‹ Œuvres de Massillon, Évêque de ClermontChapitre 49 sur 348 · LK JOUR DE NOËL · texte numérisé non relu

LK JOUR DE NOËL

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cence d«s lenple.», Tapparril des sacrifices, la richesse immense des simulacres rendirent cette extravagance resjiectahle. Cliaqiie peuple fut jaloux d’avoir ses dieux; au défaut de l’homme, il offrit de l’enceas à la bète; les hommages impurs devinrent le culte de ces divinités impures; les villes, les montagnes, les champs, les déserts en furent souillés et virent des édifices superbes consacrés i l’orgueil, à f’impudicité, à la vengeance. U multitude des divinités égala celle des passions; les dieux furent presque aussi multipliés que les hommes ; tout devint dieu pour l’homme, et le Dieu véritable fut le seul que l’homme ne connut point.

Le monde étoit plongé, depuis sa naissance presque , dans l’horreur de ces ténèbres; cliaque siccle y avoit ajouté de nouvelles impiétés. Plus les temps marqués du Libérateur approchoient , plus la dépravation sembloit croître parnd les hommes. Rome elle-même, maîtresse de l’univers, s’étoit soumise aux différents cultes des nations qu’elle avoit subjugiiées,etvoyoit s’éleverau milieu de scs | murs les idoles diverses de faut de peuples soumis qui derenoienl plutôt des monuments pidrlicsde sa folie et de son aveuglement que de ses victoires.

Mais enfin , quoique toute chair eût corrompu sa voie. Dieu ne vouloit plus faire pleuvoir sa colère sur les hommes , ni les exterminer par un nouveau déluge : il vouloit les sauver. Il avoit mis dans le ciel le signe de son alliance avec le monde, et cc signe véritable n’étoit pas cet arc lumineux et grossier, qui parolt dans les nuées : c’étoit Jésus-Christ, son Fils unique, le Verlie fait chair, le sceau véritable de l’alliance étemelle , et la seule lumière qui vient éclairer tout le monde.

Il parolt aujourd’hui sur la terre , et rend à son Père la gloire que l’impiété d’nn culte public avoit voulu lui ravir. L’Iiomraagc <|oe lui rend son ame sainte unie au Verbe , dédommage d’abord .sa majesté suprême de tous les honneurs que f univers lui avoit jusque-là refusés pour le prostituer à la créature. Un adorateur Homme-Dieu rend plus de gloire à la divinité que fous les siècles et tous les peuples idokUresne lui en avoientôté; et il falloit bien que cet hommage fût agréable au Dieu souverain, puistpie lui seul effaça l’idolâtrie de dessus la terre, Dt tarir le sang des victimes impures; renversa les autels profanes , imposa silence aux oracles des démons ; mit en poussière les vaines idoles , et cliangea leurs temples superbes , jusquelà les asiles de foutes les abominations, en des maisons d’adorafion et de prière. Ainsi l’univers changea de face : le seul Dieu inconnu dans Athè- | nés même , et au milieu des villes les pins célèbres i

par leur science et parleur politesse , fut adoré; le monde reconnut son auteur; Dieu rentra dans scs droits : un cwite digne de lui s’éfablit sur toute la terre, et il eut partout des adorateurs qui l’adorèrent en esprit et en vérité.

Voilà le premier bienfait de la naissanqg de Jésus-Christ , et la première gloire qu'il rend à son Père. Mais , mes Fières, ce grand bienfait est-il pour nous? nous n’adorons plus de vaines idoles, un Jupiter incestueux, une Vénus impudique, un Mars vindicatif et cruel ; mais Dieu en est-il (dus glorifié parmi nous ? ne metlons-nous pas à leur place la fortune , la volupté , la faveur du maître , le monde avec tous ses plaisirs ? car tout ce que noos aimons plus que Dieu, nous l’adorons; tout ce que nous préférons à Dieu , devient notre Dieu lui-même ; tout ce qui fait le seul objet de nos pensées, de nos désirs et de nos affections, de nos craintes et de nos espérances , lait au.ssi tout notre culte , et nos dieux sont nos pas.sions auxquelles nous sacrifions le Dieu véritable.

Or, que d’idoles encore de cette espèce dans le monde clu-étien ! Vous , cette créature iufortmiée à laquelle vous avez prostitué votre cteur , à laquelle vous sacrifiez vos biens, voire forlune, votre gloire , votre repos , et dont ni les motifs de la religion , ni ceux même du monde ne peuvent vous détacher,, c’est votre idole ; et que lui manque-l-il pour être votre divinité infâme , puisque dans votre fureur vous ne lui en refusez pas même le nom ? Vous , cette cour , cetle fortune qui vous occupe, qui vous pussèile, à laquelle vous rapportez tous vos soins , toutes vos démarches , tous vos mouvements , tout ce que vous avez d’ame , d’esprit, de volonté, votre vie tout entière, c’est votre idole : et quel hommage criminel lui refusezvous dès qu’elle l’exige, et qu’il peut devenir le prix de ses faveure? Vous, celte intempérance honteuse qui avilit votre nom et votre naissance, iiiii n’est plus même de nus mn-urs, (|ui a noyé et abruti tous vos talents dans les excès du vin et de la débauche , qui , en vous rendant insensible à tout le reste, ne vous laisse de goût et de sentiment que pour les plaisirs abriilis.sanls de la table, c’est votre idole : vous ne comptez vivre que les moments que vous lui donnez, et votre cœur rend encore plus d’hommage à cc dieu infaïue et abject que vos chants insensés et profanes. Les passions firent les dieux autrefois ; et Jésus-Christ n’a détruit ces idoles qu’en détruisant les passions <pii les avoient élevées ; vous les relevez en faisant re vivre toutes les pa.ssionsquiavuienl rendu le monde entier idolâtre. El que sert de couuoiire un Dieu seul, si vous portez ailleurs vos homma.ges? le

LE JOUR

* culte estdansie C(pnr; et si le Dien vêrita]))e n'est pas le dieu de voire orur, vous mettez, comme les pafens, les viles creTaltire-s à sa place, et vous ne ini rendez pas la ;;loire qui lui est due. v

Aussi Jêsas-Clirist ne se borop pas à manifester le nom de son Père aux hommes , et à établir sur le débris des idoles la connoissance seule du Dieu véritable» Il lui forme des adorateurs qui ne coniptvont pour rien les homma;,^es extérieurs , si l'a* mour ne les anime et ne les sanctifie, et qui relarderont la miséricorde, la justice, la sainteté comme les offrandes les plus diçnes de Dieu , et l’aptuireil le plus pompeux de leur culte : second bienfait de la nal<sance de Jésus-Christ, et seconde sorte de gloire qu’il rend à son Père*

En effet) Dieu éloit connu dans la Judée, dit le Prophète; Jérusalem ne voyoil point d'idoles élevées dans ses places publiques^y usurper les hommages qui ctoient dus au Dieu d’Ahraliam ; if n'y avait ni simutacre dans Jacob , ni augure dans Israël 'fseyi. , xxni, 21 ) ; cette portion seule de la terre s'éloil préservée de la contagion générale; mais la magnificence de son temple , l'appareil de ses sacrifices, la pompe de ses solennités, l’exactiUule de ses observances légales , faisoient tout le mérite de son culte. On bornoit à ces devoii-s extérieurs toute la religion. Les mœurs n'en étoienl pas moins criminelles : l’injustice, la fraude, le mensonge, l’adultèi'e, tous les vices subsistoient , etéloicnt même autorises par ces vaims dehors de culte ; Dieu étoit honoré des lèvres, mais le camr de ce peuple ingrat éloit toujours éloigné de lui. Jésus-Christ vient détromper la Judée d’une erreur si grossière, si ancienne et si injurîeuscà son Père. Tl vient leur apprendre que l'homme peut se contenter des seuls dehors , niais que Dieu ne regarde que le cœur; que tout hommage extérieur qui le lui refuse, est une insulte et une hypocrisie plntét qu’un culte véritable; qu'il est inutile de panfier le dehors, si le dedans est plein d'infection et de pourriture; et qu’on n’aüore Dieu véritablement qu’en l’aimant.

Mais, hélas ! mes Frères, celte erreur si grossière et si souvent reprochée [wir Jésus-Christ à la Synagogue, n’est-ellc pas encore l’erreur de la [dupait d’entre noos? A quoi se réduit tout notre culte? k queli|ues observances extérieures, à remplir certains devoirs publics prescrits par la loi, et encore c’est la religi(»n des plus sages. Ils viennent assister aux mystères saints ; ils ne se dispensent qu’avec scrupule des lois de rÊglLse ; ils l’écitent quelques prières que l’usage a consacrées ; ils célèbrent les solennités rt grossissent la foule qui court à nos temples, voil.^ tonl. Mais PU sjmt-ilsplusdétapliésdu momie

DE NOËL. ^ ’ gr

et de ses plaisirs criminels ? moins occupés de.s .soims de la parure et de la fortune? plus disposé.s à rompre un engagement criminel , ou à .s’éloigner des occasions où leur innocence fait toujours nau- ' frage ? portent-ils à ces pratiques extérieures de la I religion un cœur pur, une foi vive, une charité ; non feinte? Toutes leurs passions subsistent tou- I jours avec ces œuvres religieuses , qu’ils donnent k l'usage pins qu’à la religion. Et remarquez , je vous prie , mes Frères , qu’on n’oseroii s’en dispen-cer toiit-A-fait : vivre comme des impies sans aucune profession de culte, sans en remplir du moins quelques devoirs publics , on se regarderoit comme des anathèmes dignes des foudi*es du ciel. El on ose souiller ces devoirs saints par de.s mœurs criminelles; et on ne se regarde pa.s avec horreur en rendant Inutile ce reste superficiel de religion par une vie que la religion condamne et abhorre; et on ne craint point la colère de Dieu en cuiiiiiiuant des crimes qui l’attirent sur nos tètes, et en buniaiit tout ce qui lui est dû à de vains hommages qui l’insultent.

Cependant, je l’ai déjà dit, de tous les mondains ce sont là les plus sages, cl ceux qui paroissent les plus réguliers aux yeux du monde. Ils n’ont pas encore secoué le joug comme tant d’autres; ils ne se font pas une gloire affreuse de ne fias croire en Dieu; iii ne blasphèment pas ce qu’ils ignorent; lis ne reganient pas la religion comme un jeu et une invention humaine ; ils veulent y tenir encore par ([ueiques dehors ; mais ils n’y tiennent point par le cœur, mais ils la déshonorent par leurs désordres , mais ils ne sont chrétiens que de nom. Ainsi encore plus qu’autrefois sous la Synagogue , les dehors magnifiques du culte subsistent parmi nous, avec la dépmvation des mœurs la plus profonde et la plus universelle, que les Prophètes aient jamais reprochée à rendurcissement et à l’hypocrisie des Juifs; ainsi la religion dont noos nous gforiflons n’est plus qu’un culte superficiel pour la [liupart des fidèles; ainsi celle alliance tionvellc, qui ne devoil être écrite que dans les cœurs, celle loi d’esprit et de vie qui devoit rendre les hommes tout spirituels, ce culte intérieur qui devoil donner à Dieu des adorateurs en esprit et en vérité , ne lui a donné que des fantûmes, que de faux adorateurs, que des apparences de culte, en un mot, qu’un [leuplc encore juif , qui l’honore des lèvres, niuUdont le cœur corrompu, souillé de mille crimes, encliafnc par mille passions injustes, est toujours éloigné de lui.

Voilà le second bienfait de la naissance de Jésus- Christ, auquel nous n’avons aucune part. Il vient abolir un ndle tout extérieur, qui se tiomoil à des

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» fâ ' LE JOUR

sacrifices d'animaux et jides obsenrances légales , et qui ue rendoit pas à Dieu la gloire qui lui est due, en ne lui rendant pas riioramage de notre amour, seul capable de le glorifier : il vient substituer A ces vaines apparences «le religion une loi qui doit s’accomtdir toute dans noire cœur, un culte dont l’amour pour son Père doit être le premier et le principal hommage. Cependant ce culte saint , ce précepte nouveau , ce dépôt sacré qu’il nous a laissé , a d^néré entre nos mains : nous en avons fait un culte tout pliarisafque, où le cteur n'a point de port, qui ne change |>as nos ()enchants déréglés, qui n’infitie |)oint sur nos mœurs , et qui noos rend d’autant plus criminels que nous abusons du bienfait qui devoit effacer et purifier tous nos crimes.

Enfin, les lionimes avoient voulu encore ravir à Dieti la gloire de sa providence et de sa sagesse élemeile. Les philosophes , frappes de l’exlravagance d’un culte qui mulliplioit les dieux ài’iniiiii, et forcés par les lumières seules de la raison de reconiioilre un seul Ktre suprême, en détiguroieiit la nature par mille ofûoions iiisen»^. Les uns se représeiitoient un dieu oisif, retiré en lui-méme , jouissant de son propre bonheur, ne daignant pas s’abaisser à regarder ce qui se passe sur la terre , necomptant pour rien les hommes qirilavoit créés , aussi peu touché de leurs vertus que de leurs vices, et laissant au liasard le cours des siècles et des sais(Mis, les révolutions des empires, 1a destinée de chaque particulier, la machine entière de ce vaste univers , et toute la dispcnsaiion des choses humaines. Les autres l'assujétissoieiit à un encliainement fatal d’évéoetuents; ils en faisoient un dieu sans liberté et sans puissance , et, en le regardant comme le maître des hommes, ils le croyoienl l’esdave des destinées. Les égarements de la raison étoient alors la seule règle de la religion et de la croyance de cenx qui passoienl pour être les plus éclairés et les plus sages. Jésus-Christ vient rendre à son Père la gloire que les vains raisonnements de la philosopliie lui avoient ôtée. 11 vient apprendre aux liomnies que la foi est la source des véritables lumières, et que le sacrifice de la raison est le premier pas de U pliilosopUie clirélienne; U vient en fixer les incertitudes en nous apprenant ce que nous devons coiinoltre de l’Etre suprême, et ce que nous en devons ignorer.

Ce n’élolt \m assez, en effet , que les hommes, pour rendre gloire à Dieu , lui fissent un sacrifice de leur vie comme à l’auteur de leur être, recoonussent par cet aveu l'iinpiété de i’idolâirie, qu'ils lui fissent un sacrifice de leur amour et de leur emir, comme à leur souveraine félicité , et avoiias-

sent par là l'insuffisaoce et rimitilUédacuHeexté-< rieur et pliarUaîque de la Synagogue. 11 falloit encore qu’ils lui sacrifiassent leur raison, comme à leur sagesse et à leur vériiéétemelle, et se désabusassent ainsi dps vaines recherdies et de l'orgueilleuse science des philo60(dies.

Or la naissance seule d’un Homme-Dieu, l'union ineflabie de notre nature avec une personne divine, déconcerte toute la raison humaine ; et ce mystère incompn^hensible , proposé aux hommes comme toute leur science, toute leur vérité, toute leur philosopliie , toute leur religion , leur fait d’abord sentir que la vérité qu’ils avoient jusque-là clierchée en vain, U faut la chercher, non par les vains efforts, mais par le sacrifice de la raison et de nos foibles lumières.

Mais , hélas I où sont parmi nous les Fidèles qui font à la fiH un sacrifice entier de leur raison, et qui , renonçant à leurs propres lumières , baissent les yeux avec un silence de respect et d’adoration , devant les ténèbres majestueuses de la religion ? Je ne parle pas de ces impies qui vivent encore an milieu de ihmis, et qui ne veulent point de Dieu. £h ! il faut les livrer à l’horreur et à l’indignation de tout l’univers qui conmdt une Divinité et qui l’adore , ou plutôt les livrer à l’horreur de leur propre conscience, laquelle malgré eux l’invoque et la réclaine en secret , tandis qu’ils se glorifient ' tout liant de ne pas la connoUre.

Je parie de la plupart des Fidèles, qui ont presque de la Divioité une idée aussi fausse et aussi humaine qu'en avoient autrefois les pliilosophes païens , qui ne la comptent pour rien dans tous les événements de la vie , qui vivent comme si le liasard ou le caprice des liommes décidoit de toutes les choses d'ici-bas, et qui ne connoissent que le bonheur ou le mallieur comme les deux seules divinités qui gouvernent le motule et qui président à tout ce qui se passe sur la terre. Je parle de ces iHinimesde peu de foi qui, loin d’adorer les secrets de l’avenir dans les conseils profonds et impénétrables de la Providence , vont les efaereber dans des prédictions ridicules et puériles; attribuent à riiuniine une science que Dieu s’est réservée à lui seul; ailendenl avec une folle persuasion , sur les rêveries d’un (aux propliète , des événements et des révolutions qui doivent décider de la destinée des peuples et des empires; fondent là-dessus de vaines espérances pour eux-mêmes, et renouvellent l’extravagance des augures et des aruspkes païens, ou rimpiélé de la pyüionissc de Saul, et des oracles de Delphes et de Dodone. Je parle de ceux qui voudroieiit voir clair dans les voies étemelles de Dieu sur nos destinées, et qui ne pou^tnt, par les

DiQid^t^ uy

, LE ;OUR

seules forces de la raison , résotxlre les diflicullés însnmKntabtes des mystères de la grâce sur le HUut des hommes , loin de s'écrier comme TApdtre ; Oprofondeur de h sagesse et de la science de Z)ieu f (Kom., xi, 33) sont tentés de croire ou que Dieu ne se mêle |H>int de iwlre salut, ou qirU est inutile que nous nous en mêlions nous-mêmes. Je parie de ces personnes dissipées dans le monde, qui trouvent toujours plausible, convaincant, tout ^ce que riiicrédulité oppose de plus foible et de plus insensé à la foi , qui sont Maniées au premier doute frivole que l’impie propose , qui sembleroient être ravies que la religion fût fausse, et qui sont moins touclices de ce pokU respectable de preuves qui accablent une raison orgueilleuse , et qui en établissent la vérité, que d’un discours en l’air qui la combat, où U n’y a souventde sérieux que la bar- , diesse de l’impiété et du blasphème. Enlin je parle de beaucoup de fidèles qui renvoient au peuple la croyance de tant de faits merveilleux que l’bistoire de la religion nousa consen és , qui semblent croire que tout ce qui est au-dessus des forces de l’homme passe aussi la puissance de Dieu, et qui refusent les miracles à une religion qui n'est fondée que sur eux, et qui est le plus grand de tous les miracles eilc-niéme.

Voilà coiimient noas ravissons encore à Dieu la gloire que la naissance de Jésus-Clirist lui avoit rendue. Elle nous avoit appris à sacrifier au mystère incompréhensii>fe de sa manifestation dans notre cliair, nus pnipres lumières, et à ne plus vivre que de la foi ; elle avoit fixé les incertitudes de l'esprit humain, et l'avoit ramené des égarements et des abîmes où la raison l'avoit précipité , à la vole de la vérité et de la vie : et nous l'abandoniiotis; et, sous l’empire même de la foi, nous TouloiLs marcher encore comme autrefois sous les étendants , si j’ose (larler ainsi , d’une foible raison ; les mystères de la religion qui nous passent, nous révoltent : nous réforiiioiis tout, nous doutons de tout ; nous voulons que Dieu pense comme l’homme. Sans perdre entièrement la foi , nous la laissons affinblir au-dedaos de nous, nous n’en faisons aucun usage, et c'est cet afToIblissement de la foi qui a corrompu les mœurs , multiplié les vices , allumé dans tous les cœurs l’amour des choses présentes, éteint l’amour des biens à venir, mis le trouble, la luiiiie, la dissension parmi les fidèles, et effacé ces (>remier8 traits d’innocence, de sainteté, de cliarilé, qui uvoient d’abord rendu le christianisme si respectable à ceux mêmes qui refu.soient de s’y soumettre. Mais non seulement la naissance de Jésus-Clirisi rend à Dieu la gloire que les hommes tvoieul voulu lui ravir, elle rend en-

cure aux bbmmes la paix qu’ils n'avoient cessé de se ravir à eux-iuèmes : Et bi tend pax hominibus, (Luc., Il, U.)

SECONDE PARTIE

Une paix universelle régnoit dans tout runivers quaiKl Jésus-Christ , le Prince de la paix (Is., ix, 6), parut sur la terre : toutes les nations soumises à l’empire romain portoient paisibtemenl le joug de ces luaitres orgueilleux du monde; Rome ell&mêiue, après des dissensions civiles qui avoirat dépeuplé ses murs, répandu ses proscrits dans les iles et dans les déserts , et inondé l’Asie et l’Europe du sang de ses citoyens, respiroit de rhorreur ^ tous ees troubles, et , réunie sous l’autorité d’on César, elle trouvoU dans sa servitude la paix dont elle n’avoit jamais pu jouir dans sa liberté.

L’univers étoit donc paisible; mais ce n’étoU là qu’une fausse paix. L’iiomme , en proie à ses passions injustes et violentes, éprouvoit au-dedans de lui-même la guerre et la dissension la plus cruelle : éloigné de Dieu , livré aux agitations et aux fureurs de son propre cœur, combailu par la multiplicité et la cuntrariélé étemelle de ses peuclumu déréglés, il ne pouvoil trouver la paix , parce qu’il ne la clœrdioit que dans la source même de ses troubles et de ses inquiétudes. Les pliilos(q)lies s’éioient v^lés de pouvoir la donner à leurs disciples; mais ce calme universel des [tassions qu’ils prometloient à leur sage, et qu’ils aanonçoienl avec tant d’empliase, «I pouvoit réprimer les saillies, mais en laissoit tout le venin et tout le tumulte dans le cœur. C’étoil une paix d’orgueil et d'ostentation; elle masquoil les dehors; mais, sous ce masque d’appareil, l’iiomme se relrouvoit toujours luimême.

Jésus-Christ descend aujourd’hui sur la terre pour apporter aux hommes celte [taix véritable que le momie jusque-là n’avoit pu leur donner. II vient porter le remède Jus<iu’à la source du mai ; sa divine philosoplûe ne se borne pas à donner de cea pré(x:ptes pompeux qui pouvoienl plaire à la raison, mab qui ne guérissoient [tas les plaies du cœur ; et comme l’orgueil, la volupté, les liaioes et lea vengeances avoient été les sources fatales de toutes les agitations que le cœur de l'homme avoit éprouvées , il vient lui rendre la paix en les tarissant par sa grâce, par sa doctrine et par son exemple.

Oui , mes Frères, je db que rorgtieil avoit été la première source des troubles qni dédiiroient le cœur des liommes. Quelles guerres, quelles fureurs celte funeste passion n’avoit-elle pas allumées sur la terre ? De quels torrents de sang n’avoU-elle pas inondé Tunivers? Et riibloire des peuples et desi

emfNrrjt , des princes et des ooiif|ii(^rani* , riiisioire de Ums le.'i siècle? cl de lonics les naiions, fjircsieiie t que ruisluirc des Cülumiti^ dont lur^neil avoiljdepuislecoiiimeiicenieiU.arni^Iestinmmes! Le monde enlier irélnit (|u’im llieàtre lugubre oii celte passion liantaineet insensée donnnit lotis les jours les scènes les plus sanglâmes. Mais ce qui se passait au-deliors n'cloit que l’image des trouves que riiomme orgueilleux êprouvoii aii-dedans de iui-méine. Le désir de s’élever étoit une veilii; la iiHxIération passttit pour Liclieié; un homme seul bouleversoit sa patrie, renveiiioit les lois et tes coutumes, falsoit des milUonsdeniallienrenx pour tÿurper la première place parmi ses concitoyens ; et le succès de son crime lui atiiroit des hommages ; et son nom, souillé du sang de ses Tières, n'en avoil que iiliis d’écial dans les annales publiques , qui en ronservoient la mémoire; et un scélérat lieureiix üevenoil le plus grand homme de son siècle. Cette |ia.ssioii , en desceiwlant dans la foule, étoil moins éclatante, mais elle n’en étoit pas moios vive et furieuse. L’homme ol)scur n’étoit pas plus tranquille (|ue l'hoinine public; cliaciin vouloit l’emporter sur ses égaux : l’orateur, le pliMoaofilte, se dispuluieiit , s’arrachoieiit la gloire, rimitpie Imt de leurs travaux et de leurs veilles; et comme les désirs de rorgueilsont insatiables, l’Itomme, è qui il étoit alors honorable de s’y livrer tout enlier, ne pouvant s’y fixer, ne poiivoil aussi être calme cl paisible, l/orgueil, devenu la seule* source de l’hunnnir et de la gloire humaine , étoit devenu recueil fatal du repos et du lM)nheiir<les hommes.

La naissance de Jésus-Christ , en corrigeant le inonde de cette cireur, y établit la paix ipie l’orgueil avoit bannie de la terre. Il poiivoil sc manifester aux hüinines avec tous les traits éclatants que les propliètes lui avoient attribués ; il ftouvoit prendre les litres pompeux de conquérant de Jnda, de législateur des peuples , de libérateur d’Tsraél : Jémsalem , à ces caractères glorieux , auroit reconnu celui qu’elle attendoit ; mais Jérusalem ne voyoil d.ms ces litres qu’une gloire humaine, et Jésus-Christ vient la détromper et lui apprendre que cette gloire n’est rien , qu'une pareille attente n’eùt {las été digne des oracles de tant de proplièles qui l’avoieiil annoncé; que rivspril-Saint , qui les avoil iaspirés, ne pouvoil promettre que la s.-iinietéeideK biens étenielsaux hommes ; que tous les autres biens , loin de les remlre lieureiix , inultipliüienl leurs malheurs et leurs crimes, et ipie son ininUtère visible n’alloil répondre aux promesses éclatantes (pii raniiunçoient depuis tant de siècles, (|ue parce tpi’il seroit tout spirituel et qu’il ne se l»ropüseroil que le salut de tous les liomtiies.

A tissi il naît à nethlé'cm , dans un étal pauvre cl sans appareil extérieur, lui dont les canti- (pies de toute la iiiîlice (lu ciel célehroient alors la naissance; sans litre ipû le distingue aux yeux des hommes , lui (pii étoit élevé au-des~siisde toute principauté et de toute puissance ; il suuiïre quë son nom soit inscrit avec les nom.s les plus obscurs des sujets de César, lui dont le nom étoit au-dessus de tout autre nom, et qui seul avoit le droit, d’écrire le nom de ses élus dans le livre de l’éternité : des pasteurs simples et grossiers tout seuls viennent lui rendre liommagc , lui devant (|ui tout ce(]u’il y a de grand daii.s le ciel, sur la leri^vet dans les enfers, doit fli^liir le genou : en effet, tout ce (pii peut confondre rurgueil humain éft rassemblé dans le s;>eclacle de sa naissance. Si les litres, .si l’élévation, si les prospérités avoient pu nous rendre heureux ici-lias et mettre la paix dans notre cipur, Jt^us-Cliris! en auroit paru revêtu et auroit npi»orté ces biens à se.s disciples; mais il ne nous apporte la paix ipi’en les méprisant cl en nous apprenant à les mépriser iioti.s-mèmes; il ne vient nous rendre lietireux ipi’en venant réprimer les désirs (pii jiisitue-tà avoient formé lotîtes nos inquiétudes; il vient nous montrer des biens pins réels et plus durables, seuls ca;>ab)es de calmer nos ccriirs, de remplir nos désirs, de soulager nus peines; des biens que les hommes ne peuvent nous ôter et qu’il suffit d’airner et de desirer [xnir être assuré de les posséder.

Cependant , cette paix heureuse, qui la goAle ? Les guerres , les troubles , les fureims en sont-elles plus rares dans l’nnivcrs depuis sa naissance? les em[>ires et tes étals qui l’adorent en sont-ils plus paisibles? rorgiieil, qu’il est venu anéantir, en met il moins le tumulte et la confusion parmi les hommes? Cherchez au milieu des chixiliens cette paix qui devroit être leur iiéritage : où la trouverez-vous? Dans les villes? rorgiieil y met tout en mouvement , chacun veut monter plus haut que ses ancêtres : un seul que la fortune élève , y fait mille malheureux qui suivent ses traces sans pouvoir atteindre on il est panemi. Dans l'enceinte des murs dotnesliqiies ? elle ne cache que des soins et des inquiétudes; et le père de famille, sans cesse occupé, agité plus de l'avancement que de l’éducalion chréiieime des siens , leur laisse pour héritage ses agitations et ses inquiétudes qu’ils transmettront un jour eux-mêmes à leurs descendants. Dans le palais des mis? mais c’est ici qu’une ambition démesurée ronge, dévore tous les cceurs ; c'est ici que , sous les dehors spécieux de la joie et de la tranquillité, se nourrissent les passions les plus violentes et les plus amères ; c’(*st ici où le

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