‹ Œuvres de Massillon, Évêque de ClermontChapitre 46 sur 348 · DISPOSITIONS A LA COMMUNION · texte numérisé non relu

DISPOSITIONS A LA COMMUNION

ce modèle ; voili romme vans devez annoncer sa mort en participant à son corps : il faut y porter des yeux instruits à être' fermés pour la terre ; une langue accoutumée au silence ou à des discours de Dieu , comme parle saint Paul ; des pieds , des mains immobiles pour les amvresdu (léclié; des sens ou éteints ou mortiliés ; en nu mot , y porter nue mort universelle sur votre cor|is : l’état de Jésus-ClirUt dans l'Eucharistie, est l'état du clirétien sur la tcire; un état de retraite, de silence, de patience , d'humiliation , de divorce avec les sens. Car, (|u’cst^!c que Jésus- Christ dans l’Eucliaristie 7 II est dans le monde connue s’il n'y étoit point ; il est au milieu des hommes , mais invisible; il entend leurs vains discours, leurs conseils chimcri(|ues, leurs es-pr-ranecs frivoles , mais il n’y prend aucune part; il voit leurs sollicitudes, leurs agitations, leurs entreprises, et il les laisse faire; | un lui rend des honneurs divins , et on l’outrage; i et , toujours le même , il parult insensible aux in- I suites rumine aux liommages ; il voit renouveler j les siècles, les empires, les familles; les mmurs clianger; le godt des hommes et des âges varier ; | les coutumes s'éteindre et puis revivre ; la ligure ' de ce niimde dans une révolution éternelle; les 1 liérésies prévaloir ; son héritage déchiré ; des guer- ] res , des séditions, des lionicversements soiulains, ] l’univers entier ébranlé ; et il est trampiillc sur ses ' mines , et rien ne le lire de .son application intime \ cl ineffable à son Père , et rien ne trouble le repos 1 divin de son .sanctuaire, nu il e.st toujours vivant, I afin d'inlerct‘der pour nous.

Regardez , encore une fois , et faites selon ce ^ modèle. Portons - nous â la table sacrée des yeux fermés depuis long-temps â luni ce qui peut blesser notre ame; une langue environnée d'une garde de circoaspeclion et de pudeur; des oreilles chastes et impénétrables aux sinicmeuls du serpent , et à . la volupté des .sons et des voix si propres â amollir | le cnmr : une aine insensible aux méprLs comme I aux louanges ; une ame hors de la portée des événements d'ici-has.â l’é|ireuve des révolutions de la vie; égale dans la lionne et dans la mauvaise fortune; voyant avec des yeux étrangers, inilifférenls, tout ce ipii se [tasse ici-bas ; estimant les hieas et les maux qui lui arrivent comme cho.se qui ne la reganle pas; et à travers toutes les agitations de la terre, le tumulte des sens, la contradiction des langues , les vaines entreprises des hommes , toujours attentive à ne pas se laisser ravir la paix de .sou cirnr, à marcher toujours d'un pas égal vers l'éternité , à ne (Kiint [lenire de vue son Dieu , et à avoir toujours sa conversation dans le ciel ?

Cen’est [Mscpiejc veuille exclure de l'autel tous

ceux qui n’ont pas encore atteint cet état de mort : hélas! c’est l’affaire de toute la vie; et la chair de Je«us-ClirLst est un secours établi pour nous fortifier et nous aider dans celle cntieprise. Mais il faut y tendre pour ne (ras appnK'her de ranicl indignement ; il faut être aux prises avec ses sens , avec sa currnpiion , avec, ses faiblesses , et se gagner tous les jours .sur quelque article ; il faut pratiquer l’abnégation chrétienne; il faut expier par la retraite, par le silence, par les larmes, [)ar la prière, par les macérations, les victoires journalières (|iie les impressions du inoïKie et des .sens renqiorlenl sur nous; il faut se relever avec avantage de ses chutes. Mais je veux vous donner â entendre qu’une communion n’est |os l'affaire d’un jour et d’une solennité; (|ue toute notre vie doit être une pré|iaration â l'Eucharistie; c|ue toutes nos actions doivent être comme des pas i|ui nous conduisent à l’autel; (|ue la vie de la plupart des gens du monde , de ceux même qui ne sont pas dans le désordre , qui ne se gênent sur rien , (|ui vivent selon les sens , qui ne sont vils ipie sur les intérêts de la terre , est une vie qui n’annonce pas la mort du Seigneur, et qui dès là vous exclut de ce mystère. Je veux vous faire comprendre que l’Eucliarislie est un festin, si je l'use dire, de deuil et de mort ; que les joies , les plaisirs , les vaines décorations deparent cette table sacrée, et vons font rejeter comme celui qui s’y présente avec un habit sale et déchiré : <|u’un ne [leul [las se nourrir en même temps et des viandes d’ici-has et du pain du ciel ; et (pie du moment que les Israélites arrivés sur les frontières de Clianaan eurent commencé â manger les fruits de la terre , «lit l'Ecriture , Li manne cessa de tomber, et ils n’usèrent plus depuis de cette nourriture céleste : Drfecitiiur muiniu posifjuam fomedfivtil de fmgibus terrtr. (Jos., V, 12.) Je veux vous faire comprendre que ce sacrement est le fniit et non pas la maripie de la pénitence ; ipie ces communions dont une solennité décidé, fout plus de profanateurs que d’adorateurs véritables; qu’on ne peut sc nourrir du corps de Jésus-Christ sans vivre de son esprit ; qu’il faut même ipie la plénitude de l’Espril-tsaiiit repose sur une ame comme sur âlarie , avant que Jésus-Christ vienne dans elle comme s’y incarner de nouveau. Je veux vous faire comprendre que la lecture des livres saints, et les rigueurs .salutaires de la pénitence, doivent [iréparer dans nos cieurs une demeure i Jésus-Christ, afin que nous soyons comme des arches saintes, et que celte manne céleste y repose au milieu des tables de la loi et de la vci ge d’.-taron. Je veux vous faire comprendre ([ne rien ne doit tant vous faire trembler.

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