‹ Œuvres de Massillon, Évêque de ClermontChapitre 347 sur 348 · LE JOUR DE PASQL’ES · texte numérisé non relu

LE JOUR DE PASQL’ES

SUR LES CAUSES OniNNAlRES UE NOS RECnUTCS.

Division. Jétiu-Cbriil rttausrité ne meurt plut : d'où rient donc que notre rèswrectim de la mort du péché y dont celle de Jétus-Christ est le modèle, est ri peu constante et si prn durable* J‘en tronre trois causes. /. Les prérautious wgligees après la rourerrion. //. Les résolutions riofees. III. Us réparations omises.

l'* Partie. Les prérautions négligées. Première eatisc des rechutes, les précautions de m'eessité et h's précautions de puit' sûreté que Ton néglige.

t* Les précautions de uoerssilé. J'appeile ainsi h fuite de certaines ocessions d'elies-oiemes toujoui-s funestes A rinnooeoce, et où nous voyons une chute ii>évitahie. On ne lei fuit pas et on retombe, perce qu'on se promet désormais A soi-méiiie plus d'atlcution et plus «le fidélité lorsqu’un s’y trouvera. On se persuade qu'y portant des dhposilions plus saintes, le danger sera moindre. On se fait à soi-méme mille raisons specieiue!», (HMir ne pas s’en éloigner, tandis que nous voyons que Jésus-Christ après sa résurrection , quoiqu'il n'eût plus j à mindre povir sa vie gkirieiifc, ne l’expose |>ourlniit ^ puini h la fiirenr des Juifs. Or je dis pniiiièiTmeut,

qu'il est liien téméraire de compter que Dieu vuos souliemira dans des oc- nsions qu'il vous ordonne lui-ménic de fuir. Secondement , que c’est un erime de ne pas éviter tout 6c qui l’a été jusqu'ici , et qui peut encore le devenir pour voiu. Troisièmeineul, que votre propre exfiériencc vous devroil ici tenir lieu de preuve, puisque mille fois dégoùb^ de votre passion, la même occasion vous a cependant toujours retrouvé le même.

Vuos diti'S qu'y poiiaul mainlcnanldcsdlipositlomplos saiules , le péril devieudra moindre ; et je vous dis de la |wrt de Dieu que toute disposition qui nous conduit au }>éril . est profane et criminelle , parce que la première drspnsâtion que l’FAprit de Dieu met on nous , c’est la défiance de notre foîMosse.

Vous dites qoe rompre tout d’un coup, ce seroit un éclat qui donneroit lieu A des* soup^ins doot jusqu'ici voutaves su vous défendre; et je vous dit delà part de Dieu , que vous seul ignores ce que le public pense ; que les soupçons naissent pins de votre assiduité, qu'ils no nallroni do votre éloignement ; qu'fiprès tout il lufilt de sentir qu'on va périr , pour être en droit de tout entreprendre.

Vous dites que ce sont des engagements indtspema- Ides de Idenséancc et de devoir ; que les rompre , ce seroit ruiner sans ressource votre fortune; et je vous dis de la part de Dieu que votre premier devoir est de lui obéir, qu'il veut qu’on perde kmt pour sanver ton ame.

Vous dites que Dieu ne demande que ce qui dépend de nous ; et je vous dis de sa part, qu'ii dépend toujours de noos de fisire ce qu’il demande de uous, et qii'H nous rend toujours possible tout cequ'il nous rand nécessaire.

Vous dites que vous voudriez inspirer les nouveam sentiments que Dieu vous donne aux personnes qui vous ont séduit ; et je votu dis de la part de Dieu , qui vont a établi guide et pasteur de votre frère? vous n'étes pas encore bien affermi, et vous |>cnset déjà à dfinner h main aux autres? Commences par pleurer vos passions propres avant de corriger les passions d'autrui : les senles fonctions d’iju pécheur sont les larmes , le silence, la retmile et la prière.

2* On n^Iige encore plut les précautions de pure sûreté, et eelle négligrnre devient un principe certain de rechute, l ne arne qui revient A Dieu après le péché , doit so regarder comme un niala'le frappé dans toutes ses puissances, dans le cu'ur, dans l’esprit, dons riiuaginatioD , etc. iJt grâce qui a guéri ses plaies lui en a encore laissé les impressions et les foibicsses : dans ce nouvel état de juilice celte grâce ne peut donc se eou- •erver que par des prérautious infinU s. Cependant vous voulez vivre au sortie des sacrements et dans oet état de ftHblesae, eomme des Justes solidement établis, et qui n’auroient plus A craindre. Vous fuyez les occasions qui TOUS ont séduit , et vous ne craignez pas celles qui peuvent encore vous séduire. Le crime voua alarme; le danger ne vous touche pas : vous ne changez rien au fond do votre vie : vous n'en vovilez retrancher que lu désordre ; vous comptez que se convenir , e'ezt préet*éraent ne plus tomber; et que le changement du cœur n'est pas un rcDouvellenienl de l'homme tout entier, et un changement univursei de conduite.

Mai* r<*nuiri|iu'z que Jésus-(^brist après sa résurrection ne cnnsenc plus rien de sa vie terrestre cl mortelle; tout est noH^esn clÿjn^é en lui; ce n'est idris

ANALYSKS I)KS SEUMONS.

rci linnimc de douleurs rhar{>é de nos iaflrmites et d<‘ nos muèm , c'est ud roi glorieux , en ua mot sa réstirrertion est une \ie toute nouvelle; tel est le modêli' d'une vie rettusciUe. Eu cITet, c'est une illusioude prétendre qu'eo ne changeant presque rien h vos nia*urs, vous puissiez conserver la grâce : car, premièrement, si nos plus sainles résolutions tronvent des écueiU dan.s rincoostaoce seule et U corruption de notre cœur, lié las ! iiourroDS-noos être en sûreté contre des périls que nous cherchons, puisque nota ne le fonimes pas contre notis-mémcs ?

Secondentent , le passt* devroil ici nous tenir lira de preuve; la résolution que nous venuus de former irtine vie plus 'chrétienne, vous l'avez déjà furoiée plus d'une fois dans les mêmes drronstanccs : d'où vient que vos essais n'ont jamais été heureux ? vous éviiici coprudanl les grands écuetU qui venuient de vous voir périr; d'mi vient donc que malgré ces précautions que vous croyez umles essentiellfs , vous êtes toujours rdomlie? c’est que content d'éviter lé crime , vous n'avez compté pour rien tout ce <|ui pouvoil vous y conduire. Quand même vosrésolutionsierolentaujourd’hui plusferventesqu'au* trefois, et votre cœur plus touché, les suites seront encore les mêmes; parce que oc qui fait persévérer dans 1a grâce, n'est pas la vivacité dea senlititents qui nous y rappelle, c’est la Qdéüté des précautions qm nous y soutient: il ne faut donc pasjugerde srii paroiT>aines ardeurs qu'on éprouva dans la rés luiion d'une vie nouvelle : les preroièrea iinpmsions de la grâce , en cer* talus cœurs surtout, sont toujours vives et ardentes; mais la vie chrétieDoe n'est pns dans des sentiments |m$sagers, elle est dans une fidélité cooslante et durable.

Vous répondrez peut-être que votre étal semble v oits rendre cesoeeasinns inévilables, et que vous ne pouvez (tas vous y faire des mœurs à part.

A cela je réponds, premièrement, qu'il est vrai que < les périls oCi l'ordre de Dieu et l(« devoirs de notre état nous engagent, cessent de l’être à notre égard; que l’û>rre sur les Dois étoit plus en sûreté qne Jonas d<ns le navire; mais que si noua sommi's de lioiinc foi, nous conviendrons qne ce ne sont pat les périls Insi^srables de nos devoirs, mais ceux dq notre propre choix, qui d’ordinaire nous séduisent. Secondement, que si vous vüuliei tfien remplir toutes les oMigations de votre état , vo<js y trouveriez presque plus d'ooca:itoDs de vertu que déchûtes.

Les gens du monde se rassorimt peut-être snr ce qne m pvVits , ces familiarilés, ces plaisirs publics au mülen desquels ils vivent, ne ftinl aucune impression marquée ^n^ leur cœur; pourquoi donc les leur ioterdiroit-on?

A cela je pourrois répondre : premièrement, que les Impressions du mal sout quelquefois d’autant plus dan- U'cmiscs, qu'elles sont moHri sensibles. Sccoodement , quetouvctil rinsensibilité qu'<»n sc trouve dnns les occasions les plus dangereuses, n'est pas une marque que nous en soiilons innix'^^nts , mats que nous y loiiimes entrés plus corrompus ; enfin , qu'une preuve que voua n'êtcspasdc bonne foi, lorMpie vons vous vantez qne rien ne fait ittiprrtsiou sur votre civur , c'est que lorMiue vous revenez enfin de vos égaremenU , vous noua .alléguez sans cesse votre foitilcsse, et le malheurd'un Icml>tVaineot fragile pour les excuser.

Il' Paîvtif. nrzo/ulloniriofcYsnprèsfa ronrerston.

Se.oiide causede» rM'hules.Jtsiis-ChristreskuscUé d'eijtre les morls, ne meurt plu», )varec que sa nvurrecLioa est raccom|>Hsseineut de toutes ses proutesset : pour nous, nous avons fait A Dieu tiiillc pn)mes<.rsett approchant du triliuoal sam*; mais les accomplissons-nous après être ivsMudtés? llelas! ces résolutions si esseutiellesà notre salut, n’ont pre sque eu de réalité que dans rimaginaliou qui tes a formées: bienlùl le plan que nous nous étions formé d'une vie nouvelle ii'n plus subsisté. même dam le souvenir. Voila ta grande source d< s rechutes après la soiconite sainte.

!• Darc<‘ que nos résolutions renfennoieot les moyens uniques de notre perscvériince, et qtic c'est une chimère des;‘ila(ter qu’on p<‘rseverera j landisqu'un negligetous les moyens auxquels notre iKTsevéniiice tslJ ttachi'e.

2* Dieu vous ayant iavpin* ces rcsolulions, à vous dans les premiers moments de votre conversion, il vous avoit NU €0000111*0 que c'éloicot là les seules votes |iar où , vmis en particulier, (vouviei ronserver la grâce reçue; vous sortez donc, en tes viulint, dt*s routes par où la grâce vouloit vous nH'tier.

C'est que la conscience ucenutumée à violer tniiiquiitement set rés<dulioos, s’accoutume peu à peuÉrenuuveler sans remords si's crinves.

4” C’est qne riandélité ({ul viole 1rs réaolulioiis prises dans un eocuiiieofement de imuvelte vie, est un mépris formel de la grande miacricorde de Dieu qui avoil opéré en nous ces mouvements do salut , il semble que lesgral'es de Dieu vous faliguimt : or une ameque les bienfaits de Dieu Inssent , lasse luenti' t s; s niÎM'ricnrdes ; il la vomit, il la rejette et ralMiidomie à elle-niéme.

lll* Partie, /teparotioas omises oprês la ronrersiou. Dernière cause de nos rcihute». 'Tout est réparé par la résurrection de Ji^iis-Chrlst : pour nous, notre «lemière vie ne répare jamais qu'à demi les désordres de rauciemio. Nous omcUons ;

t" Ia» réparations de jiénitenec. Après une vie toute dans les aens, dans la volupté, dam. l'ivresse des fdaisirs : uti ne voit ni reiranclicment , ni aiuitérite , ni souffrance ; on veut bien sortir du crime, parce qu'oo eu est faliguts parce que c'est une vied'afdtetion et de htluulie qui ne convient plus; parce que la coincieiiee crie ; mais on ne se propose dans la vertn que l'exemption du crime même; on secoue le joug du péché, mais oa ne s'impose pas le joug de Jésns-Christ.

2** Les reparaliiMis de justice. On n upprofoiidil point oc qu’on doit au prochain, on &e contenie de renoncer a certains vices crianU qui éloieni à diante ; mais d'en venir à certaines discussions qui auroient des suites , et qui nous engagcrolent en des démarchés desngréibles , on n’y pensi^ pas; et de là laut de oiiinimrcs contre la pteté.

^ Les réparations de scandalé. Je dis de scaiKtele donné par la iiialignilé de nos discourt, et parmi usage outré et continuel de médisance : on ne repare pas ce s<-andalv: ou si on le ré|iare, c’est en ne Nisant plus à ta véH e le public i'Oiirident ^ ces discourt empoisonnés, mais rn les confiant à un petit nombre de personnes devant k'Siiuelles on se donne d'aiilant pins de liiTnce qu'on se conlmtut devant le public.

Voulez-vous donc ne plus retomlicr . et persévérer dans le service de Dieu, ne négligez plus des précautions qui fonl toute la sûreU* de votre pi'nitence; ne vio-

7<iO ANALYSKS Di:S SEHMONS.

In plus des n*so1citknH qui sont le seul Appui «le votre f.iibiiMsc ; ironicUez plus «les reparalioiu (|ui nufenticat le seul reniMe de tos rriiucs.

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