‹ Œuvres de Massillon, Évêque de ClermontChapitre 39 sur 348 · LES DISPOSITIONS A LA COMMUNION · texte numérisé non relu

LES DISPOSITIONS A LA COMMUNION

Paratr rirtm Homini : rtitas fnttU semitai ejtu. Pn‘i«ir2 la vole dn Sdguciir » rvmicz droits «•» sculim.

(I.t;c . III . 4.)

Sire ,

Voilà ce que TÉglise ne cesse de nous reptHer en ce$tiinUeinpspnurnuu!>dispo8erâ!anaissanceüe Jësiis-ClirisL Pr(!(iarez, dil-elleà tous ses enrnnU« préparez la voie du Seigneur, qui descend du ciel pour visiter son [leiiple et pour le racheter ; ren* dez droits ses sentiers ; que les vallées soient remplies; que les niomagnes et les collines soient aliaissées; que les chemins tortus deviennent droits, et les ralMieux unis. Ou pour dire la même chose sans ligure : Préparez-vous , nous dit-elle , à recueillir le fruit du grand mystère que nous allons célébrer, par rahaissemetil du cauir, la douceur de la cliarité , la droiture de rintenlioii, ruidformilé de lu vie ; par le renoncement à votre propre sagesse et à votre propre justice , mortifiant la cliair et liuniiliant l'esprit.

Qu’il me soit permis de vous tenir le même hmgage à vous, chrétiens mes Frères, qui dans celte solennité viendrez vous purifier dans les trilninaux de la pénitence, pour donner à Jésus-Christ dans vos cipurs une nouvelle naissance , en le recevant à la table sacrée ; Parate viam Domiiii : Préfiarez la voie du Seigneur. L’action que vous allez faire est la plus sainte de la religion , et la source des plus grandes grâces ; ne la faites donc pas sans y apporter tous les soins et toutes les précautions qu'elle exige; ne vous exposez [luinl à perdre, (lar votre faute, les avantages inestimables qui doivent vous eu revenir : Parate viam Domini.

I.a communion doit faire naître Jésus-ChrLst dans nos cœurs : mais quelle différence y auroit-il entre le Juste et le pcclieur, entre celui 4|ui discerne le corps du Seigneur, et celui qui traite sa diair sainte comme une viande commune , s'il nais.suii également dans le cœur de tous ceux (|ui le reçoivent? Ne vous y trompez pas, mes Frères; il y a une manière de recevoir Jésus-Christ, qui nous rend sa présence inutile ; et pliU à Dieu qu'eu le recevant de celte manière , nous nous privassions Beiileiiienl des grâces qui accunqKigncnt une sainte communion! Ah ! mes Frères, si la comiuunion

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ne fait pas naître Jésus-Cliria dans nos cœurs, elle l’y fuit mourir; si elle ne nons rend point participants de son esprit et de ses grâces , elle est pour lions l’arrêt de notre condamnation ; si elle n'est pas pour notre ame un fruit de vie , elle est un fruit de mort : alternative terrible qui doit nous faire trembler, mais qui ne doit pas nous éloigner entièrement de la table sacrée. Le pain qu'on y distribue est la véritable nourriture de nos âmes , la force des forts, le soutien <les faibles , la consolation des affligés, le g.ige de la bienlteureuse immortalité : combien serui(-il donc dangereux de : s’en priver? Mais il le scroit infiniment davantage de le manger sans s’y être préparé. C’est (Miurqiiui je vous le répète de nouveau avec l'Eglise , mes très chers Frères : Parate viam Domini : Préparez la voie du Seigneur : disposez-vous de longue main à le recevoir ; bannissez de vos cœurs tout ce qui [>eut lut déplaire ; iaslriiisez-vous des dispositions ({u'il exige de ceux qui le reçoivent ; faites tous vos efforts pour les acquérir; point d’autre moyen de ne pas vous exposer à une communion indigne, et d’attirer Jésus-Christ dans vos âmes.

Matière imtiurtante qui demande toute votre attention. D’un côté , il s’agit de votis faire éviter un crime aussi affreux que la profanation dn corps et du sang adorable du Fils de Dieu ; de l’autre U est (jiiesiion de vous apprendre à recueillir de la communion toutes les grâces <iii’elle est capable de produire dans nos cœurs. Quelles sont donc ces dispositions si essentielles pour communier dignement et avec fruit ? je les réduis à (|u:itre . qui feront le sujet et le partage de ce discours. Implorons , etc.

M'f , Mana.

PKEMIÈIIE RÉFLEXION.

L’Eudiaristic est nue manne cachée; elle est I la viande des forts , un gage sen^^ible et (lennanent I de l'amour de Jésus-Christ ; la continuation et I racconiplisscmcnt de son sacrifice. Or , cette ; manne caclice , il faut savoir la discerner des viandes communes , de peur de s’y méprendre : i i>’o» dyiidiraiis corpus Domini (I. Cor., ii, 2D), première disposition. C’est la viande des forts ; on doit donc s'eproiiver avant (|tie d’oser s'en noiir- 1 rir : Prolffl a«lf>u scipsum /jomoTibid., 28), se- I coiule disposition. Le gage de l'amour de Jésus- Christ; on ne peut donc le recevoir qu’en mémoire de lui , c’est-à-dire , en sentant réveiller à I sa pré-^encc tout cc que le souvenir d’un objet cher a de plus délicieux et de plus tendre : f/oc fatite ; tu mcam rommeniornfioiieui (Ibid. , 2i}), trol- ‘ sième disposition. C’est raccomplissement de son

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m ÜUATRIÈME DIMANCHE DE LAVENT.

sacriRce ; il est dcHic juste d'annoocer sa mort toutes les fois qu’on y participe , et d’y porter un esprit de croix et de martyre : Quoliescum^ne «naMdura/>i(ispaurm/iuKretralirem 6dirtis, moriem/7omt)it ammutia^itii, douée reniât, (Ib.,26)y quatrième disposition. Une foi respectueuse qui nous CiKse discerner, une foi prudente qui nous fasse éprouver, une foi ardente qui nous fasse aimer, une foi généreuse qui nous fasse immoler : c’est le précis de la doctrine de l’Apùlre , en nous racontant l’insiiuition de l'Eucharistie, et de celle de tous les Saints sur l’usage de ce Sacrement adorable.

première disposition : une foi respectueuse qui nous fasse discerner. Ne croyez pas , mes Frères , que je veuille parler ici de celte foi qui nous distingue des incrédules. Quel mérite de croire , lorsque les préjugés de l’enfance y ont accoutumé la raison , et que la soumission est comme née avec nous ? Il en coùleroil même pour secouer ce joug ; et il ne faut pas un moindre effort pour passer de la foi à Fen'cur, que |>our revenir de l’eiTeur è la vérité. Je parle de celle foi vive qui perce les nuages qui environnent le Irène de l’Agneau , qui le voit, non pas en énigme et comme à travers un crisial; tuais face à face, si j’ose le dire, cl tel qu’il est en lui-méme : de celte foi (|ui , malgré le voile dont le véritable Moïse se couvre sur celte nionlagnc sainte , ne laisse pas de voir toute sa gloire et de n’en pouvoir soutenir la présence : de celle foi qui , sans approfondir témérairement sa majesté, est pourtant accablée de son éclat; qui voit les Anges du ciel sc couvrir de leurs ailes, et les colonnes du limiament trembler devant ce Koi d’une majesté terrible : de celte foi , è qui les sens n’ajouteroient rien, et qui est heareuse, non parce qu’elle croit sans voir, mais parce qu’elle voit presque en croyant. Je parie de celle foi respectueuse, qui est saisie d'une horreur de religion à la seule présence du sanctuaire, qui approclie de l’autel comme Moïse du buisson sacré, comme les Israélites de la montagne foudroyante; de cette fui, qui sent tout le poids de la présence d’un Dieu, et qui, effrayée, s’écrie comme Pierre : Retirez-vous de moi. Seigneur, parce que je ne suis qu’un homme , et un homme pécheur : je parlp de cette foi dont le respect va jusqu’à la frayeur, et qui a besoin même qu’oo la rassure ; qui , du plus loin qu’elle découvre J ésus- Cbrist sur l’autel, sent un échil de maje.slé qui la frap|ie, l'interdit, la trouble, lui fait craindre qu’elle ne vienne s’y présenter sans son ordre.

Voilà quel est ce discernement de foi que l’Apètre demande de vous, mes Frères. Grand Dieu !

mais en reste-t-il de cette foi sur la terre? Eh ! vous avez beau {laroltre encore au milieu da monde , il ne vous connolt pas mieux qu’autrefois; vos disciples mêmes ne vous connoissent sonvent Mue selon la chair; et, pour être toujours avec vous , leurs yeux s’y accoutument et ne vous discernent presque plus. Lorsque vous paroltrez dans les airs sur une nuée éclatante, les hommes sédieront de frayeur , les impies se cacheront dans les antres |>rofondset demanderont aux montagnes de s’écrouler .sur leurs têtes : ch ! n’étesvous pas dans le sanctuaire comme sur une nuée de gloire ? les deux ne s'ouvrenl-ils pas sur vous ? les esprits célestes, toutes les fois que le prêtre vient de prononcer les paroles redouUbl» , ne desceiHlenl-ils |>as du ciel pour être encore vos ministres, et vous environner de leurs hommages? Sur ce Irihiinal mystérieux, ne jugez-vous pas les hommes? ne jetez-vous pas des yeux de discernement sur cette multitude d’adorateurs qui remplit vos temples ? N’y séparez-vous pas les boucs des brebis? n’y prononcez-vous pas des arrêts de mort et de vie? n’y tenez-vous pas des foudres d’une main, et des couronnes de l’autre ? ne m'y démêlez-vous pas, et n’écrivez-vous pas sur imm front avec une main invisible les caractères de mon élection , ou de ma réprobation étemelle ? llclas! et tandis peut-être (pie vous m’y condamnez , je présume d'en approcher ; tandis que vous me rejetez de votre face, je ra’y présente avec confiance ; tandis que vous ouvrez l’abime pour y marquer peut-être ma |ilace, je viens la prendre ù votre taille avec témérité; tandis que vous me rangez peut-être parmi les enfants de colère, je viens me mettre au nombre des enfants de votre amour : votre cliair viviRante est une cliair de péché pour moi; l’Agneau sans tache, qui rompt les sept sceaux du livre de mort, est le^demier sceau qui remplit et ferme celui de mes iniquités ; et TOUS, qui deviez être mon Sauveiu*, vous devenez mon crime.

Ah! mes Frères, on ne pouvoil autrefois voir Dieu sans être frappe de mort sur l’heure : un peuple entier de Rcisamites, pour avoir seulement jeté sur l’arclie des yeux trop curieux , fut exterminé ; fange du Seigneur couvrit de plaies Héliodore , parce qu’il avoit osé entrer dans le sanctuaire de Jérusalem. Il n’éloit pas permis aux Israélites dans le désert d’approcher même de la nionlagnc où le Seigneur donnoil sa loi : les foudres et les éclairs en défendoient faccès; la terreur et la mort précédoient partout la face du Dieu d’Abraliam. Quoi ! parce qu’il ne sort plus des lourbiltoiis de feu du fond de nos sanctuaires pour

DISPOSITIONS A

panir les profanateurs et les indiscrets , le respect et la frayeur ne nous y accoiupai^nent pas ! Fuibles hommes sur qui les sens ont tant de pouvoir, et qui neaont*rClig:ieux que lonM|ue le Dieu qu’ils adorent est terrible ! Car, diles-moi, si nous discernions le corps du Seij^neiir, si la foi de sa présence faisoit sur nous les grandes impressions qu’elle feroil sans doute, si nous le voyions à découverlj eli! viendrions-nous tranquilles et presque insensibles nous asseoir à sa table? Quelques moments employés souvent à réciter avec un cœur tiède et un esprit égaré de légères formules sufhroient-ils pour nous préparer à une action si redoutable? Üne communion seroit-«lle l’atTaire d’une matinée, dérobée peut-être, ou à riimtilitc d’un sommeil accoiilunié, ou aux soins de l’ajustement? Ah! ce souvenir nous uccu(»eroit, nous agiteroit , nous frapperoil un mois par avance : il nous fàudroit du temps pour nous rassurer, si j’ose le dire, contre notre propre aspect, et contre l’idée de sa majesté; les jours qui précéderoient ce festin sacré , serment des jours de retraite, de silence, de prière, de mortiCcalion; chaque jour, en nous approchant de ce terme heureux, verroit croître nos soins , notre frayeur, V noire joie. Cette pensée seroit de toutes nos affaires, de nos entretiens, de nos repas, de nos délassements, de notre sommeil même : notre esprit plein de foi ne poiirroit s’en désoccuper, nous ne verrions plus que Jésus ChrUl ; la ligure du monde, loin de nous enclianter, nous ap|>liqueroit à |)cine; nous aurions des yeux et nous ne verrions pas; cetlc image setile lixeroit toute notre attention. Voilà ce qui s'appelle discerner le corps du Seigneur.

Je sais qu’une ame mondaine sent des (roubles secrets à l’approche d’une solemiité, où la bienséance et la loi peut-être veulent qu’elle se présente à l’aulcl. Mais, 6 mon Dieu! vous <]ui sonde/ les cœurs d’uii naissent ces troubles, sonlce là de ces frayeurs de fui et de religion qui doivem conduire à votre table une itumble créature ? AhI c’est une tristesse qui opère la mort; ce sont des inquiétudes qui naissent des embarras d'une coQscieiice qu’il faut éclaircir. On est som bre et inquiet comme le jeune liomme de rÉvangile à qui vous aviez fait une loi de vous suivre; on craint ces jours heureux comme des jours funestes : on r^arde les solennités des chrétiens comme des mystères tristes et lugubres; on se fait une fatigue des délices de votre banquet : ou n’y entre que comme ces aveugles et ces boiteux de l’Évan- Çile, c’esi-ù-dire, qu'il faut que les lois de votre £gUse aillent arracher ces mlidèles, comme par

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