TROISIÈME DIMANCHE DE LAVENT
interdire les occasions où votre innocence trouve toujours de nouveaux écueiJs, et qui achèvent de fermer votre cæur aux saintes inspirations: voiU une manière du éltenne et sage de rendre gloire à Dieu, de confesser qu’il est le seul maître des cœurs, et que tout don vient de lui. Mais de dire, comme vous dites tous les jours, sans rien ciianger à vos mœurs désordonnées : Quami Dieu voudra de mm , il saura bien nie trouver; c’est dire , je ne veux point encore de lui; je puis encore me passer de lui; je vis heureux et tranquille; quand U me forcera et que je ne pourrai plus l’éviter , alors je me rendrai ; mais, en attendant, je jouirai de ma bonne fortune, et du privilège qu’il m'accorde de ne pas me convertir encore. Quelle affreuse pn-paraiion à celle grâce précieuse qui diange le cœur! Voilà pourtant tout ce qui la dût attendre avec coufianceà l’ame impénitente.
Tels sont les préte.xtes que le pédieur qui diffère sa conversion lire du côté de Dieu. Venous à ceux qu’il prend dans lui-méine.
SECONDE PARTIE
Il est étonnant, mes Frères , que la vie étant si courte, le moment de la mort si incertain, tous les instants si précieux, les conversions si rares, les exemples de ceux qui sont surpris si fréiptents, l’avenir si terrible, on puisse se former à soi- même tant de prétextes frivoles pourdlfTérer de changer de vie. Dans tous les antres dangers qui menacent ou mitre vie , ou notre honneur, ou notre fortune, les précautions sont pmmptes et présentes ; il n’est que le péril qui soit dotileux et éloigné : ici le péril est certain et présent, et les précautions sontioujoiirs incertaines et reculées. Il semble ou que le salut soit une chose arbitraire , ou que notre vie soit entre nos mains, ou que le temps de faire pénitence nom ait été promis, ou que mourir sans l'avoir faite ne soit pas un fort grand malheur; tous les pécheurs s'endorment tranquillement dans cette espérance qu’ils sc convertiront un jour , sans travailler jamais à dianger de vie ! Et ce qu'il y a de plus incompréhensible dans le délai de leur pénitence, c’est qu'ils conviennent tons du besoin qu'ils ont de sc convertir , du mauvais état de leur conscience, qu'ils regardent tous comme le dernier des malheurs de mourir dans cet état funeste, et cependant qu'ils diflèrenl tous d'en sortir sur des prétextes si puérils, que le sérieux même de la chaire ebrétienne souffre de lesréfuter et de les combattre.
L’àge, les passions , tes suites d'un changement de vie qu'on craint de ne pouvoir soutenir, voilà les vains prétextes qn'on s'oppose à soi-mëme pour
diiït>rer la couversion que Dieu deniandedenoiis.
Je dis premièrement l'àge. On veut laisser |iasser les aimées de la jeunesse, à laquelle un parti aussi sérieux que celui de la piété ne pamli pas convenir : on attend une certaine saison de la vie où , la première fleur de l’âge effacée , les mœurs devenues plus sérieuses , les bienséances plus exactes, le monde moins attentif sur nous, l’esprit même plus mûr cl [rfus capable de soutenir cette grande entreprise , on se[Momet à&oi-mèmequ’on y travaillera, et (|ue rien ne sera plus capable alors (le nous en détourner.
Mais il seruil naturel de vous demander d'abord qui vous a dit que vous arriverez au terme que vous vous marquez à vous-mème, que la mort ne vous surprendra pas dans le cours decesaiinées que vous destiuez encore au monde et aux pasàions , et que le Seigneur, que vous n’attendez que vers la lin du jour, n'arrivera pas dès le matiu et lorsque vous y penserez le moins? La jeunesse est -elle un garant bien siir contre la mort? Voyez, sans parler ici de ce qui arrive tous les jours au reste des liommes, si, en vous reufermaiit même dans le petit nombre de vos amis et de vos proches , vous n’en trouverez point à qui la justice de Dieu ait creusé un tombeau dès les premières années de leur course; qui, comme la fleur des diamps, aient .séché du malin au soir , et ne vous aient laissé que le triste regret de voir éclore une vie qui a clé aussitôt éteinte. Insensé! on va peut-être au premier jour vous demander votre ame : et ces projets de conversion que vous renvoyez à l'avenir, de ((uoi vous serviront-ils? El ces grandes résolutions que vous vous promettez d’e.xéculcr un jour, que changeront-elles à votre malheur étemel , si la mort les prévient comme elle les prévient tous le.s jmirs, et ne vous laisse que le regret inutile de les avoir en vain fomiées?
Mais je veux que la mort ne vous surprenne pas, et je vous demande .sur quoi vous promettezvous que l’âge ciiangera votre (xcur et vous disposera plus que vous ne l'ëtes aujourd’hui à une vie nouvelle ? L'àge changea-t-il le cœur de .Salonioii ? ail I c’est alors que ses dissolutions monté* reni au plus liant point, et que sa honteuse fragilité ne connut plus de bornes. L’âge prëpara-t'Il Saûl à sa conversion? ah! c’est alors qu’il ajouta à ses égarements passés la superstition, l’impictc, l’en durdssement et le désespoir. L’âge apporta-t-il quelque remède aux désordres de Jcsabel et de rincesuieuse Ucrodias? c’est alors qu*eUe.s parurent plus ambitieuses , plus voluptueuses, plus attentives à plaire que jamais. Peut-être , en avançant en âge, soriirez-vous de certaines mœurs
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