‹ Œuvres de Massillon, Évêque de ClermontChapitre 31 sur 348 · CONVERSION. ' SS · texte numérisé non relu

CONVERSION. ' SS

des animaux immondes ; vous avez éleÎDt la foi et la lumière que j’avois mise au-dedans de vous; Je l’ai conservée long-temps malgré vous-même dans votre cœur; je l’ai fait survivre à tous les efforts im{Mes que vous avez faits pour l’éteindre, parce qu’elle éloit devenue iixxMnmode à vos désordres; vous savez ce qu’il vous en a coûté pour secouer le joug de la fui , et en venir au point où vous êtes ; et ce terrible état , qui est la plus juste peine de vos crimes, en devieuUroilaujourd’hui la seule excuse ? Et vous dites que ce n^est pas votre faute que de manquer de foi, puisqu’elle ne dépend pas de rhomnie , vous qui avez eu tant de peine à l’amclier du fond de voire ame ? Et vous pretendtt que c’est à moi à vous la donner, si je veux que vous me serviez , moi qui vous la redemande , et qui ai tant lieu de me plaindre que vous l’ayez perdue ? Entrez enjugenientavecvotre Seigneur, etjuat liiezvous, si vous avez quel(|ue cliose à lui répondre.

El pour mieux vous faire sentir, mon elier Auditeur, toute la fuiblesse de ce prétexte : vous vous plaignez que vous manquez de foi , vous dites que vous souhaiteriez de l’avoir; que rien n’est plus heureux que d’être vivement persuadé , et que rien ne coûte dans cet étal : nuda si vous souhaitez d’avoir la loi ; si vous croyez que lien n’est plus heureux que d’être véritablemeiil oonvaincu des vérités du salut et de riUusion de tout ce qui se passe; si vous enviez la destinée des âmes qui sont parvenues à cet étal souhaitable; si cela est, voilà donc 1a foi que vous attendez, et que vous croyez avoir perdue. Que vous &ul-il connoltre encore de plus pour finir une vie criiiiinelle , que le bonheur de ceux qui en sont aorlis pour travailler à leur salut ? Vous dites que vous souliaiieriez avoir la foi : mais vous Favez dés que vous la croyez digne d'être souhaitée; du moins vous en avez assez pour conoolti'e que le plus grand bonlieur de l’homme est de tout sacrifier à ses promesses. Or, les âmes qui revieimenlious les jours à Dieu n’y sont pas attirées par d’autres lumières ; les J uslcs qui porteut son joug ne sont pas soutenus et animés par d’autres v^itÀ ; nous-mêmes qui le servons, n’en conuûiasons pas davantage.

Cessez donc de vous séduire vous-mème et d’attendre ce ((ue vous avez déjà. Ah! ce n’est pas la foi qui vous manque, c’est la volonté de rwnpHr les devoirs qu’elle vous impose; ce ne soûl pas vos doutes qui vous arrêtent , ce soûl vos passions. Vous ne vous conooissez pas i«Mts-inèOM; vous êtes bien aise de vous persuader que vous manquez de foi , parce que ce prétexte que vous opposez à la grâce est moins humiliant pour ramour-propre» que celui des vices honteux qui vous reilieiiiilit

XnOISIÈME DIMANCHE DE L'AVENT.

Mais reinonlez à la source; vos doutes ne sont nés que de vos dérèglements; n^lez donc vos m<i‘urs, et la foi ne vous offrira plus rien que de certain et de consolant ; soyez cliaste , pudique , tempérant , et je vous rcpomls de la foi que vous croyez avoir perdue; vivez bien , et il ne vous en coûtera plus rien de croire.

Et une preuve que je vous dis vrai y c*est que si , pour revenir k Dieu , il ne devoil vous en coûter que de soumettre votre raison à des mystères qui nous passent; si la vie clirélieane ne vous offroit point d’autres difficultés, que cerlaiiies contradictions apparentes qu’il faut croire sans les pouvoir comprendre ; si la foi ne proposoit point de devoirs pénibles à remplir; si pour dianger de vie il ne falioit pas renoncer aux passions les plus vives et aux attachements les plus cliers ; si c’étoit ici une affaire purement d’esprit et de croyance, et que le emur et les penclianls n’y souffrissent rien, vous n'auriez plus de peine à vous rendre : vous regarderiez comme des insensés ceux qui mettroient en balance des dirUcuIlcs de pure spéculation qu’il n’en coûte rien de croire, avec une éternité malbeureuse qui au fond peut devenir le i partage des incrédules. l..a foi ne vous paroit donc ! difficile que parce qu’elle règle les passions , et non |)arce qu’elle propose des mystères. C’est donc ia sainteté de ses maximes qui vousrévuiie, plutôt que rincompréhensibilite de ses secrets ; vous êtes donc corrompu; mais vous n’éles pas incrédule.

Lien effet, malgré vos doutes prétendus sur la foi, vous sentez que rincrcdulilé déclarée est un parti aiïreux ; vous n’oseriez vous y fixer : c’est lin saMe mouvant sous lequel vous entrevoyez mille précipices qui vous font liorreur, où vous ne trouvez point de consistance, et où vous n’oseriez mardicr d’un pied ferme et assuré. Vous dites tous les jours vous-méme qu’on ne risque rien en se donnant à Dieu; qu’au fond, quand il ne seroit pas si certain qu’il y anroit quelque chose après cette vie , l’alternative est trop aiïreiise |>our ne pas prendre des mesures ; et que , dans une incerliliide même effective des vérités de la foi , le parti de l'iiomme de bien seroit toujours le plus sûr et le plus sage. Votre état est donc pluU'A une irrésolution vague d’un cœur agité, et qui craint de rompre .ses chaînes, qu’un doute réel et effectif sur la foi, et une crainte que vous ne perdiez vos peines en lui sacrifiant vos plaisirs injustes : vos incertitudes sont donc plutôt des efforts que vous faites pour vous défendre contre un reste de foi qui vous éclaire encore en secret , qu’une marque que vous l’ayez perdue. Ne dier-

cJiez donc plus à vou.s convaincre; IravaÜlez plutôt à ne pins combattre la conviction intérieure qui vous éclaire et qui vous condamne. Revenez à votre canir, réconciliez-vous avec vous-inème, laissez parler une conscience qui plaide encore sans cesse au-deüans de vous pour la foi , contre vos propres dérèglements ; en un mot , écoutezvous vous-iiièmc et vous serez fidèle.

Mais on convient, direz -vous , que s’il ne falioit que croire , il n’en coûlcruii pas lieaucoup. C’est ici un second prétexte des pécheurs qui diffèrenl: c’est la grôce qui manque , et nn l’attend; la conversion n’est pas l’ouvrage de rbomine, et c’est à Dieu seul àclianger le cfrur. Or je dis que ce prétexte si vulgaire , si souvent répété dans )e monde, est dans la bouclic presque de tous ceux qui vivent dans le crime : si nous considérons le pèciieur qui fallègue , il est injuste; si nous avons égard à Dieu à qui il s’en prend, il est téméraire et ingrat; si nous l’examinuns en lut-méme , il est iiiseasé et insoutenable.

Premièrement, si nous coasidèrons le pécheur qui l’allègue, il est injuste; car voils vous plaignez que Dieu ne vous a pas encore touché , que vous ne sentez aucun goût pour la dévotion , et qu’il faut attendre que le goût vienne pour changer de vie. Mais plein de passions comme vous êtes, êtes-vous raisonnable d’attendre et d'exiger que Dieu vous fosse sentir un grand goût pour la piété? Vous voulez que votre cirur, encore plongé (Uns le d(bunlre, sente les douceurs et les attraits clvastes delà vertu? Vous ressemblez à un homme qui ne se noiirriroil ({ue de fiel et d’absinllie , et qui se plaindroit après tout cela qu'il trouve tout amer. Vous dites que c'est à Dieu à vous donner du goût pour son service, .s’il veut que vous le senicz, vous qui abrutissez tous les jours votre cœur par des excès indignes, vous qui mettez tous les jours un nouveau chaos entre Dieu cl vous par de nouveaux dérègleinenu; vous enfin, qui achevez d’éteindre tous les Jours dans votre ame, par de nouvelles déliauches, ces sentiments mêmes de vertu naturelle, ces impressions heureuses d’innocence et de régularité nées avec nous, qui aaroient pu servir à vous rappeler à la vertu et à la justice. O homme! n’ êtes-vous doue injuste que lorsqu’il s’agit d'accuser la sagesse et la justice de votre Dieu?

Mais je dis plii.s : quand Dieu opéreimt dans votre cœur ce goût et ces senlinienls de saint que vous attendez , dissolu et corrompn comme vous êtes, sentiriez-vous seulement l’opération de sa grâce? Quand il vous appclleroil, l’cnlendriez-vous , dissipé comme vous êtes par les plaisirs d’une ne

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