‹ Œuvres de Massillon, Évêque de ClermontChapitre 32 sur 348 · DÉLAI DE LA CONVERSION · texte numérisé non relu

DÉLAI DE LA CONVERSION

Imite mondaine ? Quand il voua toucheroil ce senliment de grüce, auroil-il quelque suite pour votre cooversioii, éteint qu’il seroit d’.-ibord par la vivacité et l'emportement des passions profanes ? Et en effet, il opère encore dans votre cœnr, ce Dieu plein de longanimité et de patience, il répand encore an-dedaiu de vous les richesses de sa bonté et de sa miséricorde. Ah ! ce n’est pas sa grâce qui vous manque ; mais vous la recevez dans un emur si plein de corruption et de misère, qu’elle n’y fait rien, pour ainsi dire, qu’elle n’y excite rien ; c’est une étincelle de feu qui tombe dans mi abime de boue et de puanteur , et qui s’éteint dans le moment même qu’elle est tombée.

Rentrez donc en vous-inème , mon cher Auditeur, et comprenez toute l’injusticedevos prétextes. Vous vous joignez que Dieu vous manque, et que vous attendez sa grâce pour vous convertir; mais est-il nn péclieur dans la bouche de qui cette plainte soit plus injuste quedans la vôtre!’ Rappelez ici tout le cours de votre vie , suivez depuis le premier âge jusqu’aujourd’hui. Le Seigneur vousavoit prévenu dès votre enfance de ses hénédictions ; il avoit mis en vous un naturel heureux , une ame bonne et tontes les inclinations les phts favorables à la vertu ; il vous avoit ménagé , dans l’enceinte même d’une famille . des secours et des exemples domestiques de loi et de piété. Les miséricordes du Seigneur ont été encore plus loin : il vous a préservé de mille périls ; il vous a fait survivre à des occasions où les malheurs de la guerre ont vu périr à vos côtés vos amis , et peut-être les complices de vos désordres; il n’a pas épargné, pour vous ramener à lui, les afflictions, les dégoûts et les disgrâces ; il vous a enlevé les objets criminels de vos passions , dans le temps que votre cccur y tenoit plus fortement ; il a conduit votre destinée avec tant de miséricorde , que vos passions ont toujours été traversées de mille obstacles, que vous n’avez jamais pu parvenir â l’accomplissemenl de tous vos souhaits criminels, et qu’il a toujours manqué quelque cboM â votre bonheur injuste; il vous a formé des engagements et des devoirs sérieux , qui vous ont import malgré vous ToMigation d’une vie sage et réglée devant les bemunes ; il n’a |tas permis que votre conscience se soit endurcie dans le déréglement , et vous n’avez jamais pu réussir â calmer vos remords et à vivre tranquille dans le crime; il n’y a pas eu de jour où vous n’ayez senti le vide du monde et rhorreor de votre étal ; au milieu même de vos plaisirs et de vos excès, la conscience s’est réveillée , et vous n’avez calmé vos inijuiéludes secrètes qu’en vous promettant un cliangenient â venir. Un Dieu juste et miséricordieux vous

presse et vous poursnit partout , depuis que vous l’avez abandonné : il s’est attaché à vous, dit un Prophète , comme le ver s'attache au vêtement , pour ronger sans cesse votre cœur et vous faire de l’importunité de sa morsure un remède salutaiie.

A l’heure même que je vous parle, il opère audedans de vous , et ne met dans ma bouche ses vérités saintes , et ne m’envoie ici vous les annoncer que pour vous rappeler peutrttre vous seul. Qu’est donc votre vie tout entière ? qu’un enchaînement de grâces? Qui êtes-vous vous-même , qu’un enfant de dilection et l’ouvrage des miséricordes du Seigneur ? Injuste que vous êtes! et vous vous plaignez après cela que sa grâce vous manque, vous sur qui seul le Seigneur semble jeter des regards sur la terre , vous dans le cœur de qui il opère si continuellement , comme s’il n’avoit que vous seul à sauver de tous les hommes, vous pour qui seul il semble ménager la plupart des événements qui arrivent autour de vous , vous , en un mot , dont tous les moments sont de nouvelles grâces, et dont le plus grand crime sera d’en avoir trop reçu, et d’en avoir toujours abasé.

Mais pour achever de vous confondre, sur quoi vous fondez-vous (loiir nous dire que la grâce vous man(|ue ? Vous le dites , sans doute , parce que vous sentez qu’il vousencoôteroit trop, dans l’état où vous êtes, pour revenir â Dieu. Mais vous croyez donc qu’avoir la grâce, c’est se convertir sans qu’il en coûte rien, sans qu’on se fasse aucune violence, sans s’en apercevoir presque soi - même ? Vous croyez donc qu'avoir la grâce, c’est n’avoir plus de passions â conibattre, plusde chaînes à rompre, plus de tentations â surmoider ; que c’est renaître par la pénitence , sans pleurs , saus douleur, sans difficulté? Ah ! je vous réponds que sur ce pied-là vous ne l’aurez jamais cette grâce chimérique ; car il vous en coûtera toujours pour vous convertir ; il faudra toujours, quelle que puisse être la grâce , faire des efforts héroiques,répriinervas penchants, vous arracher aux objets les plus chers et sacrifier toitlcequivouscapliveencore. Voyez s’il n’en coûte rien â ceux qui reviennent tons les jours à Dieu ; et cependant ils ont la grâce, puisque c’est elle qui les délivre et change leur cœur. Informez-vous d'eux si la grâce aplanit tout , facilite tout , si elle ne laisse plus rien â souffrir à ramour-pro|>re. Demandez-leur s’ils n’ont pas eu mille combats à soutenir, mille obstacles à vaincre , mille passions à modérer, et voits saurez si avoir la grâce, c’est se convertir sans y mettre rien du sien. Voyez s'il n’en coûta rien autrefois à Augustin : quels effurta pour s’arracher à sa boue , pour rompre la clialne de fer qui lioil sa volonté rebelle ! et cependant en

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