‹ Œuvres de Massillon, Évêque de ClermontChapitre 318 sur 348 · LA MORT DU PECHEUR ET LA MORT DU JUSTE · texte numérisé non relu

LA MORT DU PECHEUR ET LA MORT DU JUSTE

Division. /. Portrait affreux du pécheur mouratxt . IL Image consolante de la mort du Juste.

AAALYütS ÜfcS JstUilüAS.

1'* Pabti£> Rien u'cst plot inîreux qao le pécheur mourant ; car de quelque cdlé qu*ll m tourne, soit qo’it rappelle le ps»é , soit qu’il considère le présent, loUqa’ü perce daui raveuir, il oe Toit rien que d’accablant, de désespérant et de capable de réTciller en lui les images 1p« plus sombres et les plus funestes.

I ' Que Toit il dans cette longue suite de jours qu*n a pas.ws sur ta (erre* des peines inotilot, des plaisirs qui ii’üiit duré qu’un instanl , des crimes qui vont durer éter- Dfllcmeot.

2'* Ce qui se passe à ses yeux n’est pas moins triste pour cet infortuné; ses surprises, soi séparatiofu, sa changements.

Ses surprises. Il s’étoit toujours flatté que le jour da Seigneur oe le surpreudroi t point , et cependant l'y voilà arrivé tans préparation ; Dieu le frappe au plus fort de ses passions, lorsque parvenu à ce ^’ll avait si vivenient désiré , il eiboiioit son ame à jouir en paix du fruit de ses travaux ; il va mourir, et Dieu permet que personne n’ose le lui dire. Abandonné de tons les secours de Tan, il se flatte, U espère encore; U o'em|flale ce qui lui rote de rateoo qu'à lo séduire lui-même : mau enfin il est forcé de voir que le monde l’a toujours trouipé ; et ce (|ui l’aoeable « e’est que U méprise n’a pluà de ressource.

Les séparations qui se fout en ce dernier momeot ne mol pas moius accablantes pour le pécheor. Ploi il terndt an monde , plus il souffre quand il faut s eu séparer ; autant de séparations , aotaol de morts pour lui; U tend les niaius à tous les objets qui renviroaneiit poor S’y prendre , et il ne saisit que des faotêmes.

Scs changements. CbaogeiMotdans son crédit et dans stm 8utDriié;dès qu’on n’espère plus rien de lui, tout le monde l'ahandonne. Changement dans son corps; cette chair qu’il avolt tant Idolâtrée n’est déjà plus qu’un spectacle d’horreur. Enfin, duiogeinenl dans font oc qni rc-uxirotme.

3” I.a pensée de l’avenir met le comble anx peines et au mr:thpur du pécbeur mourant. D s’est fàlt anlrefols une gloire de ne le pas craindre ; mais il touche enfin à cel avenir redoutable, et le voilà foible, tremblant, ep!oré , tendant au ciel des mains suppliantes, ou sombre , ladiuroe , agité , et ne roulant au-dedans que des pensées affreitM's.

H* PABTit. tpuige consotante de la mort du Juste. La grâce surmonte en lui celte horreur de là mort , nn^ lurelle à tous les hommes ; et te qui forme te désespoir du pccliciir mourant devient alors daui le Juste une source alMindaole de comloaüons.

Il trouve dans U* souvenir du passé, la fin do teé peines. Qu’u fre-l-Ü en effet à Pâme fidèle? des privations, des violences et des afflictions qui ont peu duré, et qui vont être éternellement récompensées. Quand on est arrivé au port, qu’il est doux de rappeler le souvenir des orages et de la tempête ! Ce n’est pas que le souvenir du passé ne rappelle aussi au Juste ses infidélités et ses chutes; mais ce sont des chutes eipiées par les gémissements de la pénitence , qui lui rappellent les miséricordes de Dieu sur son aiiie : ainsi tes larmes qu'il répand ne sont plus que des larmes de joie et de recoonoisÂance.

2* Tout ce qui se passe à ses yeux , le monde qui s'enfoit , kmt ce .^tÀne de Taaifé qui c^éxanooit; ce

cbangeraent, cette noareauté est eDCore'pourramc juste noe source de coasnlstioni. En effet , à la différence da pécheur, premièrement, rien ne la surprend : te jonr du Seigoeur ne la surprend point ; elle l'atteodoit . ellé le desirnit, elle s’y préparoit : le monde qui disparolt avec toutes ses vaollés ne la surprend pas non plus ; elle le voit en cet derniers moments des mêmes yeux qu’elle rivoillonjours vu, comme une flgurequi passeet comme une fiunee. Secondement , elle ne se sépare de rien qui InIcoAleelqo’elle regrette: earqoe ragretteroil-ellc?le monde, ses biens, ses dignités, ses proches, ses amis, ton corps? la fbi l'a déjà séparée de toutes ces choses, et son cceur n*ya jamais été attaché pendant sa vie. TroisièiDecDeot enfin , les cbaugemeuis qui se fout an Ut de la mort ne changent rien dans l’aroe fidèle : sa raison s’éteiot , n est vrai ; mais depuis long-temps elle Pavcrfl captivée sons le jong de la foi : tous set sens s’émouMent et perdent loir usage natnrH; mais depuis long-temps elle ae l'étoit interdit à eUe-méme : rien ne change donc poor cette ame an lit de la mort 3* Ce qui achève de la remplir de joie et de eonsolation , c’est la pensée de l’avenir. Daraut sa vie inortette, elte n’osoit regarder d’nn cril fixe ta profondenr des jugements de Dieu ; elle fiémUioit à la seule pensée de eeC avenir letrlMe, où le Seigneur jugera l s justim mêmes : mais as Ht de la mort, le Dieu de paix qui se montre à éfie calme ààs agitations; les fkayeurs ceaaeot tout d'on coup et le changent en Une douce espérance : elle voit déjà , èofiu» Etienne , le lem de la gloire , et le Fils de rHoffime à la droite de sou Père, tout prêt à la recevoir. Auaal qnand les ministres de l'Eglise viennent enfin inaoiieer à cette a Jie qne son heure est veooe et que rétémilé approche, avec qoelle paix, qoetle confia noe, qoéUe action de grâces reçoit-elle cette beureusé aouveile!

LE PREMIER DIMATOIE DE L’AVETST.

aua LE JUGtMEIST triVIVEMEL.

Dn'iaiON. Iri-bos te pécheur vit d’ordinaire bieofsan à lui^méme par son aveuglement i aux autres, par ses dissmultttions et par ses ariij^ces * dans ce grand Joar U H rennoifra, et U sera roanii. /. Le pécheur awMtré à fui-méiiie. //. Le pecheur montré à loatas tes crèêturts.

r* Pabtie. Uo examen rigoureux monfrera d’alvord le pécbeur à lui-même; et voici les circooslaoces do ee formidable examen.

i** 11 sera le même à l'égard de lous les hommes; la différence dei tiècl s , des âges , des |)oys, des Ciinditions, de h uüUsance, du tcuqiérament n’y scr<\ plus comptée pour rien.

2^* Cet examen sera universel, c’est-à-dirc qu’il rappellera toutes les cii-conslauccs de la vie, les folblesses de reof8nre,les em|>nr ements de la jeunesse , l'smbUlnn et les souc's d'un âge plus mûr, l'endurcissement et les cliagrios d'une vieillesse peut-être encore Toluptoeuie.

3* Outre l’histoire extérieure de nos mœurs qu! sert toute rappelée, ou dév elop|)f ra eni'ore à nos yeux l'bisfoire secrète de notre cœur. Cette vicissitude de pastioni qui f’élüieal toujoon succédé les unes aux autres

CjOvj^k

ANALYSES DES StHMOAi^.

an^dedaoi de dûiu, et que nom Ucüiom de nous cacher ànous^méiDes; une lumièretoudaioe éclairera cctahüne» et dévoilera oc mystère d’iniquité.

4* A rexameo des maux que doos aroos teils» succédera celai det biem que oottf arum manqué de faire. On noos rappellera ka oaùsskHtf iaOniea dont notre rie a été pleine, et sarlee^elies noua n*aTiom pas eu même de remonte.

Ô** Cet examen aéra raivi de odni des gracea et dea dons naturels dont voua auret abnaé. C’est ici où le compte sera terrible : Toni aerex effrayé de voir toot ce que Dien a fait pour voua, et le peu que vom avex fait pour lui.

Jnaqu’id le joate Jnge ne voua a examiné que sur lea crimea qui vom sont profues ; que aera-ce loraqu’il en> trera en compte sur lea péchés étrangers dont vom avec été 00 roccaatoo ou U came dana les autres, et qui voua •eroot impatés? quel nouvel atdme!

11* Paetie. Pion-tenlement Upéckeur semmoutré iui<'méMr. U tera encore montré à toutes les eréàtum : et quelle sera alors sa confusion 1

PourU bira comprendre U n*y a qn*i foire attentimi, premièreaMot. an nombre et au caractère des spectateurs qoi seront témoim de sa honte; secondement, au soin qu’il avoit pris de cacher ses foiblesaes et ses diasoluüoos aux yeux des hommes, lorsqu’il élolt lur la lerre ; tromèmement enfin, è tes qualités personnelfoi.

t ” Au nombre et au caraolère dea spectateurs. Toutes les ressources qui peuvent adoucir ici-bea la pim bnnti- Uaole confusion manqueront en ce grand jour à rame réprouvée. Première resaource : sur la terre, lorsqu’on a été capable d'une foute qui nom a foit tomber dans le mépris, tout a roulé wr un petit nombre de lémoina ; on a pu nitaie s'éloigner d’enx dans la suite des temps; on a pu changer de demeure, et aller recouvrer aiUcara sa première réputation : mais au dernier jour, tom les homoves attemblés liront sur le firont du péchôm Thiatolre de ses désordres, sam qu’il putese se loustraire à leurs re^puds. Seconde resaource : sur la terre, lors même que honte esH pnbliqoe, ilae trouve toaÿomn

un petit nombre d'amis dont l'estime ou du moim l'indulgence nom aide à soDleoir le p<^ de la cemure poNique : mais au dernier jour, la présence de nos amis sera l’objet le |dm insupportable i nertre bonté. Troisième ressource ; sur la terre , s'il œ se trouve point d'amia que nos malbenrs ioléreiaent, il est au moins des personnes iDdifférenles que nos foutes ne blessent pas et ne révoltent pas contre nom : mais dans ce jonr terrible , nom n'aurons pednt de spectateurs Indifférents ; le périieor sera l’opprobre et ranathèfiw de tontes les créatures : celtes mêmes qui sont inanimées s’élèveront bootre loi à leur manière. Première droomtanoe de la coofunoo de l'ame criminelle : la multitude et le caradère des témoins.

2* La seconde natt dn soin que prend ici^Ms le pécheur de se déguiser aux yeux des hommes. Comme nom sommes pleins de pamiom, et que les passions ont tonjours quelque chose de bas et de méprteable, toute notre att^tion est d’en cacher la hassm, et de nom donner pour autres que nous ne sommes. Soins inotUes! vom ne couvres, dit le Prophète, vos désordres que d’nne tdle d'araignée , que le Fils de VHmnme dissipera eo oe grand jour d’on seul souffle de sa bou-

che } et alors quel sera l'excès de voire confusion t 3” Enfin, la dernière circonstance qui rendra la honte du pécheur accablante ce seront ses qualités persuoo^les. Vous passies pour ami fidèle , liuoëro , généreux ; on vom regardoit comme un howmc intègre et d’une probitéà l’épreavedam radmioistraUoo de votre charge; on vous croyoit un digne miuiitre du sanctuaire , mais vous jouissiez injmtement de l’esiime des hommes : vom serez connu ; et votre cooffuion sera d’autant pim accablante, qu’elle sera étemelle.

Page 1