‹ Œuvres de Massillon, Évêque de ClermontChapitre 326 sur 348 · PREMIER SERMON. — SUR LE JEUNE · texte numérisé non relu

PREMIER SERMON. — SUR LE JEUNE

Proposition . H importe d'examiner les excuses dont on se sert pour se dispenser de la loi du jeûne, cl les alms où l’un tombe en l'observant. Ainsi :

Division. /. L’oAfigation du jeilne contre ceux qui en riolent ta loi.

//. L‘étendue de cette loi, contre ceux qui en adoucissent l’observance.

I** Partir, l/obligation du jet'me. Il est inutile de pnuivcr celte obligation anx fidèles qui ne la contestent pas, qui savent que la religion est née dans le sein du jeûne el do l'aUlinencc , et que c’éloU même A rabaltcineotde leurs visages, que les tyrans rccoDooisBoienl les preiiiien chrélieus. Or, l'obligation du jeûne supposée, il u’est que l'impossibililé qui puisse en justifier l'iuotttervance : car rÉglisc, en établiasanl loi, n*a pas prétendu faire une loi de mort. Examinons donc h>s excuses de ceux qui se dispensent du jeûne. Premièrement, sont-elles l^itimesP Secondement, en lessupposant légitimes, n’esl on pas également vioUleur dii précepte, perla manière dont on use de l'indulgence de i'I^lise?

Premièrement, vosexcusessont-clleslégitimes? Vous êtes Dé, dites-vous, avec un tempérament foible, ineapaldede soutenir la rigueur de la loi du jeûne, qui demande des soins et dès précautions infinies. Mais, pro* mièrement, ne sool-ce pas ces soins et ors précautions elks-mêmesqul ont affolbli votre tempérament? CAMte foiblesM du tempérament n'ost-ello pas imo suite de la

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vie molle et ToluptucuM que ruas ave> toujours menée? BlaU celle mollesse qui vous rend la ppnileo<M<> plus néceisaire, puisqu'elle est elle-ménte un crime <|ue vous (lèves espier, pourroil-etle devenir un litre léfritimc qui vous en dispense? .Secondement, ees soins et ces précautions que vous croyex m^ceasaiftsi à votre »vnb> , ne sont-ce |ms les Nçoos du nnc et de ta tiaiasancc, plutôt que des l>c!s*.)ins réels et elTectifs? or. Dieu ne mesure pas vos ionmiités et vos liesoins sur vos titres, mais sur la loi. David , Eslhcr et tant d'autres , quels I exemples d'austérités ti‘unt*ils pa.v laissés à tous les siè- | des , mal(rré leur rauft ? Si n'élise avoil desdistlnctious ;

A faire et des privilèges à accorder, ce devroil être ans doute CQ faveur de ceux qui peuvent A peine , par leur travail , se garaiiür de la faim et de rindlgeuce , et qui , I presque toujours , ont moins de crimes A expier, et ixm I en faveur des riclies et des grande, qui n’ont rien de . plus triste A essuyer dans li<ur étal , que te dégoût et la | satiété iuséparabies d'une félicité sensuelle , et qui d’or- \ dinain* ont plus besoin de pénitence, |>arce qu'ib sont plus coupables : cependant je rito\ en oitscuretle vilar- | Usan respectent la loi de Tt^lise , l't ce sont les riches et les grands qui s'en dispeuseut. Vous objectes la foiblrsse de votre trâipérameat : mais cette faiblesse ne vous a jamais privé d'un seul plaisir ; vous soutcuez les veilles, l'application et le sérieux du jeu , le dérangement des repas; vous dévorex les btigues du service, lorsque la gloire, l'iniérét, ou le plaisir s'en mêlent; ce n’est donc que pour Dieu seul , que vous refusez de souffrir ; servir | le monde ne vous coûte rien, |)arce que vous êtes mondain ; soyez dune clirétien , cl vous no trouverez rien qui passe vos forces dans le service de Jésus-Christ. Voyez celle ame Ddélc que Dieu a retirée de st-s éganmeuls : lorsqu'elle vivoit comme vous, die regardoit pareillement la loi du jeûuccouinieuncloimourlrH^re; nmintenant elle ajoute même aux rigueurs de la loi ; ce n'est (las son leinpénmcnt qui a changé, c'est son ' ttnir.

Mais cntln, quand rabstineoco affoitdiroit votre corps, rintmiion de l'Église est que vous souffriez. Carn'esl-il i pas juste qu'un corps de pécbé, comme le V(kre, s;Mt puni , que des membres qui ont servi à l'iniquité, ser- : vent A la jusiiee ; que l'ennemi que vimis portez eu xnu- I même, soit affoibli? Ainsi la Un <pie l'Église se pni- | pou dans s iii précepte , nu sauroit devenir une raison i qui vous en dépense. '

M^iis, diux-vous, vous clés dispt'iisé de la loi du jeûne ' par l'autorité des su|HTieurs légitimés. Mais votre conacicnce ne vmis rét>ond-dlc pas que toute dbpensi* oi>teouc contre les inlcutious et l'esprit de rKglii>e, t‘Si une di^Mtise vainc; que par conséquent, si vous u'éles pas dans le cas de la disiKrasc, vous ajoutez au crime de la lransgi*ef!tion , le bldiiic de la mauvaise foi et de lu surprise? I

Secondement, mais supimsoiis vos ezeuses legilimcs, \ n’é^vtMis pas (paiement v iobileur du piNveple , par la : manière dont vous uses de l'indulgence de l'É.gliM*? Pre • ; niiéroment, géntissez-vous en seciTt de la foiblessc de | votre cliair.eiüe rimpnssihiUlé où die vous met de saiisfain* aux lots de l'Égliso? Kies-vous honteux devant Dieu d'uiM^ distinction si |m>u coiivensUe à votn* vu* pa»fiéc? la regardez-vous comiiu* une CK|)ctv d'aiiallHNiie ' et de relraiicbemeiii ducor|)sdcs ndéles? hélas! vous I

êtes ravi d’avDirdéf raisons qui vous cxeuiptmt de la voie commune. SaeAndemcul, mnptacrz-v ous |>ar d’autres (puvrei le jeûne que vous ne sauriiz olrsener? Pri«?z-vou» plus que dan» un autre teni| s? èles-vuus pln.s rhârilablc envers les pauvres? vous abstenez-vous de certains plaisirs , légitinus petil-èlre en udi> aiilre saison? car il font user de compensation , et pour èlrc disj)ensé de la loi du jeûne, vous ne l'èles pas de la pénileucé. Or, c’est pn^isCnvent coque vous ne faites pw; parce que vous ne pouvez {vas faire loul ce que vous devez, vous vous croyez dispensé de faire diimmiu coque viHis {KHivoz. Troisiétuemenl enflu, dans Tusage des viandv's défendues, n’avcz-vuus égani qn'A la seule nécessité? et vos repas soui-ils man|m^ |4r qi^lqiiceiMiroit du sceau de la mortiflcatiou ? car enflu , l'Kglue pnHend s lulagcr voire foiblesse , non auloriser votre setunnlile.

II» Pabtie. Étendue de la loi du jeûne , ronlrr 1rs abus oii fomAcHt ernjr »n<Ws qui t'obsenent.

Pour d'iscemer abus qui peuvent se glisser dans l'oliscrvanoc du jeùue, il n'y a qu'A établtr quelle cslla fin de son institution. Premièrement, djiffoiblir nos passions eu nvorliflant la chair, expier ni»i chutes passées , et en prévenir de nonvelles. .Secondement, de juirifler rame, en moiUQant le cor|>s, la déiacUcr des sens, réveiller sa foi, et l'élever au goûl des biens éternels.

Or, I», le jeûne, tel qu'un abus public l’a élatli dans le immde, m* mortifie ni lo corps ni les passions de la chair. (!ar, p;ir où les mortilÙToU-il? F.sl-ce par bi binguetir de rnbsiinence? cela (touvoil cimvenir aux jeûnes des pn'miers fidèles, <|ul ne le rompoient qn’nprès le iteleil couché ; apri« s'élre «lispow's A l'heure du repas par mille exinicos saints et lal>oricux : |K)ur ■ons, ce n’csl plus IA qu’il faut chenrher te mérite (h; nos jeûnes; l’heure du re|)as avancée, nons epai*gite cette rigtiCur. D'ailleurs, que n’imaginons-nous p:t» pour arriver A celle heure du repas, sans nous éln^ aperçus de la longueur cl de la rigueur du jeûne? !So«» prolongcr)ns le lenifisdu sivmmeil, au lieu qu'il fandroit prévenir l’aurore pour unir ni»s prk^res A cellea de l'Église ; on se permet l'usage de mille buissons que la conlume autorise , presque contre l'esprit de la kù ; en un mot, après que l’Église a poussé la c(»ndescendance jnsqu'A scs dernières Inuuos, nous ne pensons sans cesse qu'A inventer de nouveaux aduucissemciils, qui nesaiiruU’nl prescrire coo'rc la loi.

2» Morlillol-on les passions ivar la simplicité des vland:‘s d iiit on use ? Hélas 1 il y entre plu» de soins et d’artificfs : et on suppléi' par mille raffinemenis A la simpliciie des mels dont il fam user : d'ailleors , dans le sotil repes que l’Église pcnnel, on ne s’y pri*scril point d’anins Ixirncs que celle» d'ime avide Kcnsmiüté. Ainsi, l'ahstincDce du soir fait aujourd'hui tout le nierilc de nt'S jeûnes; et ce qui n'étoil d'aliorti qu’un rdûch(*menl de diseiplinc. en est devenu la seiiio ausiérité : les temps sont bien changi^s. l!n seul repas pris le soir avec actions de gréccs , lcrmiiioit autrefois te j< ûm> de toute l.*i journée : et quel rqvas ! de» berU'» , de;» légumes , un rcjMis de larmes el de |)éuitcncc. Le iTfnvidiS'iement do la charité obligea l'Églisi^ il y a qiK>Iques sii'dcK.de sa relédier eu ce {loinl du la rigueur do sa discipline : niai.» au lieu que C(7 sont U de ces grâce» houleuses, dont il nu fnidrotl user qu’en gémiss ml, à (|uub exccs irii-l-oii

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p88 pouaë cet aiSoucicscmeiit ohlcnii de rtlgliiie ? on oablie (]ue c‘o<t une gracc acconlée à la dure nécessité ; que |»ar conséquent les précautions ne sauroienl y être trop rigoureuses. Voilà nos jeûnes ; voilà les restes iué> connoissjbles de ces jeûnes si rimcui autrefois parmi les cfarélieiui , de ces au<>térités , si excessives alors * qu elles Caisoicol passer tes (Idèles |M>ur des insensés. Kt com' ment s*y dispo»e-l>on ? par des eicès et des réjouissances profHocs.

Souvenons-nous donc que rintentioii de l’Eglise est que li pénitence de ce saint tempe soit comme une expiation des plaisirs et d&s fauU's de toute l’année. Souvenons-nous cucoreqiie puisque nous allons salisfoire à la jostice divine, durant celte saiute carrière, pour nos Infidélités passées, nous ne devons pas en ajouter do nouvelles; apxiser notre Juge, et l'irriter en même temps. Souren hisoious que pu sq ue noua allons siUsfiire è In jiislico de Dieu, non-seulement les crimes nous sont interdits , nuis encore les plat^rs qui dans un autre temps seroicnl pciil-t‘(rc inui>a*nU. Sixi^cnonsnous enfin , ^ue n'élise diironl ces jours de pénitence , prétend nous préparer à l i grâce de Ij nsurreelion : commençons d >nc de lK)nue hc'ure u deraciniT nos inclinations TÎdcuses ,et mettoiis-nou.s en eial de pouvoir alléguer aux ministres du Seigneur le passé, coiiimc le garant de nos promesses sur l'nvemr.

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