‹ Œuvres de Massillon, Évêque de ClermontChapitre 329 sur 348 · LE VE>DBEDI APRÈS LES GENDRES · texte numérisé non relu

LE VE>DBEDI APRÈS LES GENDRES

DU PARDOIf DES OX'FEKSLS.

I Division. /. Injuslice de nos kahtes. //. Fausseté de \ nos rcconct/iatioNS.

P* Partie, injustice de nos boiiies. Les trois priociprs les plus cuinmiiiu des amitiés humaines sont le goût , la cupidité , la vanité. La religion et la charité u'unisseut presque personne : ainsi , nous baissons les hommes.

2° Dès qu’ils eboquent noire goût ; or, celte haine est injuste ; parce que cet homme, pour o’être pas de voire goût, n’enest pas nioios votre frère, enfaut de Dieu, membre de Jésus-Christ, etc., son humeur u’eflhce aucun de ces augustes traits. Si nous n’éUous obligés que d’aimer ceux pour qui nous sentons du goût et de l’inclinalioD , il eût été inutile que Jésus-Christ nous fil le précepte d’aiiiKT nos frères; le cœur là-dessus n’en a pas besoin. D'ailleurs, uu chrétien ne doit pas se conduire (lar goût et par humeur, mais par des principes de raison , de foi , de religion et do grâce. C'est une foiblesse, même selon le monde, de ne régler nos haines et nos amours que sur la bizarrerie de nos goûts : l’Évangilo qui vedt que nous sacrinimis à la sainteté de la foi et à lu sublimité de scs règles , non-seulement nos ca • priées, mais nos pt'iK'bants les plus légiUmrs , seruii-il là-dessus plus ioilulgcDl?Dc plus, voua-méme ctos-vous du goût lie tout le monde? Opeodaut, n'exigez-vous pas qu’on excuse ce qu’il peot y avoir de choquant dans vos manières , sur la bonté de votre cœur ? Rico plus , la cause de celte avendon , que vous sentez pour votre frère , n'csMOle ]>as plus en vous , j'eiiU nds daos votre orgueil, dans riueompaUbilité de votre caractère, que dans le sien pro|ire? n'est-ce pas son crédit, scs talcuts, sa fortune , qui ont fait j usqu'lci aupi^ de vous tout son crime ? F.ulin , rÉvaugile n’exige pas que vous ayez du goût pour votre frère; il exige que vous raùnies, c’està-dire que vous le souffriez , que vous lexcusicz ; que vous cachiez scs défauts , que vous le scnicz, en un mot que vous fassiez i>our lui ce que vous voudriez qu’on fit pour vous : car la charité u’esl pas un goût aveugle et bizarre ; c’est uii devoir Juste , («lairc , l aisonnable.

I 2* Nous hnissousics hommes, lorsque nous les trouvons

' coutraires à nos inlén'Ls , et qu'ils cbcrcheut à nous i nuire . or, je dis que la haine que nous avons conli*e ces personnes, est injuste. Kt d’alvord en baissant votre frère , vous ajoutez à tous les maux qu’il vous a faUs , le plus grand (lu tous, qui est tvlui <ic le luilr : tous le« maux qu’il vous o faits, n’ont almuli qu’à vous ravirdts Inens frivoles et passagers ; la haine que vous avez pour f lui perd votre anie, et vous prive pour tcNijonrs du droit que vous avez à un myaiinie inimorbi. De plu», i que vous revient-il de votre animosiU^ contre volie 1 frère’ V»hii n'stilmvt-elte les uvantagrs qu'il vou-s a

ANALYSES DES SERMONS

mis! Si Touschorciioz i tous consoler en le Iisteiaiit , c’est uuc manière Ivarbarc de *e consoler. Outre cela, si TOUS étiez Traiiucnl dirétien,si tous aviez de tafoi, loiu de haïr coui dont Dieu s’est serv i pour reoTcrser TUS cs|)erances et tos projets de fortune, vous les refjnrderiez roniiiic U‘s iustruinents des miséricordes de Dieu sur votre aiue, qui s'est «eru de leur mauvaise ToloDté [Huir TOUS ssuTcr, cil oiellant des obstaeJes à vus passious déréglées, et vous deinaodcriez â Dieu qu'il leur inspire un repentir sincère , et qu’il ne permette pas que ceu\ qui ont tant contribué à votre salut péris- «mt eux-mèmes.

3. Nous haïssons les hommes, lorsqu'ils blessent notre vanité eu nous décriant par des iiiédisances et des calomnies: or, coite haine est injuste. Car d’abord ü est injuste d'exiger qu’on nous approuve en tout, et que tes autres ne voient pas des défauts et des foildcsses, que oous-niémis sentons nu-dedans de nous. Outre cela, nous devons nous défier des rapports qu’un nous a faits de notre frèrt' : car rcxpériencc oc nous appreud que trop qu’on gimsit souvent des bagatelles, et qu'on envenime les discours les plus innoceuls : mais je veux que les faits dont vous vous plaignez ne soient pas douteux : voire frère n’a-t-il pas de son ctilé les mêmes reproches à vous faire? Ses défauts tous ont-ils toujours trouvé fort indulgent et fort charitable? Votre sonsibilité n’est donc pas bien fondée? Supposons même que vous n’avez rien il vous n‘procher du côté de la modération envers votre frèi'C : que faites-vous en le haïssant? vous ii'effat^ez pas les impressions sinistres que ses discours ont pu laisser dans l'espril des autres ; et vous faites à votre cœur une uouvelle plaie. Mats voici enfin une raison plus foideque toutes les autres : l'amour-propre sufliroit pour aimer ceux qui nous aiment et qui nous louent ; mais la religion va plus loin : elle veut que nous ainiionsceux qui nous hahseut, qui nous déchirent ; elle met à ce prix lea miséricordes de Dieu sur nous , nous déclarant qu’il n’y a point de pardon à es|)érer pour nous, si nous ne l'accordons à ao& frères. Vous convenez, direz-vous, des maximes de la religion lâ-dcssiuj mais il faut avoir égard aux kûs de l’honneur, qui veulent qu’un homme soit deshouoré, s’il |vardoiiue des discours et des procédés d'nne certaine nature. Mais, preinièiTment, le prince a noté d’une infdmie éternelle ces vengeances auxquelles l'erreur publique avoU attaché une gloire déplorable. Secondement, une maxime abominable, que la barbarie des premières mœurs de nos ancêtres toute seule a cousacrcc, et a fait i^asser juaqu’à noos, ne doit pas l’emporter sur toutes les règles du christianisme , et sur les I<ns les plus inviolables de l'Etat ; on ne peut pas se déshonorer en obéissant à Dieu et à son prince.

Il* Partie. Fausseté de nos réeoneitiations. Nos réconciliations sont fausses, soit qu'on les considère dans leur principe , soit qu'on en examine les démarches et les suites.

i . Fausses dans leur principe. Une réconciliation sincère doit prendre sa source dans la charité. Or, des motifs purement humains sont d'ordinaire la source de DOS réconciliations ; oo se réconcilie pour céder aux instances de scs amis, pour éviter certain éclat désagréable, par coniplalsance piiur quelqu’un, pour ae bire une réputation de modération et de grandeur

^ d'ame , etc. Or, rien que d’humain dans tous ces motifs;

I et la preuveque la charité n'y entre pour rien, c’est que des pécheurs qui ne laissent paroitre d'ailleurs aucun signe do piété se réconrilieot pourtant tous les jours avec leurs frères. Or, ser«il-ll possible que ceux qui ue sauiwnt se vaincre sur les devoirs les plus aisés de la vie chrétienne , parussent des héros dans l’accomplissement de celui-ci , le plus dimcile de tous?

2. Fausses dans leurs démarches. Il n Hilla des ménagements infinis, et toute rbahileté de vos amis, pour vous réconcilier avec votre frère ; or, tous ces ménagements auroient-ils été nécessaires, auroit-ll fallu tant d'entremetteurs, si vous ne haïssiez plus votre frère, ai v ous l'aimiez sincèrement ? Vous avez exigé des conditions , voua n’avez voulu avancer que jusqu’à un certain ; point : la charité ne ronnnit rien de tout cela ; elle ^ u’a qu’iint* règle , c’est d’oublier l’injure, et d’aimer son I frère comme soi-im*nie. It y a, à la vérité, souvent des mesures de pnidcnce à obsener avant de se récon- I ciller pubiiquemout ; mais c’est la charité qui doit ré- ! gler ces mesures, et non pas la vanité; les récoiicilialiofis I où il entre tant de pn'cautions et de mystères rappro- ; chent les personnes , mais ne rapprochent pas les uffèc- ; tions. Jésus-r.hrist nous dit simplement : Allez vous ré» concilier avec votre frère, il veut que la charité toute i seule se mêle de nous récouritier avec lui.

' S. Aussi les suites do nos n‘conciliations sont-elles I vaines. Vous dites que vous avez panloimé à volri' ' frère, mais que votre parti est pris de ue pas le voir : donc vous ne lui avez pas pardonné , et vous ne PairiH*z I pas : car on ne craint point de voir ce qu'on aime. Vou- ; driex-vniis que Dieu vous aimât , à condition qu'il oe I vons veiToil jamais? La marque la moins équivoque du I notre animosité conlrc quelqu'un, c’est de ne pouvoir I souffrir sa présence.

F.h bien, dites-vous, je le verrai; je ne manquerai point aux tncnséances : mais je sais à quoi m'en tenir; il ne doit pas beaucoup compter sur mon amitié. Vous vous trompez, si vous croyez que c'est là pardonner à voire frère et l’aimer : la cliariléque l'Évangile vous ordoone est dans le cœur; ce n’est pas une simple bien- ' séincc, un vain extérieur; c’est un amour effectif, . parce que les hommes ne sont pas unis ensemble par les liens extérieurs seulement , mais par les liens sacrés et i intioM* de la foi, de l'espérance, de la charité. Aussi consultez te puMic sur vos réconcUiations : malgré tontes les apparences que vous gardez avec votre frère, c'est une opinion établie dans le monde, que vous nu l’aimez {toint : ce qui nvontre que le public vous connoit mieux que vous ne vous connoLssez vous-mémc.

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