‹ Œuvres de Massillon, Évêque de ClermontChapitre 324 sur 348 · LE JOUR DE LA CIRCONCISION · texte numérisé non relu

LE JOUR DE LA CIRCONCISION

SUai.A DIVINITÉ DE JESCS-CURIST.

Division. L’èelat et l'esprit dn ministère de Jrsits- Chrlvt prourent également la glaire de sa dirinité. Si Jéjvs-Christ n’étoit qn'un pur homme: /. L’èr/af de so» mtiiist'Te seroit pour noos une orrasioninéHfahfe d'ido/ufrie, et Dieu même serait coupable de l’errmr de ceux qui l’adorent. Il, L’esprit de son minûtêre derlcndroif lepirgc funeste de notre innocente.

I" Partie. Le premier caractère éclalnnt du roinislère de Jésos^^brist, c'est d'avoir été prédit et promis aux hommes depnîs la naissance du monde. A peine Adam e4-il tombé, qn’on lui montre de loin le Réparateur. Dans les siècles suivants. Dieu ne paroit, ce semble, occupé qu'à préparer les hommes à son arrivée. Les circooslances dans lesquelles Jésus-Christ a été prédit sont encore pins merveilleuses que les prédictions mêmes. En effet , il est prédit par tout un peuple , annonré pendant quatre raille ans par une longue suite de prophètes, figuré par toutes les cérémonies de la loi, attendu par tous les Jnstes, montré de loin dans tous les Ages : ce n'est pas pour an événement particulier; c'est pour être la ressourco du monde condamné, le LégUlateur des peuples, la Inmière des nations, le salut d'IsraéL Quel piège pour la religion de tous les sièclev , si da préparatifs si mvgnifiques n'annoncent qu'une siropte créalnre, et dans des temps surtout où la crédulité des peuples metloit si fecilcment an rang des dieux les hommes extraordinaires!

D'aillenrs, an lieu qne Jean-Baptiste, pour empêcher que le seul oracle qui l’avoit prédit ne devint une occasion d'idolitrie h sa nation , ne fait point de miracles, ne cesse de dire : Je ne suis pas celai que tous attendez ; et n'est attentif, ce semble, qu’à prévenir des boooeurs superstitieux : Jésns-Clirist , au contraire, que quatre mille ans de figures et de prophéties avoient annoncé avec tant de magnifleenee à la lerrc, vient en grande vertn et puissance ; il fait des œnvres et des merveillei que personne avant lui n’avoit faiies; et loin de prévenir la superstition des peuples à son égard , il se dit égal à Ihen même, et souffre qu'on lui rende des bonneun divins. Si c’éloit là un culte îdolAlre, les hommes en se* roieut-ils responsables ?

De phif , tons les Justes de U loi , et de l’Age des pe^ triarebes , lous ees hommee â Ténérablei et «i miraca*

ANALYSKS DKS SKKMONS.

leuiy n'^oient pourlaot que les ébaucliet du Manie à Teoir; ciiacuo d’eui oc repréeenloil que quelque trait iiagulier dr* sa vie et de sou niiuislère : mais ôtez i JéftsS'Cbriit sa diTioUé et stm éternelle origine, la vérité n’a plus rien au-dessus de la figure, au moins au jugement da sens.

2* A l’éclat des prophéties qui ont annoncé Jésus- Christ, U fbul ajouter celui de ses cenvres et de ses prodiges : second caractère éclatant de son ministère. Parut-il jamais un boiumc plus menreilleax, plus dlTtn dans ses ceuvres et dans ses prodiges?

Je dis dans ses oravres et dans scs prodiges. Je sais que dam les siècles qui l’avoient précédé, il avoit paru sur la terre des hooinies extraordinaires que le Seigneur serabloit rendre dépositaires de sa vertu et de sa toutepuissance : mais quand on y regarde de près, dans leur poissance même, tous ces bommcsmiraôileux portoieut toujours des caractères de dépendance et de foîblesse : Jésuf-Cbrist , au contraire , opère les plus grands prodiges avec une facilité toute-puissante, et une souveraine iadepeDdance.

3* . le dernier caractère éclatant do son minis-

tère ce sont les circonstances merveUleuses et jusquelà inouïes qui composent tout le cours de sa vie mortelle. Conçu par ropéntion du Très-Haut, U naît d’une Vierge pure. A peine est-il né , que des légions célestes fout reteoür dans les airs des canliqoes d’allégrcsm, et nous apprennent que cette naissance rend à Dieu sa gloire , et la paix aux bonuues. Peu après un astre nonvenu oooduilà son berceau des sages du fuDddel'Orient. Un Juste et nue sainte femme annoncent u grandeur fiiture. Les docteurs assemblés voient avecétounemeot son enfiince plus sage el plos éclairée que la sagesse des rieillardt. A mesure qu’il avance, sa gloire ae développe ; Jean -Baptiste s’abaisse devant lui ; le ciel s’ouvre sur sa tète; les démons eRi^yés no peuvent soutenir sa pré- •ence; le Père céleste dédare qu’il est son Fils bienaimé , et le propose coinoie 1a loi vivante et éternrile en oommandant de l'écouler. Si du Tbabor noos passons sur le Calvaire, ce lieu où dévoient se consommer tons les opprobres do Fils de l’homme ne laisse pas d'élre encore ie tbéélrc de sa gloire ; toute la nature en désordre l’y reconnolt comme sou Auteur, et coofessc sa diriidté. Il rmauacile trois jours après , non par une vertu étrangère, ni pour mourir ^ nouveau comme tant d’autres, mais par sa propre puissance et pour jouir désormais d’une vie immortelle. EnOu il monte au ciel. Ce n’est pas un char de fou qui le transporte en un din d’Œîl ; il s'élève lui-même avec majesté ; les anges vien- Dentau-devanl de lui, et le promettent encore une fois à la terre environne de gloire et d'immortalité. Qui ne reconaoitroit à œs traits le Dieu du ciel, qui. après avoir conversé avec les hommes pour les tirer de leur égarement et de leur misère, va reprendre possession de sa gloire P Voilà comme l’éclat dn ministère de JésosOrist MToit pour noos une occasioa inévitable d'idoiàlrie, s’il n’étoit qu’une simple créature.

U* Partie. L’esprit de son n^aistèrederiendroîlaiisji le piège de notre innocence. Or l’esprU de son ministère renferme sa doctrine, ses bienfaiU et tes promesses.

Sa doctrine. On ne peut nier qoe Jésus-Christ n’alt été un bomme saint : car ^id homme jusque-là avoit jamda para tur la terre, dans lequel on ait remarqué

font de caractères d’innocence et de aaloteté? je veux dire, tant de mépris el d'indUTérenoe pour le monde, tant d'amour pour In vertu, tant de zèle pour la gloire de Dieu , tant d’ardeur pour le salut des hommes ; ajoutes à cela l’exeiupliou totale de loatm les foiblesses les plus inséparables de l’humanité. Or si Jésus-Chrial est saint, il est Dieu ; soit que vous considrivez U doctrine qu’il nous a enseignée , ou |)ar rapport à son Père , ou par rapport aux hommes : car s’il n’étoit pas Dieu, elle Descroit qu’un amas, ou d’équivoques malignes, ou de blaq»hèraes enveloppés.

Considérez sa doctrine par rapport à son Père : si Jésus-Clirist nVut qo'uD simple envoyé de Dieu, il ne vient donc que pour manifester aux nations idolâtres l'unité de l’essence divine. Mais, premièrement, il est envoyé prindpalcoient aux Juifs ; ainsi sa misaou étoit inutile ; car les Juifs n'étoient plut tentés de n^tomber dans l’idolâtrie. SecoodeuKut, il s'y prend mal pour remplir son ministère. Au lieu que Moïse et les prophètes, chargés de la même mission , ne cessent de publier que le Rigueur est un , sans jamais faire aucune comparaison d*eux à l’Élre suprême; Jésus-Christ ne cesse de te dire égal à son Père : il dit qu'il est descendu du ciel et sorti du sein de Dieu ; qu'il étoit avant toutes choses ; que le Père et lai ne sont qu’un ; partout il se compare an Dieu souverain. Les Juifs murmurent el se scandalisent de ces expressions. Loin de les détromper nettement , il les confirme dans le scandale , affectant un langage qui devient ou inseoté ou impie, si son égalité avec sou Père ne l’éclaircU et ne le jusUfie ; il souffre même qu’on lui rende les honneurs divins. 11 n'est donc venu sur U terre , s'il est un pur homme , que pour scandaliser les Juifs, en leur donnant lieu de croire qu'il se coQipare au 'Très-Haut: séduire les nations, en se foiaaot adorer après sa mort; et répandre de nouvelles ténèbres dans Tuoivers. Tous ces grands avantages que le monde devott retirer du ministère de Jésus-Christ , aboutissent donc à le voir plongé dans une nouvelle idolâtrie; et toute Ia magnifleenoe future de l’Evangile, tant prédite par lea prophètes , devoit donc se borner à former 1a secte affreusede l’impie Sodn '. Mais puisque Jésus-Christ est saint, concluons que oc pouvant être un blasphémateur et un impie , la manière dont 11 parle de son Père, celte égalité qu’il affecte en toute occasion avec son Père, établit la gloire de son étemelle origine. On peut encore remarquer ici, que lorsque les prophètes pirleot du Dieu du ciel el de la terre , pleius de l’inimeosité de la toute-puissaucc et de la majesté de l'Être suprême , ils épuisent la foîblesse du langage humain, pour répondre à la subUmité de ces images : mais lorsque Jésus-Christ parle do la gloire du Seigneur , ce nesontplua des expressions pompeuses des prophètes; ou voit que c’est un eufant qui parle no langage domestique ; et qui u’est point frappé et ébloui , comme noos, de la majesté et de la gloire du Père.

ConsidéroDS maintenant la doctrine de Jésus-Christ par rapport aux hommes ; elle n’établU pas moins la vérité de sa naissance divine. Prcmièremcot , quelle sa-

• secte qui ne renferme qu’un petit nootbre d’hommes odieux au ciel et à la terre; U honte de la oatuie et de la religion I obligés de cariier dans les ténèbres l’horreur de lenn Uaapbènws.

ANALYSES DES SERMONS. 7<Ci

Kessel (Tueltc ssiateté ! quelle sublimité dans rette doctrine! tout y est digne de la raison et de la plus saine philosophie : tout y est proportionné à la misère et à Teicelleoce de riiomme. Secundemeot, reman|U<^ les dernirs d'amour el de défiendanccque ki duclriiie esiKe des hommes envers iui-inémc. Il nous onionne (U* raimer , de chercher en lui notre bonheur , de lui rapporter el DOUN-nièiiics et toutes nos actions, comme il noua ordonne toutes ces mêmes choses envers son Père : donc S’il n'est pas Dieu , sa doctrioe si divine, si admirée <ic8 pefeiu , n'est plus qu'un mélaogo monstrueui d'impkHé, d'oniueit et de folie, puisque u’élant qu'un pur homme, il veut usurper la place de Dieu même dans nos cccurs. Bien plus, au lieu que le Dieu véritable avait |>aru se contenter des sacriQces de boucs et de laureaui ; pour loi il veut que nous lui sacriOiuns jusqu'à notre vie, que nous courions sur les gilicts , que nous nt>us offrions à la mort et au martyre pour la gloire de son nom. >lais s'il n'est pss rautetirdo notre vie, quel droit a-t-il de l'exiger de noos? sa religion n'est doue qu'une religion de sang et de IrarlMirie? les confesseurs géuéreux de la foi n’ont donc été que des désespérés et des fanatiques? et les tyrans et les persécuteurs , les défeus(‘urs de la javlice et de la gloire de la diviuUé? L’oreille de rboimne peutelle entendre ces blasphèmes sans bonviir?

2° CoDsidérex l’esprit du ministère de Jdnis-Christ dans les grâces et les bienfaits que riyiiversa reçus üt? lui : il déclare qu'il est venu délivrer tous les honiiiics de la mort étemelle; d'enoemis de Dieu qu’ils êtuient, les rendre ses enfants: leur ouvrir le ci> I , el leur en assurer la possession. Il leur a apporté la science du salut et la doctrine de la vérité. Il nous nourrit de S4)ii corps, il nous lave de nos souillures en nous appliquant le prix de son sang : en un mot, il nous assure qu'il est notre voie, notre vérité, notre vie, notre justire, notre rédemption, notre lumière. Mais un pur huiiimc )M'ul-il être la source de tant de grâces aux autres hommes? ou u’est-il pas à craindre que devenu si utile et si m^crasaire au genre humain, il n’en drvienm* eufln l'idole ? Car c'est la reconnolssmce toute souif qui aulrt'fols a foit les huix dieux : tel est le cnractèn* de riiüinmc ; soD culte n’est que son amour et sa recouiioissance.

5» Outre les bienfaits dont Jésos-Clirisl nous a comblés , considères les proraeascs dont il les acconqwgoe ; il promet encore plus qu'il n’a donné. l'n-inièrcnient, il promet aux hommes l'esprit consolabur, qu'il appelle resprit de son Père, esprit de vérité, d*' force, d'intelligence, de sagesse, de charité, etc. Mais (|uel droit a Jésu»<^hrisl sur l’esprit de Dieu, pour en disposer 6 son gré, si ce n’est pis son e^it propre? 0*}>cndaDt les promesses de Jésus-Christ se sont accomiilies : â peine est-il monté au ciel , que l’esprit de Dieu se répand sur tous ses disciples. Secondemeut, Jésus-Ciirist promet à ses disciples les clefs du ciel el de l'enfiT, el le |>ouvotr de remettre les péclvés. Truisiënieraent , il leur promet outre eeh 1o don des miracles : s'il n'i'St pas Dieu , I.1 folie et la témérité ont-eiles jamais rieu imaginé de semtdable? Quatrièmement, il leur pr>>me( la ronversion de l’univers, le triomplie do la cn^ix , la dodlile de tous les peupk» de la (erre, des p'iilosoplies, des Osais, des tyrans; que son Kvangile sera rer u du monde entier. Hais h moins qu'il ne tienne le c<rur de U»us les hommes entre ses mains, peut-il répomlre d’un changi*-

ment dont jusque-la le monde n’avolt point eu d’exemple ? On dira peut-être que Dieu révéloit à son serviteur les chose» futures : mais si Jésus-Chrsl n'est pas Dieu, il n'est pas même prophète; puisqu'il no prévoit pas que tes büimues vont relonilver en l’adorant , dans des ténèbnv mille fois plus criminelles que celles dont il prétend les délivrer; et qu’au lieu de former au Père des adorateurs en esprit tH en vérité, il o'aura formé qu'un nouveau peuple d'idoUtres de toute nation.

Voilà donc oti mène nncredulité. Renverarx le fondement, qui est le .Seigneur Jésus, Fils éternel du Dieu vivant ; retranches de la doctrine des chrétiens , Jésus- Christ Homme-Dieu ; vous en relranehex tout le mérite I de la foi , toute la coosotalion de l'espérance, tous les I motife de la charité : toute la religion ebrélienne n'<>st ! que fauselé et qu'imposlure. Aussi quel xèle les pre- I niiers disciples de l’Kvangile ne firent-ils {uis paroilro contre ces hommes impies, qui dès-lors osèrent allaqiier la gloiri' de la divinité de leur maître? Les paleoa reprochoient alors aux chrétiens de reodre des hooneurs divins à Jésus-Christ : s’en juvtinent-ils comme d’uite calomnie? répondent- ils qn'ils ti'ad<»rent pas Jésus- Christ ? point du tout. Les analogistes de la religion réfutent toutes les autres calomnies dont on veut la noircir: mais sur l’accnsalion d’adorer JésuvChrist, bien loin de s'en défendrt*. Us l'autorisent par leur laugage et par leurs actions. Si c'est donc une erreur de croire Jésus-Christ égal à Dieu , c'est une erreur qui est née avec l'Kglise, qui on a élevé tout l'édiflcc, qui a formé tant de martyrs, et converti tout l'univers.

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