‹ Œuvres de Massillon, Évêque de ClermontChapitre 344 sur 348 · iü · texte numérisé non relu

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ANALYSES DES SERMONS

(‘hées, le font ainsi pour nous. iiTC'parsMc, .sccoikIc* < ment, pan-e que chüque jour, eliaqiie iiioiiiiul deiroit nom avancer vci'» le ciel : ur, les jours et les municnls (>erdus uous laii^cDt <‘u arrière : üu uuus ne fouriiinins i point le reslc du clicmiii que nous avons à faire , ou il j faudra coosomiiier dans un cxHirt inUrvalle ce qui de- Toit être l’ouv rat!e lalvorieus di‘ la vie entière. Irré|>ara* Ide, IrivUiènienieiit , parce qu’il faut que le ptvhé soit puni pour être efT'icè : or» en cerlaino saison de la vio, ou ii'est plus capaidc des œuvres de pênilence et de satisfaction : et on a beivu din^ que Dieu ne demande pas rimpossihle ; mais c'est vous-iuéme qui vous ries mis dans celte impossUnlite ; or, vos fautes ue. dimiauent pas vos obligations.

Il* pjkRTiE. Cotmoissons l'usûçc du temps, et nous ne i'emptoierons que pour trarail/er à noire saint. L’usage chrétien du temps n'est pas d’en remplir tous les moments , c’rsl de les remplir dans l'ordre et selon la volonté du Seigneur, qui nous les donne. Mais en quoi consiste cet ordre qui doit régler la mesure de nos occupations, et saDClifler l'usage de notre temps? U consiste :

I^A nous borner aux occupations attachées à notre état; à ne pas compter parmi les devoirs de notre état, tes soins et les embarras que rini|uiétudc ou nos passio:js toutes seules nous formeut, et à ne pas chercher les places et les situations qui multiplient nos emliarnis. L'ioquiélude nous forme dv‘s occupations ; car nous voulons tous nons éviter oons-mémes, parce qu’en rentrant au dedans de nous, nous n'y trouvons qu’un vide affreux, qne îles remords cruels, des pensées noires , des réflexions tristes. >'ous cherchons donc l’oubli de Dous-memcs dans la variété des occupations et dans des distracliooi éternelles : mais nous nous trompons. Partout où n’est pas l’ordre, il faut nécessairement que sc trouve reonui ; et ce n’est que pour les âmes justes que le temps ne pèse pas, |)arce qu’il a toujours sa deslinalkm et son usage : or, outre que l'inquiétude , par scs agitations et sou inconstance, ne sauroit nous faire trouver celte paix et ci>lle joie qui ne se trouvent que dans l’arrangement d’une vk* uniforme et occupée, elle ne saucllflc pas non plus l’uMge de notre temps, puisqu’une vie de dérangemeDl est eolièremcDt opposée à cetlc vie d'ordre et de règle que Dieu exige de nous.

Les passions nous meltent aussi dans un ninuvement |)crpétucl ; mais elles no nous forment pas dos occupatious plus légitimes. Après avoir donné la jetioussc à la paresse et aux ptaUirs , ou donne les années de malurité ^ la patrie » à la forlunc, à aui-mème : ou iToil bien eiiipluyer sou tctu|>s; mais on prend enoon* le change eu ccU, parce qu’on se livre aux aiïaircs, on sc charge d’un emploi sans consulkr ni l’ordre de Dieu, ui les vues de la religion , ni les périls des situations trop agitées. Ainsi la plupart des Iminmcs se font iuconsidéréiiieot une vie tumultueuse et agitée, que Dieu ne dcnmodoit pas d’eux, et cherchent avec empressement des soins où l’on ne peut être en sûix’té que lorsque l’ordre du Dieu nous les inéuago.

2° L’ordre qui doit régler et sanctifier l’usage du n;>tr.' (ciiips, consUtu à regarder comme les plus essen- Ucltcs et les plus privilégiées do nos occupatious, ccUrs ({lie iiDus devons à tiolrc salut : c'e»! l’unique moyeu d<* n'parur eu qtietiiuc manière la disaipation de cutte {larlic

lie notre vie que le iiKMidc et lt*s soins d'ici -lias occu|>ent tout entkre. Mais c’est encore icJ où notre aveuglement est déplomltle : toutes nos iiutres iKX'iipations nous paroissent c^sent^cllcs , nous n’oserions y loucher; et comme la vie est trop courte, et les jours trop rapides {Miur siifHre à tout, ce que l'on rctranibe, ce sont les soins du salut : ou ne trouve jamais de tenijis |iour cela ;

(d si l'on düimu quelques moments h Dieu , ce sont i^eux dont le monde ne veut plus , et dont nous sommes peutêtre cmliarrassés. Voila l'usage que les personnes inèlUGs qui se purent d’une ré(>ulatîon de vertu font, à la cour sitrioul ) de leur leuijis : toute leur vie est une préférence ciiiiiinollcqu’elk’s donnent au moude, à la for- , lune, aux bk'iiscanrcs, aux plaisirs, aux affaires, sur l’alTiiirc de leur salut. Il semble que le temfu nous est ' premièrement donné pour le monde, pour l’ambition , pour nos places , pour les soins de la terre , et qu’ensuiU*

I ce que nous jiouvons avoir de trop, ou noos sait bon gré si nous le donnons au salut. Cependant les soins do la terre, quelque brillants qu’ils pnissi'iit élre , nous sont I étrangers, ils ue sont pas dignes de nous : les soins de : réteniilé tout seuls mmiI dignes de la noMessc de nus I espérances, cl remplissent toute la grandeur et toute' la dignité de notrt^ deslinée : car noos nous devons à Dieu j avant que d’clre à nos niailres , à nos iurérieui-s , h nos , amis, à nos prochrs : Dieu a les premiers droils sur an ; tre cœur et sur notre raison ; c’esi donc jM>ur Dieu pn^* niièremenl que nous devons en faire usage, et ikmiv I sommes chrétiens avant que d'èlrc princes, sujets, hommes publics , ou quelque autre chose sur lu terre.

On dira qu’on croit, en remplissant les devoirs ]>éaiblcs et infinis de son état , servir Dieu et travailler à son salut. Il est vrai :,mak il faut remplir ces d< voirs dam la vue de Dieu, par des motifs de foi et dans un l'sprit de r(‘Iigion et do piété, rar Dieu ne lient compte que ce qu’oii fait pour lui. Cela étant , que les jugemeuts do Dieu sont différetils de ceux du ntondc ! On appello dans le monde une l>clle vie, une vie remplie d’actions éclatantes ; mais si dans tout eda on a plus cherché sa gloire propre que la gitans de Dieu , c'c'st drvani Di('ii une vie perdue. Kn efTet, sfr>>it-il juste qu'il nous tint cotupte, au jour terrible, de toutes les pciuc», <■(' Ions j les soins, de tous bs dégoùisqtie uoiu dévurons pour nous élever sur la (erre, et qu’il mit au nombre de nos œuvres de salut, celles qui u’unt eu que l’aiulHliuii , l'orgueil on rintérél jîour principe ? Tout ce (jui u’est pas fait |)our le ciel, temps perdu pour rétemîte.

' LE MARDI DE LA PASSION

D1V1.SION. /. H faut trarailier «m saint arec riranie pour ne pas se rebuter. //. // faut y travaitler arre prudence pour ne pas s’y méprendre.

r* Partie. Trav(ülier au saint arec riracitè. Le sa- ! lut est la grande affaire on il s’agit de tout {Nmr nous ;

rien donc ne devroit nous Intéresser davantage en C(dfe ' vie; cependant nous travaillons à cette grande affain' sans estime, .vans goût, sans préférence ; voilà d'tki vient l(‘ defaut de vivante.

f* ïians etttine. l.e moude, par tme m'eut' digne d *

ANALYSES DES SERMONS

I irnir-« , n Inum* lo ‘OOItI ilt* rehausser ]Mrdrs IHrfs • iMUHM'Dlih's ItHis les «ioiiis i|iii ST l'apporicnl nin c)ios(s d'ici-lwiK; les actions de la Tiâ toutes seules, qui d -iiteih l'ciil ^lernelleuteal, iMtasrnt |M)ur des ocA-upalions oi> seuses et olM«‘ures, et n’ont rien qui les rrl^Ye aux yeux de» homnir!i : Toilà U première raisou pourquoi noue Iravaiiioiis è l’affaire du salut sans vivacité, c’est que nous n' estimons pas assez cetie saiole entreprise. Or, faiiUil oomhatlre une iltusion si indigne même de la raison ? Car si ce qui peut n'iidtv uu ouvrage glorieux à celui qui l’entreprend , c’est in durée et l imiiiortalité qu’il promet dans la inétnoirc des hommes, les a'uvrcs du Jus e lcHile.« si nies sx‘i*ont imniorlellif, et survim)nt n la ruine entière de riinivers : si eVst la récompense (fu'on nous pro|)ose* c'est Dien même qui scrasarécom- |)ense : si c'i'st In dignité dos occiipnlions auiqtielios un nous engage; dans l'affaire du salut tout est grai>d , on n’y traToilie que (xnir mit* cotmtune immnrtelle. Il ti’y a donc rien de plus glorieux sur la terre, et de plus digne de riKMiime, que It's soins de l'eteruilé. 0|>endanl sioousavonsdesconcum'utsdansle monde plus Iveurcux et plus éU'Vi^ que nous , nous leur portons envie , letir elévalion ranime noire vivacité; mais lnr«|ue les coin- (dicet de n<w plaisirs viennent k rmqvre généreusement tous les liens bonleiu <)es passions , hélas ! ou nous rensarons leur conduite, ou nmis ne songeons qu’à nous <4evei* aux places qu'ih viennent de laisser vacantes, san^^ fainais porter envie k leur nouvel état. O’oti vient cela , sinon de ce que nous iitmiquoDs d'estime |H)iir la saint» entreprise du salut ?

2* Nous travaillons au salut avec indnloncc, parce que nous ne lui donnons jamais Kv préférence sur tous nus antres soins. Dans nos journées tout a son temps et ses inomcQis marqués , non-seulement les devoirs , mais les bicnséauccs, les ioulilités et les plaisirs même ; mais où plaçons-nous l’afTiiire du salut ? quel rang lui donnonsiiouif Si nous faUons quelque chose pourrétcriiilé, no i-eodons-nouB |vas au iiurndele centuple? les moments sont pour Dieu ; la vie tout entière est pour le monde et pour nous-mêmes. Vous le scntei him, et vous (*onveuex que les agUalinns du monde, des afTaircs, des plaisirs, vous occu|)anl presque tout entiers, il TOUS re.ste peu de temps ponr ix'nser an salut : mais pour vous ('.limer, vous diios que lorsqu’iiD jour vous sem plus tranquille, rarraii*e de rélemité deviendra .alors voire principale affaire. Et voilà cc qui vous abuse, de regarder le salut comme incompatible aveu les occupiioiw attactiées à l’état où la Providence vous il placé; au contraire, vous pouvez en rnire dcsniujeos de aeocUDcalion, et y (‘xercer tuulcs les vertus chrélienoes, à l'exemple de Joseph, de cet officier de ii reine d'Éthiopie, <|ui étoit chargé de toutes Ici affaires d’un grand royaume, et de tant d'autres <{ui, datu la mémo silualion où vous êtes, dans uuc vie aussi agitée <jue la vûlrc, ont iiurm- ccivendaul une vie pure et chnHiemie. Quand |)our revenir à Dieu on attend qu’on imisKe changer de place, c'esl une preuve qu’on ne veut |ws encore clvanger son conir : aussi lorsque l'on vous dit que le salut doit être Tunique affaire, Ton ne prétend {vas que vuus renonciez à toutes les nulrcs , vous sortiruz de Tordre de Dieu; on veut seulement que vous 1rs rapporlM*z toutes au saint, ({ue le salut soit comme le ceuire où elles iiIxMilbsenl bmUi. Allcndre

(|ue vous .soyez plus Imnqnille pour cire pli» homme da bii-n, c’csl premièremeut une iliurion dont le démon sc • .sert |»üur n rtiliT votre {X'nîtence ; sr'condiment c’est I faire milnge a la religion de Jésus-Cliri-st, et jiutiner les reproches que les païens fuisoient contre elle , comme si elle eût é4c incompatible avec les devoirs de prince,

I de courtisan , d'homme {iiihHc , de père de famille. Dés- ' abusez-vous donc ; ce ne sont pas vus places , ce sont vos pcnchanls qui sont pour vous des écueils : or, quand tousserez lilire d’eiiiharras, votre crenr sera-t-il libre de passions? au coutraire, elles n'en seront que plus vives et plus indomptaldes, pnree que ne trouvant plus de quoi s’oauper au dehors, elles tourm^ront toule leur < violence eonlre voMs-mêmo.

3* Nous travaillons .1 Taffairc du salut sansTivacité, |)arce <pic nous occomplissoiis les devoirs de religion saoa plaisir, sans goût et comme à regret : tout ce que nous faisons pour te ciel nous gêne, nous ennuie, nous déplaît. Malspmiuèrement, vou.sêtesiDj(cted'8tlnhuer à la vertu ce qui prend sa source dans votre propre comi{Htoiv : cc n’est pas la piété qui est désagréable , c'est votre goût qui est déréglé ; rendez à votre cœur le goût que le pcclie lui a (dé, et vous goûlerez combien le Seigoeur est doux; voyez si les Jnstea ont le même dégoût que vous pour les œuvres de piété. Secoadement, )o joug du Seigneur n'est pour vous dur et accablant, (pie parce que vous lo portez trop rarement ; vous ne laissez |mis à la grâce le loisir d’en adox|cir le poids ; il faut .se f imitiariser avec la vertu pour en connoilrc les saints attraits. Troisièmement, vuus aceomplsscz les devoirs de la piété sans goûl, {^vee que vous oc les accomplissez qu'à demi ; il u'<s: que la plénitude de la loi qui soit <x>nsulau(e; plus vous eu retranchez, plus elle J devient iiesanle et onéreuse; et d'où vient ceta? c'e«t que Tobaervaucc itnpar&ilc de la loi prend sa sourro dans un cœur que les passions partagent encore ; or uii Cd’ur divisé, et qui nourrit deux amoiuvi , ne peut êlre , selon JésuaH.hrist, qu'uii lieu de tnmblo et de d(wvlatioo. Servez donc le Soigneur de tout votre cœur et sans réserve, (rt vous le Ecrrirez avec allégresse.

Il* Partik. // faut trnraUUr à l'affaire du safutarer prudence pour ne pas s'y mrprfndre. C'ol une entrepriac où les dangers sont jniimaliers, où les méprises sont ordinaires , où parmi les roules infinies qui paroisseiit sûres , il ne s’en (rouve (Wurtanl qu’une véribible , et où cependant le succès doit décider de nos destinées élernelhs : eùuna-nous jamais Insuin de tant de circouspocUon ét de pnidi nce? ^fais à (|uoi doit noos {M>rtcr cette {Tudence ? à deux choses qui ne sont que loa règles communes que les enrauls du siècle suivent eux-mêmes dans la poursoiti* de letirs prétentions.

C’est de ne pas se déterminer au hasard parmi ce! te nniltiplicité de voies que les homim^ suivent, les examiner toutes indépendamment des usages et .des coutumes qui les aulorisent ; et dans Taffairc de Télcrnib», iK' donner rien à TopinioD et à Texeuiple. \'oilà ce qu'on ue manque |>as de suivre, lors(|u’il s'agit d'aff;>ircs temporelles ; mais dans Tafraire du salut , celte règle est négligea? ; nul n'examine si les voies sont n'irrs , et on ne I demande {loint d'.iutrc garant de tenir vûreté que la foule ({(Ton voit marcher devaut soi. Ou adopie saiisallcnlion I (iespréjug(^ communs, seulement paire qu'Us sont établis ; on ue daigne pas se demaiKlcr à soi-même si ou ne

ANALYSKS DES SEKMONS.

•e trompe point ; en un mot » on ne fait poa mriuc usage | desanison.

2" C'est lorsqu'on te d<Hcrmiuc de do laisser rien h l'incertitude des étéDcnienls, et de préférer toujours la * sûreté au péril. Voità ce que dicte ta prudi ucc dans les afTairet de ce nionrlo; mais s'agii>il des affaires dt‘ l'é- ; teraité ? dans Us doutes qui D^tisseul sur le detail dos de- | niarclies, le |>ar(i le plus pcrilleui au salut, aimme il a toujours l'anu)ur-propre pour s<jI » il q toujours au^i la préférence, quoique nous Toyiont des roules plus sùre« i que celles que nuus choisissons. Car il n’est guéi*c de • dioute sur uns devoirs qui nous dérubc l'oldigation pré- ] cise de la loi sur chaque démarche ; cc|>cudânt partout nous résistons n nos propres lumiéns, partout > nous préféroos le péril à la sûreté ; daus tmUcs nos actions nous flotlont, non (tas cidre le plus ou le moins ^ paifaiti mais entre le crime cl Ut simples fautes; tous ! nos doutes se Imnienl h nous demander si se pennettre une telle chose est un crime ou qne simple uffense , et notre conscience ne peut jamais nous rendre ce lémoi- | gnage, que daus une telle occasion, nous nous sommes ' déterminés (wur le parti où il n'y avoit point de périt. j

LE MEaCREDl DE LA PASSION. |

sim LES DÉr.OUTS QUI SreOMPAGNEKT LA PIETE ' EPf CETTE VIE.

Division. Let dégoûts qni arrompagnent hz rertu en cette rie ne doivent point être un preteste, ou d'aban- ' donner Dieu quand on a commencé à U sertir . ou de I «'oser fe serrir quand on a commencé à le connoUre ; ! /. Porre que tes dégoûts sont inèrilablcs en celte vie. \ II. Parce que ceux de la piélé ne .«ont pas si amers , qu’on se les figure. ///. Parce qu'ils le sont nwins [ que ceux du inonde. IV. Parce que quand ils le se~ ) rotent autant, tfsont des ressources que ceux du 1 monde n'ont pas.

I'* Refletiox. Les dégoûts sotti incrUahlcs en celte I rie. Ils sont une suite néccss.iirc dcriu(]uiélude du emur, ' quicbcrche à se User, et qui ne le saiiroit dans loulcs le» f créatures qui rcnrironm nt; qui dégoûté de tout le reste s’atiactic A Dieu , mais qui ne |ionvant le |Kis<édcr CO celte rie, autant qti’il en est capable, sent toujours qo’il manque qndquc chose A son lunhenr.

Noos iommes donc injustes de nous plaindre des dégoûts qui accnmpsgncnl la rertu. Si le monde faisolt th*s heureux , nous aurions raison de trouver mauvais qu'on oe le fût (las eu serrant Dieu ; mais consultez tour A tonr les partisans des différcuts pbiisit^que le inonde . promet; vous verrez (jue ntil ii’csl heureux ici-iias, que chacun se plaiot , et que la Uttc est U patrie des mécontents : aio« les dégoûts de la vertu soûl bien plus une | suite de la condiiioii de cette vie mortelle, que les dé-‘ I fauts de b vertu même. (

D’ailleurs, Dieu eu laissant id-h?s les r.mes tes plus justes dans un état eu quoique sorte toujours violnil et j décagréalHe A la nature, veut n'ia> dégoûter de celle vie mberable, et noui faire soupirer après notre driivraua*, ! et cette patrie immortelle uù rien ne manquera plus à I notre bonheur. |

De pitii, ti la vertu étoit toujmirs aec.»mpagî»éo d.-

consnlatians senaibloa , elle deviendrait une récompense tem(M)relle: nn ne cherchcr«)il plus, eu se doiinantà Dieu , les bicus de la foi , mais les coosolaüoua de l'alunur-propre.

Les Justes vivent de la foi; or la foi espéret et ne possède pas encore; tout est A venir pour les chrétiens, leur patrie, leurs biens , leurs plaisirs , leur héritage ; le présent n'est (>oiiU |hmr eux : c'est Ici le temtis des liiliulalion» et des amertunu's; c'est kd un exil et une terre élraugére , où tout nuus r^nrarc nos nuilheurs , où tout nous offre de nouveaux périls : or n'csl-il (>as iujusié de clu rcher une félicité et des consolalious humaines dans un séjour si lri5le cl si désagréable aux eufants de Dieu ? Attendons patiemment les jours de (uiix et de joie qui viendront après ci‘ttc vie, d'autant plus qu'en abandoDnaut Dieu pour le moude,n.ius ne serions pas plus heureux, nuits ne ferions que chnnger de su(^lice.

il* RÉflexiu.v. Les dégoûts de la pietc ne sont pat si amers qu'on se Us figure. Il y a des dégoûts A essuyer dans la vertu , ou en cumient; mais 4” du rooius on y est A couvert des dégoûts du monde et des passions; et quand nuus ne gagnerions eu nous lournaul A Dieu que de secouer le joug du monde, la destinée d’une ame juste sei'oil toujours digne d'envie , quelles que pussent être les anicrluiiies do la vertu.

2‘ Si la vertu oc noos garantit pas desafDiclioas et des disgrâces inévitables sur la terre, du moins cl le les adoucit en soumeltaut notre emur A Dieu, en nous découvrant daus les coups dont le heigueur nous afflige les remèdes de dos passions , ou les justes peines de dos crimes.

S” Ces répugDaoces et ces dégoûta qui nous révolteot si fort contre la vertu, ne cooaistent au fond qu’A réprimer des pasaioosqui nous i-eodeul malhcureu|, elqui sont la soin •ce de toutes nos pcioes. Ce sont des remèdes UD peu douloureux à la vérité, mais qui servent A guérir des maux qui le sont infiniment davantage : ainsi les amertumes et b's épines de la vertu ont toujours du moins uue utilité présente qui eu dédommage; ce ne sont pas des dégoûts du monde , dont U oe n«le jamais que l'ainertumc.

4^ Je pourrois ajouter que b source de oot dégoûts est dans nous-niémes plutôt que dans la virtu; que ce sont nos passions qui fomieut nos répugnances; que si notre cirur u'avoil pas défiravé par l'amour des créatures, nous no trouverions de doux et de consolant que Ieii{ibl8irs de l'innoccocc, parce que nous soiumes nés l>our la justice et pour la vérité; que (ieut-étre c’est le caractère particulier de noü'c camr qui répand pour nous tant d'amertumes sur tout le déluil de b vie chré- Ueiiuc, parce qu’ébut m'a avec des passious plus vives, un camr plus Si-nsildo au monde et aux pbisii-s , cl ikxis y étant liin-i (>eiubnl long-teiupa, le ktîcux de 1a piété nous pareil triste et imwuleuaWe ; ce qui mon:rv* combieu c est un grand l)onhcur de (Hirterà la vertu un emur que le nioudo n'a pes cikoi c gilé, et que plus nous différons de rclouruer A Dieu, plus nous remious ce dégoût qui nous cltiiguc de lui inv mcibte , parce que plus nous accoutumons iioli-e cieur «u monde , plus noua le rendons Inhabile à la ver.u.

Mais, après tout, est-ce A vous A reproclicrà Dieu qu'on s’ennuie dans son service? Si nos serviteurs (OMiient lions dli'e qu'ils s'eiiuuient eu nous servant.

: Jigiiizcd byCoHj^lc

ANALYSES DKS SKRMONS. 7:)5

quelque bien foodés qu'il fussent à noti^ faii'o ce re- lu:> coiisuhliuiw Miiubk?» do In vertu , coo'nille plus nos l<rucbe , nous les n^gaixlerh-ns cutnme des inM'Ovés j ! iulérêls que ikw penebunU. Qualrii*ii»eu»e(jt, les praees iioukies trofivtTioiu trop honorés d'élrc auprès de lions, | dont il aii'ompngiie nos (knouts , qui soutienuent notre lro|> heureux d'avoir à soutenir nus humeurs et nos ca- i fol, en même temps que nos violences abattent ra> priées; noos dirions qu'ils sont pa)ês pour s’ennuyer. moar-propre. Cio(]uièmeuieut , les secours extérieurs Or Dieu ne paie*t-il pas assez bien ceux qui le ser- de la piété qui sout (Kmr nous autant de nouvelle* rea>

Tcnl ? ne les coiublo-l-Us pas bienfaits ? et ne duit-U sources dans l'aliattemenl et dans la sécheresse. Sixih*

pas trouver étrange que des vert de terre qui u'onl rien : inement , la tranquillité de la vie et runiformité dea do grand que l'bonueur de lui ap|kartenir, usent se devoirs qui ont succédé aux fureurs des passions. Sep>

plaindre qu’ils n'ont point de goût pour lui , et qu’ils Uètucnienl, la foi qui nous rapproche rétemité, et nous

s'ennuient â sou service? , découvre le néant de tout ce qui passe. Que de rt»*

111* Rlki.exion. Les dégotits de la rertu ne sont : sources {MMir un camr fidèle ! et par conséquent quelle pas si amers que ceux du mottde. Je pourruis appeler ; disproportion entre les peines de la vertu et celtes du

le monde lui-même en témoignage. Qu’est-ce que la ! vie du monde? qu'un ennui continuel , qu'un viiie éternel, qu’une ctrriilalion fostiilieiise de devoirs, do bienséances, d’iiiulUltes; qn'un llux et reflux éternel de haines, de désirs, de chagrins, <le jaUmsies, d'espérances, etc. Quelle comparaison entre les fuix'urs des ItassUms et les peines légères de la vertu I emre les re- . mofxis affreux de la conscience , et la IrUtesse aimable ! du la péuUence qui opère le salut? Aussi on entend tous . les jours U s amateurs du monde décrier eux-métnes le | uioude qu’ils servent ; mais trouvez , si vous le pouvez . ! des aines vraiment justes qui fassiml des inveclivcs con- ^ tre la vertu, quldétestcut leursort ctdes’étrcefnliarquées dans une voie si remplie île chagrins et d'ainerlu- • mes, qui envient la destinée du monde? Ou a vu quel- ^ quefbU des pécheurs prendre jiar di^sjsoir et par dégoût du monde dos partis exlrèiiies; mais a -t-oo jamais j vu des Justes quelescU-gimls de la vertu aient jeles dans des extrémités si lerribk'S ? Ils se (daignent quelquefuis ' de leurs |>eiucs, â la vérité ; mais ils les aiment eocorc mieux que les ptaisiis des passions. Ils senlent ce que le monde apjielle la pe»anleur du joug de Jésus-Christ; en rappelanl le (K>ids de l'iniquité sous lequel ils ont g6ui , ils Iniuverit leur sort Iveureux , et ce parallèle les cabne et les console.

En effet, promièrenient, les violences de la vertu sont ’ volonUiires, et en eda inflmiuent plus douces; mais les . dégoûts du moude sont des croix forcées. Secoodciiu'nl,

Les répugnances de lu vertu ne sont amères qu’aux sens; mstt les dégoûts du monde nvorüncnUuutes les passions, , et il n'est rkm de nous qui ne sente leur tristesse et leur < amerlume. Troisièmement, les di^goùis de la veitu ne ; sont sensibles que dans les premières démaKhes, parce ; que pins oo réprime les passions , plus elles devienuent | dociles; mais les dégoûts du monde trouvant toujours eu : nous tes mêmes pussions , nous laisseut toojours lei j mêmes amertumes. Quatrièmement, les dégoûis du moude arrivent à ceux qui terveut le monde avec plus i de fklélilé; ma» les dégoûts de La vertu n'oot d’ordinaire • pour principe que notre rridchement et noire paresse; | pins notre vivacité pour le Seigueur s'augmente, plus nos dégoûts dimiuneut. !

IV* RfcFi.Exio. Les degoiUs de la rertu ont des ressources que ceux du monde n'ont pas. Le monde fait des plaiesau cœur, maUüne fournit point de renvèdes; < mau dans la vertu il n'est point de |)cino qui n*uit sa | coosohliou : Premièrement, la paix du cœur et le témoignage de la oomcieuce. Secoudemeut, la certitude que nos peîoes ne sont pas perdues. Troüâèmemeut , la aouniisaion aux ordres du l>ieu, qui en nous refusant

crime!

Après tout, nous nous plaignons de quelques dégoûta légers qui accompagoent la vitIii ; et les premiers fidèles qui ssorifloient |XHir Jésus-Christ leurs Incos, leur n^putalioii, leur fortune, k'iir vie, ne sc plaignoient pas du t’aiDertume de son service, et ne cruyoient pas aciieter assez cher la gloire d’être de scs disciples, et la coosolaiLun de prétendre è set promesses : ne devriuns-Dous pas en rougir?

Cessons donc de noos plaindre de Dieu ; servons-lc comme il veut être servi de nous. 5'il nous adoucit le joug , bénissons sa bonté qui ménage scs consoUtioos à notre roiblesic;t’ü nous en (ait sentir ioutela pesanteur, estimons-nous heureux encore, qu’à ce prix U veuille bien accepter nus cœuis et dus honuuages.

LE JEl DI DE LA PASSION.

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