T4 , QUATRIÈME DIMANCHE DE LAVENT
lége de celai qui le reçoit; c’eiit nne suite de son institution, et non pas une disposition pour en approdier. Or, le dessein de l’Apdtre est ici de prévenir les abus , d'apprendre aux fidèles à manger dignement le corps du Seigneur, de leur développer dans les mystères que renferme ce sacrement, les dispositions qu’il demande. Il y a donc une manière d'annoncer la mort du Seigneur, qui doit toute se pas.ser dans nos ctrnrs, qui noos dispose, qui noua prépare, qui assortit la situation de notre ame à ia nature de ce mystère, <|ui nous fait porter sur notre corps ta mortification de Jésus-Clirist, qui nous immole et nous crucifie avec lui. Reprenons toutes les raisons que nous avons touchées , et changeons la lettre en esprit.
On annonce la mort du Seigneur en premier lieu , parce que ce mystère fut uu prélude de sa passion. Dans les premiers temps , l’Eucharistie étoit un prélude du martyre. Du moment que la foreur du tyran s'étoit déclarée , et que la persécution commeiiçoit à s’élever, tons les fidèles couroient .se munir de ce pain de vie : ils emportoient ce cher dépôt dans leurs maLsons : la mort leur paroissoit moins terrible , lorsqu’ils avoient devant leurs yeux le gage précieux de leur immortalité : ils la desiroieiit même ; et les consolations ineffiibles que la présence de Jésus-Christ , cachée sous des voiles mystiques, répandoil d<^a dans leur ame, les faisait soupirer après ce torrent de volupté dont il enivrera ses élus , lorsqu’ils le verront face à face. Etoient-ils traînés dans les prisons, charges de fers coniuie les scélérats , eux dont le monde n’étuit pas digne; ils caclioient avec soin dans leur sein la diviue Eueharistie ; ils s’en nourris.soient dans l’atteute du martyre; ils s’engraissoient de cette viande céleste, comme des victimes pures , afin que leur sacrifice fiU plus agréable au Seigneur. Des vierges chastes , des fidèles fervents , des ministres saints participoient tous ensemble dans les cachots au pain de bénédiction : aussi ((uclle joie dans leurs chaînes I quelle sérénité dans ces lieux sombres et affreux ! quels cantiques d’actions de grâces dans ces demeures lugubres , où les yeux ne retiouvoient partout cpie de tristes images de la mort , et les pré|iaratifs des plus cruels supplices ! Combieu de fois disoient-ils à Jésus-Christ , pre^nt au milieu d’eux dans ce sacrement adorable : Ah ! nous ne craindrons pas les maux , .Seigneur, puisque vous êtes avec nous : que des armées entières nous environnent , nous ne serons point troublés ; nus ennemis peuvent perdre notre corps, et même en dissiper les restes; mais vous nous le rendrez glorieux et immortel.
Eh ! qui peut perdre ceux que le Père vous a donnés ? Heureuses chaînes que vous daignez soutenir ! saintes prisons que vous consacrez par votre présence ! ténèbres aimables où vous remplissez nos âmes de tant de lumières ! mort précieuse qui va nous unir à vous, et déchirer les voiles qui vous dérobent 1 nos yeux ! De li , quelle force dans les tourments! Pleins de la chair de Jésus-Christ, teints de son sang , ils sortoient, dit saint Chryaustéme , de leurs cachots comme des lions encore tout sanglants et altérés de mort et de carnage; ils voloient sur les échafauds ; ils y portaient une sainte fierté, lançoient çà et IA des regards de constance et de magnanimité qui glaçaient les tyrans les plus barbares, et désarmoient leurs propres bourreaux ; ils annonçoient donc ia mort du Seigneur, en se préparant au martyre par la communion.
La tranquillité de nos siècles et la religion des Césars ne nous laissent plus le même espoir ; ia mort n’est plus la récompense de la foi , et l’Eucharistie ne fiiit plus de martyrs ; mais n’avonsnous pas des persécuteurs domestiques ? notre foi n’a-t-elle A craindre que les tyrans? et n’y a-t-il pas un martyre d’amour comme un martyre de sang ? En approchant donc de l’autel, mes Frères, une ame fidèle soupire après la dissolution de son corps terrestre ; car pourroit-elle aimer cette vie , et atmoocer la mort de Jésus-Christ , et retracer dans ces signes mystiques sa sortie du monde pour aller A son Père? elle se plaint que son exil est trop prolongé , elle porte au pied du sanctuaire un esprit de mort et de martyre. Ah ! Seigneur, puisque vous êtes mort et crucifié au monde, pourquoi m’y retenez-vous ? que puis-je trouver sur 1a terre digne de mon cœur, vous n’y étant plus? le mystère lui-méme qui devait me consoler par votre présence, me fait souvenir de votre mort : ces voiles qui vous couvrent , sont un artifice de votre amour ; et vous ne vous cachez A demi, que pour réveiller dans mon ctrur le désir de vous voir A découvert. Vaines créatures , que m’offrezvous, qu’un vide affreux du Dieu que Je clterche f que me répondez-vous , lorsque mon cœur séduit se tourne de votre côté pour y cliarmer ses ûuiuiétndes? Retourne, me dites-vous, à celui qui nous a faites ; nous gémissons en attendant qu’il vienne nous délivrer de ce triste assujettissement , qui nous fait servir aux passions et aux erreurs des hommes : ne le cherche point au milieu de nous , tu ne l’y trouveras pas ; il est ressuscité, il n’est plus ici ; s’il paroit , ce n’est que pour mourir encore tous les jours : reprends les désirs et les affections que lu voulois nous donner, et les détourne vers le ciel ; l’époux a été enlevé , la terre désor-
. 'I ; zea oy vj*
DISPOSITIONS A
mais n’ost plus pour un chn’llen qu’un séjour de soupirs et de larmes : voilà ce qu’elles me répondent. Qui me relienldonciri-l«is,SeiRnenr? quels sont les biens et les charmes qui peuvent m’atUiclier à la terre ? Inquiète dans les (ilaisirs , impatiente dans l’absence , ennuyée des entretiens et du commerce des hommes , elTrayée de la solitude, sans pnlt pour le monde , sans goût pour la vertu, faisant le mal que je liais , ne faisant pas le bien que je voudrols ; qui me retient ? qui diflère la dissolution de ce corps de péché ? qui m’empêche de voler avec les ailes de ta colombe sur la sainte montagne? Je scrois heureuse, Seigneur, je le sens ; je pouirois à toutes les heures me nourrir de ce i>ain délicieux ; je ne goAte de véritahle joie qu’aux pieds de vos autek; ce sont là les moments les plus heureux de ma vie; mais ils durent si peu, il faut se rengager si vile dans les ennuis et les désagréments du siècle ; mais il faut s’éloigner de vous pour si long-temps ! non , Seigneur, il n’y a point de parfait lionlieur sur la terre, et la mort est un gain à qui sait vous aimer.
Sont-ce là nos sentiments, mes Frères, quand nous approchons des autels ? Où sont aujourd’hui les chrétiens, qui, comme les premiers fidèles, atlendeut la hienheiireu.se espérance, etliàtentpar leurs soupirs la lin de leur exil , et l’avénement de Jésus-Christ ? C’est un raffinement de piété qu’on n’eiilcnd point, c’est un langage presque contemplatif; et cependant c’est le Amdcment de la religion et la première démarche de la foi. On rtganle la nécessité de mourir comme une peine cruelle; la seule idée de la mort, qui cnnsoloit tant nos pères , nous fait frémir; la Ho de la vie est le tenue de nos plaisirs, au lieu d’ètre celui de nos peines ; on la ménage aux dépens de la loi de Dieu et des obligations de l’Eglise ; les soins qui ahouüssent au corps .sont infinis ; nos précautions sur ce point vont jusqu’à la foihles.se ; ou s’il arrive quelquefois de .souliailer ce dernier moment , c’est lassitude de la vie et de scs diagrins , c’est une disgrâce, une infirmité habituelle qui nous mine, une révolution dans nos affaires, qui ne nous laisse plus espérer de plaisirs en ce monde, un élablis- .sement manqué , une luorl , un accident , enfin un dégoAt et un souhait d’amour-propre ; on s’ennuie d’ètre malheureux , mais on n’est point empressé d’aller se réunir à Jésus-Christ ; et là-dessus on vient manger la cène du Seigneur , se renouveler le souvenir de sa passion , et annoncer sa mort jns<|u’à ce qu’il vienne ; quelle indignité !
En second lieu , on annonce sa mort dans ce mystère parce que Judas y forma comme la dernière résolution de le livrer. Ur, qu’exige de nons
LA COMMÜNION. 75
ce souvenir? ah! mes Frères, un désir ardent de réparer par nos liommages l’impiété de tant de communions monstrueuses qui cniciflem de iiouvean Jésus-Christ, l'anl de ministres perfides l’offrent dans tous les lieux où son nom est connu , avec des mains sacrilèges; tant de pécheurs impudiques , vindicatifs , mondains , ravisseurs de tous les peuples , de toutes les nations , le re(oivenl dans des bouches profanes ! Nous devoixs sentir les outrages qu'y souffre Jésus-Christ ; nous confondre devant loi , sur ce que le plus signalé de ses bienbits est devenu l’occasion des plus grands crimes; trembler sur nous-mèincs; admirer sa boulé, laquelle, pour l’utilité d’un petit nombre d’Elus, a bien voulu s’exposer aux indignités de cette multitude inlinie de pécheurs de tous les siècles et de tous les temps qui l’ont déshonoré et (|ui le déshonorent ; détoumi r par les larmes de notre rirur, et par mille gémissements secrets, les fléaux que les communions indignes ne mampieiit jamais d’attirer sur la terre. Car si l’.àpôtre se plaignoit autrefois que les corps frappés de plaies, les maladies populaires, les morts soudaines n’etoient qu’une suite de ce sacrement profané ; ali ! vous nous frappez depuis long-tem|» , Seigneur ; vous versez sur nos villes et sur nus provinces la coupe de votre fureur ; vous armez les roU contre les rois, et les peuples contre les peuples; on n’entend parler que de combats et de bruits de guerre; vous bites pleuvoir du ciel la stérilité sur nos campagnes ; le glaive de l’ennemi dépeuple nos familles, et Ale aux pères la consolation de leurs vieux ans; nous gémissons sous des charges qui, en éloignant de nos murs l’ennemi de l’ Etal, nous liv reni à la faim et à la misère; les arts sont presque inutiles au (leuple, les gains et les trafics languissent , et l’industrie peut à peine fournir aux liesoins ; les calamités secrètes et connues de vous seul , sont encore plus loncliànlcs (|ue les puhli(|ues; nous nvoiu vu la bim et la mort moissonner nos ciloyeiLs , et clianger nos villes en déserts alTreux ; l’ennemi de votre nom profite de nos dissensions , et usur|ic votre héritage.
D’où parlent ces fléaux si longs et si terribles , grand Dieu ? où se forment ces nuées de fureur et d’indignation, qui éclatent depuis si long-temps sur nos tètes ? N’èles-vons pas armé pour punir les sacrilèges ? les attentats que l’on commet tous les jours aux pietls de vos autels contre votre corps , ne nous attirent-ils pas ces marques de votre colère? Eh! frappez-noits donc , Seigneur ; vengez votre gloire , ordonnez à l’ange qui est dans les airs, de ne pas arrêter son bras, qu’il n’épargne pas les maisons où sont encore empreintes les tra-