PREMIÈRE PAR'HE
L’homme n’avoit été placé sur la terre qne pour rendre à l’auteur de son être la gloire et l’Iiommagequi lui étoient dus. Tout le rappeloil à ses devoirs , et tout ce qui devoit l’y rappeler l’en éloigna. Il devoit à sa majesté suprême son adoration et ses hommages; à sa bonté paternelle, son amour; à sa sagesse infinie, le sacrifice de sa raison et de sa lumière. Ces devoirs , gravés dans le fond de son cceur , et nés avec lui , lui étoient encore sans cesse annoncés par toutes les créatures; il ne pouvoit ni s’écouter lui-méme , ni écouter tant ce qui étoit autour de lui , sans les retrouver. Cependant il les oublie, il les efface de son cœur: il ne vit plus dans l’ouvrage, l’honneur et le culte qui étaient dus à l’ouvrier souverain, dans les bienfaits dont il le combloit, l’amour qu’il devoit à son bienfaiteur ; dans les ténèbres répandues sur les effets même de la nature , l’impossibilité de sonder, à pins forte raison , les secrets de Dieu, et la défiance où il devoit vivre de ses propres lumières. L’idolâtrie rendait donc à la créature le culte que le Créateur s’étoit réservé à lui seul : la synagogue riionoroit des lèvres, et l’amour qu’elle loi devoit se boraoit à des hommages extérieurs qui n’ étoient pas digties de lui ; la philosophie s’égarait dans ses pensées, mesurait les lumières de Dieu à celles de i’Iiomme , et croyoit que la raison , qui se méconnoissoit elle-même, pouvoit connoltre toute vérité : trois plaies répandues sur toute la face de la terre. En un mot, Dien n’étoit plus connu ni glorifié, et l’homme ne se connoissoit plus lui-même.
El premièrement, à quels excès l’idolâtrie n’avoit-elle pas poussé son culte profane? La mort d’une personne clière l’érigeoit bientôt en divinité, et ses viles cendres', sur lesquelles sont néant était écrit en caractères si ineffaçables, devenoient elles-mêmes le titre de sa gloire et de son immoi^ talité. L’amour conjugal se fit des dieux; l’amonr impur l’imita et voulut avoir ses autels : l’épouse et l’amante , l’époux et l’amant criminels eurent des temples, des prêtres et des sacrifices. La folie ou la corruption générale adopta un culte si hiiarre et si abominable; tout l’univers en fut infecté ; la majesté des lois de l’empire l’autorisa; ht magnili-