PREMIÈRE PARTIE
Tout ce qui faitia grandeur des rois sur la terre, en fait aussi le danger. Les succès éclatants dans la guerre, la magnilicence dans la paix, l’élévation des sentiments , et la majesté dans la personne : voilà tout ce que la vanité |>eut faire souhaiter aux souverains ; et voilà aussi tout ce que la fui doit leur faire craindre.
Le toi , pour qui nous prions, passa, pour ainsi dire , du berceau sur le trône : il ne jouit point des avantages de la vie privée ; toujours utile au souverain, parce qu’elle lui apprend à connoUre les hommes , et que les liommcs lui apprennent à se cuimottre luj-mème.
Mais Dieu qui veille à l’enfance des rois , et qui en formant leurs premières inclinations , semble fonner les destinées publiques , versa de bonne lieure dans son ame ces grandes qualités qui suppléent aux iuslruclions , et que l’instruction toute seule ne donne pas toujours.
Les troublesd’iine langue minorité étant calmés par les soins d’une régente vertueuse et d’un ministre habile , Louis au sortir de ces nuages, commence à se montrer à ses peuples. l.a jeunesse, toujours (dus aimable, ce semble, dans les princes; cet air grand et auguste , qui tout seul annouqoit le souverain ; la tendresse perpétuelle de la nation pour ses rois, tout le rendit maître des emurs ; et c’est alors qu’un prince est véritablement roi, quand l’amour des peuples, si j’use parler ainsi , le proclame.
La France reprenoit alors cet état florissant , qu’un nouveau règne semble toujours promettre aux empires. Les dissensions civiles l’avoient plus aguerrie et purgée de mauvais citoyens , qu’épuisée. Les grands, réunis au pied du trône, ne pensoient plus qu’à le soutenir. Les guerres étranj gères , et qui n’étoient encore que de nation à na- I tion , occupoienl la valeur de ses sujets, sans acj cablerses peuples. Ileureusesi ellen’edt pasconnu depuis toute sa puissance ; et si en ignorant combien il lui étoit aisé de conquérir, elle n’eôt pas senti dans la suite tout ce qu’elle pouvoit perdre !
Le mariage de l’infante d’Espagne avec l.ouis , venait de suspendre les anciennes jalousies, que le voisinage , la valeur, la puissance formoiail en- { tre les deux nations. Les Pyrénées, qui les avoient vues tant de fois se di.sputer la victoire, les virent
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Ut i.oi;is-u;-t;r.AM).
mener en li ioni|)lie , sur les nièmcs lieux , les c.iRes augustes de la paix. I.e lil miplial Fui , pour ainsi dire, dressé sur le champ fameux de lanl de batailles. On y célébrnit, sans le savoir, la naissance future (fun souverain, que ce mariage devoit un jour donner à l'Espagne. Mais ce grand jour , qui enfanta depuis la réiininn des deux empires , ne put encore réunir les cœurs.
La régente ne .survécut p,is long-temps à la joie d’une cérémonie qui fut le fruit de sa sagesse , l’objet lixe de ses désirs, et qui couronna sa glorieuse adniiiustration. la; grand ministre qui l’avoit aidée à soutenir le pokls des affaires, et qui avait su sauver la France malgré la France conjurée contre Itii , avoit vu peu aitparavant expirer avec lui une autorité que la France ne souffrit jamais sans jalousie entre les mains d’un étranger, mais que les otages avuieut affermie.
Louis se trouva seul , jeune , paisible , absolu , puissant , à la tête d’une nation belliqueuse ; maître dn cœur de ses sujets et du plus florissant royaume du monde; avide de gloire, environné des vieux cliefs , dont les exploits passés sembloient Ini reprocher le repos ou il les laissoit encore. Qu’il est difficile, quand on peut tout, de se délier qu’on peut aussi trop entreprendre !
Les succès justifient bientôt nos entreprises. La Flandre est d’abord revendiquée comme le patrimoine de Thérèse; et tandis que les manifestes éclaircissent notre droit, nos victoires le décident.
La Hollande, ce boulevart que nous avions élevé nous -mêmes contre l’Espagne, tombe sons nos coups ; ses villes, devant lesquelles l’intrépidité espagnole avoit tant de fuis échoué, n’ont plus de mur i l’épreuve de la bravoure française ; et Louis est sur le point de renverser en une campagne l’ouvrage lent et pénible de la valeur et de la politique d’un siècle entier.
Déjà le feu de la guerre s’allume dans toute l’Europe : le nombre de nos victoires augmente celui de nos ennemis; et plus nas ennemis augmentent, plus nos victoires se mnitiplieut. L’Escaut, le Rhin , le PA , le Ther n’opposent qu’une faible digne i la rapidité de nos conquêtes. Toute l’Europe se ligue, et ses forces réunies ne servent qn’à montrer la supériorité des nôtres : les mauvais succès irritent nos ennemis , sans les désarmer ; leurs défaites , qui doivent finir la guerre , l’éternisent ; tant de sang déjà répandu , nourrit les haines , loin de les éteindre : les traités de paix ne sont que comme l’appareil d’une nouvelle guerre. Munster , Nimègue , Risvfick , où tonte la sagesse de l’Europe assemblée promettoit de si beaux jours , ne forment que des éclairs qui an-
noncent de nouveaux orage.s : le.-î .viln.itions changent et nos prospérités continuent. La monarchie n’avoit pas encore vu des jours si brillants ; elle s’ctoil relevée autrefois île ses malheurs , elle a pensé périr et s’écrouler sous le poids de sa propre gloire.
La terre toute seule ne sembloit pas même suffire à nus triomphes. La mer encore gémissait sous le nombre et sons la grandeur énorme de nos navires, ^ias flottes , qui .suflLsoient à peine sons les derniers règnes pour mettre nas côtes à couvert de l’insulte des pirates, portaient partout au loin la terreur et la victoire. Les ennemis, attaqués jusque dans Icnrs ports , avaient paru céder à l’étenilard de la France l’empire des deux mers. La Sicile, la Manche, les lies du iVouvean-Monde, avoient vu leurs ondes rniigies par les défaites les plus sanglait tes : et l’Afrique même, encore Hère d’avoir vu autrefois échouer sur ses ciltes la valeur de saint Louis et toute la ptiissance de Cliaries- Quint ; ne trouvant plus d’asile sous ses remparts foudroyés, avoit été obligée de venir .s’humilier, et d’en diercherun au pied du trône de Louis.
Nous nous élevions de tant de prospérités , et nous ne savions pas que l’orgueil des empires est toujours le premier signal de leur décadence.
Telle fut la grandeur de Louis dans la guerre. Jamais la France n’avoit mis sur pied des armées si formidables : jamais l’art militaire , c’est-à-dire l’art funeste d’apprendre aux hommes à s’exterminer les uns les autres , n’avoit été poussé si loin : jamais tant de généraux fameux ; et pour ne parler que de ces premiers temps , un Condé, dont le premier coup d’œil dé-cidoit toujours de la victoire ; un Turenne , qui plus tardif en apparence n’en était que plus sûr du succès; un Créqui, plus grand le jour de sa défaite, (|ue dans les jours de ses triomphes; un Luxembourg, qui sembloit se jouer de la victoire : et tant d’autres venus depuis , que nos annales mettront un jour parmi les Gue.sclin et les Danois de notre siècle !
Mais , bêlas ! triste souvenir de nos victoires, que nous rappelez-vous? Monuments .superbes élevés au milieu de nos places publiques , pour en immortaliser la mémoire, que rappellerez-vous à nos neveux , lorsqu’ils vous demanderont , comme autrefois les Israélites, ce que signifient vos masses pompeuses et énormes ? Quiuido inlerrogareri»t DOS /ili i resiri , direnles Quid si6i rolant isUla jnde.v?( Jns., tv,6.) Vous leur rappellerez un siècle entier d’horreur et de carnage : l’élite de la noblesse Françoise précipitée dans le tombeau ; tant de maisons anciennes éteintes; tant de mères point consolées , qui pleurent encore sur leurs çn-
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fants ; nos eampagnes désertes , et au lieu des tré* sors qu*elies reofermenl dans leur sein, o^ofTrant plus que des ronces au petit nombre des labourenrs forcés de les négliger : nos villes désolées , nos peuplfô épuisés; les arts à la lin sans émula* lion; le commerce languUsant : vous leur rappel* lerez DM pertes, plotdtque nos conquêtes : quandd inUrrogüVtrint voi fiVti vesiri , dicentei : Qtiid si6i voluni is(i lapidet ? Vous leurrappellerec tant de lieux ssints proEinés ; tant de dissolutions ca* pablcs d’attirer la colère do ciel sur les plus justes entreprises; le feu, le Mog, le blasphème, l’abomination, et toutes les horreurs qu’enlbnte la guerre: Tousleurrappellere2noscrimes,pIaidtque BOB victoires : qwiudù inUmgaverint vos fUü rsalri, dicentts : Quid sibi colunf isti lapidet?
O fl^u de Dieu! d guerre! cesseret-vous enfin de ravager l'héritage de Jésus'ClirUt? O glaive du Seigneur ! levé depuis tong*iemps sur les peuples et sur les natiofu , ne vous reposerez-vous pas encore ? O mucro i>Oiniiii/ usqusquà «loii qviesest? (Jbrbm., XLvii, 6). Vm vengeances , d mon Dieu ! ne sont-elles pas encore accomplies ? n’auriez-vous encore donné qu’une Ciusse paix à la terre ? L’innocence de l’auguste enfant que vous v^z d’établir sur la nation, ne désarme-t-elle pas votre bras, plus que nos iniquités ne l’irritent? RegirdeZ'le du haut du ciel, et n’exeroei plM aur nous dea châtiments qui n’tmt servi josqn’iei qu’à multiplier nos crimes : O macro Domiiiif us9«e9iid non quisscet? IngredsreinvagU nam laaai. Ttfrigsrars , si tilt.
Un si long cours de prospérités inouïes , qui devmt un Jour nous coûter si cher, éleva bientôt le royaume à on point de gloire et de magniflceoee, où les siècles passés ne l’avoient pas encore vu. Le France devint cimime le spectacle pompeux de tonte l'Borope. Que de maisom royales s’élevèrent, demeures superbes de Louis, où toutes les merveilles de l’Asie et de Titalie rassemblées , sembloientvenlrreodrehommageàsagrandeur! Paris, comme Rome triomphante , s’embellissoit des dé* pouiUes dea nations, La cour , à l'exemple du souverain, plus brillante et plus magnifique que jamais , se piqua d’effacer l’éclat des cours étrangères. ia ville, l’imitatrice étemelle de 1a cour, «I copia le Cute. Les provinces à l'envi marchèrent de loin sur les traces de la ville. La simplictié des anciennes meeurs changea : il ne resta plus de vestiges de la modestie de om pères que dans leurs vieux et respectables portraits, qui en ornant les mon de nos palais noos en reprochoient tout bas la magnificence. Le luxe , toujours le précurseur de l’indigence, en corrompant les mœurs
tarit la source de nos lûens : la misère même , qu’il avoit eiifbniée, ne put le modérer : la perpétuelle inconstance desoroemenis fut un des attributs de la nation ; la bizarrerie devint un goût : nos voisins mêmes, à qui notre faste nous rendoit si odieux , ne laissèrent pas d'en venir clierdier diez nous le modèle ; et après les avoir épuisés par nos victoires , nous sûmes encore les corrompre par nos exemples.
Cependant chaque jour emhellissoit le règne de Louis. l>a navigation , plus florissante que sous tous les règnes précédents, étendit notre commerce dans toutes les partiesdu inonde connu. Des hommes habiles furent envoyés vers les eûtes les plus éloignées de l’un et de l’autre liémisphère, pour prendre des point fixes et en perfectionner les connoissances. Un édifice célèbre ' s’éleva hors de nos murs, où, en obsenant le cours des astres et toute la magnificence des deux, on marque au pilote des routes certaines sur la vaste étendue de l’Océan ; et on apprend au pliilosophe à s’humilier sous la majesté immense de l'Auteur de Tunivers. Nos flolles, aidées de ces secours, noiisapportoient tous les ans, comme celles de Salomon , les richesses du Nouveau-Monde. Hélas ! ces nations insulaires et simples noos envoyoient leur or et leur aigent, et nous leur portions peut-être en échange , au lieu de la foi , nos dérèglements cl nos vices.
Le commerce, si étendu an-dehors, fut facilité an-dedans par des ouvrages dignes de la grandeur des Romains. Des rivières, malgré les terres et les collines qui les séparoient, virent réunir leurs eaux, et porter au pied des murs de la capitale le tribut et les ridiesses diverses de chaque province. 1^8 deux mers qui entourent et qui enridiissent ce vaste royaume , se donnèrent , pour ainsi dire, la main; et un canal miraculeux par la hardiesse et les travaux incoinfH^hensibles de l’entreprise , rapprocha ce que la nature avoit séparé par des espaces Immenses.
Il élolt réservé à ixiuis d'achever ce que les siècles précédents de la monarchie n’auroient même osé souhaiter : c'étoil le règne des prodiges; nM pères ne les avoienl pas même imaginés, et dm neveux n’en verront jamais de semblables : mais plus lieureox que nous, ils verront peut-être le règne de la paix , de la frugalité et de l’innocence. Qu’ils n’arrivent jamais au comble frivole de notre gloire, pliudique de l’acheter an prix des vices et des malheurs où elle nous a prédpilés !
Il est vrai que les soins de Louis pour augmenter l’éclat et le bon ordre dn royaume , ne se pro-
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po9oient point de bornes. La ville régnante, IV bord de toutes les nations, et qui rassemble le choix comme le rebut de nos provinces , vit ce nombre prodii^eux d'iiabiiants si différents de moeurs, d’iotéréts, de pays , vi>Te comme un seul homme. La police y dta au crime la sûreté que ta confusion et la multitude loi avoienl jusque-là donnée. Au milieu de ce chaos régnèrent Tordre et la paix; et dans ce ooneonra innombrable d'hommes si inconnus les uns aux autres, nul presque ne fut inconnu à la vigilance du magistrat.
Le royaume entier diangea de face comme la capitale : la justice eut des lois fixes; et te bon droit ne dépendit plus, ou du caprice du juge , ou du crédit de la partie : des réglements utiles , et qui deviendrontla jurisprudence de tous les règnes i venir, furent publiés : Tétude du droit françois et du droit public, se ranima : des sénateurs célèbres , et dont les noms formooot un jour la tradition des grands hommes qui embelliront Thisloire de la magistrature, ornèrent nos tribunaux : l'éloquence, et la science des lois et des maximes , brUlèrrat dans le barreau ; et la tribune du sénat principal devint aussi célèbre par 1a majesté des plaidoyers publics , que Tavoit été sous les Horteme et sous les Cicéron celle de Rome.
A quel point de perfection les sciences et les arts ne furent-ils pas portés ? vous en serez les monuments étemels, écoles Aimeures rassemblées autour du trône; et qui eu assurez plus Téclat et la majesté , que les soixante vaillants qui envip ronnoient le trône de Salomon! (Cà^vt., iii, 7.) L'émulation y forma le goôt i les récompenses augmentèrent Témulaüoo t le mérite, qui se mul* tiplioit, multiplia les récompenses.
Quels hommes et quels ouvrages vois-je sortir à la Ibis de ces assemblées savantes : des Phidias, des Apellas, des Platons, des Sophodes, des Plantes, des Démoslhènes, des lloraees; des hommes et des ouvrages au goôt desquels le goôt des âges futurs de la monarchie se rappellera toujours! je vois revivre le siècle d'Auguste, et les temps les plus polis et les plus cultivés de la Grèce. Il falloit que tout fût marqué an coin de Timmorlalité sous le règne de Louis , et que les époques des lettres y fussent aussi célèbres que celles des victoires.
La France a retenti long-temps de ces pompeux éloges; et nous noos sommes comme rassasiés làdessttt de nos propres louanges. Mais, le dirai-je ici ? en ajoutant à la science , nous avons ajouté au travail et à la malice t les arts, en flatUnt la curiosité, ont enfanté la mollesse : le théâtre plus floris-
sant, mais toqjours le triste fruit de Taliondance, de Toisiveté et de la corruption , ou a donné du ridicule au vice , sans corriger les mœurs ; on a corrompu les mœurs , en reiulanl le vice plus aimable : la poésie, en nous rappelant tout le sel et tous les agréments des anciens , nous en a rappelé les séductions et la licence : la philosophie a paru perdre du côté de la simplicité de la foi, ce qu'elle acquéroil de plus sur les connoissances de la nature ; Téloqueiire , toujours flatteuse dans les monarchies, s'est affadie par des adulations dangereuses aux meilleurs princes : enfin la science même de la religion, plus exacte et plus approfondie, et d'où dévoient naître la paix et la vérité, a <légénéré en vaines subtilités, et éternisé les disputes. O siècle si vanté ! rolre ignominie s'eri donc multipUée avec votre gloire! (Osée, iv,7.) Mais la gloire appartenoil à Louis . et Tabus qiTon en a fuit a été notre seul ouvrage. Ainsi éclatoil au loin la grandeur et la réputation de la France , tandis qu’au-dedans elle s’affoibUssoit par ses propres avantages.
Je ne rappelle ici qu’une partie des merveilles dont vous avez été témoins. Tout ce qui fait la grandeur des empires, se trouvoit réuni autour de Louis. Des ministres sages et habiles , ressource des peuples et des rois : nos frontières reculées, et qui sembloient éloigner de nous la guerre pour toujours : des forteresses inaccessibles élevées de toutes parts, et qui paroissoient plus destinées à menacer les Étals voisins qu'à mettre nos Etals ù couvert : TEspagne forcée de nous céder, par un acte solennel, la préséance qu'elle nous avoit jusque-là disputée : Rome même désavouer, par un monument public, le droit des gens violé , et Toutrage fait à une couronne, de qui elle tient sa splendeur et la vaste étendue de son patrimoine : enfin le souverain lui-même d'une république florissante , descendre de son trône , d'où ses prédécesseurs n'éioieni pas encore descendus , quitter ses citoyens et sa patrie , et venir mettre les marques fastueuses de sa dignité aux pieds de Louis , pour fléchir sa clémence.
Grands événements qui nous attiroient la jalousie bien plus que l'admiration de TEurope ! et des événements qui font tant de jaloux peuvent bien embellir Tiiistoire d'un règne, mais ils n'assurent jamais le bonheur d’un État.
Que manquoit-il, dans ces temps heureux, à la gloire de Louis? arbitre de la paix et de la guerre , maître de TEurope ; formant presque avec la même autorité les décisions des cours étrangères , que celles de ses propres conseils ; trouvant dans Taniourde ses sujets des ressources qui, en tarissant
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OilALSO.N' leurs biens, ne poiivoienl épuiser leur zèle; con- | servant sur les princes issus de sun sang , sisiialés par mille vieloires, un (wiivoir aussi absolu (pie sur
le reste de ses siijels; voyant auliiur de sou trône
les enfants de ses curants; le père d’nne nombreuse posléi ilé; le patriarelie, pour ainsi dire, de la famille royale, et élevant tout-à-la fols, sous ses yeux, les successeurs des trois régnes suivants: jamais la suceession royale u’avoit paru plus affermie; nous voyions cioilrc an pied du trdne les rois de nos cnfauls et de nos neveux. Hélas ! à peine en reste l-il un pour uous-mi'uies; cl il n’csl , demeuré ipi’une étincelle d.aivs Tsra('“l. ^lais ne liâ- i tons pas ces triste images ipie la constance de Louis doit nous ramener dans la suite de ce discours.
Que cesjoui's de deuil paroissoient loin de nous, en ce jour brillant ou nous donnions des rois ,î nos voisins; et où l'Espagne même, qui avuil ébranlé tant de fois l’empire franeois , et qui depuis si long-temps usurpoit une de nos eouroniies , vint mettre toutes les sienucs sur la léte d’un des peüts-lils de Louis I
Ce fut ce grand jour qu'il parut comme un nouveau Cliarlemagne , étalilis.sant ses enfanis souverains dans rEiirupe ; voyant sou trône environné de rois sortis de son sang ; réunissant encore une fois sous la race auguste des Francs les peuples et les nations; faisant mouvoir du fond de son palais les re.ssorts de tant de royaumes et devenu le centre et le lien de deux vastes monareliies dont les intérêts avoienl semblé jusque-là aussi incompatibles que les bumeurs.
Jour mémorable ! il est vrai, vous ne serez écrit sur nus fastes qu’avec ie .sang de tant de François que vous avez fait verser : les malbeurs I que vous prépariez, ndiis ont reniiii cette gloire 1 triste et amère; vos dons éelalaiits, en flattant I notre vanilé, ont Inimitié et pensé renverser notre puissance. L’Espagne ennemie ii'avoit pu nous nuire , rEspagne alliée nous a accablés : nos disgrâces senmt éternellement gravées autour de la couronne qu'elle a mise sur la tête d’un de nos princes. Mais si la Castille a vu notre joie modéiée par nos pertes , elle ne verra jamais notre estime I pour sa valeur et sa fidélité, et notre reconnois- j sance pour son choix , affoiblie. 1
J’avoue, mes Frères, <pie la gloire des événe- I menis, qui embellit un régne, est souvent étrangère an souverain ; les rois ne sont grands que par les vertus qui leur sont propres : leurs succès les plus éclatants peuvent ne couvrir que des qualités ürt olwcures ; et prouver qu’ils sont bien servis , plutôt que dignes de conimaiider.
Mais ici nous ne craignons pas de dépouiller Louis de tout cet éclat ipii l'environnoit , et de voua le montrer lui-même. Quelle .sagesse et quel usage des affaires ! l’Europe redouloit la supériorité de .ses conseils, autant que celle de ses armes : scs minisliesétudioient sous lui l’art de gouverner: sa longue expérience mùrissoit leur jeunesse, et as.sumii leurs lumières : les négociations, conduites j par l’habileté , réiississoieul toujours par le secret. Quel bonheur la réputation seule du gouvemement ne promettoit-elle pas à la France, si nous eussions su nous contenter de la gloire de la sagesse ! tous les rois voisins, quicn naissant avoient trouvé Louis dija vieilli sur le Irtine, se fimsent regardés comme les enfants et les pupilles d’un si grand roi ! il n’eût pas été leur vainqueur; mais il étoU assez grand pour mépriser les triomphes *, et il eût été leur tuteur et leur père.
De ce fonds de sagesse sortoit la majesté répandue sur sa personne : la vie la plus privée ne le vit jamais un moment oublier la gravité et les bienséances de la dignité royale : jamais roi ne sut mieux que lui soutenir le caractère majestueux de la souveraineté. Quelle grandeur quand les ministres des rois venoient an pied de son trûne ! quelle précision dans ses paroles! quelle nujesté dans ses réponses ! ^ons les recueillions comme les maximes de la sagesse; jaloux que son silence noos dérobât trop souvent des trésors qui étoient à nous, et, s’il m’est permis de le dire, qu’il ménageât trop ses ]>arnle$ à des sujets qui lui prodiguoient leur sang et leur tendresse.
Cependant, vous le savez, cette majesté n’avoit rien de farouidie : un aliord cliarmani, quand il vouloit se laisser approclicr ; un art d’assaisonner les grâces, qui touchait plus que les grâces mêmes; une politesse de discours qui trouvoit toujours à placer ce qu’on aimait le plus à entendre. Nous en sortions transportés, et nous regrettions des moments que sa solitude et .ses occupations rendoient tous les jours plus rai-es. Naüon fidèle, nous aimons de tout temps à voir nos rois , et les rois gagnent toujours à se montrer :i une nation (pii les aime.
Et quel roi y aiiroit plus gagné que Louis P Vous pouvez le dire id à ma place , anciens et illustres sujets occupés autour de sa personne. An milieu de vous ce n’étoit plus ce grand roi , la terreur de l'Europe, et dont nos yeux poiivoient à peine soutenir la majesté; e’étoit un maître hnmain, facile, bienfaisant, affable : l’éclat qni l’environnoit , le déroboit à nos regards ; nous ne
• Jam r.TMr laatiis cral, iit posset trlnmptioa conteniacre. é‘i.os.
DK LOülS-LE-GKA.Nl).
voyions que sa gloire, et vous voyiez toutes ses vertus.
Un fonds dMtonneur, de droiture, de probité, de vérité ; qualilés si essentielles aux rois, et si rares pourtant même parmi les autres hommes : un ami Hdèle; un époux, malgré les foiblesses qui partagèrent son cœur, toujours respectueux pour la vertu de Thérèse; condaninant , pour ainsi dire, par ses égards pour elle , rinjtistice de ses engagements, et renouant parTestime un lien affotbli par les passions; un père tendre, plus grand dans cette histoire domestique, qui ne passera peut-être |)oint à nos neveux, que dans les événements éclatants de son règne, que les histoires publiques conserveront à la postérité.
Mais, ces vertus humaines, que sont-elles devant Pieu quand la piété ne les a pas sanctiliées ? hélas ! le vain sujet souvent des louanges des hommes cl des vengeances du Seigneur. Mais cette gloire si célébrée , et qui a fait tant de jaloux ou de flatte irs, à quoi mène-t-elle pour réiemité, si Ton ne Ta pas rendue à celui à «pii seul la gloire est due ? à un jugement plus rigoureux, et par l’ambiiion qui toujours y conduit, et par rorgnetl (|u>lle inspire. Destinée terrible , et toujours à cinindre pour les plus grands rois surtout, vous n'n \ igmenterez pas le deuil de nos prières ; et voua ne troublerez pas la paix des offrandes saintes qui reposent sur Tautel, et qui vont solliciter pour Ktmis le Père des miséricordes.
Il connut le néant de la gloire humaine : ei tt fnovi qvftd in his quoque esset labor et affHclio spiritûx; et il fut encore plus grand par une fui humble et par une piété sincère, que pari*éclit de sa puissance et de ses ricioires.