‹ Œuvres de Massillon, Évêque de ClermontChapitre 328 sur 348 · LE JEUDI APRÈS LES CENDRES · texte numérisé non relu

LE JEUDI APRÈS LES CENDRES

SLR LA VLRITÉ U£ LA RELIGION.

Division. /. La religion est raisontiable, IL Elle est glorieuse. ///. Elle est nécessaire.

!'• Partie. La religion est raisonnable. C'est 1a fol et non pas la raison, qui (ait les chrétiens; et la première démarche qu'on exige d’un disciple de Jésus- Christ, c’est de croire ce qu'il ne peut comprendre : cep(‘Ddaiit je dis que c’est la raison elle-mèmc qui nous conduit A cette soumission, et que le fidèle qui croit, fait lin usage plus sensé de sa raison, que l’infidèle qui refuse de croire.

t" I.C fidèle croit sur l’autorité ta plus grande, la plus respectable , la mieux établie qui soit sur lu terre.

L’andenoeté, en matière de religion, est un caractère que la raison respede. En effet, s’il y n une véritable religion dans lc|monde, elle «toit être la pins anciennedeloutes;puisquece doit être le premier cl le plus essentiel devoir de l'homme envers le Dieu qui vrai eu être honoré. Or, lo religion des chrétiens est la plus ancienne religion qui soit au monde. Los premiers hommes admirent le même Dieu que nous adorons : l’hUtoiro de la naissance de cetlc religion, c^t riiistoirc de la naU-

sanco du monde même : les livres divins qui l’ont conservée jusqu'à nous, ronfcrnient les premiers iiioiJUinenU do l’origine des choses. D’ailleurs, la religion chrêliéniie pn^mte une suite de faits, rab<muul>le, naturelle, d’accord avec cllc-mêuie ; la bonre fm de l’aulcur qui le» a écrits , paroit dans la nsiveté de son histoire : antres

religions ne nous offrent que des récits fabuleux de leur origine, ndtsqui tombeut d’eux-inémes.

La religion chrétienne a cdcoit pour elle la perpétuité, ce qni lui donne un nouveau degré d’aulorité. Les autres religions ont duré uu certain nombre d’années, et tomlié ensuite avec la puissance de leurs sectateurs : la religion de nos pères se maintient dès le commencement , survit A toutes les sectes , et passe toujours des fières aux enfants. FAt-ce un bras de chair qui l’a cooservée? Mais le peuple fidèle a presque tou)OUi's été foible, opprimé, persécuté. C’estdonc Dieu cl non l'homme, c’est le bras du Tout-Puissant, qui a conservé son ouvrage ; car il n'y a que l’ouvrage de Dieu qui dciueurc étcrnclleuienl.

A son 8iicienn< té, A sa perpétuité ajoutez son uniformité : les occasions, les diiréreticrs des siècles, la nécessité des temps , ont introduit mille cbaiigcmcitLi à toutes les lois humaiiH's ; la foi seule n'a jamais changé.

2” Les vérités qu'on veut pei siiad<T au fidi-h', sont les seules conformes aux priiui|>es de l'équité, de l'honné- (elé, de la société, de la consricuce.

Nulle autre religion que la religion chrétienne ne donne des kiées si sublimes fie la |niissance de Dira , do son immensité , de sa sagesse , de sa iMinté , de sa justice; en cela elle est aa-dessus de l’idoUtric, qui inspiroit A l’homme des scmlitiKmls insensés de la divinité. La philosophie on dégradoit rboiiimc jusqu'au rang des Ivêtcs, ou le remplissant d’orgucU, l'élevoit follement jusqu ’A Dieu : la religion chrétienne remédie A ces deux inconvénients, en découvrant à l’homme l’excellence de sa nature, en lui faisant sentir sa misère.

La cupidité rendoit l’homme injuste envers les autres hommes; quelle autre religion, que celle des chrétiens, a jamais niieox réglé les devoirs mutuels des uns envers lesaabTs?

3<* Les motifs qni persuadent le fidèle, sont les plus décisifs, les plus triomphants, les plus propret A soumettre les esprits les moins crédules.

En effet, la religion chrétienne propose des invslères qni nous passent ; mais ces mystères ont été prédits plusieurs siècles avant leur accomplissement , et pr^ils avec toutes les circonstances des temps, des lieux, et des moindres événements. Cet mystères sont fondés sur des faits miraculeux , êdalants , publics : convenus alors même par ceux qui avoient intérêt de les nier; réjiétéh mille fois en différents endroits : et ces failsnoiis ont été transmis par des Imiimu-s qui n'oiit pu être ni tronqués ni trompeurs ; la foi de ces mystères a trouvé tout l’univers don'le. O Dieu! qui ne seiittroit ici votre doigt? qui ne reconnoitroit A ces traits le caractère de voli'c ouvrage?

Il* Partie. f.o religion est glorieuse. 1", du rùlé des promesses qu’elle renferme pour l'avenir. Quelles sont ses promesses? l'adoption de Dieu, une société iinmorlellc avec lui, la réilcmptiou parfaite de nos corps, rétcnielle félicité de nos anics, la délivrance de» passions. Il ne sauruît être lionletis de croire des vérités

ANALYSES DES SERMONS

7IÜ

i|iii root taot (rbouonirà rimmurUlUédeuolrenalure : êu CAulraire riocrédulcscfait-il hoonitir, en te croyant (le la m^mo oalore qtio le» bclei, cl en aUeodaDt la mêmcflof

2” La retipon est glorieuse du cdlë de la ûtualion où elle mel le ndèle pour le prescoi. Représente^-Tous ud Juste qui TÎt delà Toi; en lui &e trouvent toutes le» vertus, saus le mélange d'aucun vice. La pbilosopbie ne ilélruisoit les vices que par le vice ; et en détruisant les autres passions , elle eu élevolt une plus dangereuse sur leurs ruines , je veui dire l’orgueil , et i‘aiuour de la value gloire : la foi élève le Juste au-îdessus de sa vertu même ; il n’entre dans sa vertu que l'amour du devoir. Or, je vous demande si riionime est plus glorieux et plus respectable, lorsqu'il est csclavede tous les vices, lorsqu'il ne disliugue pas les crimes les plus affreux des vertus les plus pures; eu un imd, lorsqu'il u'a d'autre maître que ses désirs, d'autre frein que la crainte de ranU»rile, cfaiilre Dieu que lui-mémc.

3'^ Kiilln, la religion est glorieuse du edté des grands modèles qii’dle nous propose à imiter.-Rappelex tous les grands humoics qu’elle a fournis dans tous les sièzclea; princes, conquérants, pasteurs, phîlosoplies, savants. La philosophie préchoit une sagesse jiompeuse ;

9 0^^ *Oîi «igü ne se trouvuil point : au lieu que la religioa a iiue traditiou mm Interrompue de héros chrélieiis , depiii.s le sang d’Abel , jusqu'à nous. Or , mettes d’un cdté tous les grands homojcs que la religion a donnés au monde dans tous les siècles , et de l'autre côté ce pelil nombre d’esprits noirs et désespérés que rincrédulité a produits : vous pamit-il plus glorieux de vous ranger dans ce dernier parti ?

III* pABTiE. La re/iglon est nécessaire à l'komme. O, parce que sa raison est foilde : or, la foi toute seule, est le secours qui l'aide et qui l’éclaire. ?ious ne C(mnousoDS ni noire corps , ni notre aine ; lus créatures qui nous environnent sont autant d'(‘iiignies poar nous. Si nous ne connoUions pas les objets que nous avons sous l'teil , comment voulons-nous voir clair dans les prufoodeiirs éternelles de la fui ? L’univers que Dieu a livré à notre curiosité et à nos disputes, est un abimeoù nous nous perdons; et nouivoukms que les mystères de la fui , qu'il n'a exposés qu’à notre docilité et à notre respect, n'aient rien qui écbap|)e à nus foi- Ues lumières i* Ce secret de Dieu doit nous rendre plus respectueux et plus aiteutifs, mais non pas plus incrcdules,

2” La religion est nécessaire à l'homme, parce que sa raison est corrompue, et la foi seule est le remi'de qui la guérit. Il éloit naturel à l'hoinme de eonnoilre Dieu, qui est sa fln et son principe , et d’o<lorer toutes ses divines perfeeJions ; cependant , jusqu’où l’homme avoit-il dégradé son Créateur ? Il ii’y avoit rien de si vil dans b's créatures, dont son impiété oe se fit des dieux. Passes à la moralo ; tous les princqies de l’équité uutureltc étoient efTheés dans le cœur de riiumme. C’est la foi toute seule qui a appris aux liomines à eonnoilre Dieu et à l'adorer, et qui a retracé dans son cmiir les traits effacés de cette loi que la nature y avoit gnivée.

Iji religion est néc(»snircà l'bonimt', parce que sa raison est changeante , et que la foi seule est la règle qui la retient et qui la fixe. Voy« eombieu autrefois , |Kiniii les paîcus , de vaines dispuU'S , de questions sans

fin, d’opinions différentes sur la nature de Dieu, sur l'immortalité et la nature de l’ame, sur le souverain Iden de rbonime: parmi tes chrétiens mêmes, voyes cette variété infinie de sectes qui dans tous 1rs temps ont rompu l'unité , pour suivre des doctrines étrangères. I.a foi fixe toutes ces variations , parce quelle est loujoars la même dans tous les siècles, toujours indépendante des lieux , des temps , des Dations et de* intérêts.

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