DEUXIÈME RÉFLEXION
Je sais que notre (xriir nous écirappe à nous-mémes, que l'esprit de l’homme ne connott pas toujours ce qui se passe dans l’homme , que les passions nous séduisent , les exemples nous rassurent, les préjugés nous entraînent, que nos penchants décident toujours de nos lumières , que le cœur a toujours raison , que s’éproiiver soi-inéme, ce n’est souvent que s’affermir soi-méme dans ses eneurs. Tel est riiomine, dmon Dieu, entre les mains de ses seules lumières; sans cesse il prend le cliange, et tout se farde et se métamorphose à ses yeux ; il ne vous connoU qu’à demi, il ne se connoll qu’à peine, i) ne voit point clair dans tout ce qui l’environne, il prend les ténèbres pour la lumière, il va d’égarement en égarement, il ne sort pas de ses erreurs quand il revient à lui-méine; il n’est que les lumières de votre foi qui puissent redresser ses jugements, ouvrir les yeux desoname, être b raison de son cœur, lui apprendre à se connoltre, éclairer les mystères de l’amour-propre, développer les arlitices de ses passions, et en faire cet homme .spirituel qui juge de tout. C'est donc sur les règles de la f(û qu’il faut .s’épit)uver , mes Frères; les doctrines humaines, les adoucissements de l’iisiige , les exemples de la mnitiiiide, nos propres lumières .sont des guides trompeurs; et .si jamais il importa de ne tK>inl prendre le change, san.s doute c’est dans une conjonrtiire où le .sacrilège est la peine de la méprise.
Mais siirquoi nous éprouverons-nous? Sur quoi! sur la sainteté de re sacrement, et sur notre propre corruption. C’est la chair de Jésus-Chri.st , c’est le pain des anges, c'est l’.Agneau sans tache qui ne veut autour de son autel que ceux , ou (|ui n’ont pas souillé leurs vétemenl.s, ou <]ui les ont lavés dans le sang de la pénitence. Kl qui êtesvous , ame téméraire , que je vois approcher avec tant de sécurité? Y portez-vous votre pudeur, votre innocence ? avez-vous toujours possédé le vase de votre corfis dans l’honneur cl dans la sainteté? n’avez-voiis pas traîné votre cœur sur la boue de mille pas.sions ? votre ame n’esl-elle pas, aux yeux de Dieu , ce tison noii-ci dont parle le Prophète , que (les Üainmes impures ont , dès vos premiers ans, flétrie, consumée, et qui n’est plus qu’uu reste hideux de leur violence ? n’èles-voiis pas tout couvert de plaies honteuses? paroU-il sur votre corps im seul endroit qui ne soit marqué de quelques crimes? 0(1 placerez- vous la chair de l’Agneau? Quoi ! elle reposera sur votre langue! cette chair pure , sur un tombeau qui n’a jamais exhalé que la puanteur et Finfection ; cette chair immolée avec tant de douceur , sur l’instnimenl de vos vengeances et de votre ameHurac; cette chair emeinée , sur le siège de vus sensualités et de vos débauches ? Quoi ! il descendra dans votre (^tir ! mais y trouvera-t-il où reposer sa tète? n’avez-vous pas fait de ce temple saint une caverne de brigands ? Quoi ! vous l’allez placer parmi tant de désirs impurs, d’attachements profanes, de projets d’ambition, de mouvements de haine, de jalousie, d’orgueil; c’est au milieu de tous ces monstres que vous lui avez préparé sa demeure? Ah ! vous le livrez à ses ennemis, vous le mettez encore entre les mains de ses bourreaux.
On s’est éprouvé, me dit-on; on s’est confesse avant que d’approcher. Ah! mes Frères, et de la même bouche dont vous venez de vomir vos iniquités, vous aller recevoir Jésus-Christ? et le ctrur encorefumant de mille passions mal éteintes, et que le lendemain va voir rallumer, vousosez veiiiroffrir votre présent à l’autel , et participer aux mystères saints? et l’imagination souillée des idées toutes fraîches de vos excè.s que vous venez de laconler au prêtre, vous allez goûter le froment des élus? Quoi! au sortir du triluinal, la communion vous tient lieu de pénitence? vous allez de plain-pied du crime à l'antel ? au lieu de répandre des larmes avec les pénitents , vous venez vous consoler avec les Justes? au lieu de vous nourrir d’nn pain de tribulation , vous courez au festin délicieux? au Heu de vous tenir comme le pubticain à la porte du temple, vous approchez timiérairemenl du Saint
DISPOSITIONS A
(les Saints? Cii pénitent n*arrivoil aiitrefoisà la la* ble du Seigneur, qu'à travers des années entières d'hiiiiitlialmn, de jeûne, de prière, d’austérité; et an se puriüoit dans les larmes, dans la douleur, dans les exercices publics d'une discipline pénible : on deveaoil des hommes nouveaux; il ne restoit plus rien de la première vie qu’un regret sincère : on ne reconnuissoii enfin àe traces des crimes passés que dans les traces de la pénitence et des macérations qui venoientde les expier; et l’Eucliarislie éleii le pain céleste que l'homme pécheur ne iiiangeoit alors qu’à la sueur de son front. Et aujourd’hui on croit qu’avoir confesse ses crimes , c’est les avoir punis ; qu'ime absolution qui sup* pose un cu'ur contrit et humilié , le crée et le donne elle-même; que toute la pureté qu’exige la chair de Jésus-Christ de celui qui la reçoit, c’est qu’il ait découvert la pourriture et l’infection de ses plaies. Communions indignes, mes Frères; vous mangez et vous buvez votre jugement. Ou a beau vous rassurer, l'homme peut-il vous jusliOer, lorsque Dieu vous condamne ?
D'ailleurs, c’est un azyme pur; il faut être exempt de levain pour en manger. Or, de bonne foi , ces personnes du monde que les circonstances d’une solennité déterminent à s’approcher de l'Eu* charistie , ont-elles quitté le vieux levain en se présentant à l’autel ? n’y portent-elles pas toutes les passions encore vivantes dans leurs racines ? jugezen par les suites. On se retrouve le même au sortir de là; les haines ne sont point éteintes, l’empire de la volupté n’est point affoibH, la vivacité pour les plaisirs n’est point émoussée, la pente pour le monde n’est pas moins rapide, la cupidité n’a rien perdu de ses droits. On ne voit pas plus de précaution qu’auparavant contre les périls éprouvés : les commerces recommencent, les entretiens se renouent, les passions se réveillent, tout va même train, et on n’a par-dessus son premier étal que la profanation de ce redoutable mystère : d’où vient cela ? c’est que se confesser simplement n'est point s'éprouver.
De plus , c’est la viande des forts. Une ame foible, chancelante, mal affennie; qui plie au premier olistacle; qui se brise au premier écueil; qui échappe à toute heure à la grâce; qui a une Ion- ; gue expérience de sa fragilité; qui n’apporte jamais à l'autel que des prumesse.s cent fois violées, que des semibililés de dévotion, <|ue le premier plaisir clou ffe; qui, depuis ses premiers ans, est dans le commerce des foiblesses et des choses saintes, et a toujours vu siicc(kltT les crimes au repentir, et les sacrements aux rtfchuies : une ame de ce caractère , est-ce une ame forte ? ne doit-elle
LA LUMMUiMÜN. m
I pas s'éprouver, croître, ac forlilier, s’exercer dans I la charité? à peine en étal de soiilenir le lait, doit-elle imprudemment se cliarger d’une viande solide, qui ne sert de nourriture qu’à l’homme parfait?
11 est marqué dans la loi que si la victime (|u'on venoit d’immoler étoil mise dans un vaisseau de terre, le v.aisseauseroit brisé sur-le-champ; inaisqiie s’il étoit d’airain, il seroit lavé et nettoyé. (Levit., VI , 28.) Ces rirconstances , marquées avec tant de soin, seroient-elies dignes de l’Esprit-Saini, si elles ne renfermoienl des instructions et des mystères? Une ame fragile qui reçoit la victime véritable , ne ressemble-t-elle pas à ce vaisseau de terre qui se brise, pour ainsi dire, et qui ne peut soutenir la violence de ce feu sacré? au lieu qu’une ame solide comme l’airain s’y purifie, y perd ses plus légères souillures, et en devient pins belle et plus brillante. Qu’arrive-t-il, selon Jésus-Christ, lorsque l’on met du vin iMuveaii dans des vaisseaux vieux et usés? ne se rompent-ils pas? le vin n’est-il pas [lerdu, épanché, foulé aux pieds? Quelle est cette parabole? Vous niettez ic vin mystique, ce vin qui enfante les vierges, ce vin dont la force jette les aines cliastesdaiis une sainte ivresse ; vous le mettez dans un cœur usé , que des passions envieillies ont aiïuibli. Ali! je ne suis point surpris, s’il n’en peut pas soutenir la force, si le sang de Jé-sus-Christ ne sauroit s’y arrêter, si, à la première occasion, vous le répandez et le foulez aux pieds : il falloit y accoutumer votre cœur peu à peu , le préparer par la retraite, par la prière, {lar la fuite des occasions, par de.s victoires journalières sur vous-même; cl, par ces longues et sages épreuves , le fortifier et le rendre capable de recevoir Jcsns-Cbrist.
C'est la Pâque des clirétieos : or, Jésus-Christ ne célèbre sa Pâque qu'avec ses disciples : Cum diacipufis oieia/uc(oPaac/m.(MATTH.,.xxvi, f 8.) Or, qu’est-ce qu’être son disciple ? c’est se renoncer soi-méme, porter sa croix, le suivre. Êtesvous mortifié dans vos désirs , patient dans vos afflictions? iiiarcliez-vuus sur les traces que Jésus- Christ vous a frayées? Être son disciple, c’est s’aimer les uns les autres; et combien de fois êtes-vous venu manger ce pain d’union ? combien de fois vous êtes-vous présenté à ce festin de cliarilé, portant dans le cœur un Üel sicrei d'amertume contre voire frère? combien de fois êtesvous venu offrir votre présent à l’autel , sans vous être réconcilie avec lui?
Enfin , c’est un Dieu si pur, que les astres sont souillés devant lui; si saint, qu'après la cliutc de l’Ange, il fallut que le ciel s’écroulât, que lesabl-
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7n QUATRIÈMK IMMANCIIE DE L’AVENT.
mes s*ouvris$enl , ot qiiMi mit nn chaos éternel entre le péché et lui; m jaloux, (|u’un fciiI désir étrani^r le blesse. Ainsi, mes Frères , il faut vous éprouver sur vos penchants ; ne nourrissez-vous pas encore ces désirs du siècle dont parle l'Apôtre? rendez gloire à Dieu , et sondez voire creur en sa présence. Je vais me nourrir de Jésus-Christ, et le dianger en ma propre substance; mais lorscpril sera entré dans mon anie, lui, qui en discerne les intentions et les pendiants les plus secrets, n’y trouvera-t-il rien d’indigne de la sainteté de sa présence ? Il ira d’abord à la nai.s.sance et aux principes de mes égarements; il examinera si la source en est tarie, ou le cours seulement suspendu; il verra quelles sont encore les inclinations dominantes de mon ame, quel le poids (|ui fait encore j»cncher le errur : hélas! fK)urra-l-il dire comme autrefois, lor>>qu’il entra dans la maison de Zachée : Aujourd’hui le salut est arrivé dans celle maison? Suis-je revenu de bonne foi de celle passion, si fatale à mon innocence; de celte aigreur, que je viens de délester aux pieds du Prêtre; de celte idolAirie des richesses, qui me jette dans des gains injustes; de cette fureur du jeu , qui nuit à ma santé, à mes affaires, à mon salut; de celle humeur inégale et fôcheuse, que la plus légère contradiction enflamme; de celle vanité, qui me lire du rang où mes ancêtres m’avoienl laissé; de celte envie, qui m’a toujours fait regarder avec des yeux jaloux la réputation ou la prospérité de mes égaux ; de cet air fier et censeur, qui juge de tout et ne se juge jamais soi-même; de cet ascendant de mollesse, de volupté, d’immortificatioii , qui fait comme mon fonds et mon être propre? L’aveu que je viens de faire de mes foiblesses au ministre de Jésus-Christ, les n-l-îl déracinées de mon cœur? suis-je une nouvelle créature ? il n'y a qu’un homme ressuscité qui puisse aspirera ce pain céleste dont je vais me nourrir : le suis-je à vos yeux , ô mon Dieu ! ne portc-je pas le nom de vivant, étant encore mort en effet ? le fort armé entrant dans mon arae la possédera-t-il en paix , cl n’y trouvera-t-il pas sept esprits immondes qui l’en cliasseroni ? Eclairez-moi , Seigneur, et ne souffrez pas que voire Christ, ipie votre Saint descende clans la corruption. Voilà , mes Frères , comme il faut s’éprouver. Le Seigneur avoit défendu autrefois aux Juifs d’oITrlr du miel et du levain dans les sacrifices : voyez si , en approchant de l’aulcl , vous n’y portez pas le levain de vos cri- • mes cl le miel de la volupté ; c’esi-A-dire , et ce goût du monde et du plaisir, cl ce caractère mou et sensuel, ennemi de la croix, inallinhie avec le salut. N’approchez pas, si vous ne vous sentez pas
assez pur : ccItc chair sainte, dît le Prophète, ne vous ôtcroil point votre malice; elle en ajoulcroit une nouvelle; voire religion seroil vaine, votre culte idolâtre, votre sacrifice un sacrilège.
Epronvez-vousdimc vous-même, et, après cela,
I mangez de ce pain céleste; mais il n’en faut demeurer au simple discernement et à l’épreuve.
I Jusque-là vous n'avez fait qu’éloigner les ul)stacles ; mais vous n’avez pas mis les dernières dispositions : vous avez retranché tout ce qui pouvoit : l>annir Jésus-Christ de votre aine ; voas n'avez pas ' acquis ce qui pouvoit l’attirer; vous avez pris des ' mesure.'^ [>our ne point le recevoir indigneincnt ;
■ TOUS n’en avez point pris pour le recevoir avec fruit. Il ne suffit pas d’êire exempt de crime , il faut être revêtu de justice eide sainteté; c’est peu de ne le point trahir avec Judas, il faut l’aimer avec les autres disciples ; c’est peu , en un mol , de n’être plus profane, mondain , voluptueux, mou, fier, vindicatif, attaché; il faut être grave, doux , j humble, ferme, chaste, fidèle , chrétien. Toutes ! les fois que vous ferez ceci, faites-le en mémoire de moi : c’est la troisième disposition, communier en mémoire de Jésus-Christ.
TUOISrÈME UÉFLEXION.
Qu*est-cc que communier en mémoire de Jé- ! sus-Clirisl ? c’est , en premier lieu, mes Frères, retracer en soi-même tout ce qui se passa dans le cœur de Jésus-Clirist, dans l’institution de ce Sacrement adorable. J’ai désiré ardemment , disoilil à scs disciples, de manger cette Pâque avec vous ; Desiderio desiderati hoc Pascha mandur carerohisnim. (Lee., xxn,15.) H soupiroil après ce moment heureux ; il ne le perdoit pas de vue; il se consoloit dans ce souvenir de toutes les amertumes de sa passion : //ntcftmm patiar. ( Ibid. ) Que voiiloit-il nous apprendre parlé, mes Frères? ah ! c’est qu'il faut apporter à celte table divine un cœur embrasé, pénétré, consumé; un cn>ur impatient , empressé , avide; une faim et une soif de Jésus-Christ ; un goût réveillé par l’atnour ; en un mot, ce que j'ai appelé une foi ardente qui nous fas.se aimer. Ce pain, dit un Père, demande un cœur affamé ; /Hlcriori.ç/ionii«isqiiffTitcs«rim. Ah ! Seigneur, dit alors l'arae fidèle avec saint Augustin (Saixt Ait.., in Conf.j L 5), eh! qui me donnera que vous veniez dans mon cœur pour en prendre possession; pour en remplir tout le vide; pour y régner seul; pour y demeurer avec moi jiis(|ii’à la consommation des sitTlcs ; pour m’y tenir lieu de tout ; pour y faire mes plus cliastes délices ; pour y réiwndre mille secrètes consolalloas ;
DISPOSITIONS A pour te rassasier, l’enivrer, me faire oublier mes malheurs, mes ini|uiétudes, mes vains plaisirs , tous les hommes, l'univers entier, et me laisser loul à vous, jouir de votre présence, de vos entretiens, des douceurs que vous préparez à ceux qui vons aiment. Peut-être , Seigneur , la maison de mon ame n'est pas encore assez parée pour vons recevoir; mais venez en faire vous-niérae tout l’ornement. Peut-être y apercevez-vous des soulllnres qui vous en éloignent; mais vous les purifierez par votre divin attouchement. Peut-être y décuunez-vons encore des ennemis invisibles ; mais n'êtes-vnus pas le fort armé ! votre seule présence les dissipera, et tout sera en paix quand une fois vous vons en serez mis en pns.<ession. Peut-être a-t-elle des rides qui l'enlaidisssent; mais vous renouvellerez sa jeunesse, comme celle de l’aigle. Peut-être est-elle encore flétrie des taches de ses anciennes bilidéiités; mais votre sang achèvera de les eflaœr. Venez , Seigneur, et ne tardez pas : tous les biens m’arriveront arec vons. Méprisé, persécuté, affligé, dépouillé, calomnié, je ne compterai plus mes malheurs pour rien , du moment que vous viendrez les adoucir ; honoré, favorisé, élevé, environné d’abondance, ces vaines prospérités ne me toncberont plus, ne me paroltrant plus rien , du moment que vous m'aurez fait goflier combien vous êtes doux. Tels sont les désirs qui doivent BOUS conduire à l’autel.
Mais, hélas! les uns y apportent un dégoAt et une répugnance criminelle : il leur faut des occasions pour les y déterminer ; d’eux-mêmes ils ne s’en aviseroient jamais. Mais que dis-je? des occasions! il tint des foudres et des anathèmes; il fout que l’Égliae tonne , froudroie. Bon Dien ! que la tiédeur ^ chrétiens ait réduit votre Église i leur faire une loi de la participation fl voue corps et fl votre sang ! qu’il ait fallu des peines et des menaces pour les conduire fl l’autel, et les obliger de s'asseoir fl votre table! que toute la félicité du chrétien sur la terre soit devenue ponr lui uh précepte pénible ! que le privilège le plus glorienz dont vous puissiez favoriser les hommes soit ponr eux une gêne et une contrainte! Ah ! Seigneur, quand vous donn.ites fl votre Église le pouvoir de lier , vous attendiez-vous qn’elle en diH faire cet usage ? et son autorité étoit-elle destinée fl traîner ses enCuils fl l'autel, ou fl en séparer ses ennemis? Les antres en approchent avec un cœur pesant, un goût émoussé, une ame toute de glace ; gens qui vivent dans le commerce des plaisirs et des sacrements, qui participent fl la uble de Satan et fl celle de Jésus-Christ ; qui ont des jouis marqués pour le Seigneur , et des jours destinés an siècle; gens fl
LA COM.MUNION. 71
qui nne communion ne coilte qu’une journée de ^ne et de réserve ; qui ce jour-lfl oc jouent pas, ne voient pas, n’étaient pas, ne médisent pas, ne s’assemblent pas. Mais ce régime ne va pas plus loin; toute la dévotion finit avec la solenuité ; c’est une action de cérémonie; on est content de soimême, après cette courte suspension; on rentre tranquillement dans ses premières voies, car c’étoit on article dont on étoit convenu avec soi-même ; on vit uniment dans ce tranquille mélange de saint et de profane .- les sacrements nous calment sur les plaisirs; les plaisirs, pour être plus tranquilles du cété de la conscience , nous conduisent aux sacrements ; et l'on est fl demi bon pour être mondain sans scrupule. Ainsi , on porte fl l’autel un gui'it affadi par les amusements et les joies du siècle, par l’embarras des affaires , par le tumulte des passions : on ne sent pas les douceurs inelTables de cette viande céleste ; on retrouve jusqu’au pied du trdne de la grâce les images des plaisirs dont on vient de sortir; des intérêts qui noos occupent, des projets qui nous embarras.senl, des idées qui nous arraclieot de l’autel pour nous rentralner dans le monde, font sur le cieur des impressiuns bien plus vives que la présence de Jésus-Christ. Mais n’ est-ce pas. Seigneur, contre ces chrétiens monstrueux que votre Prophète indigné vous di- Boit autrefois ; ! Seigneur , que votre table leur
devienne un piège, une puntlioii , une pierre efucAoppement el de seandale. (Ps. Lxviii, 23.)
En second lieu , communier en mémoire de Jésus-Christ , c’est vouloir réveiller par la présence de ce gage sacré tout ce que son souvenir peut foire d’impression sur un cœur qui l’aime. L’absence ralentit les liaisons les plus vives : Jésus- Christ prévoyoit bien que, montant au ciel, ses disciples insensiblement ouhiieroient ses bienfaits et ses divines instructions. Hélas ! Moïse ne reste que quarante jours sur la montagne, et déjà les Israélites ne se souviennent plus des prodiges qu’il avoit opérés pour les délivrer de l'Egypte. Qu’est devenu ce Moïse, s’entre-dlsoient-ils ? foisons-iious des dieux qui nous précèdent et qui nous défendent contre nos ennemis. Jésus-Christ, pour parer fl ces inconstances du cœur humain, voulut, en moulant dans la céleste Shm , nous laisser un gage de sa présence : c’est Ifl qu'il veut que nous venions nous consoler de son absence sensible ; c’est Ifl que nous devons retrouver un souvenir plus vif de ses merveilles , de sa doctrine, de ses bienfaits, de sa divine personne ; c'est Ifl que, sous des signes mystérieux , nous venons le voir naissant fl Bethléem , élevé fl Nazarelli , conversant avec les hommes et parcourant les villes de la Ju
yÜATRlKME DlilANCHK l)t L'AVRiM.
üéc, faisaiu des signes cl des prodiges (|ue nui autre avant lui n’avoit jamais faits y appelant à sa suite des disciples grossiers pour en faire les maîtres du monde, confondant riiypocri^ie des Pliarisiens, annonçant le salut aux hommes, laissant partout des traces de sa puissance et de sa bonté , entrant en triompîie à Jérusalem , «'ondiiit sur le Calvaire, expirant sur une croix, vaim|ueiir delà mort et de l’enfer , menant avec lui dans le ciel cenx (|ui ctolent captifs, comme les tropliées de sa victoire, cl formant ensuite son ICglise par l'effusion de son esprit et rabondance de ses dons; en un mot, nous l’y retrouvons dans Ickjs scs mystères.
Vous enviez, dit saint Chrysostôme, le sort d’une liémorroîsse ijui touche ses vêlements, d'une pécheresse qui arrose ses pieds de ses larmes, des feniines de Galilée qui eurent le honlieiir de le suivre et de le servir dans les courses de sou ministère, de ses disciples avec qui il conversoit familièremcnt, des peuples de ce temps-là qui entendirent les paroles de grâce et de saint ((ui sortüicnl de sa btmche : vous appelez heureux ceux qui le virent; bien des Prophètes et des Puis l’ont Koiihaiié en vain : mais vous, mes Frères, venez à l'autel, vous le verrez, vous le toucherez, vous lui d«)nnerez un saint baiser; vous l’aiToseiez de vos larmes, et vos entrailles mêmes le porteront comme celles de ^larie. Hélas ! mrs pères alloienl dans une terre sainte y a<lorer les traces de ses pieds , et les lieux quM avoit consKicrés par sa présence. Ici, leur disuit-ou, il proposoil la parabole du Ik)u pasteur et de la brebis égarée; ici il réconcilioii une femme adultère; ici il coiisoloit une pédieresse; ici il sanctilioit les noces et les feshns par sa pn sencc ; ici il imiUJplioit des pains pour rassasier un {Kuplc affamé; ici il défcndoii à ses disciples de faire descendre le feu du ciel sur une ville criminelle; ici il s'nlaissoit jusqu’à converser avec une femme de Samarie; ici il souffruit les enfauLs antonr de lui, et biarooit ceux qui voiiloient les éloigner; iciil retulüil la vue aux aveugles , il redressoit les l>oileux , il délivroil les possédés , il faisoil parler les innels et oiiîr les sourds. A ces paroles nos pèicsse senloient saisis d’une joie sainte; ils versoîenl sur celle terre heiircnse des larmes de tendresse et de religion: ce spectacle, ces images leur rappro- €!u»ient les temps, les aci ions, les mystères de Jésus- Christ, rallumoicnt Iciirnnleur, consoloienlleiirfoi: les pcfbeurs y trouvnient une douce confiance, les foihlcs une nouvelle force, les Justes de nouveaux tlesîrs.
Ah! Chrétiens, non, il n’est pas necessaire de traverser les mers; le salut est proche de vous; la parole que nous vous prêchons sera, si vous vou-
lez, sur votre bouche et dans votre cœur : oiivTeE les yeux de b foi, regardez sur cesautels, ce ne sont pas dt's lieux consacra autrefois par sa présence , c’est Jésiis-Chrlsllui même: approchez en mémoire de lui ; venez y rallumer tout ce que votre etrura jamais senti de tendre, de touchant, de vif pour ce divin Sauveur. Que le souvenir de sa douceur, qui ne lui pernielluil pas de briser un roseaiwléja cassé, et d’éteindre une lampe encore fiinianie, calme vos eniportemcnls et vos impatiences : que le souvenir de scs travaux et de sa vie pénible vous confonde sur votre molles.se; que le souvenir de sa motl&slie et de son humilité, qui lui faLsoit prendre la fuite lor.s(iu’nn vuuloit le faire Uoi, vous goérisse de vos vanités, <lc vos projets, de vos prétentions frivoles : que le souvenir de son jei'ine de quarante jours vous détrompe sur les busses raisons qui vous portent ou à rompre le vôtre, ou à l’adoucir : que le souvenir de son zi*le contre les profanateurs du temple vous apprenne avec (]uel respect et quelle sainte frayeur vous devez y entrer : que le souvenir de la simplicité et de la frugalité de sesmœurscondamnelesvainessupernuités et les excès des vôtres : que le souvenir de scs retraites et de ses prières vous avertisse de fuir le monde, de vous retirer quelquefois dans le secret de voire maison, de passer du moins quelques heures de la journée dans b pratique iiKlispciLsaUe de b prière ; que le souvenir de sa tendresse et de sa compassion |M>ur un peuple affame, vous donne des entrailles de cli<iritc pour les malheureux : que le souvenir de ses saints enlreliens vous instruise à converser innocemment, saintement, utilement avec les hommes; en un mot, qne le souvenir de toutes ses vertus, plus vif alors, plus présent au cœur, à l'esprit, vous corrige de toutes vos foîble.s.ses ; voilà ce qu’oii appelle communier en n)émoire de lui.
Mais porter toujours à l’autel les mêmes foiblessc.s; mais se familiariser de telle sorte avec b chair de Jésus-Christ, qu’elle ue réveille plus en nous de sentiments nouveaux, et nous laisse toujours tels que lions sommes ; mais se nourrir d’iine viande divine et ne point croître; maiss’approclier souvent de celle fournaise ardente et ii’y |>ouvoir «■chauffer votre tiédeur; mais .se présenter a\ec des fautes ceiil fois détestées et encore chères , avec des habitudes d'imperfcrlion, qui, quoique légères en elles- mêmes, ne le sont plus pourtant par ratlachenienl et la |K'nte qui nous les rend inévitables, et (Kii* b circonstance du ^Sacrement qu’on se met en danger de profaner; mais (aire profession de piété, d’éloignement du monde, être pres(|ue tous les jours dans le commerce des cltoscs sainle!:
DISPOSITIONS A
et s'élre fait comme an point flxe de verta au-delà duquel on ne va jamais, se traîner toujours autour des mêmes confessions et des mêmes chutes, et n'ëtre pas plus avancé après dix années d’exercice de piété qu’on Téloit d’alwrd , avoir même fait quelques pas en arrière et relâché de sa première ferveur ; mais sans cesse user de ce remède divin, et ne sentir rien de changé à ses maux; mais entasser Sacrement sur Sacrement, si je l’ose dire , et ne jamais vider son ccrur pour faire |4ace à celte viande céleste ; mais nourrir des envies , des animosités, des délicatesses, des attachements secrets, un fonds d’immorlificalioii, des désirs de plaire, de parollre ,de panroiir; mais se permettre d’habitude dans ses entretiens, des vivacilés, des discours libres sur autrui, des épanciiemenls tout mondains, des inutilités étemelles, des sentiments tout pror.mes , des airs vains et piquants , des détours qui blessent la sinccritc, des dé^iscmentsqni familiarisent avec le mensonge, des impatiences et des éclats; mais cultiver des liaisons que la piéli>cou- Y]'e peut-être, et que le penchant totil seul assortit et soutient ; mais être sur sa gloire, sur ses intérêts, sur ses droits, d’une jalousie outrée; mais se sentir révolté au plus léger mépris, et ne pouvoir digércrunseulgestedésobUgeant ; maisétred’uneattent ion infiniesur soi-même, et dans une parure simple cl modeste s’y recliercher; choisir ce qui convient avec plus de soin peut-être qu’une ame mondaine, i't là-dessus vivre du pain des Anges: à mon Dieu f en voilà plus qu’il ne faut pour nous faire trembler.
Mais est-ce manger ce pain indignement que de le manger avec tant de foiblesses et d'imperfections? Eh ! qui le sait , Seigneur, que vous-même ? Tout ce que nous savons, c’est que ce n’est pas communier en mémoiœ de vous ; c’est qn’il y aura des justices au graud jour qui paroi iront comme un linge souillé à vos yeux; c’est que plusieurs de ceux qui avoient même prophétisé en votre nom seront rejetés ; c’est que tout est à craindre dans cet état. Pierre n’est admis à votre cène qu’après (jue vous loi avez lavé les pieds ; et cependant vmts noua assurez qu’il éioii tout pur. Magdeleine est éloignée, et vous lui défendez de vous approcher an sortir du tombeau, parce qu’uii goût encore trop sensible étoil le principe de son empresse ment; etcepemlani elle avoil beaucoup aimé, et lavé vos pieds sacrés et ses péchés de ses larmes. Kt nous, Seigneur, pleins de misèTcs, vidt's de fi ails sincères de pénitence, tout pt'lris de mollesse et (le sensualités, tièdes et sans goût, imntunhlcs dans un certain état de piété languissante cl imparfaite, plus soutenus par rhabiiude et par les engagements d’une profession sainte, que par