses s’acixjmpliront, et son espi'rance ne sera pas confondue.
Ecoutez, grands, et instruisez-vous. Tout ce que le monde a le plus admiré, les victoires , les talents , le nom , la sagesse , les lumières ; qu'on le trouve vain el frivole au lit de la mort ! que la vie la plus glorieuse devant les hommes, la plus remplie de grands événements, paroU alors vide «'ans Dieu , el digne d’un éternel oubli ! qu’on découTi e de folie dans la sagesse qui ne nous a pas conduits au salut ! qu’on méprise les lumières el les comiois.<ances qui n’ont pas donné la science des saints! Dieu parolt tout alors, et l’homme saus Dieu ne parolt plus rien .■ il ne lient ù l’éternitc que par lui, par la fui, parla grâce. Le rang, les conquêtes, la réputation, les talents, les titres ne lient qu’au temps , à un nuage qui se dissi(ie, au fleuve qui court rapidement sc perdre dans l’abime éternel. Son nom peut passer dans les histoires : 011 peut graver ses actions sur le niarhre et sur i’uiraiii. Les noms de ecu.r qui vous oitôlieof.
' de La Bvrclicre, archcvcHUt de .Narboouc.
OKAlîSU.X FlNKBni:
mi
<I moM Dieu ; ne sont écrits que sur la jwissière , un souHle lé^er va les effacer : Mecedenies à te i» ierrd scribentur, (Jkukm., xvu, 13. )
h’immortalilé u’esl que pour le Juste : les noms seuls écrits dans le livre de vie, ne périront pas. Tout ce qui ne lient qu'au monde passera avec le monde : vous seul, ô mon Oieii, demeurerez toujours. Heureux donc rhomme qui ne s'attache qu'à vous seul ; qui n'aime que ce qu’il doit toujours aimer; qui ne veuljouir que de ce qu’il peut toujours posséder ; qui ne s'appuie que sur ce qui I ne peut manquer; qui n'a pas reru sou nnie en vain ; (Ps., xxm , i. ) qui ne vit (las au hasard ; et qui des jours de sa vie mortelle , se forme insensiblement le jour de l’éieniité.
iltiisi sotf-H.
ORAISON FUNÈBRE