‹ Œuvres de Massillon, Évêque de ClermontChapitre 306 sur 348 · DEUXIÈME PARTIE · texte numérisé non relu

DEUXIÈME PARTIE

Si le monde n'attachoit les hommes que par le bonlieur de leur condiüon présente; comme il ne fait point d'heureux, il ne ferait point d'adorateurs : l'avenir qu'il nous montre toujours , est sa grande ressource et sa séduction la plus inévitable : U nous lie par ses espérances, ne pouvant nous satislàire par ses dons; et Terreur de ses promesses nous endort toujours sur le néant de tous ses bienfaits. Achevons de nous instruire.

Les fruits de la lumière , dit T.Apdtre , sont la bonté, la justice, la vérité; (Èpiies., v, 9.) et ces fruits lumineux ne brillèrent dans le prince que nous regrettons, que pour nous détromper aujourd'hui de la vanité de nos espérances , en justihant Texcès de notre douleur et de nos regrets.

Le plus grand éloge d'un prince, c’est d’être bon; et les seules louanges que le cœur donne, sont celles que la bonté s'attire. La valeur toute seule ne bit que la gloire du souverain; la bonté

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Tiil !<• îwnlM tir de .vs peuples ; les vicloircs ne lui valent que tles houiinagrs ; la bonté lui gajjne les cœurs : c’est pour lui qu’il est conquérant; c’est pour nous qu’il est bon : et la gloire des armes ne va pas loin , dit l’K'-prit de Dieu , si l’amour des ^peuples ne la reml immortelle.

Ici le deuil de la France se renouvelle: la plaie se rouvre r l’image de Monseîgrœur reparolt : les larmes publiques recommencent : et il est malaisé de rappeler tout ce cpie nous avons perdu, sans aigrir et renouveler toute la douleur de notre perte.

\ji bonté n’ctoit pas seulement une de scs vertus: c’cloil son fonds; c’éloil lui-méme. Elle ètoii née arec /«i , comme parle Job, et sortie arec lui du scï»i de sa mère. (Jon, xx\l, J8.)

Une lv)nlé toujours accessible. Tl faut étudier les moments favorables pour almrder les grands ; et le clioix des temps et des occasions, est la grande science du courtisan. Ici, tous les temps étoient les mêmes ; et l’iiabllelé du courtisan ne trouvoit pas plus d'accès et d’affabilité , que la simplicité du peuple , ou l’ignorance du citoyen. On ne scntoil point en rapprochant ces inquiétudes secrètes que forme le succès douteux de l’accueil : la Itonté se luoutroil d’abord avant la majesté ; on cherclioit le maître dans la douceur du particulier ; ou plutôt à sa douceur , on sentuit d’alxtrd qn’il étoil digne d’èlre le nialtre: le cœur lui donnoit à l’inslanl des litres de souveraineté plus glorieux que ceux que donne la naissance. C'est l’amour qui fait les rois; la naissance ne donne que les couronnes; c'est l’amour qui Forme les sujets.

Une l>onlé sensible à l^amour des peuples pour lui. Les princes ne savent pas toujours goiiier le plaisir d'èire aimés : ils n’estiment pas assez les hommes (M)ur être touchés de leur amitié: ils ne connoissent pas as.sez le prix des cœurs ; et le long usage dc.s adulations les rend insensibles à la véritable tendresse.

Monseigneur aimoit les peuples; et il aimoit d’en être aimé. Quelle joie, quand venant se montrer au milieu de cotte ville régnante, il voyoit tous les cœurs voler après lui; la tendresse publique se ranimer; le peuple oublier ses misères, et ne plus sentir que le plaisir de voir un si bon maître !

Rappelez ce moment terrible, où le Seigneur menaça , p<mr la première fois, la vie de ce bon prince. Ilelas! il nous monlroit de loin notre malheur. 1/amonr ose tout. Le peuple, oui, le peuple le plus bas et le plus obscur, court au pied du trône; et les portes augustes de la gloire et de la majesté, s’ouvrent à l’araour: c’est un titre qui doune toujours le droit d’aborder on bon prince.

UNÈBRL

Monseigneur se laisse voir ' : cette foule obscure approclie du lit de sa douleur : il ne paroii rendu à la vie que pour se rendre à son peuple : il respecte dans ces démonstrations populaires , l’amour de la nation; il croit qu'un prince, quebiue grand qu'il puisse être, est toujours honoré d'être aimé ; et essuie , en se inoniranl , des larmes , toujours plus sincères dans le peu{^e , parce qu’il ne sait pas emprunter la douleur, et qu’il ne regrette que ce qu’il aime.

Prince digne d’une naiiou, dont le caractère perpétuel a toujours été d’aimer ses maîtres; qui compte un seul de leurs regards comme un bienfait; et qui dans le temps même de ses misères les plus tristes, n'a qu’à lever les yeux vers le souverain , pour ne plus sentir la douleur de ses plaies , et oublier à l’instant ses malheurs et ses peines.

L ne bonté sage et éclairée. 1^ bonté des princes autorise .souvent la malice des délateurs. ( Usth., XVI, C. } Les meilleurs rois, dîsoit autrefois Assuérus, jugeant des autres par eux-mêmes, sont moins en garde contre les arUiiees des mécliants.

Les cours surtout sont pleines de délations et de mauvais ufliccs : c'est là où toutes les passions se réunissent, ce semble, pour s’entrecbo<|uer et se détruire ; les Itaines et les amitiés y diangent sans cesse avec Içs intérêts ; il n’y a de con.'-lant et de perpétuel, que le désir de se nuire. Les liens mêmes du sang se dénouent , s’ils ne sont resserrés par des intérêts communs. L’ami, comme parle Jérémie , marche frauduleusement .vur son ami . el le frère supplante le /rére. (Jerkm., ïx, i.) Il semble qu’on soit convenu que la bonne foi ne seroit pas une vertu , et que l’amitié ne sertûl plus qu’une bienséance : l’art de tendre des pièges n’y dcslionore que par le mauvais succès : enfin la vertu elle méinc souvent fausse , y devient plus à craindre que le vice. La religion y fournit souvent les apparences qui cachent les embûches (|u’on nous tend : l’on y donne quelquefois les deiiors à la piété, pour réserver plus sùreinenl le cœur à ramerlume de la jalousie , et au désir insatiable de la fortune : et comme dans ce temple de B ibylone, dont U est parlé dans Daniel, en public tout paioU pour la divinité ; en secret et par des voies souterraines , on reprend tout pour soi-mêiné. (Da.n.,

Monseigneur étoit bon ; maU il falloit l’être pour avoir accès auprès de lui. Ses oreilles étoient fermées à la malignité des délations el des impostures :

1* Lea batlea de Paria députent sit dca prindpalea hareogè • rea, qui vicunetU à Vcn^lea £éHdter Munacigneur aur aa ooBvaleaeeQCC . et U veut qu'etiei «' jjjpruciteut de ion UU

DK M. I.K

If détracteur secret ne tronvnii en lui qu’iiii silence (Tindipialion et de sévérité. Iji langue cmiKiisnnnée , loin de lui souffler le venin, s’infccloit tonte seule elle-même ; la malice relomboit toujours sur riiomme méchant. On se perdoit, en voulant perdre l'innocent ; on se prépamit i soi-méine la peine et l’ignominie qu’on loi avoit destinée. Il hannissoit de .son cirur ces ennemis publics de la société, qu'il faudroit bannir du milieu des hommes; convaincu, comme il le disait souvent, que les médiants ne décrient pas leurs semblables, et que l’imposture ne s’en prend jamais qu'à la vertu.

Enfin une bonté universelle. Bon pour ses amis : capable d'altachement cl de tendresse; aimant toujours ce qu’il avoit une fois aimé; ne counoissant pas ces inégalités toujours attachées à l'amitié des princes ; et n'usant pas du privih'ge des grands, qui est de n’aimer rien, ou de n’aimer pas longlenips. Bon père : partageant avec les princes ses enrants, la douceur et l'innocence de ses plaisirs; ne leur montrant .son autorité que dans sa tendresse ; sensible à leur gloire, plus sensible encore, ce semble, i leur amitié; aimant i vivre au milieu d’eux; et ne leur Faisant sentir d’autre contrainte, que celle que domie la joie de vivre avec ce i|u’on aime.

Bon maître. Jamais de ces moments d'humeur si ordinaires i ceux que rien n’oblige <1 se contraindre : plus on le voyoit de près , plus on sentoil qu’il élolt Iton ; ce n’étoit plus un maître, c’étoit un ami ; entrant dans tous les be.soins des siens ; croyant qu’un prince n’est jamais plus grand que lor.sqne c’est la lionté qui l'abaisse; voulant que tout le monde filt heureux avec lui; persuarlé que les princes ne sont nés que pour le bonheur des autres hommes, et ne comptant pas que ce fût être heureux que de l’être .seul.

Grand Dieu ! quelles espérances nous montriezvous ? L'amour des peuples ne rend pas iinniortel, puisque sa course a été si rapide et si précipitée ; mais la mort des lions princes est toujours le chêtimeut le plus rigoureux, dont vous punissiez la malice des hommes.

Ainsi sommes iious séduits par nos espérances, mes Frères. La nation espéroit tout d’un si bon prince ; plusieurs de ceux qui m’écoutent , fondoient sur sa bonté et sur son amitié, des vues silres et particulières d’élévation et de fortune. Chacun se formedans l’avenirun fantiime qui l’éblouit ; le Imnhcur se montre toujours à nous de loin : la mort de nos maîtres, ce grand spectacle, où le monde et toute sa gloire fond 1 nos yeux, leur mort change seulement nos vues, sans changer notre cœur s cliacun tente la fortune par de nou-

DMIPlliN. (i7l

velles voie- nous formons de nouveaux projets ; nous nous fusons nn nouveau plan de cour et de mesures : nous nous consolons de nos perles par de nouvelles prétentions : nos projets échouent sans ces.se , et nos espérances revivent de nos projeta mêmes renversés : au milieu du débris de tout ce qui nous environne, nous nous sauvons encore dans l'avenir. Tout nous désabuse du monde , et rien ne nous rappelle à Dieu. Espérance d'élévation qui nous séduit ; espérance de durée.

Cétoitla bénédiction promise à la piété filiale; et la justice renfermée dans l'accomplissement de ce devoir, ne fut pas moins le caractère constant de Mon,seigneur que la bouté : In oniiif honilofe, etjiislirlri. (Epiies., v, 9.)

Mais devons-nous faire ici nn mérite à la mémoire de ce prince, de sa soumission tendre et respectueuse pour le roi? yiaial la nature tonte .seule ne noua apprendroit pas à honorer nos pères ; quand l’amour que noua leur devons ne couleroit pas dans nos veines avec le sang que nous avons reçu d’eux ; quand ce respect ne serait pas né avec nous, et formé, pour ainsi dire, avec notre cœur; quel père, quel roi, est Ici offert à la tcndres.se et à la piété filiale de Jlonseigneur ! un roi, la gloire et le modèle de tous les rois ; un père, le plus tendre et le meilleur de Ions les pères.

Mais les droits de la nature sont quelquefois pins foihies dans le cœur des ( niants des grands , que dans celui des autres hommes ; ils regardent les sentiments du sang et de la nature, comme le partage du peuple : l'anihiiion prend chez eux la place de la tendresse : leurs pères deviennent souvent leurs rivaux. I.es histoires des siècles passés et du nôtre, seront toujours souillées de ces tristes exemples ; et David, ce père si tendre, cc roi si grand et si glorieux, ne laissa pas de trouver un Alisalon,

Le respect perpétuel et sincère de Monseigneur pour le roi , n’a |(eut-êlre point d’exemple , nonseulement dans riûsloire des princes, mais encore dans celle des hommes d’une destinée pins ordinaire. l’Ius l'ôge l'approchoit do trône, plus .sa soumission sembloil croître, l'arvenn à des années qn’on regarde presipie comme la vieillesse des rois, on ne l’a jamais vu se Ias.ser tm instant d'être .sujet. Content de voir couler scs plus Iteanx jours au pied du trône, jamais ses désirs ne montèrent plus haut; et né pour régner, il n’a jamais pensé qu'il dût vivre que pour obéir.

Réglant toujours ses volontés sur celles du rai ; les prévenant dès qu'il avoit pu les connoltre ; formant ses goûts et .scs désirs sur les siens ; respectant scs vues et ses destinations; et par lè, de peur

Di- - v|

r,7i ORAISON

de les gêner, réservé même 1 demander des grâces : apprenant aux sujets le respect qu’ils doivent aux clioix et aux desseins de leurs maîtres; ï ne pas entrer témérairement dans le sanctuaire des conseils et des secrets de la royauté ; 1 ne pas s’éleverau dedans d’eux-mênies un tribunal d’indépendance et de vanité, devant lequel ils osent citer les rois de la terre; et à ne toucher aux mystères du trône, comme à ceux de l’autel, qu’avec une espèce de religion et de silence.

Les rues du roi sur Monseigneur lui paroissoient toujours le seul parti qu’il eôt à prendre ; volant è la tête des armées dès que ses ordres l’appeloienl ; reprenant à Meodon , avec la même soumission , la douceur et l’innocence d’une vie privée , dès que le bien de l’État le demaiidoit. Toujours entre les mains du roi, et toujours cliarmé d’y être.

Les hommes n’admirent d’ordinaire que les grands événemenLs : la vie des princes leur paraît vide et obscure, et ne les frappe plus dès qu’ils n’y trouvent pas de ces actions d’éclat, qui embellissent les histoires , et auxquelles souvent Us n’ont prêté que leur nom. Il nous faut du spectacle pour attirer nos regards, étendons notre nom immortel, (Gev., Xi, 4.) disoient ces enbnts de Noé, en laissant à nos neveux un monument éternel de notre vanité. Ce sont presque toujours les passions qui immortalisent les hommes dans l’esprit des antres hommes : les vices éclatants passent à la postérité; une vertu toujours renfermée dans les bornes de son état , est à peine connue de son siècle. Un prince qui a toujours préféré le devoir i l’éclat, parait n’avoir point vécu : il ne fournit rien à la vanité des éloges , dès qu’il n’a pas en de ces desseins ambitieux qui troublent la paix des Etats ; qui renversent l’ordre des successions et de la nature : qui portent partout la misère , l’Iiorreur, la confusion, et qui ne mènent à la gloire que par le crime. U est beau de remporter des victoires, et de conquérir des provinces ; et sans doute que les occasions seules en manquèrent à Monseigneur. Mais qu’il est grand, dit saint Ambroise, de n’avoir jamais été qneceqn’on devoit être! Grande estalUpiemiiitra se IranquiUum este, eitibi contsitirr. (S. AuBR.,de f^ilA Jacob.)

Non, mes Frères, la façon de penser delà plupart des hommes est là-dessus digne d’étonnement : il semble que nous n’aurons plus rien i dire , dès que nous n’aurons plus à louer que des vertus utiles an bonheur des peuples, et à la tranquillité des empires ; et qu’il nous faut pour le succès de ces discours, ou des crimes éclatants à pallier, ou des talents pernicieux au genre humain à honorer de pompeux éloges. Hommes frivoles , vous méritez

FUNÈBRE

d’avoir de tels maîtres, dès que vous êtes capables de les admirer.

Le talent le plus cher 1 Monseigneur, fut un respect et une soumission constante , et à l’épreuve de tout pour le rai. Et ne croyez pas que cette soumission lui coûtât. Ce n’étoit pas ici seulement une vertu de raison ; il ne donnoit rien aux égards et à la bienséance; il ne snivoit que les mouvements de son orur. Occupé sans cesse de tout ce qui pouvait plaire an roi ; comblé de joie dès qu’il avoit su se ménager l’occasion de lui plaire; transporté lorsqu’il avoit l’honneur de le recevoir à Meudon ; plein d’inquiétudes aimables, et entrant dans tons les détails, afin que le plaisir du roi fût égal au sien , et paraissant plutôt un courtisan empressé , qu’un héritier de la couronne.

L’espérance du trône, si douce et si capable d’étonlfer les sentiments mêmes de la nature, ne s’offrit jamais à lui que comme une image affreuse. Le téméraire qui eût osé la lui faire entrevoir .seulement de loin, eût trouvé à l’instant, comme ceux qui crurent faire leur cour à David en lui apprenant qu’il étoit roi, la peine de sa témérité et de son insolence. Jamais on ne l’a entendu former de ces projets à venir si ordinaires aux hommes, et si inévitables à l’imagination, qui supposassent même qu’il pût régner un jour. Il a toujours pensé comme s’il devoit toujours obéir; et si la nature sembioit lui promettre des jours au-delà des jours du roi , sa tendresse les abrégeoit ; et on lui a .souvent oui dire : Que ta plut douce espérance éloit de compter que le roi lui survivroit, et qu'il ne pourrait pas survitre lui-même à la douleur de ta perte.

Aussi noos vîmes ses alarmes sincères durant cesjoursd’aflliction, où toute la France parut menacée avec la santé de ce monarque. On aurait cru , à sa dotileor profonde, qu’il alloit perdre avec lui sa fortune et ses espérances. La royauté ne lui paroiswit plus que le dernier des mallieurs pour lui. dès qu’il eût fallu l’acheter par la perte d’un si grand roi et d’un si bon père ; content d’obéir, pourvu que le roi régnât.

La langue durée des jours devoit, ce semble , être la récompense d’une piété si tendre; et ses jours ont été abrégés; et il a chercha en vain le reste de tes années. (Is., xxxviii, 10.) Nous nous le promettions potir nos neveux , et il n’est plus même pour nous.

Quel fond peut-on faire sur la vie? c’est ce que nous avons dit. Qui peut compter sur le lendemain ? ce sont les réflexions que nous avons mêlées avec nos larmes. Et cependant nous virons comme si tout ced ne devoit jamais finir. La mort nous

ni: M. I.K DAIÜ’IIIN.

poroit lonjnnrs rotnnie l’Iioriroii qui Imriie noire vue; s’éloignant de nous à mesure que nous on approchons, ne la voyant jamais qu’au plus loin, et ne croyant jainaLs [wiivoir y atteindre : chacun se promet une espèce d’immortalilé sur la terre. Tout tombe i nos cotés : Dieu frappe autour de nous nos proclies, nos amis, nos maîtres; et au milieu de tant de tètes et de fortunes alwttues, nous demeurons fermes, comme si le coup devoit toujours porterâ côté de nous, ou que nous eussions jeté ici-bas des racines etemelles. Nous comptons toujours y être à temps pcmr le salut ; et le temps du salut est aujourd’hui, et nous mourrons avec le seul désir de mieux vivre.

Dernière espérance qui nous séduit. La religion do prince pour qui nous prions, a pré renu cette surprise. Bon pour les peuples res[iectueiix à l’égard du roi , il n’a (ras été moins religieux envers Dieu ; et la vérité avoit bit en lui une sainte alliance avec la bonté et la justice : In oiniii fconitnie el juatitid, el reritate.

Ce n’est pas que je veuille envelopper ici , sous l'arlitice insipide des louanges , les foiblesses de ses premières aum es. Ne louons en lui que les dons de Dieu , et déplorons les fragilités de riiommc : n’excu.sons pas ce qu’il a condamné ; cl dans le temps que l’Eglise offre ici la victime de propitiation , et que ses chants lugubres demandent au Seigneur qu’il le purilie des iulirmités attachées à la nature , ne craignons pas de (arler comme elle prie, et d’avouer rpi’il en a été capable.

ilélas ! qu’est-ce que la jeunesse des princes ? et les inclinations les plus heureuses et les jrius louables, que peuvent-elles contre tout ce qui les environne ?■ Moinsexposésqu’eux, sommes-nmis plus fidèles? Nos chutes se cachent sous l’obscurité de notre destinée ; mais qu’offriroit notre vie anx yenxdu public , si elle étoit en spectacle comme la leur? Ah! c’est iinmalheurde leur rang, que souvent, avec plus d’innocence que nous, ils ne sau- Toient jouir comme nous de l’impunité d’un seul dé leurs vices.

S’il y a en quelque dérangement dans les premières années de ce prince , l’âge y eut plus de part que le emur: l’occa-sion put le trouver foible, elle ne le rendit jamais vicieux ; et le reste de ses jours passés depuis dans la règle, montrent assez que l’égarement n’avoitélé qu’un oubli , et qu’en sereiKlant an devoir, il s’etoit rendu à Ini-méme.

Oui , Monseigneur pouvoit dire comme Salomon (Sap. , VIII, 19), qu’il avoit eu en partage une ame bonne , et un emur tourné à la vertu ; d’une droiture el d’une vérité digne de l’éilucalion qu’il avoit reçue de ce courtisan chrétien qui 1,

passa pour l’homme le [dus vrai de son siècle : religieux obsu'vateur de la bonne foi, des sentiments d honneiiretdcprobilé; plus.sûrsquelquefoisponr la vertu, que les ardeurs les plus vives du zèle: un secret à l’é(>reuve de la fiuui.’iarité même la plus privée; et , en un mol, un de ces hommes dont chacun auroil voulu se faire un ami , si le respect ertt permis de se faire un ami de son niêiUre.

l’IusMonseigneiirétoil vrai, plus il éluil ennemi du faux. Quel tné[iris|K)urle.s adulateurs, la honte des cours, cl l’écueil des meilleurs princes! regardant les fausses louanges comme un aveu publie de la mauvaise foi de celui qui les donne, et de la vanité de celui qui les reçoit ; croyant cpie les éloges donnés aux vertus que nous n’avous pas, deviennent pour la posiérité des censures qu’i ne servent qu’à immortaliser nos défauts véritables • et persuadé qu’un bon prince est toujours assez loué d’èireaimé.

Mais jusqu’ici il ii’a para vertueux que devant les hommes. Vous l’allez voir vertueux devant Dieu, juste el charibahle. Et de quoi n’est pas capable la bonté naturelle , ((uand elle est aidée d’un fonds de religion ; et que la nature donne, pour ainsi dire , les mains h la grâce ?

Maison déserte el ilésoléc , qui devenue sans habitant , comme parle un Prophète, pleurez votre solitude ',el la gloire de vos anciens jours ! vous n’oublierez jamais les piemses largesses de ce bon prince : vus pauvres pleureront avec vous ; la veuve el l’orphelin viendront vous redemander leur consolateur et leur père : ils mouilleront de leurs larmes les lieux heureux qu’il liabila;et leurs clameurs, en vous renouvelant sans cesse le .souvenir de sa perle, vous renouvelleront aussi l’espéiance consolante qu’il n’est perdu que pour le temps.

Ses largesses saintes n’autorisoient pas l’onbli de ses devoirs religieux; et il ne croyoit pas, comme la plii|)arl des grands, que tout l’Évangilé se Ixtmc p)ur eux à la miséricorde. Tout le monde a connu son resjieclconservé depuis l’enfance pour les lois de l’Eglise; les jours qu’elle consacre à l’abstinence, . à peine connus des grands, furent toujours pour lui des jours sacrés : on l’a vu se refuser même le morceau pris par oubli ; et comme Jonathas, se croire presque digne de mort, pour avoir, par ignorance, goihéiin peu de miel contre le vmii du peuple saint !

Et ce n’ étoit pas ici une olwcnance scrupuleuse où il entre souvent plus de foiblessc que de foi • c’étoit un espur religieux , c’élnit un fonds de piété

* Uewton.

OU Al SON

sincrie : tout ce <|ui a|)|>arlejioit ù la reÜRion , lui paroissoit ;;rand ; el c'est ce fonda de religion , qu’il opposa toujours aux discours de l’impiétd. Car qu’il est rare que les grands , surtout dans le premier üge, ne soient pas environnés de ces hommes audacieux qui disent ; Quel est notre 7>ieti? et qni , trop foibles pour le servir, croient paroltre forts en lliisant semManl de ne pas le connaître; ces hommes qui ne savent de la science de la foi, que les blasphèmes qui l’attaquent ; qui ont appris d’ètre incrédules avant que d’apprendre i croire, qui ne sont impies que par ostentation , el qni sonvent inspirent aux autres l’incrédulité à laquelle ils n’oiit pu encore parvenir eux-mémes !

La langue de l’impie séclia toujours devant lai (le honte et de coniusion. Il n’usa de son autorité ijiie lors(]u’il vil l’autorité de la foi attaquée : sa douceur n’étoit plnsqo’nn courroux majestuenx, et digne d’un descendant de Clovis; c’étoit la force el la sévérité, qui sorloil du doux et du Clément. El qu’il étoit beau de voir l’héritier de la couronne défendre , en défendant la religion , le plus beau privilège qui illustre le trône de ses pères ; ne pouvoir souffrir que l’impie ôlôt à la maison de France le plus ancien patrimoine dont elle se glorifie ; el qu’il regardlt le titre de la foi et de premier toi chrétien , dont les rois ses ancêtres se sont toujoiits honorés, comme nn titre vain et une erreur populaire!

Leçon immortelle pour les sonverains , qui doivent se souvenir que la religion assure leur autorité; que l’incrédule, qui a secoué le joug de 1a foi, se désaccoutume bientôt du joug de l’obéissance ; que ceux qni ne connoisaeul point de Dieu, ne respectent pas pins les lioinmes; et que les impies sont toujours mauvais sqjets.

Ainsi la piété sincère de ce prince honoroil U religion. Mais enfin , ô mon Dieu ! la France n’en étoit pas digne ; vous ne le formiez que pour vous seul : U n’a régné que sur les cœurs , et son autre règne ne devoit pas être de ce monde.

L’ordre part des conseils étemels ; l’Ange d’enhant , ministre des desseins et des vengeances du Seigneur, vient marquer la maison du premierné ; la plaie qui afllige le peuple, entre jusque dans la maison du prince, et le bien-aimé est frappé. Quelle consternation répandue dans le public avec cette triste nouvelle ! Le peuple est tremblant; la ville pleure; les temples saints sont les dépositaires de la doulenr et de la crainte publique ; toutes les mains sont levées au ciel ; la cour change en deuil sa majesté et ta gloire. Un bon prince est l’héritage de chaque particulier; et chacun craint , parce que chacun doit perdre.

Fl’NÈBP.F,

Le roi , touclié dn péril de Monseigneur, n’en connoltpias pour lui-même ; il oublie qu’il se doit i sonpenpie, et te livre A sa tendresse ; ii expoae avec sa personne sacrée, le saint de l’État; et ajoute an poison de la douleur , dont son cœnr tendre et paternel est déjà flétri , celai de Pair niortei qu’il respire. Un si bon fils étoit digne, sansdonte, que le meilleur de tons les pères recât set demien soop’us ; il avoit toujours vécu entre tes maint, il falloit qu’il mounlt de même.

liélasi tout couvert de sa douleur, et delà plaie qui infecte tons ses membres, quelles sont ses craintes et set inquiétudes ? il craint pour le roi ; une vie si précieuse exposée devient la plus vive de tes peines. Je mourrois de douteur , dit-il, si le roi a» sortir d'ici aroit seulement mol à le fête.

Quel spectacle de tendresse s’offre ici A la poMérité ! La douleur d’un père , lonjours grand dans tes afflictious comme dans tes prospérités, ne compte pour rien le danger ; et le danger du père devient l’unique douleur du fils mourant. Quelle leçon domestique dans les siècles A venir, pour les descendants de cette auguste maison ! Et les histoires doivent-elles moins immortaliser ces exemples touchants d’humanité, que les victoires et les conquêtes, lesquelles n’ont souvent attiré de la gloire aux hommes qu’aux dépens de niumanité même?

Les deux princes tes fils, déjà accablés des inquiétudes de la crainte , portent encore l’accablement de la séparation. Meudon, qui renferme tout ce qu’ils ont de plus cher au monde , leur devient un lieu interdit. Une princesse auguste ', le lien et la joie de la maison royale , et qni donne si heureusement pour l’État do héritiers A la couronne qu'elle doit porter, demande comme une grâce, qu'il lui soit permit d’aller partager le péril. Mais la France te refnse A leur leodrease ; nous devions osez perdre, et il ne foUolt pas tout risquer.

Cependant tout flaltoit encore nos espérances. Une douce sécurité semble toujoun précéder lo grands malheurs ; plus on doit perdre , pins mi espère. Les apparences du mal ne sembloieot annoncer qu’un danger ordinaire ; loeonjecturo de l’art , que l’aOiecüoa et l’habileté rendoient également éclaitéo, éloient favorablo A nos désirs ; le conp de fondrequi alloit éclater , se cachoit encore sous l’éclat trompeur de la nuée. Dieu nous laiasoit encore jouir de notre erreur ; hélas ! nous sommes toujours A 80 yeux la jouets de nos vaino espé-

■ AMsHede Snaie. dnebMw ôe Bouiaasni!.

l)i: Loiils-

ranccs ; La parole de mort iloit sortie de sa bouche, el elle ucdciwjl pas relouraei ù lai tide. (I5.,

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