‹ Œuvres de Massillon, Évêque de ClermontChapitre 33 sur 348 · TROISIEME DIMANCHE DE L AVENT · texte numérisé non relu

TROISIEME DIMANCHE DE L AVENT

quel ctpur la ^Ice opéra-t-elle jamais avec plas^’ d’abondance et de force que dans le sien ? La ccmvversion est donc un sacrifice pénible, un baptême laborieux, un enfantement douloureux , une victoire qui suppose des combats et des fati^^ues. La grâce les adoucit , je favoue; mais elle ne fait pas qu’on n*ail plus à combattre, et si, pour clianger de vie , voiw attendez une grâce de cette nature , je vous déclare qu'il n’y en eut jamais , et que c’est être résolu de périr, que d’attendre si follement son salut et sa délivrance.

Mais si le prétexte du defaut de la grâce est injuste du côté du pédieur qui l’allègue , il n’est pas moins téméraire et ingrat par rapport à Dieu à qui il s’en prend.

Car vous dites que Dien est le maître , d que , lorsqu’il voudra de vous, i) saura bien vous trouver. C’esl-â-dire que vous n’avez qu’à le laisser ùiire tout seul , et que , sans que vous voas mettiez en peine de votre salut, il saura luen, quand il voudra, ciwnger votre cœur; c’est-à-dire que vous n’avez qu’à passer agréablement la vie dans les plaisirs et dans le crime, et que, sans que vous vous en mêliez, sansy penser 5e(ilemcnl,sansapporterà la conversion que vous attendez d'autres dis|>o$iliou5 qu’une vie entière de désordresel de résistances éternelles à sa grâce, il saura bien vous prendre quand son moment sera venu ; c’est-à-dire que votre salut, celte grande affaire, celte affaire unique que vous avez sur la terre, n’est plus votre affaire, et que le Seigneur, qui ne vous a donné à conduire que celle-là , qui vous ordonne de In préférer à toutes les auU es.de les négliger toutes pour vaquer à celle-là toute seule, vous en a pourtant absolument déchargé, pour la prendre tout entière sur lai seul. Montreznous donc celte promesse dans quelque nouvel Evangile; car vous savez qu’on ne la trouve pas dans celui de Jésus-Clirisl. Le pécheur, dit un Prophète , n’a rien ({iie d’insensé à répondre pour se justilier, et son cœur prend de mauvaise foi le parti de ses crimes contre Dieu même : StuUux faiua loquetuTy et cor ejus faciet inuiuHatem , ul perficiai simtitationem, et hquatur ad Dominum frauduïeuter. (fs., xxxii, 6.)

Enfin ce prétexte est insensé en lui-même. Car vous dites que la grâce vous manque ; je vous ai déjà répondu que vous vous trompez; que, St vous êtes de bonne foi, vous devez reconnoltre que la grâce ne vous a pas manqué; que vous avez ressenti plus d’une fois ses impressions salutaire.^ ; qu’elle auroit triomphé de vos passions, si votre dureté et l’impcnifence de votre cœur n’y avoienl toujours opjK)sé une résistance opiniâtre; que Die», qui veut que tous les hommes soient sauvés, qui

n’a tiré du néant des créatures raisonnablet qu’afin qu’elles le louent , le bénissent , le glorifient ; ea un mot , qui ne nous a faits que pour lui , vous a ouvert à vous, mon ciier Auditeur, comme à tant d’autres pécheurs , mille voies de conversion qui vousauruienl ramené infailliblement dans le droit diemin, si vous n’aviez pas fermé l’oreille à sa voix lorsqu'il vous appeloit. La grâce vous manque, dites-vous ; eh bien! que prétendez- vous par là ? Seroil-ce de donner à entendre que Dieu qui est notre père, et dont nous sommes les enfimts , qui a pour nous une affection qui surpasse infiniment celte de la mère la plus tendre pour un fils unique, qu’un Dieu si bon nous laisse, faute de secours, dani l’impossibilité de faire le bien? Mais pensez-vous qu’un tel langage seroit un bla.«pi>ème contre la sagesse de Dieu, et la justification de tous les crimes? Ignorez-vous doiK: <|ue quelque plaie qu’ait faite à notre liberté la chute d’Adam , elle nous l’a pourtant encore laissée; qu’il n’y auroit plus de lois et de devoirs imposés à fitomme, s'il n’avoil pas le [pouvoir réel et véritable de les accomplir ; que la religion , loin d'être un secours et une consolation, ne seroit plus qu’un désespoir et un piège ; que si, malgré tous les soins que Dieu a de notre salut , nous périssons , c'est toujours la faute de notre volonté , et non pas le défaut de sa grâce ; que nous sommes tout seuls les auteurs de notre perle et de nos malheurs; qu'il n’a Lena qu’à nous de les éviter; et que mille pécheurs, n’ayant pas plus de grâces et de secours que nous, ont rompu leurs cliaines et rendu gloire à Dieu et à ses miséricordes par une vie toute nouvelle.

Mais quand ces vérités de la foi seroieut moins sâres, et qu’il seroit vrai, mon clier Auditeur, que la grâce vous manque, il seroit donc vrai que Dieu vous a abandonné tout-à-fait, que vous êtes marqué d’un caractère de réprobatimi , et que votre état ne sauroit être pire. Car n’avoir point de grâce , c'est la plus terrible de toutes les situations , et le préjugé le plus certain d’une condanmation éternelle. Et cependant c’est cette pensée affreuse ellemême qui vous rassure , qui justifie à vos yeux votre tranquillité dans le crime, qui vous foit différer votre conversion sans trouble, sans remords, qui sert même d’excuse à vos désordres ; c’est-àdire que vous êtes ravi de ne la point avoir cette grâce précieuse , que vous vous <Ules avec com- ^aisance à vous • même : Dieu ne veut point encore de moi ; je n’al qu’à vivre , en attendant , tranquillement dans le crime; sa grâce ne viendra pas encore sitôt ; c’est-à-dire que vous ne la souhaitez pa.s , et que vous seriez même Qché qu’elle vint rompre des chaînes oue vous aimez encore.

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