‹ Œuvres de Massillon, Évêque de ClermontChapitre 336 sur 348 · LE VE>DREDI DE LA TROISIÈME SEMM>'E · texte numérisé non relu

LE VE>DREDI DE LA TROISIÈME SEMM>'E

LA SAUARITAI!«£.

ô'cmMtiMes à fa femme de Samarie, ttoirj opposons à la grâce de Jrstis-Christ trois excuses. /. Celle de l'état. II. Celle de la difficullé. IH. (xUr de la rariété des opinions et des doctrine** sur la rigle des moeurs.

1'* Partie. Lor^qp'on nous prupuae le m<vdèled'uno vie chréticmie, nous ré()ODdoii* qu’une vie si légléc est inalUabk avec uolre état, cl que le monde a se* mages

ANALYSES DES SERMONS. 73.'

comme le dultre. MaU» I** la religion oe disUogue que deux «oriet de devoirs, dont les uns sont particuliers à clia<|ue étal ; 1rs autres, tans distinction d'état, sont comniuDs à tous ceux qui ont été baptisés : étes-TOiis nioius ebrétieus que 1rs solitaires? avex-vous une antre espérance , an autrt* Évangile, un autre chef, one autre patrie, d'autres oldtgaüons essentielles, ou au moins des exceptions et des dis|)enses accordées par Jésus- Christ? ses maximes font les devoirs du nioode, puisque c'est v*ar elles que le monde sera jugé.

2* Otte distinction de ceux qui sont du monde, d'avoc ceux qui n'en sont pas , ne provient que de la cornipüon des mœurs. EUc étoit inoonnue aux premien fl- «léies: ils avolent tous renoncé au monde : étreebrétien et n'étre plus du monde, c'etoit pour eux la même chose; vous êtes du monde, dites-vous, c'est votre crime , et vous en faites voire excuse.

De quoi prélendex-voiu être dispensés en disant que vous êtes du iuoude7.de la pénitence? oui, si vous y vivez plus saintcinent : de la prière? oui, si vous y avez moins besoin du secours do la grâce : de la retraite? oui, si le commerce du monde vous porte A Dieu : de la vigilance, des efforts? oui, si les passions sont moins \ives dans le monde, les obstacles plus rares, les devoirs plus faciles 6 remplir.

4° La foi doit être plus ferme dans le monde que dans le cloître, la charité plus enracinée, la vigilance plus soutenue , la prière plus fervente , la résistance plus fidèle; les pratiques du cloître ne sont que des moyens particuliers prescrits pour faire obaerver plus sûrement des devoirs communs à tous les états : avec moins de secours et plus d'obstacles , vous avez les mêmes oUigations à remplir ; des vertus, sans la pratique desquelles voiu êtes perdus, sont plus difficiles à pratiquer dans le monde que dans le doitre. Les austérités que vous reléguez dans le cloître y sont donc moios nécessaires que dans le monde < cependant les solitaires trouvent encore dans leurs asiles des sujels de crainte , des combats, des agitationz; et vous, au milieu des périls, vous seriez dispensés de veiller ?

5‘^ Enfin , comparez votre vie passée avec celle des solitaires, les satisfactions que vous devez à Dieu avec celles qu'ils lui doivent; et vous verrez si les gémissensents, les privations, les austérilés sontlrar partage plutôt que le vôtre. Si la femme de notre Évangile fût née à Jérusalrai, cet avantage aurait pu lui faire un iiK>Üf de sécurité : vous pourriez eu avoir un, si vous viviez dam la solitude : vous êtes du monde , comme elle étoit de Samarie ; comme elle, vous nous opposes un état qui vous éloigne du salut.

II* pAEiTiE. On diffère sa conversion, parce qu’on se Halte que c’est nne démarche facile ; lorsqu'il s’agit enfin de sc convertir, on se rebute de la difficulté dé l'eotreprise. Le moyeu , dit-on, de sonder les abtmes d'une ooofdeoce si long>temps souillée , de refondre un caractère fragile et op(>osé à la piété, de mener une vie chrélicanc dont le détail est effrayant.

Mais t** l’état déplorable de votre conscience devroit lui-même vous porter è l'cntrepriae qui vous fait peur. Est-ce donc la conuoissancc de vos maux qui vous éloigne du remède ? est-ce le senliment de votre esclavage qui vous fait refuser votre liberté? souffrez-vous moins en cachant vos plaies? C’csl votre soulagement qu'ou

vous propose, en vous invitant à les découvrir au niinistre de Jêsus-<.:iiri5t; vous avez tout A attendre de sa charité : dès que vous aurez ouvert votre cœur, la paix y renaîtra; toute la difficulté que je trouve id, est de vivre dans la situation ou vous êtes.

2* Vous désespérez de pouvoir réformer votre caractère. 51ais quand cette réforme vous coûleroil plus qu’à un autre, n'avez-vous point plus de crimes à expier? d'ailleurs rétemité ne mérite-l-elle pas que vous vous fassiez les violences que vous vous faites tous les jours pour le monde? ?i’élcs-vou8 pas obligé sans cesse do surmonter vos peiicbanis, de gêner votre tempérauvenl, de Siicrifier vos inclinations, de vaincre vos passions ou de les contrefaire ? Ces ooutrainles vous ont disposé plus que vous ne croyez à celles de l'Évangile. De plus, cette réfonne est peut-être moins difficile nuiintenant; l’eipérience vous a désabusé ; la bienséance exige de vous des mœurs plus sérieuses ; mille contre-temps vous ont dégoûté du monde, et vous ont appris qu'il vous goùloit moins. Au milieu de ses amuscnieois vous ne trouvez plus qu'inquiétude et qu’enuui; tout cela vous prépare à rouldier, à le mépriser. Enfin la conversion est-elle l'ouvrage de l'homme? ce qu'il ne peut seul, ne le peut-il pas aidé de Dieu? Les cœurs les plus corrompu» •ont quriquefois ceux où la grâce opère do plus grandes choses; elle change les inciioations, elle forme un cœur nouveau , die est plus forte que la nature.

S* Les rigueurs d'une vie chrétienne vous épooriotent, et il ne vous semble p:is que des hommes puissent accomplir exactenirat l’ÉvangUe. C’est une excuse injurieuse à Dieu; l'Evangile étant sa loi est nécessairement nne loi sage, coororme à nos besoins , proportionnée à notre foiblesse , utile à nos misères : Dieu en la donnant n'a point cherché son intérêt, mais le nôtre; et rien en effét de à propre que cetle loi à nous rendre heureux. Mais tel est l'artifice du démon , dit saint Angustin; n’ayant pu anéantir l’Évangile en rendant Jésus- Christ méprisable, U a essayé de l’aDéantir, en Ihisant passer cette loi pour impraticable ; Lex if/o dirino, fatHiis! $ed quij iUam implet? D'aillcum cette excuse est injuste dans la bouche de ceux qui l’afièguent; ils te plaignent de l'impossibilité de la vie chrétienne , et Ils n'en ont jamais fait l'épreuve : qu'ils prononcent sur les peines et les dégoûts de la vie du monde, leur jngeraent est recevable; n’ayant point essayé de la vertu, ils ne douent pas décider de ce qu’ils ne connuissent point. Hebutés comme les Israélites, Us disent que la terre où on veut les faire entrer est couverte de monstres et de géants : Terra dévorai habilatores suas. TéuKHoi du contraire, nous leur disons comme Josué et Caleb, que cette terre est excellcatc ; Terra quan cirrtiirimus rafdê bona est. Oui, si vous coonoissiez le dou de Dieu, les consolations qu'on é|>rouve à son service , la tranquillité qu’on y goûte, les bcilités que la grâce y ménage à notre foiblesse, vous ne différeriez pas un instant votre conversion : vous ne craignez la vertu que parce que vous ne la connoUsez pas.

III* Pabtie. La dernière excuse qu’oppose le pécheur , c’est la variété des opinions sur le réglement des mœurs; de cette variélé il c^mclnt que l'Évangile no renfermant rien de trop assuré, il peut vivre tranquille dans ses égarements.

Mais 1<* il o’y a que des âmes Üinoréci qui piUsiCDt se

tôt. analyses des sermons.

plaindra qne r«t(e TSriélé d’opioioiu les jette dans la perplexité : nécrosant jamais marcher par un cheniüi asart aùr. cllea ont des doutes sur lesquels il n*est pas toujours facile de pruooucer, cl clics peuvent trouver dans le sanctuaire ici une iodulifcnce qui les rassure , ailleurs une sévérité qui 1rs alarme. Mais le déré({leiuent de la Samaritaine éioit clair pour elle ; U n’y avolt ni à Jérusalem, ni à Ciariiim aucune loi qui pût l'autoriser : de même, pécli^irs, il n’y a |K)int de vaiiétéde sentiments par rapport h voa immsIods honteuses; partout ou vous condamne; partout on vous dit que les foroicatcurs, lei adultères, les impudiques, les adorateurs d’idulcs n’eotrerooi point dans le royaume de Dieu. Cette uniformité d’opinions ne vous ramène point a la vérilé. Cornmeooci donc par renoncer à des désordres qui n’ont pour eux aucun suffrafte , pas même le vôtre : adores Dieu en esprit et en vérité ; alors ne cherebaDt que Dieu partout, partout vons le trouverei: alors vous gcmirei devant le Seiqncur de la variété des di^taioiia, et vous lui deaianderci qu’il manifeste sa vérité.

2* On o’allégue celte frivole excuse, que parce qu’on ne veut point se convertir. A l'exeniple des Samaritains, on ne sait ce qu’on adttre : ou vent retenir comme eux le fond de la religion ; mais comme eux on y veut mêler des usantes profanes et favorables aux passions : la con- •cienec ne ratillanl pt^nt ce mélao({e, on n’est pas d’accord avec soi-même : pour ae calmer , on suppose que les ministres eux-mêmes ne smit pas d'accord entre eux ; 00 fonde sa sécurité sur leurs dissensions prétendues, et parce qu’on craint la vérité, on est bleu aisequ’ello soit oliscurdc.

Telle étoit la disposition de la Samaritaine. Sollicilée au dedans et au debors, die vouloit encore différer sa conversion ; Quand le Messie sera venu , dil-clie, il nous annoncera toutes choses; c’est rool-nvêine, lui répond Jésus-Christ , et si vous laines perdre l’heureux moment où je vous parle, vous périsses sans ressource.. Jésos- Chrbt nous dit la même chose : Voici le don de Dieu ; ne différex plus une conversioa que vous avet attendue en vain de l’Affe, du loisir, de la rupture de vos enfpigeinenta : void le montent favorable, rcgardez-lc, ou comme le comble de nos miséricordes sur votre ame, ou comme la terme fatal de ma bonté et de ma palieuce.

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