‹ Œuvres de Massillon, Évêque de ClermontChapitre 305 sur 348 · DE M. LE DAUPHIN · texte numérisé non relu

DE M. LE DAUPHIN

m<5e Iriompliame, marche ver* le Rhin. Céloit alors la destinée de la France, de prévenir par nos conquêtes , les mesures et les projets mêmes des ennemis. Philisbonrft , le rempart de l'Allemagne , est le prix des premières armes du iils de I.ouis. Le Rhin, encore effrayé du fameux passage du roi, reconnolt dans le fils, la gloire et la valeur rapide du père. Manheim , Frankendal , et tant d'autres places, suivent la destinée de PhilLsbourg. Le jeune prince ne trouve rien qui l'arrête : il soutient par son intrépidité , le courage des troupes accoutumées à vaincre ; il leur rend tout passible par son humanité et par ses largesses ; il ne cuimolt pas le péril : il veut tout voir de ses yeux, et tout animer par ses ordres; et nous en ferions ici lionneur à sa mémoire , si la valeur étoit un éloge pour les descendants de Charlemagne et de saint Louis.

Vous ne l'avez pas oublié. Nos succès Tirent éclater partout la guerre déjà rallumée dans les cœurs : le feu qui convuit, s’embra.se et se répand partout. La Flandre étoit alors le théâtre de notre gloire. Le maréclial de Luxembourg nous consoloit tous les jours , par des victoires réitérées , de la perte des Condé et des Turenne. Monseigneur y vole ; l'armée sous ses ordres déconcerte , par une marche inouïe , les desseins des ennemis : nos troupes , comme celles que vit le serviteur du Prophète, (4. Rrg., VI , 17. ) se trouvent par un soudain encliantement , de Vignamont sur les bords de l'Escaut. Notre présence glace les alliés ; et si leurs ruses les dérobent au combat , elles ne dérobent pas â Monseigneur la gloire de l'avoir cherché. Cest avoir vaincu l'ennemi , que de lui avoir bit craindre de combattre contre nous.

Mais laissons au monde à louer ces faits ; c'est â nous â vous instruire. Les succès éclata nts font parmi nous les grands hommes ; mais les grands hommes sont bien petits au tribunal redoutable, s! leurs succès font tout leur mérite. Au fond, il n'est de gloire réelle que celle qui nous suit devant Dieu. Hélas! que sont les héros au lit de la mort , si toutes leurs vertus se bornent â leurs victoires? Leur vie est pleine de grands événements qui passeront dans nos histoires, et vide de ces œuvres qui seules seront écrites dans le livre de vie. Ils ont vécu pour la postérité ; ont-ils vécu pour l'éternité ? Rs ont rempli la terre du bruit de leur nom ; et le Seigneur ne les connolt pas , parcs qu'il ne eoiinofl que ceux qui lui appoiiiciiuenl. (2. Tm., Il , 19.) Ils ont remporté de* vicloires ; mais Dieu ne compte que les vicloires de la foi , et celles que le Juste remporte sur lui-même. On a vanté leurs succès et leur valeur héroïque ; et son-

vent leurs succès ont été des crimes; et peut-être l'injustice seule en a fait des héros. On leuradressé des statues et des monuments superbes : mais ce ne sont là que les monuments de la vanjté; ils périront avec elle. Kous les brisem, à mon Din , dans votre cité étemelle, et la ressemblance seule de Jésus-Christ crucifié ornera les portiques de la sainte Jérusalem : In eirifafe lud imaginem ipsomm ad nihilum rédigés. (Ps. , lxxii, 20. ) En un mot, ils ont été les hommes du siècle présent; seront-ils les hommes du siècle i venir ? L'histoire des conquérants sera effacée: l'histoire des Justes, écrite en caractères immortels, subsistera dans i'éternité. Les passions, qui forment les guerres et les héros, seront détruites avec le monde; les vertus, qui font les saints, ne périront jamais.

Cherchons la gloire qui vient de Dieu, mes Frères. Ne nous refusons pas à la patrie : la religion n'autorise pas la paresse ; mais elle ne couronne que les vertus. Combattons les ennemis de TEUit ; mais souvenons-nous que la foi nous montre des ennemis encore plus â craindre. Regardons le monde, avec toute sa gloire, comme nous le verrons à la mort, et comme l'a vu sans doute dans ce moment, le prince que nous pleurons. Etudious sur ce tombeau la terreur de la puissance et de la majesté de Dieu , et le néant de tontes les eboses humaines; et que la mort d'un prince, que la naissance avait fait si grand , et que son caractère de bonté avoit rendu si aimable, après avoir corrigé Terreur de nos jugements, confonde encore la vanité de nos espérances.

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