‹ Œuvres de Massillon, Évêque de ClermontChapitre 330 sur 348 · SUR LA FABULE DE DIEU · texte numérisé non relu

SUR LA FABULE DE DIEU

1 Division. /. Dispositions qui doirmt ronduire Us fi- I diUs dans le lieu sainte pour entendre la ;>aro/c de I DUu. II. Dans quel esprit on doit ensuite t'érouUr.

j I” Partie, TVois disposifirmsdoimit tous conduire , dans U lieu saint , pour cfitendre la parole de Dieu.

I /'• Disposition. C’est un désir qu'elle vous soit utile.

Ainsi vous devez , avant de venir dans nos temples, vous I adresser au Père des lumiènx, et lui deniaudiT qu'il

ANALYSES DES SERMONS

MHik dunno ccs oreille» du c<pur, qui seules font eolen- , dre sa voix ; qu’il forme dam vos cœurs le Roût des | vérités qu'il met dans U l)ouchc des ministres. Si In Isra<‘IÜcs furent obli^zn d'user de tant de préparations pour veoir entendre la loi que l’niiKe leur donna de la part de Dieu: rouibieo ccs préparât! >ds sont-C'lks plus nécessaires pour entendre une lui bico plus simple , qui I (‘st la loi de Jésus-Christ? O'pi'uilanl vous venexeo- ' tendre la parole de Dieu sans aucune préparation ; c’est la curiorité, un loisir iontile, la coutume, des vues t peut-être plus crimim lli s qui vous amènent ici : nul omv ' tif de salut ne vous y conduit. ^

II” disposition. Une disposilion de douleur et de coa- | fusion, fondée sur le peu de fruit que vous avex retiré jusqu’ici de tant de vérités eiiteudues. Rappelez tant de I monvemenls de componction , tant de pieuses résolu- j tions inspirées en ce lieu , toujours sans aucune suite ; songez que les vérités qui n’ont fait sur vous qu'une impression passagère sont autant de témoins qui déposeront contre vous devant le tribunal de Jésus-Christ. Que de réflexions à faire là-dessus 1 quel sujet de crainte \ Mail hélas! ce senlinient de douleur sur le peu d'usage do tant d’inslructioiu entendues u'est pas même connu : ; on peut en juger par l'extérieur avec lequel on vient enteiKlre la parole saiule ; il n’est f)as différent de celai qu’on porteroit dans une aj^scmbléc pn>fane. Combien de pécheurs même, bien loin d’étre ifTligés du peu d’usage qu’ils ont fait des vérités, se savent peutêtre bon gré d'y être insenriblrs? pires en cela que j ceux qui, avec une vie d’ailleurs criniineUe, eonser- | vent du moins toujours un reste de respect , une sorte de | sensibilité pour la vérité.

///* £>ijpo5tfion. Un sentiment de reconnoissancc sur ce moyen de salut que Dieu voua ménage , eu vous : conservant le dépdt de la vérité , et cantlnuaDt au milieu de vous la succession des ministres légitimes seuls auto- ; riscs à vous l’annoncer. I.e plus terrible châtiment dont Dieu frappoit autrefo'is les Juifs, c'éloit de leur ^ ôter les prophètes véritables, et de peniietlro qu'il s’é- : levât parmi eux de faux docteurs : au contrairt*, mal- | gré les iniquilés des cbrétii tis, qui semblent iiionléesà I leur comble, il ne cesse di* leur su^cller dus pastetirs | qui leur annoncent iini dOf'triite saine et icrépreheasi- | ble. Or, vencï-vous les écmiteravec un rouir touché de | reconnoissancc? Hélas! vous n’apportez ici qu’un dé- j goût d’irréligiou cl de vanité ; vous cb?s des spectateurs ' oisifs et curieux, qui ne sc proposent que d'entendre quelque chose de nouveau : aussi , si Dieu ne vous punit pas en retirant du milieu de vous ses prophètes , i il vous en suscite qui vous plaisent, mais qui ne vous j ooovertuaeol pas; et c’est ainsi qu'il exerce en secret I des jugements terribles et sévères.

II' Partie. Dans quel esprit derez-rous écouter la parole sainte?

t. Sou autorité est divine. Ce n'est pas notre parole que nous vous annonçons , mais la parole de celui qui nous envoie : donc vous devez écouter cette divine parole; premièrement arec docilité; ccprndanl combien de CCS luxnmes sages à leurs proprvs yeuv, quivlm- I neiil ici toujours eu garde ronire les qu’on leur !

annonce , qui regardent notre mimslère eominc un art j d'ciagéraliou et d’IiyperlMile, qui op[vosent tout lw»s à j la vérité qu'ils eiileudent les niavinus et les préjugts >

du monde qui la contredisent ! Hélas ! ib non» aecuæol d'exagérer; et Dieu nous jugera pent-être sur ce que nous aunvas airuibli la vertu et la force de sa parole. Socondï'ment , rautorité de la parole étant divine , vous devez l'écouter avec un ^•sI)ril de sincérité cl d’applicat'on sur vous-Diéme; c'est-à-dire, vous mesurer sur celle règle, vomi juger par celte loi : cependant nul ne prend ici pour soi la vérité qui l’allaque et qui le condamne; on n’y découvre que les défauts des autres.

2. La fln de la parole divine, c’est la conversion des emurs, rétabiis&ement de la vérité, la destniction de l’erreur et du péché, la sanctiflcaUoo du nom de Jétuo- Christ; donc vous devez l’écoutcr, premièrement avec un respocl religieux qui ne nx^risc pas la simplicité de nos discours. Ainsi quelque éclairé que vous soyez d'aiUeun , vous ne devez pas vous faire de vos prétendues lumières , un titre pour négliger les instructions que rUglise donne aux fidèles ; l’oiKlion de l’esprit vont apprendra toujours ici ce que vous ignorez |>eat-être cocore : cependant sons prétexte qu’on en sait assez, et que des lectures chrétiennes ,* et un peu de réflexion dans la retraile, sont plus utibs que nos discours ^oo se lianoit de ces assemblées saintes. Secondement , vona devez l’écouter avec un esprit de foi ; c’est-à-dire, avec un amour pour la parole sainte , indépendant dé» talents de i’bonimc qui vous l'annonce, qui vous la fasse trouver iM-lle, divine, digne de tous vos hommages dans une bouche même irnprdie cl grossière t cependant on no vient ici que pour s’ériger en juge et en censeur , que pour décider du mérite de ceux qui l'annoaccnt. I/c»prit de cnrioflité ne doit pas non plus vous amener id ; car notre ministère n’est point un art vain et friverie, qui ne se pro|toee que rarrangement du discours et la gloire de IVloqiience : cependant . loin de venir chercher ici des remèdes à vos maux, vous venez chercher de vains ornements, qui amusent les malades sans les gnérir : vous venez y cherelier l'harmonie et l’orncmenldana les vérilé» sêricuRos de la nioralede Jésos-Christ, oulifiaDi que nous sommes dans la chaire chrétienne, non pour vous jdaire et vous amuser, mais j>our vous instruire , pour vous reprendre et pour vous sanctifler.

LE LUNDI DE LA PREMIÈRE SEMAINE

SUR LA VERITE d’u» AVEMR.

Division. /. La certitude d’un avenir. II. La nèressité

d'un urmir. ///. Le smlimcnt sccrcf d’un ormir.

l'* Partie. Certitude d'un armir. Elle est jtisliDée par les plus pures lumières de la raison; et c'est U vérité la plus consolante de la foi : au lieu que l’incertitude que l’incrédule y oppose, est,

1. Suspcclc dans le principe qui la produit. Car l’Impie porta d’abord en iiaissaut les principes de religion nahirclle connus à tous les hommes; il crut un avenir, des récompenses pour la vertu, et des châtiments pour les crimes. Depuis quaod a-t-il cessé de croire? A-t-il examiué? a-t-il consulté? Point du tout, la croyance des vérités s’csl andiblir en lui à mesure que ses mœurs se sont dérégii^ : voilà la source de toute incrédulité , le deirgicuieot du ca>iir; on ne trouve (xxnt des hommes véritablement siiges , chastes , tempérants , etc., qui n’attcndenl point d’avenir. H est consolant pour les

ANALYSES DES SERMONS. 71.1

fidMes de voir qu’il faut rrnonccr à toutes les Tt rius, a\atil que de reooucer à la fol.

2* Cette iueerlitiidi’ est insensiV dans 1rs raisons sur le$i|uelles elle ft'ap|iuic. Il faudroit des raisaus bi. u di^ cisi\es poiu* ne rien «Tuire ; car ce seroit fureur cl extravacniK-e d.- hasarder un iuWrèl auv^i «tîcux qm* celui de sou éternité sur des pleines légère» »‘l fiiioles. Or quelles sonl h‘s graiidt'S raisons qui ont dctcmiioé rinm'ilule il i-remlro le j>aili de ne lien croire? il n’a que di‘8 discours vagin s. des doutes uses, des suppositions chimériques ; ou ne sait, dit-il, ce qui se passe dans cet autre moodi> dont on mms |uirle; (MTSimne n’eu t‘sljamai.<< noi nu ; au lieu que le fidèle croit un avenir sur rau:orite deriu rilurc, sur la dt^iHisilion des apôtres qui oui re|Nindu leur sang pmir rendis gloiit} a la vérité, sur l’accomplÉsc'incnt dis prophéties , sur la tradition de tous le» siècles; lequel des deux fait un meilleur asage de sa raisou? Bien plus, quand les vaines raisons de rimpie Uilamei'oient les veiités solides etevMienles qui nous proinctleut riumiurlalilé , il devroit du moins désirer que le soutiinenl de la foi fût vcritalile. Ce sentinieut fait hnuueurà niuiniiic; il lui apprend que son origine est céleste, et ses es|MM-ances éleruelles : au lieu que rien de plus triste, rien de plib buruiliant p^mr nioiiime, qu’une doctrine qui leeoii* fond abMilunieut a\i‘c la lM‘le. t )ii(rc cela , son propre iiilérx't devroit |H>rter l'impie à cro're un avenir : il ne risque rien en le ero)nnt ; si cixHliilité , s'il si* trompe , n'diira aucune .suite fâchease; il vivra avec hoimeur, avec proMlé, avec iuuocencc. Il aura |N>rdu quelques plai»irs seusuel.s cl rapides , qui rauroicut bjimlôt lassé par le dégoût qui les suit, ou tvrann!»é par les nouveaux deMii-s qu’ils allmnent ; mais s’il y a un avenir, il perd le« birns éternels, la |H)k!>c>sioti de Dieu même; et il va trouY er des ardeurs dévorantes . un supplice sans Gn et •ans

3” 1/ineerlitude de l’Inipie est affreuse dans ses con< séquonrc.-(. t’reiniérmient, si tout doit finir avec nous, d'où vieut que nous ne loimnes pas parfaitement lieu> reui sur la terre? tous les autres (dres, contents de leur destination , pan)isvent lieureiix à leur manière dans la situation où Dieu les a placés ; rhomiiie mmiI est in<|uiet et fiiécontenl , en proie à scs désirs , et no rcocoiilrc rien id-luis où son cœur puisM se Dxer. Secondement, si tout lueui't avec le corps, qui a pu persuader à tous les hommes de lotis tes siècles et de tous les pajs que leur anie éloit iminortelle ? ce n’est |ias une collusion , car un ne peu! faire convenir ensemble les homiiiesde tous les pays et de tous b s siècles; ce n'est pas un préjugédel’éduralion qui csldifTérente selon les diffé- 1*0015 |>ay s : ce n’csl pas une secte, car ce dogme n’a point eu tle ciM'f et de protecteur ; les hoiiiraes se le sont persuade il eux-mémes. Tniisièniniieat, si tout meurt avec nous , il faut que l’univers prciuie d'autres lois, d'autres mmurs, d’aiiires usages : car les lois qui noos unissent, les devoirs les plus sacrés de la vie civile , ne sonl fondés que sur la certitude d’un avenir : tout est confondu sur la terre, et toutes les idées du vice el delà vertu sont renversées.

U* PiBTiE. i\fces5ilé d’un nrenir, et sa rotiformi/é arrr l'idte d’im Dieu sage, fi U sentimtnl de la propre consrienre.

Néccfoilé d'un aveoir conforme à ridé«' d'uu Dieu

sage. L'impie demande , s’il est digue la grandeur ' de Dieu de s’amuser à ce qui se fiasse |uinui les liomnns, de compter leurs vices ou feioï vertus, etc.

I Rcoiarquex d’ulHird, que c'est l'inipie lui-méme qui ! dégrade la grandeur de Dieu ; coiume s’il lui falloit I des sviins et des aticniions pour voir ce qui se passe I sur la teire. Ensuite je lui demande à mon tour : j S’il ei>t de la gramleur de Dieu de laisser les vires et I les vertus sans châtiment et sans récompense; il est I donc égal d’être vicieux ou verlueiix? Dieu n’aimc pas I davantage la vertu que le vice? ou plutôt il préféré le ! vice à la vertu? car les impies sont | resqtic toujours les heureux de la terre; au contraire, l’affliction et l'opprohre sont d'ordiiiaii e ici-tuis le piirlage di*s gens de bien. Qud Dieu de ténèbres, de foiMa^se, de conrosion el d'iniquité se fi>rme l'impie ! un Dieu qui met sa grandeur à iaister le monde qu'il a créé dans un désordre universel.

2’’ ?iea's.'iilé d’un avenir conforme au sentinient de la propre conscience. Dieu a créé l’homme, seul de tous ses ouv rages capable de connoilre et d’aimer l’au- I leur de son é. re ; il a mis en lui de» pensées si hautes , desd(‘sii'KM va.vtes, des scnlimenUsi grands : etcc|)endant cet luHiiine ne sernit fait que |K)ur la terre, |)oiir pinser un {ictil nombre de jours (*00)106 la bêle, en des i o(vu|w<lions frivoles on des plaisirs seiuiorls ? Ce qui et . donc digne de Dh'ii, c'e»l de veiller sur cet univers, ; d’aimer dans m*s créatures les vertus qui le rendent iui- • même aimable, de liafr en elles l.s vices qui défigurent [ en elles son image , de rendre heureuses avec lui les I ame» qui n'ont vécu que pour lui , de livrer à leur pro- [ pre malheur celles qui om cru trouver une félidié hors I de lui : voilà le Dieu des rhrélieiis.

I L'impic prétend que Dieu étant juste , ne doit pas pu- I nir comme des crimes des penchants de plaisir m*» avec j nous, et qu’il oousa luI-incuH'donm^. Quel hlaspbènu't j car .si vous prétendexjuBliGer toutes vos nctioni jiar les ! |N)uchanls serrets qui vous y |M)rtent, les plus grands { crimes deviendront pt'rmis , el nos penchant» et uns désirs seront ruuùjue règle que nous aurons à suivre: t ausvi la nature toute m uIo fit scMitir aux païens la néces- 1 sUé d’une lumièrt* supérieure aux sens qui en réglât l'u- ' sage, el fit delà raison un frein aux passions humaines. Donc ces peocliants vicieux ou m* vienoeut ptyde la première institution de la nature , ou ils en sont un dcrangimient , puisque louU'» les lois n’ont éié faites que J pour les mo<lérer, et que dans tous les siècles , touseeux I qui se sout livres sans réserve à leurs iienchants ont été regard*^ conimo de» moiutrcs et comme l’oppi'olirc de riiumanlté. D'ailleurs reudons juitticc à l’homme ou < plulôl à l’auleur qui l'a formé : si noiu trouvmi» en nous ! des penchants de vice et de volupté, noms y trouvons ' aussi d(*8 sentiments de vertu , de pudeur et d iriiioiM'ucc.

I l‘our({VK>i donc entre deux ponchauU riinpio di^(M-il, que celui qui nous ]mki£S(‘ vers les sens est plus conforme h la nature de rhumme , et u'.-) rien de crimioc) ?

I Si tous les hommes étoicut coirunipus, |H*ut-élrenu- I roicnl-ils raison de dir:', que les pendianis qui nous |n)i*teut vers leu seti<: .vont insépamhles fie iiotn* iiaturr : mais . Il y n df*» jn&lc» sur la t4*rrc; il y a d**» arnes chasies . (i- I dèlcs, tiinnrées, qui ont hérité de la i)atui*e des nW'ines penchants que l’bnpie , mais qui ont (var dessiu lui la î force d’y résister. M'attribuons donc point Dieu une

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7lt A^ALYSKS 0

foiUlctfto qui cil l’ouvraizo do nos pmpres déréglcoicnlK. Dieu o»t donc juslo lorsqu'il punil (ratu^rcssious de sa |.»i ; et l'impi*’ »c Imiiipe lonqi»e pour dernière resstnirciî» il s’innginc qiieU ivcoih|kiiso du jiisle sera U résurrection h une vie iiumorlcllo ; et la punition du |)éclioiir, rtméaiuisseinent éU-ruel «le SiUi ame. Car ce ne «croit pas une puuilion |M>ur l'impie de ii'éin* pbis ; c*esi U ce qu'il desire. Ce u'caI pas ainsi que Dieu piiiiil ; rcsix^ncede l’iinpie |MTira; mais se» crimes ne p«‘rirout avec lui ; la mort a Iwmé ses crimes , mais elle n'a pas horuê M'sdesirs critiiiuels ; ses toumu’Ols seront donc aussi êlerueis, que scs plaisirs l'auruicnt Oté» s’il eût élé le maître de sa dcsiiuéc.

CF- MARDI DE LA PREMIÎ-RE SEMAINE

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