‹ Œuvres de Massillon, Évêque de ClermontChapitre 332 sur 348 · III. Sou injustice · texte numérisé non relu

III. Sou injustice

D* Partie. L'ennemi du salut dresse deux pU^RCs à la faiblesse de l'homme: l’un de M^uction, en l’atlirant par de fausses es|>êraDCCs ; l'autre de crainte, eu le décourageant par des frayeurs iusensées : or la connoissanee du monde suITU presque seule pour nous défendre de la première illusion, qui nous y promet nne félicité imaginairc; mais le long usage du monde, loin de guérir la crainte de ses jugements , ne sert qn'à noos rendre plus timides. Pour combattre cette crainte, je dis qu’elle outrage Dieu :

1 ** Dans sa grandeur. En effet , la grandeur de Dieu demande que vous oc le metties |iascn parallèle avec un monde nvrprisable : or ici rappelé , d’un «Mé par la voi x de Dieu , de l'autre par la crainte des hommes , vous lui dites daus la disposition de votre arur : Je vous servimis dés ec moment , si le monde qui ne vous aime et ne vous sert pas , me (lermettoil de vous servir et ik> vous aimer. Otie impiété fait horreor, et c'est pourtant vous qui êtes l’impie.

2" Le respect humain est iu;urienx 6 la vérité des promesses de Dicu.f^ar lorsque vous vous serez dri'laix* pour Jésus-Christ , croyez-vous qu'il ne saura pas affermir votre cœur contn* le <!échaluement et la hiiarrerie des censures humaines? croyez-vous qu'éclairé des iioiivelles lutiiiêrev de la grâce, vous ii’écoutct cz pas av<>c une saiule fierté des dhcours oit vousneverrex plus que les trisles égnn'menLs d'une raisou que Dieu abandonne? Plus touché de la folie des bomnics que de leur mépris, vous prierez Dieu d'avoir pitié de leur aveuglement , cl de leur manifester k'S vérités étemelk* de sa justice. Je n'en dis pas assez : croyez-vous que dans ces premiers moments de grâce et d’iin véritable changement de errur, une ame pi'itétn'ede compimclion et dos attrails d'uuc grâce si divine puisse être touchée de quelque autre chose que de son Dieu et du lionhcur de le servir? RéjMmdez ici, anves justes qui m’écoulez, cl confondez la füilik'sse du pécheur timide, qui ne peut comprendre que Dieu sache plus se faire aimiT, que le ntoude ne peut SC faire envindre.

Mais quoi ' uc peiil-ou |>as sc donner à Dieu et com -

t ntencrr une vie nonvelle, sans ae donner en «poel.nclo an ! monde (tar iin changement trop éclatant? Ainsi, an ' rapport de saint Augustin , s'nhusoit le cèlHire Victoriii, si connu dans Rome |iar sa sagesse et son éJ(M|uenee , H I se iK’nuadoit que Dieu ne regarde que te cœur, et n’en I demande pas davantage. Mais sans vmis dire que c'e*t outrager la grandeur de Dieu que vous afTtrleriez de mérounoltre dcvaui les hoiiitives; que c'est être ingrat , envers la grâce qui vmu louche et vous dégoiilc du monde et<lc8 passions; qu'il est imiigne d'un cœur noble { et généreux de trahir ainsi vos sentinvnits : je dis que ' hml méuageiivent qui ne tend qu'à persuader au momie (juc vous appnvuvez encore ses abus et ses maximes, et qu'à vous niellre à couvitI de la réputation de serviteur de Jé»us-(;hrist, est iiim! dlssimutallon criminelle, et I moins 'digne d'exeuse que le dérèglement ouvert et dé- I claré. Prenez-y garde : la vie licencieuse d'un |)écheur ! lui attire plus de censeurs de sa conduite que d'imila- I ttnirs de ses excès, mais les abus du inonde, autorisée I par uue vie d'aiHeurs régulière et mélée d'actions pieu- ' ses, forment nne séduction presque inévitable : plus ' vous vous prnnettes c** abus en évitant les grand* dés- I onires , plus vous )>orsuadet à vos fi'ères que le monde I n'o>lpas incom|Kitthle avec le salut; plus vous nous pré- : jKirt^des auditeurs incrédules, lorsque nous IruraouoDçons qu'on ne peut servir deux maîtres, plus vous 1 nmlliplies dans l'Eglise les fausst's pénitences, en deve- ^ nant le modi'le de mille pécheurs toiicliés, qui ne se figurrnldans la vertu rioii ou-delà de ce que vous faites.

, >'eloit-ce pas assez que viw dérégtemenU eussent été I autrefois un scandale à vos frères? faut-il encore qn'aajourd'bui voire fausse vertu leur devienne funeste ?

I ID Partie. Tout iMk^heur est insensé, perce que lout péclieur préfêiT un plaisir d’un instant à des pn>- ' messes éleroelles : néanmoins, noe passions fbrmeot souvent des erreurs qui, quoique opposées aux règles, peuvent du moins s’excuser par les apparences de l'équité et de la sagesse. Le res|wcl humain n’est pas de ce iiomlire; l'extravaganoe y iMroltsi à découvert qu’elle ne laisse (las de lieu à la méprise.

1* Considérez-to eu iui-nwnic. Car placez-roos en quelque situjlion qu'il vous plaira; soyez homme de bien , soyez homme do plaisir , choisissez de la cour ou de la retraite, vivez eu ptiilosophc ou en lil>eriin,e< voyez si vous pourrez jamais |>arveiiir à mclire tous les hommes dans les iiiléréls de votre conduite. Or puisque dans aucune rircoDslaiice de la vie , vous ne sauriez éviter la biz.irrerie des jugements humains; pourquoi la craiodriez-TOusdans la piéléseulement? Si cetinoonvénieut ne vous arrête pas dans In affaires de la vie, fautil qu'il TOUS dcloumc de la grande affaire du salut? Je vais plus loin , et je dis : quand niênie en prenant le parti de la vertu, vous auriez fait le motide entier le amsotir de votre eondiiile; ch ! qu'importent les jugements des boiiniU's à celui qui a su raellrc son Dieu dans ses intérêts? qu'a do aimmuo leur estime ou leur mépris, avec voire deslioée étemelle?

Mais 1100, je me trompe ; les rensures des hommes sont toujours la réoom|>C!ise do la vertu , et le pré.sage le jilus certain du salut ; une vertu du goût des pécheurs me s(‘n)it suspcv'tc ; la grandeur du juste en ce nmnde j ne pi ut être vue psr des yeux de chair ; cachée tons de ' viks appii'ences, l’orgii'-il limnain o'y voit rien que de

ANALYSES DES SEÜMONS.

mt^risiUc : niais cct homme aujourtl'hui ol»cur cl luéte di^iclera un jour d<‘ la fuule ; <*t eii>irouiié de f;k)ir« et d'inunorlalitc, il offrira aux imialcurs du monde un spcclaclc d'autant plus étonnant , qu'il ajmi> tera à leur surprise le déses|xiir affreux d'une <icsiioéc bien différente.

2** Le respect bumain^ insensé en lui-même , l'est encore plus ilausles rirronstauccs qui l'accompagnent. Et preinièretnent , si tous êtes désabusé du monde» fxiurquoi comptex-Tous pourquol(|ue chose ses jugemenb? Secondement » vous avez Joui jusqu'ici injustement de restimedes hommes; tous seul savez justin'oii la mesure de vos foibleases ci de vos crimes est montiH; en la présence de Dieu » et de ces foiblesscs, qui cxikimts aux regards publics » vous auroienl couvert d'une ignominie éternelle : cependaiil le iiioudc vous a loué; il a vu en TOUS mille vertus » cl ces vertus sans la piété étoient de vaios titres » vous le savez ; eh l ne faut-il pas que Dieu soit TCDgé » et que le monde refuse injustement , à une vertu aujourd'hui véritable» les louanges qu'il a autrefois iujuslcnicat données à vus via's et b vos fansses vet'- Uis. Troisièmement, pourquoi craindrei-votis dans les voies du salut, ce que vous ii'avez pas craint autrefois dans celkz du crime ? Vous ne conipliez pour rien les discours des hommes» lorsque vous vous livriez à dis excès bouteux; et vous ne eonimenceriez à les rraindn* que depuis que vous avez dû apprendre à les Riéfiriser? C'est <fooc pour le Seigneur fout seul qu'on est Itmide; le crime va la tête levée, la vertu rougit et se cache. | Après fout, que pourra tant dire le monde? que vous êlei ioconstaot» que vous êtes insensé, que vous ne vous souliendn*z (vas ; que vous ne quilles le monde, (|uc |)arce que le monde vems quitte; que vous avez vos vues» i|ue vous n'étes plus bon à rien ? Mais à quoi doivent alKiuUr ces discours? qu'à vous faire mieux connoitre le monde» à vous le rendre plus méprisable» et à vous servir d'une instmcliou qui doit vous rendre plus vigilant, plus occupé de vos devoirs, et plus nxonnotssant de la grâce que vous avez revue. Enlin je vous de- ! mande, qui K^s tient ces discours? et d’où parfont ces censures? ce n’est ni des gens de bien , ni iiiëuie d’ciilrc les plus sages des mondains, devant qui lii vertu a toujours ion prix ; ce n'est que d’un petit nombre d'esprits frivoles cl licencieux , qui se font uue misérable vanité d'altaquer la vertu» tandis que dans le secret iU lui rendent hommage.

III* Pahtie. Le respect humain est injusie. Pourquoi? parce que, l'*ce monde qui neconnoit paB4)iou; ce monde qui appelle le mal un bien , et le bien un m;>l ; C3 monde» tout monde qu'il est» respecte encore la vertu , envie quelqu<‘fuis le bonheur de la vertu, cbiTefae souvent un asile et une consolation auprès des sectateurs de b vertu » rend même des boniieurs publicN à U vertu : eb! pourquoi donc craindriez-vous de paruitre serviteur de Jésiu-Christ» devant des pécheurs qui soubaiteroient de devenir semidables à vous ?

2r Peut-être vous faites-vous honneur devantle moixfo de ceriains blents ou d'avantages bninains |>ar lesquels vous croyez mériter son estime; vous vous trompez» et peut-être vous donne-t-il du ridicule par les mêmes endroits par oii vous vous flattez de lui plaire : devenrz homme de bien ; la piété ne fait point dt^ jaloux» et U* monde qui u’aspiix? |x)int àce genre démérité, ne vous

en disputera |Kis la réfiulntion» pciit-êlr<‘ portera-t-il même son < stime |iour vous trop loin, et qu'au lieu d'attirer scs censures, vous n'aurez qu'à gémir en secret de l'excès et de l'injustice de scs louanges.

3" Ce qui est encore de plus honorable pour la vertu, c’est que le monde ne cherche et uc trouve d’ontinairo de consoblion que (bus b lldélité et dans b droituiTde ceux qui b pratiquent.

4* El c'est do là que viennent eu dernier lieu les honneurs poblirs que le moiHlc luv-même rend à la vertu : on y voit tous les jours des personnes d'iine destinée olacure» mais ennoblies des dons de la grâce, s'y atlin r des égards et des disUnclions que l:i naissance et les dignités ne donnent point. Pn-mz garde seuJeiiu'nt de ne tien inêier de foilde et d'humain à lu piété; ne poiiez fKis à b vertu les restes de l'humeur , des passions et des foiblcsscs humaines : car voila ce qui attire d'ordinaire de la part du inonde des dérisions et des censures. ApKz ccb si vous avez qucl<iue chose à craindre, craignez plutôt qu’on ne donne a de légères démarches de con • version les éloges d'uoo parfaite pénileuce ; craigmz que ces louanges ne vous fassent oublier vos misères ; tremblez que l'estime injusie des hommes ne soit nue punilion de Dieu sur vous» lequel accorde p(‘ut-clre celte récomiienso à quel(|ucs vertus uatundles que voav avez » (M)ur punir à loisir l'oiYueii secret qui les corroiniH.

Pour éviter ce malheur, regardez los hommes c(»mnie s’ils D'étoient pas; agissez sous tes yeux de Dieu seul» et bissez entre ses mains les intérêts de 1a vertu.

LE MERCREDI DE LA DEUXIÈME SE>LUr\E.

SUR LA VQUATIOÎ^.

Divisioiv. /. La rareté d’une rorntion rérifoWe. II.

Les périls d'une fausse rorafion.

Partie. La sainteté est b vocation générale de tous les fidèles; mais la voie pour arriver à b sainteté» n'est pas b même pour tons les boiiimes ; et nous ne marchons sûrement dans celte voie, que lorsque b main de Dieu n((us y a fait entrer. La raison cl b foi nous défendent également de pensiT que le Seigneur» après nous avoir appelés à b lumière dcrEvangilc»u‘ait plus voulu se mêler, pour ainsi dire , de notre sort - il n'est que trop cerlaia néanmoins que la voie que nota clvoitissons b plufvart n'est point celle que Dieti nous a d’abord choisie.

1» Les passions et les préjugés rendent b méprise très-commune. Souvent le choix d'un ébt n'est qu’une impression portée dès l’enfance; et avant que nous sachions ce que noos sommes, nous arrètoni ce que nous devons être pour toujours. Si l’on aUeiid un êgc plus avancé pour se choisir un état, les alfouJous n’en sont pas pour ceb plus sérieuses : une dignité qu’on espère dans l’Église engage au ministère; b mort d'un aine fait quitter l'ébl ecclésiastique; un dépit» une liaison d'amitié décide de notre destinée : comment ne vous pas méprendre, en usant de si peu de précautions? Voilà ce qui rendra un père de famille inexcusable devant Dieu , lui qui a dû Lostruirc ses enfauts sur l'iinporUnco de ce choix d'un ébt.

2* Seconde sourre de nos méprises : ce ch(dx qui dépend uniquement des desstMiis de Dieu sur nous, c'est

7ii ANALYSES DES SEUMONS.

rordrccle la uatui'cqui seul d'ordioaire en d<!cide; on n’attend d'autre mar(]ue de TocaUüo, que le rans delà oaissauce ou la situation de la fortune. J'avoue quequel* quefuis Dieu emploie oes signes hiiiuaii» pour nous faciliter le choix de l'éial auquel il nous destine; mais cette n'est ni «nre, ni universelle : chaque étal deinaude des talents particuliers, et ces talents ne sont pas toujours attecl>cs à un certain rang dans les familles.

3* Troi->iôme source de nos méprises dans le choix d’un état de vie ; c'est que l’on n'eiamiiic pas quelle est la voix qrie la religion et la raison veulent que noua clioisissioivt , et qui eu égard au caractère de nos penchants et de nos foililcascs, nous fournira plus de mo)ena de sulul. Je ne dis pas que tout les hommes se ivtircnt dsos les solitudes, el rcnoncÊnt aux emplois et aux professtom publiques qui fout l’ordre et l'harnionic de la sociélé : le silence, la retraite, l'aiutérilé même des cloîtres, u'est pas l'élat le plus sûr pour tous les hommes : ce n'est pas l’état , c'est la vocation de l)knj qui fait toute notre sûreté. Mais ce que je veux dire, c'est que raffaire principale étant d’arriver au terme heureux, il scroit insensé de donner la préférence au RmücT qu'on choisit, |»ar ce qu'il peut offrir de plus brillant, plutôt que par les socouis que nous y irouverous de fournir heureusement et sainteiiicnl la carrière: or sur ce principe, que de vocations derectucuses ! Quels motifs fout suivreà l'un le parti des ariiics, A l'autre celui de la ruiic, A «x-lui-IA le parti de i'tlglise? la cnpidilé seule fait la divenilé de nos destinées; el Dieu que noos n'avons jies consulté dans notre choix, en punira peut-être le déreglcmcut, en ) favorisant les passions qui nous l'ont inspiré.

4" Si i'e n'est |>U8 un goût déréglé qui doit décider du choix d'un étal, ce n'est pas aussi un respect humain qui force le goût et les indinatious les plus innccenles, qui no puuvoienl venir que du maître même de la nature : (ieniièresource de nos méprbes. Connue de ce choix dépend tunt le repos et le l>oniicur de notre rie , les déicrininalions où le respect et la craintede ceux dequl nous défM'ttdons, ont plus de piirtque nos propres |>cochanU, trainent toujours après elle le repentir et l’aiiicrtume ; cependan: ce respect humain préside pitstiuc toujours A la décision de dos dcAtioécs, et |»ersoime presque ne l>rend dans son propre cœur le choix qu’il fait de son étal. De lA tant do iiiéconlcnlaneuts dans tous les états, lautdc troubles dans les familles; tant de révoltes, d'eivnuis et d’aiiiertuines dans les cloîtres ; cliacuii se plaint d;* sa condition et envie celle d'autrui , et nul u'est heureux dans le monde, parce que nul presque u'y est A s.i place.

Il* Partie. De toutes les circouslanccsdcla vie, L> cliolx d’un état est celle où la méprise est plus A craindre, soit que vous la regardiex :

1* Du ràtéde Dieu, dont elle usurpe les droits. En effet, eu noos donnant la liberté, Dieu ne s’est pasdé|iarli des droits qu'il avoit sur nous; et c'est A lui seul A disposer de nous, selon les vues qu’il s'est proposéesen nous ronnaiit. Mais quand sa souverainrié ur lui donnernii pas ce droit sur sa créature, sa sagesse détroit l'établir seul arbitre de nos destim^'s : |>ourquoi ? pance que Dieu sctil nous connoit ; lui seul peut juger des rapports divers de vice et de vertu , que les situations inlinh s où il IKHirnût nous placer, ont avec les qualités naturelles de paire amc ; et (tar couséquenl nous uc i>ouv ous (juc nous

. égarer, si nous sorlonides mains de la sagesse de Dieti,

I pour nous choisir A nous-mémes on état, puisque nous 1 ne nous coonoisboos point atscx nous-iuémes, pour dé- I ciJer sur ce qui nous convient.

! 2* Si la méprise dans le choix d'un état de vie est si

fort A craindre, c'est princi|>aleiucnl du côté des secours ’ et des graa’s dont elle nous prive. Comnve tous les étals ont leurs daogeruet leurs diflicullés paiticulières, il leur I faut A tous des secours propres pour vaincre ces olistacles et pour év iter ces périls : or pour participer A ces I grâces particulières, il faut que Dieu lui-même nous y I ait appelés; aulrement il ne peut vous regarder que I comme un serviteur téméraire , qui est boia de son de- I voir, et o’a nul droit A ses bontés. Hélas! si laold’amei périssent tous les jours avec les grâces iiiêmés attachées I A leur état , si la htihlessc de l’homme ne peut se soutenir souvent dans des voies où la main de Dieu même la guide, fera-t-elle moinsdechutesquaud elle y nvarchera I toute seule?

[ On est surpris quelqnefuis que les mœurs dos chrtS I liens aient si fort dégénéré : la raison n’en est pu difl)- ! die A Inmver; tout est corrompu , parce que nul près- ' que u'est A la plaoe où il devroit être. Voilà la source ; de la dépravation des étais, le défaut de vocation ; etde ' ce défaut do vocation , quelles suites irréparables !

3*Troisième raison |xxirqaoi la méprise dans le choix . d’un étal est si fort à craindre ; on ne (leut en réparer les I suites. Je ne vous dis pas que n’étanl point dans la vote > qui doit v (Mis conduire au salut, plus vous marchez, plus ; vous vous égarez , el que oc défaut est une de ces fautes, i dont on n’a presque jamais de remords ; mais je vous I dis, comprenez les suites d’une vocation illégitime : ri Vous êtes houime public , Tusage injuste de votre autorité , le bien que vous ne faites pas , le mal que vous autorisez : si vous êtes intrus dans le lieu saint, la perte de tant d’ames qui eussent trouvé dans le zèle et dans la |)iélé d'un ministre fidèle , la grâce et le salut ; ri vous êtes entré dans une maison sainte , le relAchemenI dont vos mœurs ont été un modèle : voilà , vous qui inspirez I A vos eiifsn's des vocations injustes, les soihs affreuses et les crimes infinis , dont i e seul crime vous rend cou- I pable devant Dieu.

I Mais si les suites de celle méprise sont Irréparables I pour (Ira parents amlMlieux qui vous l'ont inspirée , elles I ne le sont pas moins pour votis, vous, qui avez eu le : malheur de vous méprendre. Je suppose que vous en I êtes t(»uché de repentir: quels remèdes vous prescrire? quelli's mesures pnmdre? Il est des engagemenb que vouv avez pris contre l'ordre de Dieu , et qu’il n’est plus en votre imiivoir de rompre et de changer; vous n’êtes pas cet>eiMlant olvligé A l'impussiblc pour vous sauver; mais d’un autre côté, vous sauverez-vous dans nu état,

I qui n'( laiit {Mts te ^ ôlre , ne sauroit être la voie de votre salut?

Oui : el c’est une vérité de foi , que , qnelieque puisse étit* In situation de la créature, son sort n'est jamais dés- : (S|>cn^ sur la terre ; il ii’esl |Kiiiit d’état où la pénitence ! ne soit fmasible; et Dieu n’est pas tdlemeot assujetti aux lois de sa justice , que sa miséricorde ne puisse en teml>t‘nT la rigueur.

Aiavi, vous qui n’avez pas encore fait ce choix imp>rtaiil, évitez (*t^ mveils : priez l»eanooup, consultez V( s talents, vos iaclinalioris , vos forces, vos foiblesacs, les

ANALYSES DES SEKMONS.

ialérélsdc votre salul ; allirex nr vous la Krared’un l>on chois par l'imiocenoede votre sic. Mais si le choix est fait » el que vous doutiez des moli>s qui vous y ont porte ; rendez votre vocation certaine pir 1rs bonnes «cuvres ; comprenez que la fidélité aux devoirs de votre état , est la plus sûre voie pour vous ; remédiez à ce qui dé|)end do vous; Tailes-vous des remords utiles, en exniiiiosDt bien tonies les démarches et la suite de votre vie.

Mais s'il est clair que le Sriftocur n’a point du tout présidé à voire choix, voire sort est à {daia^rc; vous clés loin du nvyaume des deux. Ma» vous {K)uvez encore y prétendre : tandis qu'on peut se i*e|)entir, on peut encore espérer : vous n'étos pas cxtcrij’urevnent dans l’ordre ; mais le cvrur y rentre quand il so donne à Dieu : vous vous êtes exposé comme Joncs sur une mer oraRcuse contre l’ordre de Dieu ; vous y êtes tombé eouiiiie lui au fond de l’abinie : il vous reste encore une rrssouiTe ; élevez votre voix comme lui vers le Seigm'ur : De rentre Hi/rrt, c/aïuari ud DomiRiim. Voilà la ressource que la miséricorde de Dieu vous a préparée, le rci)CtiUr, le g^nissement, et une humble fidélité.

LE JEUDI DE LA DEUXIÈME SEMAINE

SUR LE MAUVAIS RICHE.'

Division. /. Dans le portrait que nous fait Jéstu- ChrUt du ttiuurais rirJie, rous terrez la peinture d'une rie molle et mondaine , qui ne paroft accompagnée ni de rire ni de rertu. //. Z^atis le récit de son supplice, vous en verrez la condamnation cl la déploraOle destinée: c'est le sujet de cette homélie»

D* Partie. Il y avoit d^ns Jérusalem, dit Jésus- Christ , un homme riche : U soiublo que ce soit ici son premier crime : il étoil uë heureux. Jésus-Christ n'ajoule rien à rctle circonstaoce : ou no vous dit ni qu’il se fût élevé lui-méme à ce point d’al)ondance et de prospérité; ni qu'il eût joui avec insoleiKc d’un bien qu’il rûlao(|uis avec l»ass('S8e.CcpeDdaot voilà le premier degré de sa réprolialion : il étoil riche.

2^^ Il étoil véiu de pour|)re et de lin : la poiirpn' éloit une clufTo précieuse; ma» ou ne nous dit poiut qu'en cela il passât les bornes que l’usaRc prescrivoU à son rang, ni que son lûen ne pût pas suffire à sa dépense : on ne dit point que dans sa parure il entrât der desseins de passion el de crime. Il étoit v élu superbeiivcnt : voilà ce que lui reproche Jésus-Christ.

S** Il se trailoil tous les jours magniflquemrnt ; mais la toi de Moïse ne défeodoit que les excès; et il semble qu’on étiiit autorisé à goûter les douceurs d'une alnmdance qui avoit été proposée comme la récompense de la fkk'Iité. D'ailleurs, cet homme riche n'est point acriué d'avoir usé de viandes défendues par la loi, ou d'avoir violé robservance des abslioeiK'es et des jeûnes qu'elle prescrivuit. A la vérité, il faisoit tous les jours lK>nne chère ; mais on ne dit point qu'il y eût de l'eicés t>t de la débauche ; on no le taxe ui de discours dissotiis, ni de jon, ni d'aMcmblécs profunes; sur la religkui et la foi de scs pères , on ne trouve rien à reviire en lui ; sa pmbilé u’csl poiut attaquée , el on ne lui rqiroebe aucun de CCS defauts qui blcsseot cl intéressent la socidé.

7âii

Or, tel que Jés(»-Gbrist rous dépeint ce riche, vous paroit-il fort coupable ? De quoi s’agit-il ? il doit riche , bien véiu , faisoit Imnœ chère : si j'en juge par vos . nururs el vos maximes, noo-seulenieut je oc le Iroovc I point coupable , je le trouve meme verhienx. Que dites- ' vous tons les jours de ceux qui lui ressemblent? uu tel i vil noblement ; il mange son bien avec honneur....

{ 4'* Vous m’opposerez peut-être la dureté du mauvais

' riche , et vous prétendez avoir en cela quelque avantage sur lui. Mais je (HKirrois vous dire, après saint Paul, qu’en vain vous donneriez tout votre bien aux pauvres, si vous u’avez daav le cœur cette charité qui croit tout, qui espère tout , qui souffre tout. D'ailleurs , quel est le crime du mauvais riche? rapprochons les circonstances, i et vous verrez que Jésiis-t^hrist n’a pas tant voulu nous ' représenter ce riche ecMimie un monstre d'inhumanité , que comme un homme indolent et trop occupé de m*s I plaisirs.

I Aussi , iorsqu’Abraham apprend à ce riche le sujet de sa condamnation , il ne lui dit pas comme Jésus-t^brist le dira au grand jour aux répnmvés : Lazare étoil nu ,

, et vous ne l’avez pas revêtu, il avoit faim, et vous no ' l’avez pas rassasié. Allais , que lui dit-il ? Mon fils, souve- ! nez-vous que vous avez reçu des biens dans votre vie ;

I voeu n’avez rien souffert sur la terre; ce n'est pas ainsi ' qu’on arrive au repos promis à ma postérité : vous avez ^ cherché votre consolation sur la terre; vous n'appartenez donc plus au peuple de Dieu : les lamies de Lazare •ont essuyées , mais vos ris el vos consolations le changent en des loumienis qui ne finirout jamais.

I Vous en êtes surpris, mes Frères? Vous ignorez donc I qne c’est un crime pour on chrétien, de n'avoir point lier vertus? Undisciple de Moïse, vlvantsousune loi encore imparfaite, est condamné pour avoir mené une vie molle et délicieuse ; et un disciple de l’Êvangile, un membre de j Jésus-Cbrut crucifié , serait traité plus ravorablcment .

I CD ne refosant rien à ses sens, et en s'abstenant simplement des plaisirs injustes et honteux l I C’est une vérité de salut ; que vous nepouveséfrepré- ; destiné , si vous n’éles rendu Ici confonne à rbnagc de i Jésus-Christ. Or , pour ressembler i Jésiu-Cbrist, suf- I fit-il de n’élre ni fornHUleur, ni impie, ni injuste? le I grand modèle de toutes les vertus, rcconnuUra-t-il pour son dUclple, un homme qui n’en a aucune? el cependant TOUS ne craignez rien pour votre destinée, poiin u que vous viviez dans une régularité qne le monde approuve. 1) est si vrai que cet état ne vous laisse point d'iilarmes pour le salut, que lorsque nons vous proposons U pratique des vertus chrétiennes, vous noos ré^ndez i que vous ne vouUz pas le prendre si haut, et que voi» croyez qu’il est plus sage d'éviter ces prétendus excès.

^int Augustin se plàignoit qne certains païens de son tampsrefusok'ütde se convertir à la foi, parce qu’ils menoient une.vie réglée, selon^ monde; cl voilà predsCmenl la réponse de ces chrétiens voluptueux et inÂvtCDLi , de oés vertueux du siècle , lorsque nous les exhortons à une vie plus conforme aux mnxiincs de l’Evangile. Mais écoutez la réponse do ce Père. Leur conduite est Irréprochable , selon le monde : mais ils œsont pas chrétiens; pourquoi ? parce qu'ils n’ont pas crucifié leur chair avec ses désirs : |>arce que les chrétiens sont spirituels, cl que CCS monjloiiis sont cnrtvre tout ebarneb.

Si pour être cUiétieo, il suCQsoit de ne pas donner dam

ANALYSES DES SERMONS

7ÜG

Icf excès; le peffanisim^ nous a fourni des hommes sages, i alUchés au devoir |>ar des principes de gloire et d'honneur : ce ne sont dune pas les dcï^irdrcs d>ilès qui fout ] les chreiicns, niais les vertus de l'iLvangile pratiquées, | c’est l'esprit de Jésus-ChrUt cru(tifi(>.

Il' PAU'ri£. Lazare meurt et est f>orld dans le sein d'Ahraliam; le riche meurt, et il est enseveli dans l'enfer. Quel nouvel ordre de destinées! le riclic <9t eusc* veli; le mot est reinarquahio : le corps de I.az.ire nhoisdouué, trouve é peine uii |veu de teri-e qui le cmiv rc. La tare meurt , et on ignore à Jérusalem qu’U ait vci’u : le riche meurt , et sans doute la pompe et la magninceuee le suivent jusqu'au touilM>au; mais à quoi lui sert tout cet appareil ? son aine priripilëe sous le |Joidsdcses iuiqnilési, s’est déjà creusé un lieu profuiHl dans l’aUme élerocl : ÀVpidtus est tn infemo. MaisUfautsuivi'eles circonstaiicGsdu supplice que soulTrc cet iofurUiuédaiis le lieu des tourments.

A |)ciiie le riebe se trouve-t-il dans le lieu de ion supplice, qu'il lève les yeux en haut : quelle surprise pour UD homme , qui n’a jamais soupçonné que la vde où il marchoit, sûre selon le monde, pût conduire à la per- 1 dition ! Il lève les yeux, et voit de loin Lazare revetu do gloire et d'immortalité; première rirconstance do son auppliee. Quel parallèle alors ! quels désirs de lui avoir ressemblé! quelle rage de ne lui ressembler pas! Voilà, mes Frères, ce qui, au fond de ce gouffre, ruugera ëlcmclleiueut le pécheur : la vue de cca ames bienheureuses, et la pensée qu'il étoit né pour le même bonheur. ,

2' La présence d’au bicti auquel jaiiiais on n’a eu de droit , touche moins des iiialhcurenx qui en sont priv es : mais ici uu mouvement rapide |X)rteni le c<eur de l'homme vers le Dieu pour Uqiiel seul U étoit créé; et une maiu invisible le repoussera loiu de lui. Le Dieu do gloire même, pour augmenter son désespoir, se montrera à lui daus toute sa grandeur, sa clêmeuce, sa iMjnté; et cette vue le tourmentera plus cniellemeiit encore, que le sentiment de la fureur et de la jiulice de Dieu.

Nous sentons foibtement ici-bas l'amour naturel que notre ame a pour son Dieu; jiarcequcles faux biens qui nous environnent, nous occupent cl nous partagent ; mais l’ame séparée du corps, Uhis ces {anlêmos de bieus s’évanouiront, toute cette capacité d’aimer sc portera vers Dieu; taudis que le |M>ids de l’iiiiquilédu piTheur, le fera sans cesse retomber sur lui-méme, cl le rcpoiu.sera dans l’abiiiic, où, sans pouvoir cesser d'aiuicr, il se Terra |>our l’éternité l’objet de la haine de son Dieu. Quelle affreuse destinée! être étcroellcmcnt malheureui, par l’image toujours présente de la félicité qu’on a perdue!

3" Le riche dans l’enfer est malheorcux par le souvenir dos biens qu’il avoit reçus durant sa vie ; autre circonstance de son supplice. Quel triste parallèle pour cette aine de ce qu’elle avoit éU*, avec ce qu'elle est! jours passés nu sont plus, et lie fout que rendre plus affreuse l'nmcriume de sa condiliou présente. Ajoutez à ce souvenir , celui des biens de ta grâce dont elle a abuse : c’est ici où le n^prouvé, repassant sur toutes les facilités du salut que la iKiuté de Dieu lui avoit ménagoos, cuire en fureur contre lui-mêrac.

4" Autre niallieur du riclM' réprouvé ; 1rs pcini's prt*aenUs qu'il cndiir.*. Jp scm/7'rr, dit-il, d'extrOnes l««rtaruls dons crttr flmnmc. 11 demande ime gmdled'enn ;

non pour éteindre, ma» pour adoucir Tanleur vengercase qui le brûle ; et elle lui est refusée. Nous ne savons pas oc qu'il souffre ; mais nous savoiu qu’il souffre tout ce que Dieu lui-même peut faire souffrir à un coupable qu’il veut {Kiuir.

Voua noos dites tous les jours, avec un air déplorable de sécurité, que vous voudriez voir quelqu’un revenir de l’autre vie, pour nous dire ce qui s'y passe. £h bien , répondoit aulrefms saint (Ihn»»l<’Niie aux grands de Con- Uanliuople,coulcotez aujourd’hui votre curiosité : écoutez cet iofortuue que Jcsus-Chrisl eu rapfielle , et qui vous raconte le détail affivnix de ses niaUieurs.

5” Ce u’e»t pas tout ; set simfTrauccs sont d’autant plus affreuses, qu'oii lui fait counoltre qu'elles ne fluiront jamais. Ainsi l ame réprouvée perce la durée de tous ica siècles; l’avenir est U plus aflrcuse de ses pensées, et rétemité toute seule est la mesure de ses lourmcols.

Enflu, ledéségleiuentdeaesfrèresquivivoieoteacore, et auxquels l’esemplede sa vie molle et voluptueuse a été une occasion de scandale, bit la dernière circoostaocc de scs peines. Il souffre pour les péchés d’autrui ; tous les criuies, où ses frères tombent encore, augmentent la fureur de ses Usnmies, parce que ses scandales durent encore : et il demande leur conversion comme un adoucissement à scs peines. Combien croyez-vous qu’il y ait d ames réprouvées dam l’enfer, avec lesquelles vous avez vécu autrefois, dont vous avez malheureusement écoulé les discours, dont vous avez îmilé les exemples, et que vous avez suivies dans le goût empoisonné qu’ils vous inspiroient pour le plaisir ?

Mais quelle réponse bit-on du sein d’ Abraham à toutes ces amet réprouvées? vous avez Moïse et les propbètcs.'fi les véritésde rÊcrilure ne vous corrigent pas, en va’n un mort reavusdlcnut pour vous convertir; et ce mort ressuscité à vos yeux labseroit encore à voire cœnr corrompu mille raisons de douter. Lisez donc les livres saints; commencez par là vos jounvées , et flnissez-les toutes par là ; puisque c’est là le veul moyen que Jésus-Christ vous propose aujourd'hui, pour éviter 1a destinée du réprouvé de notre Évaugile. Là vous trouverez les vérités les plus simples et les premiers fonde menis de la doctrine du salut.

LE VENDREDI DE LA DEUXIÈME SEMAINE

SUR l'cnfant prodigue.

Divisiorv. i. f/rxrès de fa passion de l'impurtlé, marque dans les égarements de l'enfant prodigue. II.

L'excès de la misérieorde de liieu, daus les démarchés du père de famille*

1" Padtii:. //excès de la passion marqué dans tes égarements de l'enfant prodigue.

Il n’esl point de vice qui éloigne plus le pédtevir de Dieu : il met comme un aldme entre Dieu et l’amc voluptueuse, et ne laisse presque plus au pécheur d'espérance de retour. Voilà pounpioi il est dit dans l'Evangile , que le pnMÜgue s’en alla d’aboid dans un pa)s fort éloigné. Eu cfTei , il sonhle que daus les autres vices, le ptvheiir tient encore à Di>.‘u par de fuihics liei» ; mais la passion houleuse dont je parie , diHdiunurc le corps,

ANALYSES DES SERMONS

cicifll 11 rnison, cl rcnil insifâdcs lotîtes les choses (lu cid.

2” 11 n’en est poinl qui laisse moins de ressources pour rerenir à Di(*u quand on s'en est éloiKne. Le pntdigiie dissipa tout son liien en débauchés « les biens de la (rnoe, et les biens de la nalure. La perte de la ffrace, est le fruit onlin:iire de tout p(^:hé qui tue rame; mais ce- Itti-ei va plus loin : il va tarir 1rs dons de l'Lsprit saint Jiis(|ac dans leur source; et la foi , ce roiKleincnldctous les dons , ne larde pas d'êlre renversée dans le cvrur du Itécheur impudique , parce qu’il n'y a pas loin de la dissolution à rimpiété. Les Ihcus de la nature sont pareilleiDcnt dissipés : vous avics reçu en naiasant une aine ü podk{ue ; vous éliei nédoui, éttal, accesrihle ; vous avies reçu en naissant des talents beureoi ; depuis que ce feu impur est entré dans veire ame, on ne vous reconuoll pins, et l’on cherche tous les jours vous-tnéme dans voos-mânie. Je no parle pas ici d<-s liieos de la fortune, qui viennent s'abîmer dans ce f^ouffre.

3" Troisienie caractère du vice honteux doul nous parlons : ce vice honteux devient le supplice du pécheur impudique. Après que TenhiDt prodifpié eut tuât dissipé, il arriva une ^rrande flmine dans ce pays-IA, et il coniroença à tomlKT en nécessité. Ce vice rend le pécheur ioBupportable à lui-même : premièrement, par le fond-s d'inquiélude qu’il laisse dans la conscience impure, qui fait que le ptVhetir se reproche sans cesse sa propre foiblesse, et qu’il mnsil en secret de ne poinoir secouer le |OU{f qni raccable. Secondement, par l(^ dégoûts, les jalousies, les fureurs, Icseontrainles, les frayeurs, l(‘ttristesévénemenls, iriséparaUii de celte passion. Tn>Uièm(V meut, par les nouveaux desira que ce viee allume sans cesse dans le cœur. Qnatrièmcnient , par les (risles suites du dérèglement, qui font presque toujours ex|)i(T dans un corps chargé de douleurs , la houtc des passions du premier âge.

•l*' Dernier caractère de ce vice : il n'en est point qui rende le pt'ebeur plus vil et plus méfiriiable aux yeux des autres hommes. L'enbnt prodigue tonilia dans un avilissement qu’on ne peut lire sans horreur. En vain le monde a donné des noms spécieux à eette passion bonletise; dans la vérité, c'est un avilissement qui déshonore l'bomme et le chrétien ; c'est une tache qui flétrit les plus grandes actions; c'est une bassesse, qui, loin de novu approcher des héros, nous confond avec les l>êles, et le monde , ce monde ^ corrompu , respectant néanmoins la pudeur, couvre d'une confusion étemelle ceux qui s'en écartent, et en fait le sujet de ses dérisions et de ses rensures.

H* Partie, i'otjons darui ia ronmsion de l'enfant prodigue, le module et les ronsnloUons de sa pénilenrr.

t°I>e premier caractère de sa passion avoit été de mettre comme un abîme entre lui cl l.i grâce; par le.<i ténèbres qu’elle avoit ré|>anduoa sur son esprit, |>ar im (k'goûl «rrrenx des choses du (Md , par rasservissenieiit des sens à l'empire de la volupté. La première démarche de sa pt'niicnce, éloigne Um.v obstacles. Premièrement , elle lui ouvre les yeux snr l'étal honteux où la passion l'avoit ré^hiit : elle le fait mtlrrr en lui-mème . (fit i'Kvangile. Sorondcmrnt, son d<‘guùt affreux pour les choses du (*iel, se cliange en un saint de^ir de In vertu (d de la justice ; romOirn de serviteurs, dit-il, rio»i.ï la «Mison de mon p'-re . ont dn jwiin e» nhondanre, et

je viis iri à mourir de faim ! .VutrefoU la seule idée de la règle et de la vertu le faboil fnvutr , la seule vue de la maison du (lère de famille lui éloU insupportable; H commence maintenant k envier la desiiiKè de h's senileurs, do CCS araes fidèles qui lui sont attachées. Troisièmement , il Dc s’en tient pas A de simples souhniu d’imilaiton; il ne renvoie pas A l'avenir; il ne loue pas la vertu dans l'es^Kirancc d'en suivre un jour les règles ' saioU's, la v(4Hlahlc douleur parle niuins et agit plus [ promptement. Je me lèverai , dit-il : .Vnrgom ; j'ai un I pèn> tendre et miséricordieux , qui ne di-mande que le [ retour de son enfant ; j'irai dans sa maison sainte : ibo ! ad patmn , j’irai réjMndre à ses yeux toute l'amertume I de mou ame : je lui dirai : 5fon père , j’ai péché rontre ' ferie/ el derant rous.

J 2* Quel chaogeioeot , el quel exemple plein do eonso- J IsUon pour les |iéebeurs! il semble que Dieu veut être I |>arliculièretnent le |>ère des ingrats, le bienfaiteur des I coupables , le Dieu des pécheurs, le ronsolateur des pé- I nilenls. En offet, Icrs i>remières démarches de la péni- I tenre ilel’enfaiit prodigue sont suivies de mille citmolai lions , au lien que les fruits de l’iniquité avoieul été pour lui aiiM'rs , comme de l'absinthe.

Prrmièrenvent , consolation du côté des facilités qu’il troiiv P dans la sainte entreprit’ de son changement. L(« père de famille aperçoit son Tds de loin et eourt au*d(^

{ Tant dc lui ; il faut peu de ciDtse pour éhranlcr un p<‘- (dœur dini ce conunencemcnl de sa carrière : le démon même, plus attentif alors que jamais, A ne passe laisser J enlever uue proie qui lui échappe , n’offre b une an»o ' touchée (|ue des difncullés insurmontaliles dans sa nouvelle entreprise. Ma», que fait alors ramour, toujours , attentif, du père de famille Ml court vers son enfant, il SC hâte de le soutenir ; il le rassure contre ses frayeurs ; il rasseruhli' mille ciiroiulaoees qui lui facilitent loules SMikbiiarrhes ; il éloigne des occa.vioi» où sa foiblosse auruit pu échouer; il renverse' des projets qui l'auroient exposé A do nouveaux périls. Sccniuk'ment, cousolalion du C(Mé des douceurs aecrèles qu’on trouvedan.s les premièiTs dénMiTliMd*OttC nouvelle vie: le père de famille ne se (Mvntente pai de courir au devant de son Qls retrouvé , il se jetle A son cou , il renil>rassc , il le baise : Certdit super ro//t<m e/t», el osettlatus est evm : image tendre et consolante de In joie que la conversion d'im seul p(ÿhciir cuise dans le ciel et des eonsolalluiis sc- CTèles que Dieu fait sentir A une ame , de ces premièrrs démarches dc son retour vers lui. Troisièmement, coiiaolatiun du C(Mé dc la participation aux saiuLv mystères, dont on avoit si long-temps véea privé par scs déréglem«-nU. Le père de (fcmilic fait tuer le veau gras; il ap- ! pelle son flb retrouvé A ce festin céltnte : .4ddHdte rl- ! tutum sagit%ahmi nunàncnnus , et epulemur. Quelle donceiir, après avoir vécu lint d'anm^ éloigné dc l'aulel cl dessarriflees, deso rclrmiver nu pied dc l’aiitel saint avec ses frères, nouni du même pain, soutenu de , la même viande , nttendanl les mêmes promesses, etc.

L'amc rcgrettc-l-ellealora les plaisirs honteux dont la I grâce vient de la dégoâlarf

I 3* Enflii, l’imfint prodigue étoit lomlvé dans l’avilis- I sement el dam le dernier méprit : Hionnetir et la gloire I sont le d^tuter privilège de sa |>énitcnce : on le rétablit J dans tout tev dndls dont il ctoit dâMHi; on le revêt ' d’une n>l*e de d>gnité et d'iimocedM» on lui donne

ANALYSES DES SERMONS

mtoïc U pn^ft^rcnce sur soa aloé ; c'est-lhdiro que la piéU^ Tait uuhiier re que no« passions aroieiU oa d’iu- OU (le méprisable ; on n'ro raïqiclle le souvenir , que pour donner plus de prix aux verlus qui leur ont succédé.

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