‹ Œuvres de Massillon, Évêque de ClermontChapitre 38 sur 348 · DÉLAI DE LA CONVERSION · texte numérisé non relu

DÉLAI DE LA CONVERSION

peot • être on jonr : vous nous appellerez à votre tour ; et, au Heu que nous aurions dû nous consoler alors avec voas, en vous entretenant des avaota^ que promet au fidèle une sainte mort, nous ne serons occupés qu'i vous faire raconter les crimes de votre vie.

Mais quand vos passions n'iroîent pas jusqu’à cette dernière heure, plus vous difTérez, plus vous jetez de profondes racines dans le crime ; plus vos dialnes forment de nouveaux replis sur votre cœur; plus ce levain de corruption que vous portez audedaus de vous se dilate , s’étend , aigrit et corrompt toute la capacité de votre ame. Jugez-en par le progrès que la passion a fait jusqu’ici dans votre cœur. Ce n’éioient d’abortl que des libertés^, timides , et où , pour vous calmer, vous cherchiez encore une ombre d’innocence ; ce n’étoient ensuite que des actions douteuses , et où vous aviez encore peine à démêler le crime de la simple offense; le désordre suivit de près, nuis les excès marqués en étoient encore rares : vous vous les reprochiez aussitôt à vous-mêmes, vous ne pouviez les porter long-temps sur la conscience encore effrayée de son état. InsenAiblement les clmtes se sont multipliées ; le désordre est devenu un état fixe et habituel ; la conscience n’a plus cric que foiblenœnt contre l’empire de la passion; le crime vous est devenu nécessaire, il n'a plus réveillé de remords; vous l’avez avalé comme de l'eau qui coule sans se faire sentir, et sans piquer d'aucun goOt le palais par où elle passe. Plus vous avancez, plus le venin gagne ; plus un reste de force que la pudeur, que la raison, que la grâce avoient mis en vous. s’afToitilil ; pins ce qui dtoit encore sain dans votre ame, s'infecte et se souille. Quelle folie donc de laisser vieillir et corrompre des plaies, sous prétexte qu’elles seront plus aisées à guérir ! Et que bites-vous, en différant, que rendre vos maux plus incurables, et ôter à l’espérance de votre conversion toutes les ressources qui pourroient ▼ow rester encore ?

Vous vous flattez peut-être sur ce qu’il n’est pas de passions étemelles, et que le temps et le dégoût en font ret enir tût ou tard. A cela je vous réponds, premièrement, que vous pourrez bien à la vérité vous lasser des objets qui aujourd'hui vous captivent , mais que vos passions ne finiront pas pour cela. Vous pourrez bien vous former de nouveaux lieas, mais vous ne vous formerez pas un nouveau cœur. II n’est point de passions éternelles, je l’avoue; mais la corruption et le désordre le sont presque toujours ; les passions, que le dégoût tout •eul finit, laissent toujours le cœur tout prêt pour une autre, et d’ordiuaire c’est un nouveau feu qui

chasse et éteint le premier. Rappelez-vous vousniémeoe qui vous est arrivé jusiju'ici; vous croyiez qu’un tel engagement fini, vous seriez libre et en état de revenir à Dieu; vous marquiez à ce moment heureux le terme de vos désordres et le cominencemenl de votre pénitence : cet eogagemenl a fini ; la mort, l’Inconstance, ie dégoût, ou quelque autre accident, l’a rompu , et cependant vous ne vous êtes pas converti; de nouvelles occasions se sont présentées , vous vous êtes forme de nouveaux liens, vous avez oublié vos premières résolutions, et votre dernier état est devenu pire que le premier. Les passions que la grâce ii’éteint pas ne fout que rallumer le cœur pour des passions nouvelles.

Je vous réponds , secondement : Quand inénia tous vos engagements criminels seroieiit finis; quand ü u’y auroit plus d'objet particulier qui occupât votre cœur ; si le temps et le dégoût tout seuls vous ont mené là , vous n’eu serez pas plus avancé pour votre conversion. Vous lieiMlrez encore à tout , en ne tenant plus à rien : vous vous trouverez dans un certain état vague d’hidolcnoe et d’insensibilité , plus éloigné üo royaume de Dieu que la vivacité même des passions insensées : votre cœur, libre de passion particulière , sera comme plein d’une passion universelle, sij'ose parler ainsi, d’un grand vide qui l'occupera tout entier. Il vous sera même d'autant plus difficile de sortir de cet état que vous n’aurez rien de marqué à quoi vous prendre. Vous vous trouverez sans force , sans goût , sans aucun seutiment pour le salut; et le defaut d’objet, en vous laissant plus tranquille pour les créatures , ne fera qu'augmenter votre dégoût affreux pour le Seigneur. C’est un calme dont vous aurez |dus de |)eine à vous tirer que de la tempête même : car les mêmes vents qui forment l’orage, quelquefois par un coup heureux I peuvent nous jeter dans le |H)rl ; mais le calme, plus il est grand, plus il conduit sûrement au naufrage.

Mais enfin, on vouüroil bien cliaiiger, et prendre ie pai ti d'une vie plas raisonnable et plus chrétienne. On sentie vide du monde et des plaisirs ; 00 se prête aux amusements et à une certaine dissipation sans goût et comme à regret ; on souliaiteroil d’y renoncer et de travailler sérieuseiiienl à son salut; mais celte première üémarclie lait (letir. C’est un coup d'éclat qui nous engage envers le public , et qu’on craint de ne pouvoir soutenir : on est d’un rang où le plus petit changement sera remarqué, et l’on craint de n'aller donner, comme tant d’autres, qu’une scène qui ne durera pas , et qui ue nous laissera que le ridicule de 1a dévotion, sans nous en laisser le mérite.

TROISlfeME DIMANCHE DE LAVENT.

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Vous craignez de ne pouvoir vous soutenir, nxm dter Auditeur ! Eh quoi ! en diiïçrant de vous convei'Ur, vous vous promettez que Dieu vous tuudiera un jour ; et, en vous convertissant au* jourd’hui, vous n'osez vous promettre qu'il vons soutiendra ! Vous cooiptez sur ses miséricordes en l'outrageant, et vous n'osez y compter en le glorillant! Vous croyez ne rien risquer de son cdié en continuant à l'ofTenser, et vous vous en défiez en commençant à le servir f O lK>mme ! où est ici cette raison et cette équité de jugement dont vous vons pU]uez si fort ? Et fanl-U que, sur l’affaire de votre salut seulement , vous soyez un abîme de contradiction, et un paradoxe incompréhensible ?

D’ailleurs, n’aurions-nous pas raison de vous 1 dire : Commencez toujours ; essayez si en effet ' vous ne pourrez pas vous soutenir dans le service de Dieu ? 1^ cliose ne vaut-elle pas du moins 1a peine d’étre tentée ? Est-ce qu’un tiomme que la tempête a jeté au milieu de la mer et qui seroit à la merci des flots et sur le ^Kunt d'tin triste naufrage, ne tente pas premièremenl s’il pourra aborder au port à la nage, avant de se laisser submerger aux ondes ? ne fait-il point d’effoiis ? n'essaiei-il rien ? se dit-il à lui-méme pour ne rien tenter : Peut-être je ne me soiiliendrai pas; les forces peut-être me manqueront en chemin ? Ah ! il essaie , il fait des efforts , il combat contre le danger, il va jusqu'au dernier moment de sa force, et ne succombe enfin que lorsque, gagné par la violence des flots, il est forcé de céder au malheur de sa destinée. Vous périssez , mon clier Auditeur ; les ondes vous gagnent; le torrent vous entraîne; et vous balancez si vous essaierez de vous sauver du danger ! et vous mettez à sonder vos forces les seuls moments qni vous restent pour pourvoir à votre sdreté ! et vous perdez à délibérer, un temps qui ne vous est laissé que pour vous dégager du péril qui presse, et où tant d’autres périssent à vos yeux.

Mais enfin, je veux que dans la suite les difficultés de la vertu lassent votre foiblesse et que vous soyez obligé de reculer. Toujours auriez-vous du moins passé quelque temps sans offenser votre Dieu ; toujours auriez-vous du moins bit quelques etroris pour l'apaiser; toujours auriez -vous du moins consacré quelques jours à bénir son saint nom ; toujours ce seroit du moins autant de retranché de votre vie criminelle , et de ce trésor d’iniquité que vous amassez pour le jour terrible des vengeances; toujours vous seriez-vous acquis le droit de représenter à Dieu votre foiblesse, et lui dire : Seigneur, vous voyez mes désirs et mon impuissance : que n’ai -je un cœur plus constant

pour vous , 6 mon Dieu ! plus ferme dans l’amour de b vérité, ;ilus insensiÛe au monde, et moins aisé à se laisser séduire ! Fixez , Seigneur, mes incertitudes et mes incoiistaitces; ôtez au monde l’empire qu'il a sur mon cu‘ur; refvenez-y vos anciens droits; et ne m’attirez plus à demi, de peur que je ne vous échappe encore. variations étemelles de ma vie me couvrent de honte , Seigneur, et font que je n'ose plu» lever les yeux vers vous, et vous [iroroettre une fidélité constante. J’ai si souvent trahi là-dessus mes promesst's, après vüusavoir juré un amour étemel ; ma foiblesse m'a si souvent (ait oublier le Ixuilieur de cet engagement , que je n'ai plus le courage de vous répondre de moi-même. Mon ccrur m’éclia|)pe à ‘ cliaqtie instant , et mille fois, au sortir même de vos pieds , et les yeux encore baignés de larmes que la douleur de vous avoir déplu m’avoil bit répandre, une occasion m'a séduit, et les mêmes infidélités que je venois de détester m’ont retrouvé comme auparavant foible et infidèle : avec un emur si léger et si incertain, que puts-je vous assurer, grand Dieu ! et qu'oaerai-je me promettre à moi-même ? J'ai cru si souvent qu’enlln mes résolutions alloieiit être constantes; je me sub trouvé dans des moments de grâce et de componction si vib et si toudvanls, et qui sembloient me répondre que ma fidélité seroit éternelle , que Je ne vois plus rien qui soit capable de me fixer et qui puisse me faire espérer cette solidité de vertu à laquelle jusqu'ici je n'ai pu atteindre. Laissezvous toucher, Seigneur, au danger de mon état : le caractère de mon cœur me décourage et m'épouvante : je sais que l’inconstance dans vos voies est un préjugé de perdition , et que vous maudissez dans vos livres s.*iints les âmes incertaines et légères. Mais, Seigneur, tandis <|ue je serai encore sensible aux saintes inspirations de votre grâce, j’essaierai encore de rentrer dans vos voies; et, si j'ai à me perdre, j'arme encore mieux périr en faisant des eiïorls pour retourner à vous , ô mou Dieu ! qui ne penneUez pas que l’anie qui vous cberdie sincèrement périsse, et qui êtes le seul Seigneur digne d'être servi , qu’en cherchant une affreuse tranquillité dans une révolte fixe et déclarée, et en renonçant à l’espérance des biens éternels que vous préparez & ceux qui vous aiment.

j^insi soit-it.

gl’ATRIÈME DIMANCHE DE l/W ENT.

SERMON

Kll'H

l,E Ql ATRlfeMF. DIMANCHE DE I.’aVENT.

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