‹ Œuvres de Massillon, Évêque de ClermontChapitre 50 sur 348 · LE JOUR DE NOËL · texte numérisé non relu

LE JOUR DE NOËL

' LE JOlJH bontiêur semble résider, et un Tor^cii fait plus de malheureux et de mécontents. Dans le sanctuaire? hélas ! ce devroit être là sans doute Tasile de la paix ; mais l’ambition est entrée même dans le lieu saint : on y cherche plus à s’élever qu’à se rendre utile à ses frères ; les dij?nilés saintes de l’Eglise deviennent, comme celles du siècle, le prix de rintrigiie et des empresseuients ; la religieuse circons[»eclion du prince ne peut arrêter les ' sollicitations et les pratiques secrètes; on y voit la même vivacité dans les concunences, la même tristesse dans l’oubli où l’on nous laisse , la même jalousie envers ceux qu'un nous préfère. En ministère qn'on ne devroit accepter ({u’en tremblant, on le brigue avec audace : on s’assied dans le temple de Dieu sans y avoir été placé de sa main ; on est à la tête du troupeau .sans l’agrément de celui à qui il appartient, et sans qu'il nous ait dit; comme à Pierre: Pahsses i»f.s brebi$ (Jban., .\\i , ^7 ); et , comme on en a pris te soin .sans vocation et sans talent , on le conduit sans édification et sans fruit , hélas ! et souvent avec scandale.

• O paix de Jésus-Christ! qui surpassez tout sentiment. seul remède des troubles cpic l'orgueil ne cesse d'exciter dans nos cœurs, qui pourra donc vous donner à l'iiomme?

Mais en second lieu, si les inquiétudes de l'orgueil avoient banni la paix de la ten*e, les désirs impurs de la chair n'y avoient pas excité moins de troubles. L'homme , ne se souvenant plus de l'excellence de sa nature et de la sainteté de son origine, se livroil sans scrupule, comme les bêtes, à rimpéiuositc de cet in.siinct brutal. Le trouvant dans son cœur le plus violent et le plus imiverscl de ses pencliants, il le croyoit aussi le plus inno- . .. cent et le plus légitime. Pour l'autoriser même davantage, il le fit entrer dans son culte, et se ^ forma des dieux impui*s, dans te temple desquels ce vice infâme devenoit le seul hommage (|ui houoroil leurs autels. Un pldlosophe même , le plus sage d'aiHetirs des païens, craignant (pie le mariage ne mit une espèce de frein à cette passion déptonble, avmt voulu abolir ce lien sacré, permettre ane brutale confusion parmi les hommes , comme parmi les animaux, et ne multiplier le genre humain que par des crimes. Plus ce vice etoil univertd, plus il perdoil le nom de vice ; et cependant qoel déluge de maux n’avoii-il pas répandu sur la terre? avec quelle fureur ne l'avoii-on {)a.s vu armer les peuples contre les peuples. les rois contre les rois, le sang contre le sang, lc.s frères contre les frères, porter partout le trouble et le carnage, cl ébranler l’univers entier? I.es ruines des villes, les débris des empires les plus

DENUEE. • * Ho

floris$ant.s, les sceptres et les couronnes renversées, devenoient les monuments publics et lugubres que chaque siècle élevoit, pour conserver, ce semble, aux âges suivants, le souvenir et la tradition funeste des calamités düiil ce vice n’avoit cesse d’affliger le genre luiiiiain. Il devenoit lui-même un fonds inépuisable de troubles et de cliagriiis pour riiomnie qui s’y livroil alors sans mesure. Il promeltoil la jiaix et les plaisirs; mais les jalousies, les soupçons , les fureurs , les excès, les dégoûts , les inconstances, les noirs chagrin.s marchotenl toujour.s sur ses pas; ju.sque-là que les lois, la religion , l’exemple commun l’autorisant , le seul amour du repos, dans ces siècles mêmes de ténèbres et de corruption , cm (Uoignoit un |)Clil nombre de sages.

Mais ce motif étoit trop foible pour en arrêter le cours impétueux et en éteindre les feux dans le cœur des hommes : il falloU un remède plus puissant, et c’est la naissance du Libérateur qui vient retirer les hommes de cet abîme de corruptinii, pour les rendre purs et sans tache, les dégager de ces lien.s honteux, et leur donner la paix en leur rendant la liberté et l'innocence que la servitude et la tyrannie de ce vice leur avoient ôtées. Il naît d’une mère vierge, et la plus pure de toutes les créatures : par là il met déjà en honneur une vertu inconnue au monde, et que son peuple même regardoit comme un opprobre. De plus, en s'unissant à nous, il devient notre chef, nous incorpore avec lui , noirs fuit devenir les membres de son corps mystique, de ce corps qui ne reçoit plus de vie et d'influence que de lui , de ce corps dont tous les ministères sont saints, ({ui doit être assis à la droite du Dieu vivant et le glorifler dans tous les siècles.

Voilà, mes Frères, à quel degré d’honneur Jésus-Christ dans ce mystère élève notre chair : il en fait le temple de Dieu, le sanctuaire de l'E^prit- Sâint, la portion d'un corps où la plénitude de la Divinité réside, l'objet de la complaisance et de l'amour de soti Père. Mais ne profanons-nous pas encore ce temple saint? ne faisons-nous pas encore servir à l'ignominie les membres de Jésus-Christ? en respeciuns-nous plus notre chair depuis qu'elle est devenue une portion sainte de son corps mystique? Celte passion honteuse n’exerce-l-elle pas encore la même tyrannie sur les chrétiens, c’està-dire sur les enfants de la sainletc et de la li- Ix^rté ? ne (rouhie-l elle pas encore la paix de l'iinivprs, la tratiquillilé des empires, le repos des familles, l'ordre de la société, la lionne foi des mariages, l’innoceiicc des commerces, la destinée de chaque particulier? ne doimc-t-clle pas encore

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toiu les jours des spectacles tragiques au monde? rcspecte-t-elle les liens les plus sacrés et les caractères les plus respectables? ne compte-t-elle pas pour rien tous les devoirs? compte-t-elle pour beaucoup les bienséances mêmes? et ne fait-elle pas de la société entière une confusion affreuse , où l'usage a effacé toutes les règles ? Vous-nièmcs qui m’écoutez, d’où sont venus tous les malheurs et tous les chagrins de votre vie ? n’est-ce pas de cette passion déplorable ? ?i’est-ce pas elle qui a renversé votre fortune, qui a mis le trouble et la division dans l’enceinte même de votre famille, qui a englouti le patrimoine de vos |>ères, qui a déshonoré votre nom , qui a ruiné votre santé et qui vous fait mener une vie triste et ignoaiinieuse sur la terre? n’est-ce pas elle du moins qui actuellement déchire votre cu-ur qu’elle possède? Que se passe-t-il au-dedans de vous, qu’une révolution tumultueuse de frayeurs , de désirs , de jalousies, de défiances , de dégoûts , de noirceurs , de dépits, de chagrins, de fureurs? et avez-vous goûté un seul moment de paix depuis que cette passion a souillé votre ame et est venue troubler tout le repos de votre vie ? Faites renaître Jtsiis-Christ dans votre ctrur , loi seul peut être votre paix véritable : chassez-en les esprits impurs, et la maison de votre ame sera paisible : rctievenez un enfant de la grâce ; l’innocence est la seule source de la tranquillité.

Enfin , la naissance de Jésus-Christ réconcilie les hommes avec son Père ! elle réunit les Gentils et les Juifs; elle anéantit toutes ces distinctions odieuses de Grec et de Barbare, de Romain et de Scythe; elle éteint toutes les iuimitiés et toutes les haines; de tous les peuples elle n’en fait plus qu'un peuple; de tous ses disciples, qu’un ctetir et qu’une ame : dernier genre de paix qu’elle vient apporter aux hommes. Ils n’éloient liés auparavant entre eux , ni par le culte , ni par une espérance commune , ni par l’alliance nouvelle , qui daas un ennemi nous découvre un frère. Ils se regardoient presque comme des créatures d’une espèce dillércnte : la diversité des religions, des mœurs, des pays, des langages, des intérêts, avoit, ce semble, diversifié en eux la même nature; ù peine se reconnoissoicnt-ils mutuellement à la ligure de l’humanité , le seul signe d’union qui leur restoit encore. Ils s’exterminoient comme des bêtes féroces ; ils faisoient consister leur gloire à dépeupler la terre de leurs semblables , et à porter en triumplie leurs têtes sanglantes, comme les monuments éclatants de leur vietoiVe : on aiiroit dit qu’ils tenaient leur être de différents créateurs irréconciliables, toujours occupés 4 se détruhe, et qui ne les

avaient plaa« ici-bas que pour venger leur querelle et terminer leurs différends par l’extinction ' universelle de l’un des deux partis ; tout divisoit les hommes , et rien ne les lioit entre eux que les pa.ssions et les i ntêrêts , qui étoient eux-mêmes la source unique de leurs divisions et de leur discorde.

Mais Jésus-Christ est devenu notre paix , notre réconciliation , la pierre angulaire qui rassemble et réunit tout l’édifice , le clief vivifiant qui unit tous ses membres , et n’en fait qu’un même corps. Tout nous lie il lui; et tout ce qui nous lie è lui nous unit ensemble. C’est le même esprit qui nous anime, la même espérance qui nous soutient, te même sein qui nous enfante, le même liercail qui nous rassemble, et le même pasteur qui nous conduit : nous sommes les enfants d’un même père, les héritiers des mêmes promes.ses, les citoyens de la même cité étemelle, les membres d’un même corps.

Or, mes Frères, tant de liens .sacrés ont-ils pu réussir à nous unir ensemble ? Le Christianisme , qui ne devoit être que l’union des cœurs, le lien des fidèles entre eux, et de Jésus-Christ avec les fidèles, et qui devoit retracer l’image de la paix du ciel sur la terre , le Christianisme n’est plus lui-même qu’un théâtre affreux de dissensions et de troubles ; la guerre et la fureur semblent avoir établi parmi les chrétiens une demeure étemelle : la religion , qui devoit les unir , les divise ellemême. L’infidèle, l’ennemi de Jésus-Clirbt, les enfants du faux Prophète qui n’est venit porter que la guerre et le carnage parmi les hommes , sont en paix ; et les enfants de la paix , et les disciples de celui tjui vient l’apporter aujourd’hui aux hommes, ont toujours en main le fer et le feu les uns contre les autres! Je le dis hardiment devant un prince, qui a mille fols préféré la paix à la victoire. Les rois s’élèvent contre les rois, les peuples contre les peuples; les mers qui les séparent les rejoignent [tour s’entre-détraire; nn vil monceau de pierres arme leur fureur et leur vengeance : et des nations entières vont pt-rir et s’ensevelir sous ses murs, pour disputer à qui demeureront ses ruines. La terre n’est pas assez vaste pour les contenir et les fixer cliacun dans les bornes que la nature elle-même semble avoir mises aux états et aux empires : chacun vent usurper sur son voisin; et un niisérahie cliampde bataille, qui siifiit à peine pour la st-piilture de ceux qui l’ont disputé, devient le prix des ruisseaux de sang dont il demeure à jamais .souillé. O divin récnnciliateur des hommes ! revenez donc encore sur la terre ; [uiis-

que la paix que vous y apporuUes en naissant

LA CIRCONCISION

laisse encore Uni de guerres et de calamités dans Tunivers!

Ce n’esi pas tout : l’eneeinle elle-même des villes , qui nous unit sous les mêmes lois , ne réunit pas les cœurs et les afTections; les haines, les Jalousies divisent les citoyens comme elles divisent les nations^ les animosités se perpétuent dans les ramilles , et les pères les transmettent aux enfants, comme un héritage de malédiction. L’autorité du ^uince a beau désarmer le bras, elle ne désarme pas les cœurs ; il a beau ôter le glaive des mains , 00 perce mille fois plus cruellement son ennemi arec le glaive de la langue : la haine , obligée de se renfermer au-dedans , en devient plus profonde et plus amère ; et (lardunner est une foiblesse qui déshonore. O mes Frères ! Jésus - Christ est donc descendu en vain sur la terre ? Il est venn nous apporter la paix; il nous l’a laissée comme son Ikéritage; il ne nous a rien Unt recommandé que de nous aimer : et l’union et la paix semblent tenais du milieu de nous ; et les haines partagent encore la cour, la ville, les familles; et ceux que les places , que les tntérôls de l’Ëtat , que les bienséances mêmes, que le sang du moins devroit unir, se déchirent, se dévorent, voudroicnl se détruire, et s’élever sur les ruines les uns des autres; et la religion, qui nous montre nos frères dans nos ennemis , n’est plus écoulée ; et la menace qui nous lait attendre la même sévérité de la part de Dieu , que nous aurons eue pour nos frères, ne nous toodie plus; et tous ces moü&, si capables d’adoucir le cœur , y laissent toute l’anieruime de la haine ! Nous vivons tranquillement dans cet état affreux ; réqiuié de nos plaintes envers nos ennemis nous calme sur rinjusUce de notre haine et de notre cloigoenieul (N>iir eux; et si nous nous en rapprochons à la mort , ce n’est pas que nous les aimidiis, c’est (;ue le cœur mourant n’a plus la force de les iiair; c’est que tous nos senlimenls sont presque éteints , ou du moins , c’est que nous ne sentons rien que notre défaillance et notre extinction prodiaine. Unissons-nous donc à Jésus- Christ naissant ; entrons dans l’esprit de ce mysicre; rendons à Dieu avec lui la gloire qui lui est duc : c’est le'seiil moyeu de iioas rendre à nousmêmes la paix que nos passions nous avoient jusqu'id Otée.

^iMi foihii.

SERMON

rota LS JOOB DE LA CIBCONCIMOM DE MOTAE SElGNEtR*

SUR LA mVINITÊ DE JÉSUS-CHRIST.

yoea/um fi( nomen €)ut Juus , quod wxaltim esi ai Angelo.

Il tilt nommé Jéius, qui étoit le nom que IMiige tni avoit donné. CLrc.ii,3f.)

Un Dieu qui s’ateisse jusqu’à se fàire homme étonne et confond la raison ; et dans quels id)lmea d’erreur ne se précipite- t-elle pas, sila lumière de la foi ne vient promptement à son secours, pour lui découvrir toute la profondeur de la sagesse divine, cachée dans la folie apparente du mystère de rilomme-Dieu? Aussi, dans tous les temps, ce point foodatnental de notre sainte religion, J’enteads la Divinité de Jésus-Girist , a-t-il été l’objet le plus exposé aux contradictions insensées de Tespril humain. Les Itommes orgueilleux , qui ne dévoient avoir dans la brjuche que des actions de grâces pour le don Ineflable que le Père des miséricordes lear a bit de son Fils unique, n’ont cessé de l’outrager, en vomissant contre ce Fils adorable les blasphèmes les plus impies. Aveugles, qui n’ont pas vu que le nom seul de Jésus qui lui est imposé en ce jour, ce nom qu'il reçoit d’abord dans le ciel , et qu’un ange apporte sur la lerre à Marie et à Joseph , est la preuve incontestable de sa divinité. Ce nom sacré l’établit Sauveur du genre humain ; Sauveur, en ce que , parl’efTnskm de son sang, qui devient notre rançon, H nous délivre du péché et des suites qui en sont inséparables, la tyrannie du démon et de l’enfor; Sauveur, en ce qu’attirant sur sa tète le cblüment qui étoit dAà nos prévarications, U nous réconcilie avec Dieu , et nons ouvre de nouveau l'entrée du sanctitaire éternel que le péché nous avoH fermée. Mais , mes Frères , si le Fils de Marie n’est qu’on pur homme, de quel prix sera aux yeux de Dieu i’oblalion de son sang? Si Jésus-Christ n’est pas Dieu, comment sa m^ialion sera-t-efle acceptée, tandis qu’il auroit besoin lui-même de médiateur pour se réconcilier avec Dieu?

Cette preuve que je ne fais ici qo’éteucher , et tant d’autres que la religion me fournit , fermeroienl bientôt la bouche à l'impie, et confondraient son impiété , si j’enlreprenois de les montrer dans tout leur jour, et de leur donner une juste étendue. BiUis à Dieu ne plaise que je vienne

I I. i.u uy CsOOglc

SS LA CliiCOiVCiSIOiN.

ici dans le Temple sainl^oii les autels de notre di< viii Sauveur sont élevés, un s'assemblent ses adurateurs, entrer enconteslaliun, comme si je parlois devant ses ennemis, et faire ra]>olo^ie du mystère de riIomine-Dieu, devant un peuple lidêle, et en présence d’un somerain dont le titre le plus pompeux et le plus cher est le titre de chrétien! Ce n’est donc pas pour cumbaltre ces impies, (pie Je consacre aujunnrhui ce di.sc^mrs à la divinité et à la gloire élernelie de Jésus, lils du J)icu vivant. Je viens seulement consoler notre foi , en racontant les merveilks de celui (pii en est l’aiiteuret lecon.sommateiir, et rniiimer notre piété en vous exposant la gloire et la divinité du Médialem* qui en est l’objet et la plus douce es|K*rance.

Il est à propos même de renouveler de temps en temps ces grandes vérités dans l'esprit des grands et des princes du penpie, pour les afîei mir contre les discours de l’incrédulité dont ils ne sont d’ordinaire <|ue trop environnés, cl de lever iptchpiefoU le voile (jiii couvre le sanctuaire , |Kmr exposer à leurs yeux ces beaultis cacliécs que la religion ne propose qu’à leur re>peci et à leurs Immmages.

Or, la divinité du Médiateur ne peut être prouvée ((lie par son ministère; ses litres ne samuient paioitre que dans ses fonctions; et, \to\ir savoir s’il etX descendu du ciel et égal au Très- Haut , il ii’y a qu'à raconter ce qu’il est venu faire sur la itMTe. Il est venu, mes Frères, former un (>eu- {>le saint et lidèle; un peuple lidèlc <pii captive sa raison sous le joug sacré de la foi ; un peiqile saint dont la conversation est dans le ciel, et qui n’est plus redevable à la chair, pour vivre selon la chair : tel est le grand dessein de sa mission temporelle. L’edat de son minLsière est le fumicment le plus inébranlable de notre foi; l'estii it de son minustèie, la règle uni<|ue de nos ni(rurs. Or, s’il ii'étoit (|u’iiu iiomine envoyé de Dieu , l’éclat de son ministère deviendroit l’occasion inévitable de notre superstition et de uuüc idolâtrie; l'esprit de son ministère seroil le piege funole de notre innocence. Ainsi, soit ((ue nous con»idérions l’édal ou l'esprit de son ministère , la gloire de sa divinité demeure égaleuieiU et iiivincililement établie.

O .lésus! seul Seigneur de tous, recevez cet lionmtagc puhlh; de notre confession et de notre foi ! Tandis que l’iinpiélé blasplième en secret et tUms les ténèbres contre votre gloire, laisseznous la cunsolalion de la publier avec la voix de tous les siècles , à la face de ces autels ; et formez dans notre cœur, noii-senleineni celte fui qui vous confesse et qui vous adore , mais encore celle

qui vous suit et ()ui vous imite. Implorons, etc. Âve , Maria.

PIIEMIÊKE PARTIE.

Dieu ne peut se manifester aux liormiies que pour leur apprendre ce qu’il est, et ce que les liommes lui doivent; et ia religion n’c.st proprement qu'une lumière divine qui découvre Dieu à riiuimnc, et qui règle les devèirs de rbomme envers Dieu; soit que le Très-Haut inonlie lui-im'meà la terre, suit qu’il remplisse de son esprit des lioiiiiues extraordinaires , la fin de toule.s ses demarclies ne peut être (}ue la coniiuis.sance et ia sanctilicalion de son nom dai» Punivers, et rétablissement d’un culte où l’on rende à lui seul <x qui n’est dd qu’à lui seul.

Or, si le Seigneur Jésus, venu dans la plénitude des lem[i6, n'étuii qu’un homme juste et innoc nl, choisi seulement (>our être l'envoyé (le Dieu sur la terre, la Un principale de .son ministère aiiroil été de rendre le monde idolâtre, et de lavir à la Divinité b gloire qui lui est due, pour se l’allribuer à lui-même.

Kii effet, aies Frères, soit que nous considérions l'i^lat deson ministère dans cet appareil pompeux ilVacles et de figures qui l’ont précédé, tlaiKs le> circonstances merveilleuses qui l'ont accompagné, et cnliu dans les œuvres qu’il a luimême opérées, l’éclat eu est tel, que si Jésus- Christ n’iHoit qu’un homme .semblable à nons. Dieu , (pli l’a envoyé sur la terre , revêtu de tant de gloire et de puissance, nous auroil lui-même trompés, et seroit coupable de l’idoldlrie de ceux qui l’adorent.

Le premier caractère éclatant du minislère de Jésus-Christ, c’est d’avoir été prédit et promis aux hommes depuis la n.iissance du inuiide. A peine Adam est-il inmbé, qu’on lui montre de loin le Réparateur que sa chute a rendu nécessaire à (a terre. Dan.s les siècles suivants, Dieu ne paroil, ce semble, occupé qu'à (iréparcr le.s iiommes à son arrivée : s’il se manife.stc aux Patriarclu^, c’est pour les «'onlirmer dans In foi de celle attente; .s’il inspire des Pn)(dièlcs, c’est pour l’annoncer; s’il .se choisit un peuf»le, c'est pour le rendre dépositaire de cette gramlc promesse; s'il j»rescrit aux hommes des sacritices et des cérémonies religieuses, c'c.sl (wiury tracer, romiue de loin, i'histuirc de celui qui doit vernir. Tous les événements ({iii se liassent sur la terre scinbleirt conduire à ce grand cvénemeiil ; les empires et les royaumes ne lomhcnt ou ne s’élèvciU que (xnir y préparer les voies; les yeux nes'ouvrcnl que(M»ur le (iroiuellrc; et toute la nature , comme dit saint

UigitijL':-: by CiOOglc

ülVlMTt DE JESUS-CHKLST. . , »)

i\iul , semble éiie dans Tiinpatienoe d’enfanter le Juste ({u'elle porte clans son sein, et qui doit venir la délivrer üc la nialédiclion où elle est tombée : Oimiis crentiÿa ùic/emisrit et j^arturit. (Uosi., Mil. 22).

Or, mes Frères, faire attendre an homme à la terre, et rannuucer du haut du ciel, depuis la Uiiissance des siècles, c’est dtga préparer les liommes à le recevoir avec un res|>eci de religion eide culte, et quand Jesns>Christn’aurojtque cet éclat particulier c|ui le distingue de tous les autres liomim s, la superstition des |>euples à son égard eût été à craindre, s’il n’avuil clé (]u’une simple cn‘aliirc. Mais ce n’est rien mOnic pour Jésus-Christ d'avoir été prédit : toutes les circotislanceK dans k’.MpiclIes il l’a été sont encore plus merveilleuses et plus clonnanies ({ue les prédictions mêmes. Eu enVl, mes Frères, si Cyrus et Jean • Baptiste ont été prétlils long temps avant leur naissance daikH les propliéties d’isaie et de Malachie , ce n’ont été là que des prédictions uniques, sans suite , sans appareil, et qu’on trouve dans nu seul Puqihète, des prédictions qui n’annoncent que des evénemenis particuliers , et où la religion des peuple ne pouvoit être surprise : Cyrus, pour être le rt'>iauiateur des murs de Jérusalem, Jean-Baptiste, |iour préparer les vuies à celui qui tloil venir ; ruti cl l’autre, pour confirmer, par l’acconiplisseincnl de ces pro{4iéties particulières, la vérité et la di^ iiiité de toutes les prophéties qui annOnçoienl JcMis-Clirist.

.Mais ici, mes Frères, c’est un envoyé du ciel pmlit par tout un peuple, annoncé pendant quatre mille ans par mie longue suite de Prophètes, fle.dic de toutes les nations, figuré par toutes les envmunies, attendu de tous les Justes , montré de loin dans tous les âges. Les Patriarches meurent ni souhailant de le voir; les Ju>tcs vivent dans celle attente; tes pèt'es apprennent à leurs enfants à le desirer; et ce désir est comme une religion domestique qui se perjKilue de siècle en siècle. Les Pnqilièles eux-mêmes des Gentils voient hrillerde loin l’étoile de Jacoh; cl jusque ilans les oraclesdes idoles, ce graml cvéncnienl est annoncé. Ici, ce ii'esl pas pour un évéïieraeiil parliculier , c’est pour être la ressource du monde comlamiié, le légiduieiir des peuples, la lumière des iialioii.s, je saint d’Israël; c’est pour effacer l’iniquité de la lene, pour aincner une justice élcrnclie, pour remplir i’univers Ue l'Esprit de Dieu et portera tous Us hommes une (laix immortelle. Quel :ip{)aicil ’ quel piège pour la religion de tous lessièeles, M des préparatifs si magnifiques n’annuncenlqirmie simple créature, et dans des temps surtout où la

crédulité des peuples meltoit si facilement au rang des dieux les hommes extraordinaires ! ,

D’ailleurs, mes Frères, lorsque Jean-Baptiste paraît sur les bords du Jourdain, de peur, ce semble, que le seul oracle qui l’avoit prédit ne dévlnt une or^casion d'idolâtrie au peuple que le bruit de sa sainteté alliroii autour de lui , il ne fait |M)int de miracles; il ne cesse point de dire : Je ne suis pa.s celui que vous attendez ; il n’est allcntir, ce semble , qu’à }irévenir des honneurs superstitieux. Jésus-( Jirisl, au contraire, que quatie mille ans d’attente , de ligures , de prophéties , de promesses, avoient annoncé avec tant de magnificence à la terre; Jésus-Christ, loin de prévenir la superstition des peiqdes à sou égard, vient en grande vertu et puissance; il fait des (ruvres et des merveilles que persoime avant lui n’avoil faites; et non-seuiemenl il s’élève au-dessus de Jeau-Baplisle, mais il se dit égal à Dieu même. Où seroit son zèle pour la gloire de celui qui l’envoie , et sou amour |K)ur les hommes, si la méprise eût clé à craindre ,et si c’eût été une idolâtrie de lui rendre des honneurs divins ?

De plus, mes Frères, tout ce que les siècles précédents avoient eu d'hommes extraordinaires , tous les Justes de la loi et de l'âge des Patriarches n’avoient été que les types iiiqKirrails du Christ ; et encore ducun d’eux ne rcpri^mluit (pie quelques traits singuliers de sa vie et de .son ministère: Melcbisédech, son sacerdoce; Abraham, sa qualité de dief et de père des Croyants; Isaac, son sacrifice ; Job, ses persécutions; Moïse, son ofllce de médiateur ; son entrée trioniplianie dans la terre des vivants avec im peuple choisi, 'fous ces hommes si vénérables et si miraculeux n’étoient pourtant que les éliauciies du Mes.sle à venir; et il falluit bien (|ue ce Messie dût être grand hti-même, puistpie ses figures avoient été si illi^lres et si éclalaiiles. .Mais ôtez à Jésus- Christ sa divinité et son cternelle origine, ia vérité u’a plus rien au-dessus de ta figure. Je sais, comme nous le dirons dans la suite, (|ue l’éclat de ses merveilles, quand un y regarde de près, est mai'(|ué à des caractères diviirs ({u’on ne trouve pas dans la vie de ces grands homni(^; mais, à n’en juger que par les yeux des sens , le ;iarallèle ne scruil pas favorable à Jé.su.s-Chrisl. Est-il plus grand qu’Abrahain , cet homme .si grand , (pie le Seigneur lui-même, {lanni scs nom.s les plus pompeux, avoil |>rLs celui de Dieu d’Alirahain , cumtne (tour faire connoilrc à la terre ({ue les hommages d’un homme si juste et si extraonlinaire* cioienl plus glorieux à sa souveraineté que le titre de Dieu des empires cl des nations; si grand,

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