QUATRIÈME DIMANCHE DE L'AVENT
TOUS qui vivez dans les dangers du siècle et qui les aimez, que toutes les cNimmiinions que vous avez biles avant que de vous être éprouvés, et avec la seule précaution d’iinc confession. Je veux vous bire comprendre que le pain de vie se change en liüLsnn |M)ur b |ilupnrt des fidèles ; que l'autel voit presque plus de crimes que le théJtre ; que Jésas-Clirisi est plus outragé dans son sanctuaire que daas les assemblées des pécheurs, et que les solennités ne sont plus que des mystères de deuil pour lui , et des jours établis pour le déshonorer. Je veux, en un mot, vous bire comprendre que, pour en approcher dignement, il but une foi res- (lectueuse qui nous fasse discerner ; une foi prudente qui nous fasse éprouver; une foi vire qui nous fasse aimer; une foi généreuse qui nous fasse immoler : hors de là , c’est se rendre coupable du corps et du .sang du .Seigneur; c’est manger et boire son jugement.
Ah ! Seigneur, que j'ai peu connu jusqu'ici l'iunocence et l'extrême pureté que vous demandez de ceux qui viennent .se nourrir de ce pain céleste! Le centenier, cet homme d’une foi si vive, si humhie , si éclairée ; cet homme , si ridie en bonnes œuvres , qui aimoit votre peuple, qui élevoil des édifices saert^ en votre nom , destinés aux prières publiques et à l'interprétation de vos Ecritures , cet homme ne se croit pas digne de vous recevoir même daus sa maison : la plus pure même des vierges, lorsqu'un ange lui annonce que vous allez descendre dans son sein, en est effrayée; elle entre daus son néant, et s’il lui reste encore la force de parler, c’est pour demander comment cela se pourra faire. Et qui suis-je. Seigneur, pour oser m’asseoir à votre table avec si peu de précaution? moi qui viens paruitre vide devant vous; moi qui n’ai à vous oITrir que les restes d’un cœur que le monde a occupé si long-temps; moi qui ne suis à vous que par inten alles, et qui bisse encore aux créatures et aux passions le fond et l’état de mon cœur; moi qui ne porte à vos auteb que de foibles essais de salut, et des œuvres consommées de péché ; moi qui n’ai , par-dessus les autres péclieurs , que l’abus de vos grâces , que des lumières inutiles, que des sentimens qui s’exilaient par désirs, que mille inspirations qui n’obtiennent jamais de moi que de vaines démarches de conversion , qu’un cœur incapable de se familiariser ni avec le péché, ni avec la vertu ; qu’un naturel heureux et presque de son propre fonds ennemi des excès et du vice, et que j’ai pourtant altéré.
Ah! Seigneur, les fruib d’une communion sainte sont si abondants, si sensibles; l’ame en sort si inondée de vos grâces et de vos faveurs, qœ
quand je n’aurois point d’autres marques de l’indignité de mes communions que leur inutilité , je devrais trembler et me confondre. Quand on mange votre cbair indignement , vous nous apprenez qu’on a encore faim , et je me retire de cette table sacrée, fatigué, bssé de mes boiumages ; je respire au sortir de b , comme au sortir d’une bienséance et d’une gêne : je m’applaudis d’en être quitte , comme si je venois de fiuir une affaire pénible, et si je seas le goût réveillé, c’est celui (les pbisirs et du monde. Quand on a mangé votre cliair dignement , on demeure en vous, et vous demeurez en nous, c’est-à-dire que votre sang précieux qui coule encore dans nus veines , nous bisse vos inclinations , vos traits , votre ressemblance, et que nous sommes d’autres nous-mê mes ; que, comme de jeunes princes héritiers d’un sang royal , on doit voir briller sur notre visage , je ne sais quel air de majesté qui annonce notre noblesse; il ne doit plus paraître en nousquedes inclinations nobles, célestes, et des sentiments dignes du sang que nous avons reçu ; et cependant je me trouve toujours des désirs terrestres , des penchants bas et rampants; un cœur qui se traîne encore sur b boue et (|ui ne sait s’élever au-dessus des créatures et retourner jusrpie dans votre sein dont il est sorti. Quand on mange votre cbair dignement, vous nous apprenez qu’on vit pour vous et qu’on vil éternellement; et j’ai continué de vivre pour le monde, pour moi-même, pour les hommes qui m’enviromient , pour mes plaisirs , pour mes projets de fortune , pour mes affaires , pour une famille, pour des enbnls, pour ma gloire ; pour vous, à peine un seul moment dans b journée. Que faut-il donc que je fasse. Seigneur ? que je me retire de votre table? Quoi! ce fruit de vie me serait interdit ? quoi ! le |iain de consolation ne serait plus rompu pour moi? Non, Seigneur, vous ne voulez point m’en exclure; vous voulez m’ea rendre digne : vous ne voulez |u$ que je m’en retire, mais vous voulez que je lu’y (irépare; vous ne me refusez pas le pain des enfants , m.iis voiu ne voudriez pas que mon indignité vous obligeât de me présenter un serpent à sa place. Préparezvous donc vous-même dans mon cœur une demeure digne de vous ; aplanissez-eu les liauteurs, redressez-en l’obliquité , purifiez mes désirs , corrigez mes inclinations , créez-en plutôt de nouvelles. Vous seul pouvez être votre précurseur et vous préparer les voies dans les aines. Kemplisseznous donc , fieigneur, de votre esprit , afin que nous mangions votre cor|>s dignement , et que nous vivions éternellement pour vuus.
Ainsi soil-t(.
LE JOUR
SERMON
POl'R LE JOUR DE NOËL.
Ewmgelin i>obU gundium quùd erlt omnt
populo: «Ua «âlM ut vobis kodU Salvator, çwl ett Chri$-
tU4 Di>tJmU4. *
Je Tiens toos apporter une nouvelle qui sera pour tout le peuple le sqjct d'une grande joie : c’est qu aujourd’hui U vous est ùé un Sauveur qui est le Christ, le Seigneur.
Voilà en effet la grande nouvelle que le monde allendoit depuis quatre mille ans : voilà le grand événement que tant de prophètes avaient prédit , que tant de cérémonies avoient figuré , que tant de Justes avoient attendu , et que toute la nature semhloit promettre et hâter par la corruption universelle répandue sur toute cluiir ; voilà le grand bienfait que la honté de Dieu préparoit aux hommes, depuis que l'infidélité de leur premier père les eut tous assujettis au péché et à la mort.
JjE Sauveur, le Christ, le Seigneur, pandt enfin aujourd’hui sur la terre. Les nuées enfantent le Juste ; l'étoile de Jaeuh se montre à runivers ; le sceptre est sorti de Jiida , et celui qui devoit venir est arrivé; les temps mystérieux sont accomplis; le Seigneur a fait paraître le signe promis à la Judée : une vierge a conçu et enfanté; et de Bethléem sort le conducteur qui doit instruire et régir tout Israël.
Quels nouveaux biens , mes Frères , cette naissance n’annonce-t-elle pas aux Itommes? Elle n’auroit pas été durant tant de siècles annoncée, attendue, desirée; elle n’aurait pas bit la religion de tout un peuple , l’objet de toutes les prophéties, le dénoilment de toutes les figures, l’unique fin de toutes les démarches de Dieu envers les hommes, si elle n’avoit été la plus grande marque d’amour qu'il pouvoit leur donner. Quelle nuit heureuse que cellequi vient de présiderà cet enfantement divin! elle a vu la lumière du monde luire dans ses ténèbres : les deux en retentissent de joie et de cantiques d’acthms de grâces.
Mais, mes Frères, pour entrer dans les transports d’aUégrease que cette naissance répand dans je ciel et sur la terre, il faut participer aux bienfaits qu’elle vient nous apporter. Lajoie commune n’est fondée que sur le salut commun qui nous est offert ; et si , malgré ce secours , nous nous obstinons encore à périr, l'Eglise pleure sur nous, et nous mêlons le deuil et la tristesse à la joie que lui inspire une si heureuse nouveDe.
Or, quels sont les bienfaits inestimables que
I celte naissance vient apporter aux hommes? Les I esprits célestes eux-niëmes viennent l'apprendre aujourd'hui aux pasteurs; elle vient rendre la gloire à Dieu et la paix aux hommes; et voilà tout le fonds de ce grand mystère développé. A Dieu, i la glaire que les hommes avaient voulu lui ravir ;
\ aux hommes, la paix qu’ils n’avoieni cessé de se [ ravir à eux-mémes. Implorons , etc. Att, Aïaria.